NOMBRE
ALL0I«6iMI!IT
de grammes oëoeMaim
d*UD brin de 1 mètre de long
pour rompre uu brin de o*.5o de loog.
avant sa rupture.
gnuDum.
millimètres.
tàk
tU
ihh
io3
Ces résultats diffèrent de ceux que M. Thomas Wardle a obtenus ^^\ et les différences sont si grandes qu'on a entrepris, à Leek et h Lyon, de faire de nouveaux essais.
(') Bulletin de la Société d'acclimatation, vol. VII, 1860, p. 5/Î6. — Jules Persoz, £jjat $ur le ecniditùmnement , le tirage et le décreueage de la eoie, 1878, p. â8. — Nous avons assisté à une partie des eipériences de Persoz père; les chiffres qu^il a puhliés sont les moyennes des résultats obtenus en faisant Fessai de brins tir^ à peu près au milieu du cocon ; ces expériences ont été faites avec plusieurs cocons choisis de chaque espèce.
<') Thomas Wardle, The anU eilki 0/ India, 3' édition, p. 1 1.
Voici quclic est, d'après M. Thomas Wardlc ^^\ la Gnesse de la bave ^"^^ :
Bav68 tirées de cocons des espèces snivantes ^^^
LAMIVI
en millièmes de millimètre.
Bombyx textor, de Flnde 3o
Bombyx mon, de Tltalie 9&
pi.f ( rictni, de Flnde 35
I Cynlhia, de Flnde Uo
Antherœa assama, de Flnde ây
AnUierœa yama mai, du Japon 5o
Cricula trifenestrata, de Flnde 61
Antherœa mylitta, de Flnde 71
D'où il suit que, pour la finesse, la bave du Bombyx textor de l'Inde étant représentée par 100, la bave
Du Bombyx mon, de Fltalie, Fest par i90
Du PhUosanùa rieim, de Flnde 178
Du Philosamia Cynlhia, de Flnde 300
De \Anlherœa assama, de Flnde 335
De Y Antherœa yama mai, du Japon 380
Du Cricula trifenestrata, de Flnde 35o
De Y Antherœa mylitta, de Flnde 355
Thomas Hulton regardait ia plus grande finesse de la soie comme le résultat de l'éducation artificielle du ver à soie poussée h l'extrême, d'un mode d'éducation le plus éloigné de la vie naturelle, et par suite d'un état maladif et d'un affaiblissement de la larve (^). Cela n'est pas vrai d'une façon générale, mais l'observation est exacte, limitée à une espèce déterminée.
^^) Thomas Wardle , Handbook of the collection iUuttrative of ihe wild silkê oj In" dia, in the Indian section 0/ the SouUi Kensington Muséum, 1 881, p. 68.
('*) La finesse de la bave avait élé mesurée : en 1866, par M. Targioni-Touelli, de Florence; vers 1875, par Haberlandt, de Goritx; ensuite par M. Schlesinger, de Vienne.
^^) La bave a été mesurée à Fintérieur du cocon.
^*) Thomas Hulton, Notes on the silkfvnrms of India {Journal of the Agricullural and Uorticullural Society of India, vol. XI, 1869, p. ai).
Si nous adoptons le résultat des premières expériences de M. Wardle, nous voyons que :
Pour la ténacité,
La bave ^'^ du ver du mûrier est plus tenace que la bave du Philosamia Cynthia et que celle du I^iilasamia ricini, moins tenace que la bave de YAntherœa myliita, que celle de YAntherœa assama et que celle de XAnihcrœa yama mat.
Pour l'élasticité,
La bave du ver du mûrier est plus élastique que toutes les autres baves.
Nous ne nous arrêterons pas ici sur les propriétés physiques de la bave des vers sauvages. M. Thomas Wardle a soumis les baves de vers de différentes espèces ou races h des épreuves plus nombreuses et plus méthodiques, et des observations du marne genre ont été aussi faites et sont faites chaque jour par M. J. Dusuzeau au Laboratoire d'étude de la soie à Lyon. Nous présenterons le résumé de ces expériences dans un chapitre spécial.
Il a élé fait, dans les dernières années, quelque bruit au sujet de ia production, de l'importation et de la consommation de ces soies; en somme, l'industrie européenne n'en a eu encore à sa disposition que des quantités relativement insignifiantes.
La production totale est d'environ 35 millions de kilogrammes de cocons, représentés par 3,i 00,000 kilogrammes de soie, même en comprenant les cocons des vers à soie sauvages du mûrier. Cette estimation est très incertaine.
Une partie de ces cocons, peut-être le cinquième, sont peignés et filés, soit au fuseau, soit au rouet, soit sur le métier.
Tous ces cocons sont récoltés en Asie :
Chine 91 ,3oo,ooo kilogr.
Iode 13,000,000
Japon 300,000
'') Nous répétons que nous appelons bave le Ql de soie continu , avec lequel la chenille tisse et construit le cocon. Cette bave est composée de deux brins indépendants sondés naturellement ensemble.
L'importation en Europe tend à devenir un commerce régulier; elle a monté, en 1880, à près de 300,000 kilogrammes, savoir :
Chine 160,000 kflogr.
Iode Ao,ooo
Le receveur des douanes à Calcutta, M. W.-H. Grimley, a établi, dans une lettre datée du 37 mai 1881, que, d'après les déclarations faites à la sortie, déclarations qui ne sont pas obligatoires quant à la désignation précise des marchandises, Fexportation a présenté les chiffres suivants :
TUnAM,
Soie Coeons
grège. et boarre de eoie.
kilogr. kilogr.
Années! 1879-1880 470 6,870
Mais M. Grimley, s'étant enquis auprès des six premières maisons de commerce de soies du mouvement réel de cette exportation, a estimé celle-ci comme il suit :
TunàM,
Soie CoeoDS
grège. et boarre de nie.
kilogr. kilogr.
Années] 1879-1880 8,980 iâ,3oo
Les états dressés par l'Administration des douanes maritimes chinoises ne font pas compte à part des soies des vers sauvages. Ces soies sont réunies aux soies dites grossières. De soies et grossières et sauvages 99 {^coarse and wild)^ il a été exporté par tous les porls :
u aoTuiif PAa Al.
Périodes (riennales.
De 1873 à 1875 3i,ioo kilogr.
De 1876 h 1878 3^18,300
De 1879 à 1881 383,600
Années { 1883 858,3oo
188/ii /i03,&oo
Toutefois nous savons qu'il a éié exporté de Chang-hai, de soies de vers sauvages :
1880 i3i,68okilogr.
1881 1 ia,46o
1882 90,4oo
1883 i35,ooo
1884 3o8,6oo
La quantité de 300,ooo kilogrammes, à laquelle nous avons estimé l'exportation de ces soies pour iSSo, a été dépassée dans les années suivantes; elle a été en réalité de plus du double en i88&.
Nous avons encore moins de renseignements sur les importations à Londres et à Marseille. M. Thomas Wardle a rapporté que, dans l'espace de sept ans, de ±8'] à à iSSo, il n'y a eu, en tout, sur le marché de Londres, que s,8â3 balles venues toutes de Chine, et que, dans les deux années 1877 et 1878, lorsqu'on n'avait pas encore l'emploi de ces soies, on en a reçu 1,876 balles, parce que, la famine sévissant dans la province de Chan-toung, les Chinois ont fait argent de tout.
Les chiffres que nous avons recueillis sont un peu différents. Sont-ils, plus que les précédents, éloignés de la réalité? On n'en sait rien. On n'a aucun moyen do connaître le mouvement du commerce des soies des vers sauvages.
Importation des soies dites sauvages.
m aoTinB, mi am.
A Londres. A Marwillc.
kilogr. Lilogr.
IDe 1870 à 1872... » 5,/»3o
De 1873 à 1875... 5,370 8,260
De 1876 à 1878... /i5,Q5o 3s,sio
De 1879 à 1881... 55,ioo 28,910
Les soies importées à Londres paraissent être toutes des soies de vers sauvages. Celles qui arrivent à Marseille n'en sont pas pour la plus grande partie. Ces dernières soies comprennent les
tussali, les kliorat et les punjum. Les iussali sont des soies de vei^s sauvages; ils sont h destination de Lyon ou de Paris , de sorte qu'on n'en connaît pas exactement la quantité. Les punjum sont des fils de frisons filés à Canton. Les khorat sont, dit-on, des douppions de Tlnde.
En somme, jusqu'en 188 5, on n'a reçu directement en France que peu de soies de vers sauvages, et une partie des soies de cette sorte qu'on a employées ont été achetées en Angleterre. Mais, en 188 5, la consommation de ces soies s'étant généralisée et ayant augmenté dans nos manufactures, le commerce tend à devenir plus régulier et l'on en importe directement en France une plus grande quantité.
Six espèces de vers à soie seulement pourvoient aux besoins des tissages indigènes, la soie étant employée en grège ou en 01 de bourre. Les Indiens et les Chinois, employant ces soies, soit en écru, soit teintes en couleurs sombres ou neutres, n'ont pas trouvé que la couleur de la matière fût de nature à faire écarter celle-ci de la consommation. En Europe, un tel défaut est capital, et l'on se rappelle que celles de ces soies qui ont été apportées naguère sur nos marchés ont été d'une vente difficile. Il s'est produit, sous l'empire d*événements divers, un mouvement tendant à l'abaissement du prix des choses; de là, l'abandon des soies les plus fines, la recherche de celles qui étaient les moins chères et les plus grosses, la demande plus grande des fils de bourre de soie, et c'est dans ces circonstances qu'est née l'idée de faire un plus grand usage de la soie des vers sauvages.
Nous avons montré plus haut que, depuis une quarantaine d'années, cette soie a trouvé emploi en France dans des manufactures diverses ^^^; ces emplois, tenus secrets autant qu'on Ta pu, n'ont pas absorbé sans doute beaucoup de matières, mais ils ont entretenu un petit courant d'importation et ont rendu dans certains centres nos fabricants habiles à mettre ces soies en œuvre. Les fabricants de soies retorses et les fabricants de passementerie à
"^ Voir!. Il, p. flf) A 08.
Paris, les fabricants d'étoffes pour rameublement à Roubaix et de tissus mélangés en Picardie, ont fait, depuis plusieurs années déjà, une application industrielle assez large de ces soies, et plus d'un de ces manufacturiers a présenté, à l'Exposition universelle de 1878, des produits, faits de ces matières, qui étaient le résultat d'une fabrication courante. 11 faut reconnaître que ces applications ont été conduites avec une circonspection qui s'explique par l'incertitude des approvisionnements de la matière première, par la cherté du blanchiment, et, dans le cas d'emploi de la soie non blanchie, par la limitation de la gamme des couleurs.
M. Thomas Wardie a montré à cette Exposition universelle à quel degré d'avancement il avait porté l'étude des soies des vers sauvages de l'Inde et les moyens de les utiliser dans différentes branches de l'industrie. Encouragé par l'attention donnée à ses études, il les poursuivit avec plus d'activité , élargit le champ de ses entreprises et imprima une vivo impulsion h des travaux de ce genre en Angleterre. L'état des choses resta le même en France, parce que l'initiative avait été prise depuis longtemps, quoique obscurément; rien ne fut changé pendant quelques années dans la consommation assez restreinte de ces soies.
Des diverses sortes de soie de vers sauvages, deux seulement, la soie de YAntherœa mylitta de l'Inde et celle de VAnOierœa Pemyi de la Chine, c'est-à-dire les soies dites tussah^^\ ont été l'objet d'une importation régulière, qui a acquis par degrés une réelle importance, mais qu'on ne peut pas représenter par des chiffres exacts, attendu que ces soies sont déclarées, à la sortie des pays producteurs et à l'entrée dans les pays consommateurs, sous le nom de soies grèges sans autre désignation.
On a Glé en France, à plusieurs reprises, les cocons tuasah, ceux de l'Inde et ceux de la Chine, et l'on en a obtenu des soies grèges de 16 à 3o deniers, très nettes et nerveuses. L'expérience
(0 l^ oom de tuêBoh est ]e nom, dérivé de rkindoostani ttumr ou toior, qui est donné, dans Tlnde, à ia soie de VAntherœamyUUa. Ce ver lui-même est désigné souvent sous ce nom. On appelle ainsi, en Europe, les soies grises, blondes ou brunes, venant de Tlnde ou de la Chine, qui ont été tirées des cocons de YAnthenpa mylitta, de VAntherœa Pernyi et d'autres espèces dcmi-domosliques ou sauvages.
n*n pas conduit à une entreprise industrielle : le travail est à trop haut prix en Europe. Quoi qu'on ait dit, il n'y a pas, en Chine et dans l'Inde, de difficulté pour le tirage, à l'eau ou à sec, de ces cocons. La macération dans un bain alcalin plus ou moins fort, plus ou moins chaud, pour décreuser les cocons, est un moyen que connaissent et qu'emploient ceux mêmes des indigènes qu'on peut regarder comme h peu près sauvages. Partout les indigènes ont un mode particulier de tirage, différent dans la forme, ayant la môme raison d'être, et qu'on s'explique aujourd'hui. Avec les procédés primitifs pratiqués en Asie, on obtient, la main-d'œuvre y étant un facteur à peu près négligeable, des produits dont on fait aisément emploi dans nos manufactures. Le prix relativement élevé obtenu en Europe pour celles de ces soies qui sont le mieux (ilées a amené, plus que toutes les recommandations, les indigènes à apporter plus de soins au tirage. De plus, depuis que la demande s'est accrue, des filatures h l'européenne ont été montées en Chine et dans l'Inde , et leurs produits ont à Lyon un écoulement régulier. La filature à l'européenne était déjà en plein fonctionnement en Asie pour le dévidage des cocons des vers du mûrier; il a été relativement facile d'introduire les méthodes perfectionnées. Du reste, le moulinage dispose aujourd'hui en Europe de procédés et de métiers excellents, de sorte qu'on peut tirer parti des soies dites natives qui sont souvent défectueuses.
Les soies grèges des vers sauvages ont trouvé, depuis plusieurs années, un plus large emploi; la progression a été plus lente qu'elle ne l'eût été si le commerce eût présenté sur les marchés une plus grande quantité de matière et si la valeur des soies des vers du mûrier n'avait pas autant diminué.
En Angleterre, l'action de M. Wardle a été efficace. L'attention s'est portée sur les soies des vers sauvages de l'Inde; on s'est occupé aussi activement de leur ouvraison que de leur introduction dans le tissage, et personne n'ignore que des velours, des peluches, des étoffes pour meubles et même pour robes, de toutes couleurs, des couvertures, faits de ttusah pur ou mélangé, sont entrés aisément dans la consommation.
En Allemagne, on a été plus hésitant. Il semblait que lesfabri-
cants allemands ne voulaient recevoir l'impulsion que des fabricants lyonnais. Cela s'explique par la raison que la fabrique allemande, qui a pour ses produits h peu près les mêmes débouchés que la fabrique lyonnaise, se meut en quelque sorte dans le même cercle que celle-ci. Dans les dernières années, tandis qu'on accordait à Lyon une préférence exclusive aux soies du ver du marier, on paratt avoir étudié en Allemagne , comme on l'avait fait chez nous, il y a une vingtaine d'années, les soies des vers sauvages et avoir fait usage de ces soies. C'est ainsi que les fabricants de peluches et de velours dans la Prusse rhénane ont tiré depuis quelques années un bon parti du lussah.
A Lyon, depuis deux ans seulement (i88/t et i885), les soies grèges des vers sauvages, qu'elles viennent de la Chine ou de l'Inde, ont pris place de nouveau dans la fabrication courante. Il est naturel qu'on ne l'ait pas fait plus tôt : une industiîe, aussi grande que l'est celle de Lyon, est forcée, sous peine de compromettre le cours de ses travaux et de ses affaires, de ne mettre en œuvre que des soies de l'abondance desquelles elle ne doute pas. Or, jusqu'à présent, les soies des vers sauvages ont été plus demandées qu'offertes, les approvisionnements ont été très restreints et les importations incertaines. Cela parait devoir changer. Quant au prix , eu égard au prix si abaissé des soies des vers du mûrier, prix abaissé, on peut le dire, au delà de toute attente et de toute mesure, la différence en faveur des soies dont nous parlons n'était pas assez grande pour qu'on abandonnât pour le tissage de certains articles des matières infiniment supérieures. Enfin, les filatures indigènes alimentaient seules les marchés d'Europe, et leurs produits grossiers et irréguliers n'avaient à Lyon, du moins jusqu'à présent, que des emplois limités. Les filatures à l'européenne donnent aujourd'hui des tussah mieux appropriés aux besoins de manufactures qui tiennent à conserver à leurs étoffes une supériorité relative de qualité et d'exécution.
En dehors de Lyon, en France, il y a une consommation sur laquelle nous avons obtenu des renseignements assez précis. Notre collègue, M. D. Armandy, président de la Chambre syndicale des marchands de soies de Paris, estimait, en 1881, que le commerce
lariIHEIII IITIOIALB.
des soies de Paris recevait i ,5oo ou i ,600 balles (de 60 à 70 kilogrammes) de soies grèges tussali de la Chine et de Tlnde, qui étaient mises en ouvraison. M. Armandy était d'avis qu'on pouvait compter alors sur une consommation de 100,000 kilogrammes de soies ouvrées, et que ces soies étaient distribuées comme il suit :
Fabrique de Roubaix 60,000 kiJogr.
Fabrique de Paris 90,000
Fabrique de Tourcoing 1 0,000
Fabrique allemande 10,000
La consommation et l'importation onl notablement augmenté, et, en i883,M. Armandy estimait à près de â 00,000 kilogrammes la quantité des soies grèges tussah importées en France de l'Inde et de la Chine, surtout de la Chine. Presque toutes ces^ soies sont ouvrées efi France, et les mouliniers français savent tirer un très bon parti de ces soies qui sont souvent si irrégulières. Ce sont les fabricants d'étofles pour meubles qui en ont fait d'abord le plus usage.
Ainsi, malgré la baisse excessive du prix des soies des vers du mûrier, les soies des vers sauvages sont devenues pour les fabriques européennes une matière première dont la demande est, dès à présent, assurée dans une certaine mesure. Ces soies n'ont pas remplacé les soies des vers du mûrier et ne les remplaceront pas; elles n'ont ni la même nature, ni la même finesse, ni le même brillant; elles ne peuvent pas être teintes comme celles-ci dans les couleurs les plus claires et les plus vives; mais elles ont des qualités et offrent des avantages singuliers, et formeront, à n'en pas douter, la matière première d'étoffes d'un genre particulier.
Nous venons de parler des soies grèges; nous sommes tenté de dire que, dans l'état présent des choses, les bourres de soie des vers sauvages ne sont pas moins nécessaires aujourd'hui que les soies grèges à l'industrie européenne. On sait comme la consommation des fils de scliappe et de fantaisie s'est accrue, et la hausse du prix des déchets, dont le prix a été un moment hors de proportion avec le prix des soies, démontre que ces matières sont très demandées. Elles étaient laissées dans l'aban-
FAITS GÉNÉRAUX. â/i3
don à une ëpoqut* qui n'est pas encore bien éloignée de nous. L'Inde a envoyé en Europe une quantité relativement faible : Â 00,000 kilogrammes environ. La Chine en a fourni davantage : 1,300,000 kilogrammes en 1880, 1,680,000 kilogrammes en 1881, 1,730,000 kilogrammes en i88â, 1,735,000 kilogrammes en 1 883, 9,1 Qo, 000 kilogrammes en i88â. Nous ignorons quelle part dans ces quantités provient des vers sauvages. Quoi qu'il en soit, l'Inde et la Chine pourraient approvisionner l'Europe plus largement de cocons percés, de cocons à jours, de cocons défectueux, de bourres et de déchels, et nous appelons l'attention aussi bien sur la matière première des fils de schappe que sur les soies grèges elles-mêmes. Les filateurs de scliappe anglais, français et suisses ont obtenu de ces matières de très bons fils.
Ce qu'on a appelé la question des soies des vers sauvages a soulevé des observations, des discussions de toute sorte; il peut êive utile de présenter sur ce sujet les remarques que nous ont suggérées les témoignages et les renseignements nombreux qui nous ont été adressés. Cela sera comme le résumé de cette partie de notre travail.
Les vers à soie sauvages, et en particulier ïAnÛierœa Pcmyi et YAnlherœa mylilla, les fileurs, nous ne disons pas les meilleurs, mais ceux qu'on compte par myriades, nous intéressent à double titre, à raison de la soie tirée de leurs cocons par le procédé du dévidage et à raison des bourres provenant des cocons percés et des déchets divers filés sur nos métiers. Les deux espèces que nous avons nommées ne sont pas les seules qui alimenteront de soie nos manufactures; on peut tenir pour certain qu'il y a d'autres es|)èces dont l'abondance est également infinie, YAnÛierœa assama, \e Pliîlosamia Cyntliia, le Phitommia ricini, le Cricula trifenestrata, etc. , qui peuvent fournir un jour un large contingent à nos approvisionnements.
Nous ne disons rien ici du Tlieoplûla mandarina et du Theopinla HulUmi, deux espèces qui vivent à l'état sauvage sur le mûrier. Ces espèces nous intéressent à un autre point de vue, et leurs corons ne grossiront pas les importations en Europe.
Los soies (les espèces dcmi-domestîqiics ou sauvages, les unes comme les autres, peuvent ne pas avoir au plus haut degré la finesse, Téclat, la douceur, la netteté, la pureté de la couleur à la teinture (et il y a même des exceptions). Ces qualités, la soie des vers du mûrier les possède; la soie des vers de l'Europe surtout. Mais la soie des vers du miïrier, produit de l'élevage d'un ver délicat, d'éducations qui, quoi qu'on fasse, seront toujours coûteuses, reslera vraisemblablement, quelques développements que la production acquière, h un prix qui en limitera en quelque sorte l'emploi.
La soie est une fibre de l'emploi le meilleur dans les arts textiles. De soies à bas prix , on n'en aura jamais assez. Que ces soies soient moins fines, moins brillantes, moins nettes, moins blanches, il importe peu; elles trouveront, si elles sont à bon marché, une surface de consommation énorme. On saura trouver, créer même, pour elles un emploi dans les manufactures.
Deux obstacles principaux doivent être écartés : la couleur et la diversité des cocons.
Pour la couleur : On peut blanchir la soie , ou l'on peut obtenir des cocons de couleur très claire. Le coût du blanchiment, déjà peu élevé, deviendra moindre; il y a telles espèces qui, nourries des feuilles de tel arbre ou de jeunes rejets, filent une soie peu colorée, et la production de cocons presque blancs est possible.
Pour la diversité : Le défaut capital des cocons et des soies des vers sauvages est dû à la négligence dans le triage des cocons. La qualité et la couleur de ceux-ci diffèrent, nous l'avons dit plusieurs fois, suivant l'espèce et la nourriture du ver, le lieu et l'époque de l'élevage. Les cocons sont mélangés à la récolte; le choix qui en est fait n'est pas rigoureux, et souvent la même flotte de soie provient du tirage de cocons différents.
Le décreusage et le blanchiment agissent d'une manière égale sur une matière qui présente des inégalités dans sa nature, de là le marinage. Un marinage très apparent ne permet pas de teindre en couleurs claires ^*^
(1) En Franco, dans le Nord, h Ronbaîx surtout, on teint en couleurs foncées la plus grande partie de la soie lusaah employée au tiïisagc dVloiïes pour ameublement.
11 est donc nécessaire : en premier lieu , (l*éviler le mélange de cocons produits dans des conditions diiïérenles; en deuxième lieu, de choisir les cocons avec beaucoup de soin , de réunir les cocons de la couleur la plus claire. Cela esl facile, el les premiers produits des filatures à Teuropéenne Tout démontré.
Nous ne dirons rien des procédés. Aucun d'eux n'est secret : qu il s'agisse du tirage des cocons à l'eau ou à sec , de la préparation ou de la filature des cocons percés, des bourres, etc., du décreusage, du blanchiment, de la teinture. Rien ne s'oppose aujourd'hui à ce que les soies grèges et les fils de bourre de soie de vers sauvages ne soient d'une application industrielle facile. L'étendue des applications dépendra du degré d'abondance de ces matières, comme de leur prix.
Les ttusah filés par les procédés des Asiatiques se sont fait assez vite une place dans la fabrication française; ils répondaient aux besoins du présent et même de l'avenir, et on les faisait entrer dans les étoffes dont de grosses matières doivent former la tissure. Les soies grèges de 70 à 160 deniers ont été d'abord les plus recherchées, même les seules demandées; et pendant quelque temps, les soies de filature à l'européenne, de âo à 5o deniers, n'ont pas eu d'emploi bien défini. Ces dernières soies rencontraient d'ailleurs la concurrence des soies fermes de Chine et de Canton, certainement supérieures. La vente est devenue plus facile. Toutefois, comme le plus large emploi des ttissali de toute origine dépend du plus grand abaissement du prix, il est probable que la demande portera le plus sur les soies dites natives, sur celles qui coûtent le moins cher.
Jusqu'à présent, les approvisionnements n'ont eu ni la régularité ni l'importance qu'on avait espérées.
Cependant, en Chine, si nous en croyons le témoignage des hommes les mieux informés, quand la vente offrira quelque profit et sera certaine (et il semble qu'on en est venu à ce point), l'élevage des vers du chêne peut, dans les mêmes contrées mont;)gneuses où il est conduit, et conduit dans les conditions les plus économiques, donner des récoltes quintuples d'après les uns, décuples d'après les autres. M. Meadows était de ce dernier avis
pour la Mandchourie , et M^' Ghauveau pour la province de Ssctchouèn ^^\
Dans rindc, les choses ne paraissent pas devoir être aussi faciles. Les vers sauvages pullulent partout dans les forêts ou les jongles de cet immense empire, mais combien de ces forêts sont inaccessibles, combien la cueillette et le transport des cocons seraient coûteux dans bien des cas! 11 faut s'en tenir aux régions où la cueillette et l'élevage sont possibles. Or voici qu'on signale que, dans ces régions, les défrichements, poussés avec vigueur, diminuent le champ de la production; voici aussi qu'on objecte que, par suite de la diversité des espèces de vers et des espèces d'arbres, il faut, pour obtenir des produits moins inégaux, faire des plantations des arbres qui fournissent l'alimentation la meilleure et apporter des soins particuliers au choix de l'espèce soumise à l'élevage. L'éducation en plein air, qui, en Chine, donne avec YAntlierœa Pemyi des récoltes variables sans doute, mais certaines, est souvent arrêtée, contrariée au moins, dans l'Inde, par la perte d'une grande partie des vers : les oiseaux et les animaux de toute sorte en détruisent autant que les pluies en font périr. Les moyens d'assurer la réussite de l'élevage ne font pas défaut, la dépense fait obstacle. L'obstacle toutefois n'est pas ab« solument insurmontable. Avec l'espoir de profits et les excitations de l'intérêt privé qui s'ensuivent, on surmonte bien des obstacles.
On ne peut pas ne pas arriver à ces fins.
On est à présent, quant à la consommation générale des tissus de soie et des objets faits de soie, dans une de ces périodes de transition comme on en a traversé à diverses époques. Le mouvement des modes ramènera l'usage des belles étofles de soie et des étoffes de soie pure; les soies des vers sauvages n'entreront jamais
^') Noas devons à notre ami Prosper Giquel , dirccleur de la mission chinoise en Europe , la noie suivante écrite par un de ses anciens élèves qui est devenu un des hauts fonctionnaires chinois. crLes récoltes de cocons des vers du chêne sont, dans le Ghing-king et le Chang-loung, un peu plus fortes quUl y a une dizaine d^années. L'augmentation n'a pas encore été marquée. L'attention du peuple dans les campagnes commence à se porter sur la production de ces soies, et, si la demande est constante, cette production, industrie facile, pourra devenir au moins dix fois plus grande^) (1880).
en concurrence avec les soles des vers du mûrier, et il sera toujours fail de ces soies un emploi diiïérent. Le courant nous conduit à une plus grande satisfaction des goûts de bien-être et de luxe, et, avec un ensemble de conditions économiques plus favorables, on verra se produire une plus large consommation de la matière textile la plus ricbe.
L'Asie fournira sans peine toutes les soies destinées à une fabrication d'ordre inférieur, soies tirées par les procédés primitifs des indigènes ou par les méthodes perfectionnées des Européens. On trouvera aussi en Asie les matières de moindre qualité dont les filatures de scliappe ou de fantaisie absorbent d'énormes quantités. Les cocons des vers sauvages sont entourés d'une bourre épaisse, flottante ou adhérente, et les cinq ou six dixièmes, pour ne pas dire plus, du cocon, ne sont bons qu'à être peignés; aussi le tirage par les fileuses chinoises ou indiennes ne se fait qu'avec un très fort déchet. Le peignagc aura autant d'aliment avec les déchets qu'avec les cocons ouverts ^'^ et les cocons percés.
On connaît, en Europe, depuis un siècle et demi, les vers à soie sauvages, ceux de la Chine surtout. Le père d'Incarville s'est rendu célèbre par son mémoire sur ces vers ^^^.On connaît aussi depuis longtemps les ttissores ou pongis de Tlnde et de la Chine ; et, il y a quarante ans, nos collègues dans la mission en Chine et nous, nous avons présenté, dans l'exposition qui fut faite à Paris des milliers de produits recueillis dans le cours de nos voyages en Chine, en Cochiuchirie, dans l'Inde, dans l'Archipel indien, etc., la collection des tissus très divers faits avec la soie des vers sauvages de ces contrées.
(^' Les essais qui ont clé faits n^onl pos laisse de doute sur le parti avantageux quVn tirera de ces cocons, des cocous de toute sorte. — La demande des cocons, bons ou défectueux, destinés au peignage, au|;nientera parce que la quantité de bas produits diminue à la filature et au moulinage : le rendement eu soie grège est plus grand, et, avec Padoption presque générale du nouage des bonis, il y a moins de déchets à Touvraison. En même temps , la filature de la schappe et de la fantaisie, pcrfeclionnée , voit ses produits plus recherchés.
^*^ L^analyse du mémoire du père d'Incarville a été faite par le père Gibot et a été ins(>rce dans le deuxième volume des Mémoires concernant l*histoire, les sciences, les arts, etc., des Chinois, 1777, p. ^75 à 598.
L*élu(ie des soies des vers sauvages est conduite depuis dix ans avec fermeté et persévérance. M. Thomas Wardle Ta abordée dans l'intérêt de Tlnde comme pays producteur et de l'Angleterre comme pays consommateur. Son exemple a été suivi. A Lyon , ces études (Tétude des vers sauvages et celle de leurs soies) ont été conduites de la façon la plus hardie. Le Laboratoire d'étude de la soie a pris l'initiative de ces travaux; son président, M. E. Pariset, et son directeur, M- J* Dusuzeau, les ont poursuivis résolument, de concert avec plusieurs savants. Des découvertes ont été faites, l'histoire des vers sauvages devient moins obscure, la valeur de leurs produits est mieux connue , et par degrés sont préparés les éléments d'une œuvre originale. La science a toujours été l'inspiratrice ou l'auxiliaire de l'industrie; celle-ci mettra certainement un jour à profit les résultats de recherches entreprises uniquement dans l'intérêt de nos manufactures.
L'introduction des soies des vers sauvages dans les fabriques européennes est un fait accompli, et ces matières ont pris définitivement leur place dans leurs approvisionnements. C'est en Asie que doit être résolu à présent le problème d'une production qui soit en rapport avec une consommation presque illimitée.