L'INDUSTRIE DU RETORDAGE
DAi\S LES DIFFÉRENTS PAYS.
Il est difficile de juger de rimportance du commerce des soies dont il s*agit d'après les quantités qui sont enregistrées dans les bureaux de douane , à l'entrée et à la sortie.
Ces soies, qui ne sont soumises en France à aucun droit, font partie souvent d'assortiments de différents produits, et ne sont pas dès lors l'objet de déclarations spéciales.
Toutefois, si faibles que soient les quantités qui sont inscrites sur les tableaux de notre commerce, elles ne sont pas sans signification, et c'est pour cela que nous devons en faire mention.
Soies teintes (à coudre, à broder, à dentelles, etc.).
COHHMCB SPECIAL.
Périodes triennales.
m MOTHIIB, PAB Al.
De 1859 fa 1861.
De 1862 à 186â.
De 1865 à 1867.
De 1868 i 1870..
De 1871 i 1873.
De 1874 à 1876.,
De 1877 à 1879.
De 1880 k 1882.
\ De 1883 ë 1885.
UVOKTATIOI.
kilogr.
ll,93o
■xFonAnoH.
kilogr.
/io,93o
On verra par l'état ci-après comme le prix s'est abaissé :
BN HOTIXIIE, PAR AH.
Le kilogramme.
De 1860 à 1864 65"io'
De 1865 à 1869 ^U 60
De 1870 h 1874 62 20
De 1875 à 1879 A2 Ao
De 1880 à 1884 36 5o <•'
Périodes quinquennales.
^'^ On a regarde les soios tcinlcs (à coudre, à broder, à denlelles,elc.), à Tim-
En ne présentant les moyennes que par périodes quinquennales, on observe mieux le mouvement qui s'est produit.
Soies toixites (à coudre, à broder, à dentelles, etc.).
GOHIIBICI SPiciAL.
TIHM, PAB AH.
IMPOBTATIOM.
BXrOBTATIOl
De 1868 à 1872...
De 1873 à 1877...
De 1878 à 1882...
De 1883 à 1885...
kilogr.
kilogr.
4o,8oo 33,470
Périodes quinquennales.
Période triennale.
L'exportation de ces sortes de soies , telle qu'elle résulte des états de douane, ne nous donne pas l'idée d'une manufaclure importante. Les 37,690 kilogrammes de soies exportées en i883 équivalaient à t,â8o,ooo francs ^^^. Cependant les renseignements que nous avons recueillis, h différentes époques, auprès des personnes qui connaissent le mieux cette industrie établissent qu elle a plus de largeur qu'on ne l'admet généralement, qu'elle est très vivante, très solide, et qu'elle est aux mains d'hommes intelligents, actifs et habiles.
Nous avons cherché, lors de Tenquéte ouverte en 1860 à l'occasion du traité de commerce avec l'Angleterre ^^\ à nous rendre compte de l'étendue de cette fabrication, h laquelle on avait toujours accordé si peu d'attention. Nous étions arrivé à constater qu'elle représentait en tout 37 millions de francs environ.
porlalion et à Texportalion , comme élant toutes, comme cela était déclaré, des suies proprement dites. 1! est probable que, dans les dernières années, des fils de échappe ou de fantaisie, retors et teinls, à coudre, ont été déclarés sous le nom de soies. Les prix inscrits au tableau du commerce sont ceux des soies.
(*) Il ne faut pas confondre, d la sortie, les soies teintes, à coudre, à broder et à dentelles, avec les autres soies teintes. Il a été exporté, en 1889, de ces dernières 34o,ooo kilo^mmes, d^uue valeur de a3,4oo,ooo francs. Il est probable qu^il y a des soies retorses dans la quantité, mais la plus grande partie de ces soies ont été teintes en France pour le compte de fabriques étrangères.
^^) Nous étions commissaire du Gouvernement pour les industries des soies et des liisus de soie.
H. 2ii
IMPaiHSftlt SATIOIALC.
338 SOIKS HETORSES.
dette industrie avait, en 1860^ comme elle les a encore aujourd'hui, mais avec une importance différente, qualre centres, et elle est exercée dans un assez grand rayon autour de chacun de ces centres. La fabrique de soies retorses de Paris a ses établissements, grands ou petits, dans les départements de TOise ^^\ de l'Eure, de Seine-et-Oise et de TAisnc; la fabrique de Lyon a des ateliers dans les départements du Rhône et de la Loire ^^l
Il y a près de vingt-cinq ans, la situation était à peu près la suivante :
Production de soies retorses.
QUâirrri. talbvb.
kilogr. francs.
de Paris 070,000 19,000,000
Fabriques ] ^® ^ï^" 1 10,000 ^'' 6,600,000
de Ntmes 18,000 1,000,000
de Tours 10,000 5oo,ooo
ToTiui &o8,ooo 36,900,000
La presque totalité de ces soies retorses étaient véritablement de soie.
Notre e^'timation pour 1879 a été bien moindre. Nous avons évalué la production de 1 5 à 1 6 millions de francs, savoir : 9 ou 1 G millions de soies retorses et 6 millions de fils de déchets de soie retors (^^ Ces chiffres étaient de beaucoup au dessous de la vérité. Ils résultaient de déclarations de fabricants, et nous étions fondé à penser que ceux-ci étaient bien informés. Nous nous sommes m<}me refusé nlors à abaisser davantage les évaluations, et M. Hameh'n, dans Texpérience duquel nous avions une entière confiance, nous écrivit à ce sujet : ^ Votre chiffre de i5 millions
('' Le retordage est fait principalement dans le département de TOiae, à Neuillyen-Thelle, à Crouy-en-Thelle, à Cliambly, elc.
^*^ Enquête, Traité de commerce avec VAn^Uterre, ïndtuiriet textiU», t. V, i86t, p. /iâ6 à hhU,
<^) L'industrie de la $oie, 9* édition, p. 66.
(*) 90,000 kilogrammes de soies à coudre et 30,000 kilogrammes de soies à dentelles et autres.
FRA.NCE. 339
u'est certainement pas trop élevé pour toutes les soies retorses, soie et bourre <ie soie. Le total de la production ne doit pas être éloigné de ce chiffre. »
Ces incertitudes nous amenèrent à faire de nouvelles recherches, et nous eûmes bientôt la certitude que nous nWons pas assigné à cette manufacture, pour l'année 1879, le degré d'étendue qu'elle avait acquis.
M. Hameliu a publié, en 1878, une notice sur son usine des Andelys dont nous parlerons plus loin; il a tracé h grands traits le tableau des travaux de retordage. Il a estimé ^ii â5 ou 3o raillions de francs le mouvement d'affaires auquel le retordage donne lieu 79, et il a ajouté: ^11 est seulement question de l'emploi des soies grè|;es, nullement des fils débourre de soie qui forment une industrie spéciale ^'^. »
De â5 à 3o millions de francs pour la soie seulement, cela donnait près de Ixb millions de francs pour toute la production. Ce compte était exagéré.
De 1860 à 1876, dans le temps oii la passementerie de soie était un accessoire obligé du vêtement des femmes, les soies retorses ont été très demandées, et la fabrication a atteint un chiffre très élevé; mais, en 1878, l'étal des choses était différent. Notre estimation ne dépassait pas 3Zi millions de francs : tio millions pour la soie, là millions pour les fils de scliappe ou de fantaisie; elle était peut-êlre encore trop forte.
Depuis 1878, la production a diminué, et celte diminution a principalement la même cause que nous venons de signaler : une moindre consommation des articles de passementerie de soie.
En même temps, un double mouvement a continué : d'une part, le décroissement de la production des soies retorses; d'autre part, l'accroissement de la production des fils de scliappe ou de Janlaisie retors.
Nous avons eu, pour évaluer la production des manufactures à l'époque présente, disons en 1 881-1 88â, l'aide d'un de nos collègues de la Commission permanente des valeurs de douane, de
'') A'olîcf «tir l'élttbUuemnU induMtnfl thn AnHêlifM de A. lîamelinJiU, Soies à coudre et autreê êoies retorêe», 1878, p. '{.
M. D. Armandy, président de la Chambre syndicale des marchands de soies de Paris.
M. D. Armandy a estimé la production de la fabrique de Paris» en 1881, à a 3 millions de francs ^^\ savoir:
S0IB8 n DODPPWNa. kilogT. fnnes.
Soies retorses pour la couture. . . 1 â5,ooo 6,000,000
Soies retorses pour la passementerie , les chenilles , la broderie , les lacets, les laminés, etc.. . . i5o,ooo 7,000,000
PIL8 DB 8CHÀPPË OU DB FAHTÀlSiK ^*K
Cordonnets de schappe pour la
couture aoo,ooo 5,ooo,ooo
Cordonnets de schappe pour la
passementerie, les chenilles,
les dentelles, etc aoo,ooo 5,ooo,ooo
TOTAOX 675,000 93,000,000
Les quantités et les valeurs afférentes à toutes ces soies retorses ont été calculées sur le produit en écru; mais, comme ces soies retorses, pour la presque totalité, entrent teintes dans la consommation, il faut tenir compte de la surcharge en teinture qui varie de 5o à 3oo p. 100 et du prix de la teinture.
Les 076,000 kilogrammes de soies retorses écrues repré-* sentent, après teinture, environ 35o,ooo kilogrammes et une valeur de 1 5,600,000 francs. Les /ioo,ooo kilogrammes de fds de scliappe retors écrus représentent, après teinture, environ 1 million de kilogrammes et une valeur de 1 6 millions de francs.
La fabrique de Paris livrerait donc près de t,36o,ooo kilo-
^*) Le chiffre de a 3 millions de francs ne se rapporte qu'à la manufacture de soies retorses. La fabrique do Paris consommait en outre, en 1881, pour le tissage, 35o,ooo kilogrammes de soies grèges, d*organsins et de trames, et 100,000 kilogrammes de fils de scliappe simples ou à deux bouts, d^mc valeur totale de 96 millions de francs.
^* Les fils de fantaisie ont été d*abord employés pour faire les soies retorses, dites de Paris, pour la couture, la passementerie, etc. Aujourd'hui on en consomme 1res peu. Les fils de scliappe les ont remplacés.
FRANCE. 3âl
grammes de soies retorses teintes, d'une valeur totale de 3i,5oo,ooo francs.
On comptait à Lyon, en 1878, 18 fabricants dont le mouvement d'affaires ëtait de 6 à 7 millions de francs, savoir :
Soies retorses : 60,000 kilogrammes, d'une valeur de U millions de francs;
Fils de scliappe ou de fantaisie retors : 69,000 kilogrammes, d'une valeur de 3,200,000 francs.
Depuis 1878, la production a éprouvé une notable diminution, et n'était plus, en j 883, que de 5 millions de francs.
A Nimes, à Avignon et ù Tours, le retordage des soies et des fds de schappe ou de fantaisie représente une valeur totale de t million de francs au plus.
En résumé, la production s'est élevée, en i883, à 37 millions 5oo,ooo francs environ, savoir : h 19,700,000 francs pour la soie et à 18,800,000 francs pour la schappe et \a fantaisie.
Nous n'entrerons pas dans les détails de l'organisation de l'industrie. Il suffît de dire que cette industrie présente la plus grande diversité dans la façon dont elle est exercée. S'il y a des usines disposant de puissants moteurs, dans lesquelles une nombreuse population ouvrière est réunie et forme une véritable colonie, il reste beaucoup de petits ateliers, de très petits ateliers; une partie de ces ateliers ne sont que des chambres étroites munies du matériel le plus primitif, dont l'habileté de main de l'ouvrier compense l'insuffisance.
Cette manufacture est encore très divisée, et il ne nous a pas été ]>08sible de connaître l'importance de l'outillage. Il y a, dit-on» près de 5 00 métiers à retordre dans les fabriques parisiennes.
Le travail lui-même est très divisé; la soie retorse n'arrive h la consommation qu'après avoir passé par une vingtaine d'opérations.
L'usage de la machine h coudre, devenu presque général, a fait introduire de notables changements dans le retordage. Avec la couture à la machine il a fallu donner de grandes longueurs de fil, des fils réguliers, sans nœuds, exactement dévidés et plies; le
rclordegeà la mécanique rem|)laça ie retordage à la main, et les manufacturiers français se sont places pour les perfectionnenienls au même rang que leurs concurrents étrangers.
Nous ne donnons que les traits généraux; nous ne nous arrêtons pas sur chacune des deux divisions actuelles de la fabrication, tantôt réunies, tantôt séparées, divisions fondées sur la nature de la matière : la soie et le fil de déchets de soie.
L'exportation, telle qu'elle est représentée dans les états des douanes, est de beaucoup au-dessous de ce qu'elle est en réalité; toutefois elle n'a jamais été et n'est pas en rapport avec le degré de force auquel on a atteint en France dans cette industrie. Les produits étrangers n'ont pas, dans la généralité des cas, une supériorité qui fasse obstacle. Pour la qualité comme pour le prix, on peut soutenir des rivalités dont on connaît bien la portée, mais ces rivalités sont devenues, depuis une dizaine d'années, beaucoup plus pressantes.
Si l'exportation a toujours été relativement faible, si elle a décru, c'est, suivant nos fabricants, que nos relations commerciales directes avec les pays étrangers sont limitées, sont moindres que ne le sont celles des deux nations rivales : l'Angleterre et l'Allema{][ne. C'est aussi que, dans beaucoup de pays, la manufacture nationale s'efforce de pourvoir aux besoins, et, à l'étranger, le commerce national, plus entreprenant, cherche, lui aussi, des débouchés aux produits de manufactures h peine ouvertes.
Si la production a diminué, c'est, en premier lieu, par suite de la diminution de la vente au dehors. Le changement dans les modes en est aussi la cause : on emploie moins de franges, d'effilés, d'articles de passementerie; on porte moins de lulles, de dentelles, de filets, etc. La plus grande production de chenilles est loin d'avoir apporté une compensation suffisante. De plus, des perfectionnements ont été introduits dans la fdterie, surtout dans la filteric de coton, ainsi que dans la teinture de l'apprêt de ces fils; les fils de coton glacés ont remplacé, pour la couture, la soie dans bien des cas. Enfin il faut reconnaître que la concurrence des produits anglais , suisses et même allemands, n'est pas seulement sensible sur les marchés étrangers; elle l'est sur notre pro|irc marché.
Cet aflaibiissemenl relatif de notre manufacture provient en partie de son attachement à ses anciennes habitudes de travail. La tendance à s'adonner a la fabrication des mêmes articles, ancienne en France et particulièrement à Paris, où l'industrie a le plus d'ampleur, — la tendance à la apt^cialité, — en même temps, les soins apportés à la confection des produits dont la soie retorse est la matière première, ont conduit à chercher des améliorations de toute sorte, h se rapprocher, dans la façon, de la perfection. On a voulu, par le choix de la matière, par le travail, donner aux fils retors les qualités que leur destination spéciale exige; on les a mieux dévidés, mieux définis, mieux classés. Le titrage est devenu rigoureux, la vente des soies à la longueur a été rendue possible, et l'on a moins abusé de la surcharge en teinture.
Mais, avec le cours présent des choses, pour les soies retorses comme pour bien d'autres produits, les consommateurs tiennent plus de compte du prix que de la qualité. Les manufacturiers étrangers, attentifs à rendre la vente plus facile, abaissent le niveau de la valeur réelle; nous ne les suivons que de loin dans cette voie, et nous perdons en partie le bénéfice dos perfectionnements accomplis.
Autrefois les soies retorses étaient de soie, de bonne soie; ensuite elles furent faites, pour la plupart, do douppion, et bientôt elles seront toutes de fil de scha]}pe ou de fantaisie. Les fils de échappe ou de fantaisie entrent en Angleterre, en Allciiiagne, en Autriche, en Suisse, en franchise ou moyennant un droit très faible.
Nous avons dit plus haut que M. Hamelin a introduit, il y a vingt-cinq ans, dons cette fabrication, une matière dont l'emploi avait été jusqu'alors très restreint. Nous voulons parler des doup^ pions. Comme on l'a vu, l'industrie n'est plus la m^tnc. La consommation des douppions s'est fort resserrée, mais nous ne pouvons pas ne |)as rappeler le rôle que ces soies ont joué pendant un long temps dans notre manufacture.
Le douppion est la soie grège tirée de cocons doubles.
Le cocon double est un coron ([ui a été construit par deux vers
à la fois; cVst donc un cocon dont le tirage est difficile, puisque le dévidcige d'une bave est contrarie par Tobstacle que Tautre bave oppose.
Les cocons doubles doivent être une exception dans les éducations. Avec des vers à soie de bonne race, issus de graines attentivement choisies, élevés avec soin, bien nourris, faisant leurs cocons dans de larges bruyères, on peut ne trouver que 3 ou & p. 100 de cocons doubles. En France et en Italie, la proportion moyenne est de 6 p. loo; elle s'est élevée autrefois jusqu'à 8 ou 9 p. 100. On cite des races qui produisent communément de 90 à ho p. lOO de cocons doubles : la race portugaise, de 9oà35p. ioo(et même davantage); la race syrienne BelladU, propre au Liban, de ao à Ao p. lOo; la race de Crète Acryûs, de i5 à QO p. too; les races annuelles japonaises à cocons verls, de 1 Q à 1 5 p. 1 00 ; les races bivoltines japonaises à cocons verts, de 20 à 3o p. 100, etc. ^*^.
On a attribué le plus ou moins d'abondance des cocons doubles au mode de boisement, soit à son établissement défectueux, soit à l'insuffisance de l'espace.
Les Chinois assignent pour cause la débilité des vers, soit accidentelle, soit héréditaire, et Duseigneur était de cet avis. Ce point particulier a été récemment l'objet d'une étude nouvelle, et M. Dusuzeau, qui est aujourd'hui le directeur du Laboratoire d'étude de la soie à Lyon, s'est rangé à cette dernière opinion, plus d'une fois contredite, que nous venons de rappeler ^*'^).
Les cocons doubles sont les plus nombreux dans les éducations de vers de races affaiblies, provenant de grainages et d'élevages faits avec négligence et provenant aussi quelquefois de grainages faits au moyen de cocons doubles. La moyenne des cocons doubles élait, il y a vingt ans, en France et en Italie, d'un peu plus de
(') Les cocons doubles sont généralemeDl des cocons déformes, irréguliers, il y a en Perse une race de vers à soie, dont la chenille est verdâlre et qui présente la particularité suivante : trois ou quatre cbenilles se réunissent pour construire ensemble un cocon qui a une forme à peu près* régulière.
^^^ Rappttrt de la Commiêiion des soies (de la Suciélê d'agriculture de Lyon) sur ses opérations de Vannée i88s, p. 5 à i3.
FRANCE. 3â5
7 p. 100^'); on peut restimer à présenl à 6 p. loo, peut-être un peu moins. L'amélioration est due certainement aux progrès accomplis dans les grainages et les éducations. Par contre, en Chine, la proportion des cocons doubles était faible en i8A5'^\ et Ton trouve aujourd'hui de iB à sB p. loo dans un grand nombre d'éducations.
Il est u remarquer que ni les vers sauvages ni les vers demidomestiques ne construisent de cocons doubles. Le Theaphila mon" darina et le Rondotiamenciana, vers du mûrier, lesCricuïa, dont on trouve les chenilles en grand nombre sur le même rameau, sur les mêmes feuilles, filent chacun séparément son cocon, plaçant les cocons les uns à côté des autres.
La soie tirée de ces cocons, le dovppion, est devenue, par l'initiative de M. Hamelin , la matière première d'une partie des soies retorses. M. Hamelin n'est pas le premier qui ail eu l'idée d'appliquer le douppion h la fabrication de ces soies, car cet emploi particulier des douppion» est fort ancien en Turquie, en Grèce, en Chine et au Japon, mais M. Hamelin a introduit l'usage de cette matière dans les moulins à retordre de l'Occident.
Autrefois chaque fileur tirait lui-même la soie des cocons doubles qu'il trouvait dans ses a;iprovisionnements; les paysans fi leurs de paguetailles faisaient de mêmc^^). Les douppions des Cevennes obtenaient de hauts prix; la plupart des douppions des autres provenances étaient très irréguliers et défectueux.
Plus tard, quand les retordeurs firent un emploi régulier des douppions, la filature des cocons doubles devint une industrie distincte, et, à Avignon, au Vigan, surtout à Bagnols-sur-Cèze (dans le département du Gard), on compta, dit-on, plus de 3,000 bassines en marche pendant toute l'année. Ces douppions n'étaient pas absorbés seulement par nos filatures; ils étaient
^*) Nous tenons de Duseigneur cette estimalion moyenne.
^') Hedde avait obtenu ses renseignements par Tentremise des missionnaires catholiques des provinces de Tcbé-kiang et de Kiang-sou. Dans le département de Houtcliéou-fou, la proportion notait que de 3 à A p. loo.
(^^ Olivier de Serres dit : ir Réservant les doubles et maculez. . . à en faire quelques cscbeveaux séparez. . . estant toile (cette soie) grossière, utile en quelques ouvrages.»
achetés aussi pour TAigérie, la Tunisie, le Maroc, où ils servaient au tissage d'étoiïes de soie grossières et à la confection des glands de fez. Les qualités les meilleures étaient retenues pour la fabriqu3 d'étoffes de Lyon, surtout pour ia fabrique de foulards.
Les retordeurs de Paris et de Lyon en furent longtem|)s les consommateurs les plus réguliers. Il s'était même formé une industrie intermédiaire : avec les douppions, on faisait à Alais, au Vigan, h Ntmes, dans le Forez, des rondeleltes, et ces randekues étaient la matière première des soies à coudre, des soies pour la passementerie, les franges, etc.
En ce temps-là, les Italiens vendaient leurs douppions en France; les Espagnols gardaient les leurs et les ouvraient euxmêmes, ainsi que des soies fermes d'Orient.
Tout cela est loin de nous, tout cela est presque oublié; mais il importe que le souvenir n'en soit pas absolument perdu.
On fait toujours des douppions en Chine, mais l'exportation en est sans importance : 6,600 kilogrammes en 1882.
L'ouvraison au premier degré des douppions, leur ouvraison au second degré, c'est-à-dire l'ouvraison des rotidelettes , présentaient de grandes difficultés; on le comprend sans peine. On ne savait pas comment /^urg'er à fond ces soies costeuses, pleines de bouchons; comment les assouplir, les rendre brillantes, obtenir une torsion régulière.
Les douppions étaient recherchés quand les soies proprement dites étaient à haut prix. Ils ne le sont plus autant depuis que le prix de ces dernières soies s'est abaissé, que les soies fermes et mi-fermes d'Asie abondent, depuis aussi que la filature des^Jmtaisies et des schappes a fourni aux retordeurs des matières très nettes dont ils ont tiré tout de suite le meilleur parti.
Les cocons doubles sont à présent, pour la plus grande partie, destinés au peijnage et contribuent à l'alimentation des filatures de déchets de soie. Toutefois on en file encore, principalement en Italie, et l'on estime que la moitié des soies à coudre et des soies pour passementerie de fabrique française sont faites avec des douppions italiens.
ANGLETEKRE. 3^7