‹ L'art de la soie. Les soies (volume 2)Chapitre 38 sur 172 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

Les fabriques de soies retorses anglaises alimentent la consommation du Royaume-Uni et de toutes les possessions brltanni<|ues; cette industrie a été portée, de l'autre côté de la Manche, il un haut degré d'importance et elle y est fort bien conduite.

Les tableaux du commerce anglais ne font pas connaître Ye\portation de ces soies.

Jusqu'en 1870, les soies ouvrées {^ilirown silk) ont été séparées des autres soies (^silk, iwist and yarn); elles ont été réunies à partir de 1871, et, d'après les chiffres de 1867 h 1870, il semble que la proportion des soies retorses et des fils de déchets de soie est de 18 à 30 p. 100. On obtient ainsi les résultats suivants :

Exportation de fils de déchets de soie et de soies retorses

de manufact'ire anglaise.

(es moykmie, PAn a.\.)

Périodes j De 1861 à 1865 7,600,000 francs.

quinqueniinlcs.( De 1866 h 1870 5,ooo,ooo

TàLBimS riisUMICKK.

p . . . (De 1871 à 1875. 6,600,000

Féiiocles p^ jg^g ^ ^gg^ 3,500,000

quinquennales. j ^^ ^gg^ ^ ^g^^ 3,58o,ooo

l 1882 4,/îoo,ooo

Aimées. { 1 883 3,5oo,ooo

Ces valeurs sont au-dessous de la vérité. La statistique des manufactures nous apprend également peu de chose.

Il V aurait eu, do broches à doubler : en 1868, 18 1,538^^';

MUceUaneoiu Klalislics of ihe L'nited Kingdom, part VI II, 1872 , p, 39O.

en 1870, 190,398; en 187/i, 221,708; en 1878, 176,601, et, en 1886, 176, 6A4.

Le nombre des broches à doubler a diminué de 20 p. 100 dans les dix dernières années; Texportation a décru.

Plusieurs des produits exposés, — soies, fils defankùsie ou de 9chappe, retors, — étaient de belle qualité, ceux entre autres de deux usines de Leek.

La manufacture anglaise est renommée h juste titre; néanmoins elle n'est plus aussi maîtresse des marchés étrangers, ni même de son propre marché.

La production des soies retorses a été, aux Etats-Unis, en progression assez faible, mais constante, si nous nous en rapportons aux statistiques publiées par The Silk Association of America,

Production de soies retorses aux États-Unis*

(bR MOTBIIRB, PAR AR.)

TAUn.

Périodes triennales.

Années.

De 1873 à 1875 32.869,800 fraucs.

De 1876 à 1878 31,918,/ioo

De 1879 à 1881 87,327,100

1882 â7,33Moo

D'après une autre estimation, les produits avaient été les suivants :

SOIES À CODDBB (Sening nUt),

A0TBB8 801B8 BKTOB88S

TOTAUX

fraact.

franct.

fruict.

En 1873 et 1874

/i,6oo,ooo

â5,6oo,ooo

En 1875 et 1876

/i,8oo,ooo

35,5oo,ooo

En 1877 et 1878

aa,iuo,ooo

9&,3oo,ooo

Enl879eil880

En 1881 et 1882

Cela comprend les soies à coudre, les soies pour passementerie et les soies retorses de toute sorte [sewing siUc, machine twist, fringe silk, etc.).

La sewit^ tilk^^^ est formée de deux fils tordus de gauche à droite; elle ne sert guère que pour la couture à la main. La machine twist est formée de trois fils tordus de droite à gauche, et la torsion est plus forte; cette soie est en usage surtout pour la couture à la machine et reçoit de nombreux emplois ^^\ En 1876, sur q68,3oo kilogrammes, on comptait â 122,800 kilogrammes de machine twist et 87,600 kilogrammes de sewing silk.

Nous n'avons les quantités produites que pour quatre années :

1874 337,100 kilogr.

Tous les chiffres ci-dessus, résultant de déclarations des manufacturiers, déclarations volontaires et non contrôlées, ne font que donner une idée du degré d'importance de Tindustrie*

D'après ces mêmes déclarations, on comptait, en 1878, pour une production de 33,/iioo,ooo francs, 43 fabriques de soies retorses [sewing siïks and twist) ^ contenant 4 1,1 65 broches avec 643 chevaux de force et 3,i48 ouvriers. 17 de ces établissements étaient dans le Gonnecticut, 8 dans le New-Jersey, 5 dans le New- York et les 5 autres dans les états de Pensylvanie, de Californie, de New-Hampshire et de Vermont^'l

On a vu plus haut que l'accroissement de la production en valeur a été, dans la période de 1879 ^ 1881, par rapport à la période de 1873 à 1876, de i5 p. 100. L'accroissement en quantité a été plus grand , car, d'après les recherches faites par The Silk Associatian of America, le prix s'est notablement abaissé ^^^ :

(') La soie À coudre dite iewing nlk est désignée souvent sous le nom de §ewings. ï*ï W.-C. Wyckoff, Thê tUk good$ of America : A brief aecount ofthe récent improvemenU asid advancee oftilk manujaciwre* in ihe United Slatee, 1880, p. 16. <') Ftmrth annual report of tke SiUc Auociation of America, 1 876 , p. a a. ^*) Tenth annual report ofthe Silk Aesociation of America, 1 88a , p. 1 3.

Soies retorses dites c( machine t\^ isl ».

Dans la période de i865 à 1876, baisse de lio p. 100.

Dans la période de 1876 à iSSâ, baisse nouvelle (en sus de la précédente) de 3o p. 100.

La production en quantité a été la suivante, d'après les renseignements officiels (^) :

8011 eiiu

coDSominée.

( Bd totalité. )

MMI BBTOMI

prodaite.

kilof^r.

kilojT.

La production a été, en 1880 : dans le Connecticut, de 179,300 kilogrammes; dans le Massachusetts, de iâ/i,âoo kilogrammes; dans le New-York, de âo,/ioo kilogrammes; dans le New-Jersey, de 11,600 kilogrammes, etc.

On voit, par les chiiïres qui précèdent, poids ou valeurs, quelle incertitude règne sur l'importance de la production. En réalité, celte manufacture est très répandue; elle est aujourd'hui solidement assise, et l'on fait une quantité de soies à coudre plus grande qu'on ne le suppose, parce qu'on se livre à ce travail dans beaucoup de familles.

M. L.-P. Brockett a écrit l'histoire de l'établissement et du développement du retordage delà soie aux Etats-Unis ^^^.

D'après cet auteur, le premier moulin à retordre, un tout petit moulin mû par l'eau, fut élevé en 1810 à Mansfeld, dans le Connecticut, par Rodney Hanks et Horatio Hanks, et ce fut la ce Mansfeld silk Company», à la tête de laquelle fut Alfred Lilly, qui entreprit, en 1899, le retordage avec une meilleure entente de ce travail. 11 faut associer au nom d'Alfred Lilly celui d'Edmond Golding,de Macclesfield, qui était allé chercher fortune aux Etats-

'') The tilk induMti'y in America, 1 876, p. 5o et suiv.

^** VV.-C. Wyckoff, Report (m ihe tllk mamifachiring induxtry of ihe United Si atet, p. 19, 3 '1 et a 5.

Unis; ils ont surmonté tous les deux des diiricultés de toute sorte^'^ Vers i85â, une compagnie, dont Tusine était située à Florence, dans le Massachusetts, vil ses essais suivis d'un plein succès, et de nombreux perfectionnements ont été apportés depuis lors à cette fabrication. Les Américains du Nord prétendent que leurs métiers à retordre, d'invention et de construction américaines, sont de beaucoup supérieurs aux métiers adoptés en Europe ^^^.

M. W.-C. VVyckoff a présenté également, dans son rapport sur l'industrie de la soie aux Ëtals-l]nis en 1880, une intéressant(3 étude de cette manufacture.

Cette manufacture était, à l'époque delà Révolution, et resta, pendant au moins cinquante ans après, un métier domestique. Elle était exercée surtout dans le Connecticut, et on l'y voit déjà répandue en 178&. Les procédés étaient naturellement tout à fait primitifs. L'argent fut longtemps rare aux Etats-Unis, et la soie à coudre servit de valeur monétaire; l'unité était le paquet de 100 skeins ou flottes, chaque flotte étant d'une longueur de (il déterminée. Il est à remarquer que, si l'on eut tant de peine à établir de bons produits, c'est que la soie indigène était filée de la façon la plus défectueuse. La «Mansfeld silk Company?) fut forcée de filer ell^méme les cocons, et l'on reconnut enfin que, même avec les meilleures bassines, les Américains étaient de mauvais fileurs. On parvint enfin à fonder cette fabrique dans de solides conditions, et c'est la réussite de ces eflbrts qui conduisit à chercher d'autres emplois de la soie ^'L

On était autrefois, aux Etats-Unis, prévenu en faveur des soies à coudre d'Italie, et les produits les meilleurs des moulins américains ne pouvaient être vendus qu'en portant des désignations avec une désinence italienne et qu'en ayant l'apparence de soies étrangères. En 18&3, les quatre principaux retordeurs prirent le parti

^'^ A.-T. Liily, Tke tUk vuituiry 0/ ihe Umted Statet/rom ty66 to i8jù, 1875, p. 5 et 6.

^*^ L.-F. Brockelt, Thfi êiUc industry 0/ America , p. 91 à gS, <-^) W.-C. Wyckoif , Report on the $llk manufacluring tnduelry of tke ' United Statet Ceneut, i88o),p, i3, 1^1,170! 18.

de vendre leurs produits sous leur nom et avec leur marque^'*; depuis lors, cet usage a prévalu.

La plus grande partie des soies h coudre dont on se sert aux Etats-Unis sont de fabrique américaine. Cette manufacture est certainement très avancée : tout Foutillage est parfaitement ordonné» les métiers ont reçu tous les perfectionnements qu'on pouvait réaliser, la teinture en noir et en couleurs a été l'objet de grands soins, et l'on a fait choix des meilleures soies pour le retordage. C'est que, dans bien des cas, les soies à coudre teintes sont vendues, non pas au poids, mais è raison de la longueur à la bobine et de la résistance. Pour les soies noires, deux sortes sont les plus connues : le pure dye (teinture pure) ou i3 oz, dye, qui contient i once de teinture pour lâ onces de soie décreusée, et le standard ou i 6 oz. dye, avec k onces de teinture pour i q onces de soie, les li onces de teinture remplaçant exactement, disent les Américains, le gris qui a été enlevé par le décreusage ^^).

La «Nonotuck silk Company 9, de Florence, avait présenté à l'Exposition de' 1878 les produits de ses retordages; nous ne faisons pas difficulté de reconnaître que, autant que nous avons pu en juger, les soies de cette grande manufacture^'^ devaient élre placées au premier rang. Elles étaient remarquables par leur régularité, leur netteté et leur ténacité; elles étaient faites dans tous les degrés de finesse, teintes en toutes couleurs ^^^ et la mise sur bobines était très correcte. Mais, n'ayant pu rien savoir de l'importance de cette usine, de la nature des produits de vente courante, des prix, le Jury a décerné à la «Nonotuck silk Company)' la médaille de bronze. Jugement un peu sévère peut-être; touie-

(') Od lit dans la déclaration que signèrent le i3 octobre les quatre moulinien cl retordeurs qui prirent finitiative de cette mesure : «Nous recommandoDS inslammeat à tous nos manufacturiers en soie, qui sont à présent, comme nous, au début de notre entreprise, de donner un bon exemple à leurs confrères des autres fabriques, en mettant leurs propres noms sur leurs propres produits^ (W.-G. Wyckoff, The nlk goodi 0/ America , 1879, p. lU),

^*^ W.-C. Wyckoff, TheeiUc goods of America, p. 17 à ai.

(^) On dit que c^t établissement occupe 5oo ouvriers et produit pour 6 millicni de francs de soies à coudre.

^*) On a jugé que la teinture n'était [Mis irréprochable.

ALLEMAGNE. 353

fois le Jury ne pouvait pas non plus ne pas tenir coraple de la situation relativement facile que fait aux industriels américains le régime protecteur excessif à la faveur duquel ils ont développé leurs entreprises, et Ton ne saurait perdre de vue un tel fait quand on observe les progrès qui ont été accomplis, dans les vingt dernières années, de l'autre côté de TAtlantique.

ALLEMAGNE

On ouvrait et l'on retordait la soie en Allemagne dans la première moitié du xvi" siècle, et Ton a conservé le souvenir d'un Allemand, Nicolas Leyderet^'^ qui, après avoir exercé cette double industrie à Saint-Chamond, vint s'établira Lyon en iBSy.

Dans notre rapport de 1876, nous avons évalué la production des soies retorses en Allemagne à 10 millions de francs ^^l Nous étions d'accord sur ce point avec nos collègues, M. Heimendahl et M. Cari Mez.

Le recensement de 1876 a constaté qu'il existait en Allemagne â5,i 16 broches à retordre la soie, dont 6,083 en Prusse. D'après un recensement plus récent (il a été publié en 1880), ZiA fabricants, possédant Mi^ubS broches, occupaient A, 69/1 ouvriers et produisaient i&o,ooo kilogrammes, d'une valeur de 11 millions iq5,ooo francs. Des /iâ,358 broches, 16,308 étaient dans le Wurtemberg, i3,o3q dans le grand-duché de Bade et 5,7^2 en Prusse. M. Garl Mez fils, auquel nous devons ces derniers renseignements, nous a assuré que ces chiffres ne se rapportent qu'à la soie réelle.

Pour faire le compte de toute l'industrie du retordage en Allemagne, il faut ajouter au chiffre précédent (de /i/i,3 58 broches) les broches h retordre qui sont dans les filatures de schappe. Des 10 filatures allemandes, 5 produisent des cordonnets de schappe pour la couture, la passementerie et les dentelles.

Nous estimons que, en Allemagne, le retordage livre environ

^'^ Nous ne connaissons pas la forme allemande du nom de Leydercl. ^) L'induêlrie de la soie, 9* édition, p. 66.

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