II. ûft
twpniurniE katioxilt.
{^Fraili des simpks). C'est précisément la signification quibrichimB en persan.
Le mot liarir, qui est arabe, a le sens de soie ^^\ et quelquefois (le (issu ou de vêlement de soie^^^ On trouve dans le traité d'Ibn el-Beîthar une citation qui ne laisse pas de doute sur ce qu'était le harir : ce On élève les vers jusqu'à ce qu'apparaisse la soie écruc, logement que le ver s'est construit et dans lequel il meurt. Une fois la soie (/wrir) dévidée, on ôte le ver.»
On a retenu en Europe, dans le langage habituel , les expressions persanes et arabes de ver et de graine (en arabe, doud et bizr), pour désigner la larve ou chenille et les œufs ^^K
Bombyx, bombycion et les autres mots dérivés ont été, comme on Ta vu plus haut, le premier mode de désignation du ver à soie et de la soie, au temps d'Alexandre par exemple. Quand le commerce de la soie, devenu plus régulier et plus actif, eut fait mieux connaître le produit et quand on eut une notion moins incertaine du pays producteur, les noms de sêr, de sericon et autres entrèrent dans la langue, et du grec passèrent dans le latin. Le sericè, le sericon, le sericum, était la soie de la Chine, la soie tirée ou dévidée. Il n'y a pas de doute sur ce point. Les mots dérivés de bombyx n'avaient pas été abandonnés, et Isidore de Séville, qui écrivait au vi° siècle et dont les définitions sont généralement précises, a bien établi la distinction qu'il y avait entre le bombycinum qu'on faisait dans l'ile de Cos et le sericum des Sères^^^ Mais le mot luimême, ce mot appliqué à une matière autre que la soie en fils longs et continus, n'impliquait-il pas l'idée d'une matière à fibres courtes, non continues, de l'étoupe du cocon percé ou non percé? Bombix, bombax, c'est le nom latin du coton ^^l II est difficile de ne pas reconnaître dans l'un et l'autre mot le pehivi pambax, le
^') Avicenne a employé le mot harir comme synonyme de ibritêim,
^*) Le katine arabe est la soie blanche cuite.
(^) Cicment-MuUet a écrit une très intéressante étude sur la connaissance que les Arabes ont eue des vers à soie, étude qui fait partie de ses Recherche» »ur Vhuioirt naturelle chez le» Arabe» {Journal viatique , 5* série, t. Xll, 1866, p. /igG à 593).
^^) S. hidori Hi»palen»i» epitcopi Etymologiarum lihri xx, i58o.
^^) Pline a employé le mot bombyx avec le sens de coton. Ce mot est aussi de liasse lalinilô; voir D:i Can^c, t. I, p. 719.
persan pamba, qui désignait le coton. Le pehivi pambax doit être la souche du mot bombyx, du bombycion ou bambacion des Grecs du temps d'Alexandre. Quand Aristote se sert de ces mots, il le fait à l'occasion des vers à soie de l'ile de Gos, et il est peu probable qu'on sût à Gos dévider la soie de leurs cocons. La matière iégcre, courte et soyeuse des cocons devait rappeler Tidée du coton. Il faut remarquer que, dans la légende persane du ver de Heftwad, la fille de Heftwad filait, cotnme elle jilaii le coton, le produit que donnait le ver mystérieux.
Nous avons dit, dans le chapitre de la Perse, quelle importance l'art de la soie a eue dans cette contrée et à quel haut degré d'avancement il y fut porté. L'art des Persans a été introduit dans l'Empire grec et dans les pays d'Europe par les Arabes; ceux-ci ajoutèrent à l'expérience qu'ils avaient des procédés persans, celle qu'ils avaient recueillie en Ghine, dans l'Asie orientale, avec laquelle ils entretenaient un commerce régulier.
Nous nous arrêtons à la période obscure du vi"* au x* siècle, pendant laquelle l'art de la soie s'établit lentement en Europe avec les Arabes et les Grecs pour premiers instituteurs. Nous avons exposé précédemment ce que nous avons appris des origines de cette industrie en Italie, en France et en Espagne.
LES PROPRIETES PHYSIQUES
Le ver à soie produit et tient renfermée dans deux glandes aux nombreux replis une matière particulière qui est la soie.
Ces glandes ont une structure différente suivant les genres : chez les SaturniideSt le diamètre est à peu près le même dans toute la longueur; chez les Bombycides, les glandes présentent, vers le milieu de leur longueur, un renflement relativement excessif, et la partie renflée forme le réservoir.
La soie est formée, en général, pour la plus grande partie, de fibrome i^\a fibrome est la soie proprement dite), et, pour l'autre partie, de grès et d'une matière colorante»
Suivant les uns, la soie est entièrement de la fibroîne^^^ ; mais une partie de lafibroînese transformerait en séricine par oxydation et par hydratation, et la séricine^^^ serait le grès, cet enduit gélatineux ou gommeux qui enveloppe \a fibrome. Suivant les autres, la fibrdine est accompagnée de substances étrangères de composition diverse, dont une est le grès, une autre la matière colorante des soies colorées, etc.
La soie, en sortant du réservoir, passe par un tube très étroit,
^*} Si la soie et le grès étaient de la ^&rom«, ils devraient provenir d*un même organe de sécrétion. Gela n*est pas certain. Cornai ia a regardé les deux petites glandes que de Filippi a découvertes en i853 {appendici gliandolari dêl ieritterio) comme étant la source du grès; la sécrétion du grès serait donc différente de celle de la soie.
^') Plusieurs auteurs donnent au grès le nom de séricine.
appelé tube excréteur; les deux tubes (il y a deux glandes symétriques ) aboulissent à uQ orifice, canal très court, qui précède la trompe, celle-ci ouverte à l'air libre. La chenille, par le mouvement ondulatoire de sa tête et l'action des muscles , tire les deux brins de soie et les fait sortir par Torifice. C'est à ce point qu'ils se soudent formant un seul fil qu'on appelle bave ^^K
Ni les tubes excréteurs, ni le petit canal , ni la trompe ne sont des organes rigides; ils ont des parois membraneuses élastiques, et se prêtent à la sortie d'une matière plus ou moins abondante, plus ou moins fluide, de brifis plus ou moins fins ^^K
On peut regarder le brin comme étant un filament àe/brme enveloppé d'une couche de séricine ou de gris, et ayant de plus, le plus souvent, entre la jfirome et le gris une autre couche qui est la matière colorante ^^\ On s'accorde à voir dans le gris ^^^ et dans la matière colorante deux substances distinctes. Ils recouvrent la soie proprement dite à la façon d'un double fourreau, et la matière colorante a plus d'affinité pour le grès que pour la fibrome.
La bave est donc formée de deux brins simplement juxtaposés, le plus souvent collés, soudés ensemble par le gris ^^\ Elle est comme un ruban ou lenticulaire ou plat, ainsi qu'on va le voir.
(^) Il arrive souvent que les deux hrm» sorlent de la (rompe toutâ fait séparés, nous voulons dire sans être soudés.
^*' Coroalia a décrit très exactement Panatomie du ver â soie dans le grand et bel ouvrage qu*il a publié en 1 856 sous le titre de Monografia del bombice del geko. (Voir, pour les oignes séricigènes, la planche x, n' i53.)
(^) Duseigneur a fait devant nous la démonstration de ce fait. Il a écrit dans sod ouvrage sur Le cocon de soie : <r II (le grée) est lui-même presque aussi cristallin que lafbroîne, mais séparé de celle-ci par une couche de matière colorante y> (3' édition, p. 16).
^^) Le grèi qui enveloppe la fifrowe fait partie intégrante de la soie grège. U n*a aucun rapport avec le liquide que la chenille de certaines espèces sauvages lance, au cours de la construction de son cocon, sur les premières vestes, liquide qui colore et durcit le cocon. Ce liquide, formé en partie d*ura(e d^ammoniaque, est excrémentiliel. La chenille de la plupart des Antherœa, des AtUicus et des Samia file une soie blanche ou blonde, et, quelle que soit Taclion de Tair sur la bave, il est certain que le liquide doi/t nous parlons est la principale cause de la coloration foncée du cocon. C'est en eu provoquant l'expulsion avant la tissure du cocon que lu major Goussmaker a obtenu dans rindc des cocons tout â fait blancs de VAntherœa tnyliUa.
^^) Nous avons dit que les frriVij sont parfois sépai\>s.
Les brins sont, les uns cylindriques ou à demi cylindriques, les autres plats ou à peu près plats.
Les vers à soie du mûrier ont le btnn cylindrique. La section du brin n'est pas un cercle, c'est souvent une ellipse dont le contour est même très irrégulier. Toutefois le mot cylindrique exprime le mieux la forme du brin par rapport à la forme du brin aplati.
Le brin du ver du mûrier, même le plus égal , n'est donc pas cylindrique; sa forme est irrégulière ^^^
Les observateurs qui ont écrit sur le cocon ont attribué à la bave un volume décroissant dans une proportion constante à partir de Teitérieur. Un d'eux. Robinet, a dit très nettement : c( En commençant le cocon, le ver file plus gros qu'en le finissant ^'^^ n Gornalia n'a pas été moins aOirmatif : «Il filo di seta non è un cilindro ma un cono allungatissimo ^^\ j> Il ne puratt pas que cela soit exact. Si nous acceptons comme définitifs les résultats d'un assez grand nombre d'épreuves, le brin, sans doute plus gros au commencement qu'à la fin, serait le plus gros vers le milieu (ou plutôt vers le tiers) du cocon ^^\
Robinet n'a pas poussé très loin ses observations dans cette direction. Duseigneur a repris cette étude, mais ses recherches n'ont pas été assez étendues et n'ont pas porté sur un assez grand
^'^ Robinet Tavait remarqué (Mémoire êur la filature de la taie, 1889, p. a/j).
^') Robinet a dit, dans son Mémoire iur la filature de la iaie: «La soie qui e^t à la surface du cocon est plus grosse que celle qu^elle recouvre; le brin va en dimiim»iil à mesure quMl se rapproche de la surface inlorue du cocon. Cette difTérence peut être de moitié» (p. Sa).
(^} Monografia del bombice del geUo , p. 1 66.
^*) Pour la soie, les mois grosseur ei fineue ont, suivant le cas, une signification différente. Dans le langage ordinaire, la grosseur et la finesse représentent lu volume, le diamètre. Quand nous disons que le brin efi le plus gros vers le milieu du cocon , nous Yoolons dire que son diamètre est le plus grand en cet endroit. Mais, dans Tindustrie de la soie, les mots grosseur ei finesse ont un sens différent. La grosseur est exprimée parle poids obtenu au titrage; la soie la plus grosse n^est pas celle qui a le plus fort volume, cW celle qui pèse le plus pour une longueur fixe de 5ou mètres. Une soie grège de 1 a deniers est plus grosse qu'une soie de 1 o deniers. Il ne s'ensuit pas que le volume ou diamètre de la première soit plus grand que celui de la seconde; il n'en serait ainsi que si les densités étaient les mêmes. Le volume ne correspond pas nécessairement au poids.
nombre de hâves de provenances difFérentes pour que les conclusions soient définitives. Toutefois Duseigneur a constaté, dans ses études, deux faits : le premier, c*cst que, dans un cocon, le titre de la bave diminue depuis la surface jusqu'à la teletle, et cela dans la proportion de 100 à 60; le second fait, c'est que, dans les cocons soumis aux épreuves, le diamètre de la bave était à peu près le même (de ao millièmes de millimètre) dans les six premières vestes, et que le diamèlre de la bave diminuait brusquement dans la septième, quelquefois dans la sixième veste.
Duseigneur inclinait à penser que la chenille émet la 6at« avec un diamètre à peu de chose près le même pendant les cinq ou six septièmes de son travail, et que, à mesure que le réservoir se vide, la bave sort de l'organe avec une densité moindre. La bave, avec le même diamètre , a donc une contexture de moins en moins serrée, et, lors du dévidage, l'eiïort du tour è tirer, animé d'une vitesse égale, réduit le diamètre de la bave d'autant plus qu'on s'éloigne davantage de la première veste ^^\
La vérité est aussi qu'il faut distinguer entre le diamètre apparent et le diamètre réel du brin.
Le diamètre apparent varie, parce que lafibroîne est entourée d'une quantité de grès variable, mais il varie très peu.
Le diamètre de l'axe àejibrolne, du brin de soie pure, est-il à peu près le même dans toute la longueur? Nous ne le croyons pas. Nous pensons que le volume de la bave, pure ou presque pure, varie notablement dans le cours de la longueur; il ne varie pas tout à fait dans le même rapport que la ténacité, l'élasticité et le titre , mais la différence n'est pas grande. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet (p. 618 à 6s 0).
Les écarts qu'on observe dans le volume de la soie pure ne sont pas les mêmes qu'on observe dans le volume de la soie chargée de grès.
Le brin de soie n'a donc pas le même volume dans le cours de la longueur; il n'a pas non plus le même poids. Plus il est rapproché de la tektte, plus il est léger et moindre est sa densité.
(>) Le cocon de soie, a* édition, p. aâ3 à 9^5.
D*où il suit que la bave qui forme les deuxième, troisième, (|uatrième vestes, les couches du milieu d'un cocon, a au plus haut degré les propriétés physiques de la soie, la densité, la ténacité, l'élaslicité. On peut dire que la bave des dernières vestes est la plus pauvre. C'est du reste ce qui résulte de la plupart des épreuves ^^\
Le brin ne présente, dans tous les genres de vers à soie, ni la même structure, ni le même aspect. En général, les vers à soie qui appartiennent à la famille des Bombycides ont le brin lisse et compact. Plusieurs genres des Liparides l'ont aussi lisse et cylindrique. Les espèces qui appartiennent à la famille des Saturniides ont le brin strié et non compact.
Les brins cylindriques ou à demi cylindriques sont lisses, et les brins plats ou à peu près plats sont striés. Il semble qu'il y ait des exceptions.
Robinet a examiné au microscope, il y a une cinquantaine d'années, en 1 838, la bave des vers à soie, et Cornalia s'est livré, en i856, à un travail du même genre dont il a publié les résultats.
Un autre observateur italien , M. Ad. Targioni-Tozzetti, a fait, en 1866, l'étude au microscope de la bave d'une vingtaine d'espèces de vers à soie ^^^K 11 résulte de ses observations ^^^ que le brin du BanJ^yx tnori, lisse à la surface et au milieu du cocon, est à demi
^') M. Pariscl, qui a suivi tes épreuves faites au Laboratoire de Lyon sur plus de 80 cocons dVspèces ou de races diflercnles, a présenté à ce sujet, dans le rapport de i885, les remarques suivantes : <( Le diamèire et le titre d*une bave n^ont pas une corrélation nécessaire. Dans un cocon , la bave des dernières couches pèse moins , sans avoir pour cela un diamètre moindre; c^est la densité qui diminue. 11 semble qu'au début de son travail, le ver projette un brin riche, pourvu de toutes les qualités; à mesure que le réservoir se vide, le brin s^appauvrit. Il y a une autre cause dont les effets sont encore inconnus, c*est Taction de Tair extérieur sur \ajibrùine liquide, avec laquelle il est plus longtemps en contact pendant les premiers travaux du ver. Quoi qu'il en soit, il est à noter que, dans lèbave du cocon, la ténacité, Tclasticité et la pesanteur sont généralement au maximum dans les épreuves des premières re$lee,ii (Laboratoire, Rapport $ur le$ travaux en i885, p. A 8 et /Î9).
(') M. Targioni-Tozzetti était, à cette époque, directeur de la Station d'entomologie agricole de Florence ; il est aujourd'hui professeur de zoologie et d'anatomie des animaux sans vertèbres à l'École des hautes études de Florence.
(^) Relazione êopre la êeta moogka délie Indie, 1867, p. 19.
strié près de la teleite^^\ et que le brin de YAntherœa assama est, h la surface du cocon, à demi cylindrique et strié.
Dix ans plus tard, en 1876, le D** G. Bidie, de Madras» qui ne connaissait probablement pas le mémoire de M. Targioni, est arrivé, pour le ver à soie du mûrier et VAntherœa mylitta, à la même conclusion que le savant florentin.
En 1877, MM. Luigi Gabba et Otto Textor ont observé que la bave de YAntherœa mylitta présente à la surface de nombreuses stries parallèles '^^K
En 1879, M. Thomas Wardle a entrepris sur la structure des brins les mêmes études que M. Targioni et a signalé les mêmes différences dans la forme. Les deux observateurs sont en désaccord sur un point : M. Thomas Wardle a fait la remarque que le brin du Satumia carpini est cylindrique et lisse , et M. Targioni- Tozzelti l'avait vu plat et strié.
M. Wardle a cherché à expliquer la différence dans la structure par l'hypothèse que la soie, chez les Saturniides, est, quand elle traverse les tiAes excréteurs et quand elle sort, dans un état plus fluide qu'elle ne l'est chez les Bombycides.
Le brin paratt être, chez les Bombycides, un filament unique et compact. Chez les Saturniides, le brin, strié longitudinalement, est comme un faisceau composé de nombreuses petites libres di»tinctes^^l Les stries représentent des fibrilles. Ce n'est qu'une apparence, comme nous allons le montrer.
On a entrepris, au Laboratoire d'étude de la soie de Lyon, de découvrir la cause de la différence qui existe entre la bave des Bombycides et celle des Saturniides. Cette découverte a été faite par M. L. Blanc, préparateur du cours de physiologie à la Faculté des
t') «t Le 6rifi (du ver du mûrier) est aplati à rinlériear (cVst-^-dîre près de la Ulettê) , tandis qu^il est cylindrique à la surface et au milieu du cocon. G^est à riolérieur que le brin est le plus pauvre , qu'il est en quelque sorte déformé et légèrement strié n (Relazione, p. 8 et 9).
(') «La superficie délia bava è fortemente rigata da innumerevoli slriscie parallèle; qucsta rigatura si osserva anche nel filo sgrassato, ma allora le linee non sono tanio marcato corne lo erano prinja dello sgrassamenlo» (La seladd Bombyx mylitta, p. B).
(^) M. Thomas Wardle a annoncé qu'il a pu séparer ces fibrilles au moyeu du permanganate de potasse (jThe wild ailka, 1880, p. ai. llandbook, 1881 , p. 97).
Bomrx MOBi. anther^:a PERivri.
Coupe de !■ glande dans laquelle II ioie csl reafennée.
Matière soyeiue oufiirotne contenue duu le i^aervoir el vue avec un foii groasÎMemenl.
(Gaips ttitt dADi II JtbwH.)
Coupe des deux briat ronnuil la bavt.
( Laboralnirc d'iltide da la mie à Lyon. )
sciences de Lyon. Ce jeune savant a fait des coupes des organas séricigènes et de la bave du Bombyx mort et de YAntherœa Pemyi; il a constaté que l'organe de sécrétion et le réservoir n'ont pas dans YAntherœa Pemyi la même forme que dans le Bombyx mori. Il a observé en outre que la matière qui doit devenir la soie ne se présente pas , dans Tune et l'autre espèce , avec la même apparence ^^^
^Chez YAntherœa Pernyi, dit M. L. Blanc, la^^otne renfermée dans l'appareil séricigène n'est pas homogène; elle est creusée d'un très grand nombre de cavités remplies d'un liquide albumineux. En passant à travers les tubes excréteurs et la filière, la fibroxne est étirée et les cavités s'allongent en même temps. La soie se dessèche, et le liquide des cavités est remplacé par de l'air, j»
M. L. Blanc conclut : «La bave des vers pernyens est sillonnée de canalicules longitudinaux très fins et remplis d'air qui lui donnent son aspect strié. Ces canalicules proviennent de l'étirage des cavités dont est creusée la fibrdine renfermée dans l'organe séricigène ^^\ »
Ces canaux divisent le filament de soie et forment les stries qui présentent des traits noirs sur la fibrome jaune pâle. Cette structure donne l'explication de la désagrégation si facile de la bave, et par suite de la soie, des Antherœa et de la plupart des Saturniides. Cette désagrégation est un assez grave défaut; elle est accrue à raison de la nécessité où l'on est de décreuser en partie le cocon.
M. Targioni-Tozzelti, aprèb avoir établi quel est l'état physique des difl*érentes baves, a conclu que, si la soie du ver du mûrier a tant de brillant et de netteté, elle doit ces qualités à la structure de la bave ^^^ , et qu'on ne peut trouver ces qualités dans la soie des Antlierœa^^K La découverte de M. L. Blanc démontre la justesse de cette remarque.
^') On se rend compte par les dessins ci-joints de la diffërenoe dans la forme des bavei. Très renflée chez les Bombycides, la portion des glandes qui sert de réservoir a , chez les Saturniides, à peu près le même diamètre que les autres parties des glandes.
(^) L. Blanc, note du 37 mars 1886.
^^) Brins cylindriques, lisses, compacts et transparents.
(^^ Brins plats, stries, divisés, ayant une matière colorante assez solide.
La bave est un ruban dont la section paraît être une double ellipse plus ou moins aplatie, plus ou moins régulière; elle est formée de deux brins sortis au même moment, collés ensemble par un des côtés. Chaque brin étant enveloppé de grès (d'une couche de grès plus ou moins épaisse suivant les espèces), il s'ensuit que la section de la bave présente successivement : une couche de grès ; la fibrcUne ; une deuxième et une troisième couche de gréa; laijibrciine, et une quatrième couche de grès. (Nous négligeons la matière colorante. ) Gomme certains vers à soie sécrètent un autre grès ou vernis , on observe quelquefois sur la bave des dépôts de grès autres que ceux dont nous venons de parler.
D'après ce que nous avons dit plus haut, les deux brins de soie sortent en même temps et parallèlement de la trompe de la chenille , restent juxtaposés et se soudent l'un à l'autre, sans qu'il y ait ni croisure ni torsion. Nous devons toutefois signaler les assertions différentes de deux savants qui ont soumis la bave de YÂnilierœa myltUa à un examen très attentif ^^K
M. le D' Luigi Gabba et M. Otto Textor ont conclu de leurs observations, faites à Milan en 1877, que la bave de YAntherœa mylitia est plate ^^\ composée de deux brins agglutinés et tordus de droite à gauche , la torsion étant de 1 8 tours en moyenne par mètre ^^\ Nous ignorons comment les expérimentateurs ont constaté le fait de cette torsion et ont mesuré celle-ci ; ils ont fait remarquer cependant que les brins accouplés paraissent être parallèles , tant la torsion [torcitura) est faible , disent les observateurs (^). Nous nous bornons à faire connaître ces affirmations. La bave de YAntherœa mifKtta est l'objet d'une nouvelle étude par rapport à celte torsion qu'il est difficile d'expliquer.
(^) La teta del Bombyx mylitta. Otêervatione ed eiperimenti del Dott. Lmgi Gabba edi Textor Ing, Otto. Milan, 1877.
^') «La section des deux fibres élémentaires forme une dlipse très allon^» (p- ^ )•
(3) «Le bave semprano piatte, composte di due filuzn agglutînati e attorti-
giiati insieme nel senso del filato, vale a dire, la torcitura va dalla mano désira alla manosinistra con circa 18 giri di torio per ogni métro» (p. 5). — Trente épreuves ont été faites. On a constaté une torsion de 10 â 5o tours par mètre, i8.3d tours en moyenne (p. 17).
^^^ «La bava è composta di due fili acoppiati insieme , i quali sembrano
paralleli in causa délia poca torcitura che anno subito» (p. 5).
Le grès paraît n'être pas de même nature dans toutes les espèces de vers à soie. Le grès des Bombycides, celui du Pachypasa otus et celui du Philosamia Walkeri, le grès de YAntlierœa Pernyi, par exemple, sont très différents, ou du moins leur solubilité dans les bains alcalins de décreusage est très inégale.
Les alcalis et les ammoniures n'exercent pas la même action sur les brins des différentes espèces de lépidoptères séricigènes. Il y a des hrins solubles dans ces liquides et d'autres qui ne le sont pas.
La soie proprement dite est obtenue par le dévidage ou tirage simultané des hâves de plusieurs cocons , ceux-ci étant immergés généralement dans de Teau chaude; la soie est la réunion de plusieurs baves croisées et soudées ensemble (mais non tordues), de telle sorte que celles-ci forment un fil unique, cylindrique, uni et régulier.
Ces faits exposés (^), nous devons parier des propriétés physiques de la bave.
Il a été fait, en France et en Italie, dans le cours des vingt-cinq dernières années , de nombreuses expériences ayant pour objet de déterminer la finesse, le titre, la ténacité et l'élasticité de la bave du ver à soie. Robinet est le premier qui a abordé cette étude, et nous dirons tout à l'heure la part quïl a prise à ces travaux. Notre ami Persoz père, dont le nom est resté attaché à des études et à des découvertes de chimie appliquée à l'industrie, a entrepris également des recherches de ce genre. Ce savant n'a pas malheureusement donné à cette œuvre les développements qui étaient dans sa pensée. Les résultats du travail que Persoz père a fait à la Condition des soies de Paris ont été publiés par lui en 1860 dans le Bulletin de la Société zoologique d'accUmatation^^K Nous avons dit
(') Nous faisons nos réserves sur la valeur des observations dont nous avons donné les résultats. L'obscurité est encore partout. On ignore comment est produit le grh, qui forme soit le quart, soit le tiers, parfois la moitié de la matière soyeuse. Le mode de coloration de la bave parait être différent chei les Bombycides et les Satumiides. Les Aniherœa, les Attactu et les Samia, dont les cocons, après leur achèvement, sont de couleur foncée, ûlent une soie généralement blanche, et la tefette, très vernie, reste ordinairement blanche. L'anatomie d'une Satumiide n'a pas été faite, et Ton n'a pas étudié la bav€ des nombreux genres de lépidoptères séricigènes autres que les Bombycides et les Salurniides.
^^) J. Pei-floz (père). Sur la ténacité et l*éla»ticité relative* des fiU de diverne etpècet de »oiej i" série, t. VII, 18G0, p. 545 à 5/19.
déjà que M. Targioni-Tozzetti s'est livré, en 1866, à des observations sur la bave d'une vingtaine d'espèces (^). Enfin, M. Thomas Wardle, deLeek, a fait de son côté, de 1877 à i884, les mêmes expériences, et nous ferons connaître les conclusions qu'on peut tirer de ses études.
Nous ne parlons pas en ce moment des expériences faites sur les soies, nous voulons dire sur les fils de soie formés par la réunion de baves tirées de plusieurs cocons. Ces dernières expériences ont été faites par Robinet à plusieurs reprises, d'abord de i836 à 1889, ensuite de i8^3 à 18/18. Robinet, qui a conduit avec une sagacité et une exactitude rares des études étendues sur le ver à soie et son élevage , sur la formation de la soie et l'art de tirer la bave du cocon, fait, à juste titre et surtout, autorité pour tout ce qui se rapporte aux propriétés physiques de Ja soie, et il a consigné, dans son Mémoire sur hjUaiure de la soie et dans plusieurs autres mémoires, des faits et des conclusions qui offrent un très vif intérêt ^^\
Enfin, M. Jules Persoz a soumis à un certain nombre d'épreuves les soies grèges, écrues ou décreusées ^^\
M. Wardle ne s'est occupé, nous le répétons, que de la bave du ver à soie ; nous allons donc parler de la bave.
'*) Le mémoire de M. Targioni-Tozzetti {Bdazione $opra la iêta moogha délie Indie, e topra un oputculo intorno alla riaceUmazionê del geleo) a été inséré dans les Alti dei Georgofili, Nuov. ier., t. XllI, 1867 ; il en a été fait un tirage à parL
('} Les mémoires de Robinet sont peu connus; il y en a quatre sur lesquels nous appelons le plus Tattention et qui portent le titre de Recherckei iur la production de la Moie en France. Ces mémoires ont été insérés dans les Mémoire» d'agriculture, d'économie rurale et dome»tique publiés par la Société royale et centrale d^agriculture. 1*' mémoire : De la production de la matière première, année i8'i3 , p. i55 à 199; 3* mémoire : De$ propriété» générale» de la »oie, année i8/i3 , p. 900 à Shh ; 3* mémoire : De» circonetance» qui influent favorablement »ur la production de la »oie et »ur le» qualité» qu'on recherche dan» ce fil, année iShti, p. a3A à 3o6; U* mémoire : De» influence» qui peuvent augmenter ou diminuer le» qualité» de la »oie, année i8â6, p. ii3 â 907. (Voir aussi : Robinet^ Mémoire tur la formation de la »oie, année iSUh^ p. 1 55 à 180.) — M. Jules Persoz, dans son E»»ai »ur le conditionnement, le titrage et le décreueage de la »oie, année 1878 (p. /i3 à/i7), et M. Eugène Maillot, dans ses Leçon» »w le ver à »oie du mûrier, année i885 (p. 199 à 907), ont donné un aperçu des observations et des conclusions de Robinet. On trouvera quelques renseignements sur le même sujet dans une notice du docteur Quajat , intitulée : Im 8eta. Condizionalura e »aggi cui viene a»»oggettata in commercio, année 1880.
(') Jules Persoz, E»»ai 8ur le conditionnement de la »oie, p. A 9 et 5 A.
M. Wardle nous a fait connattre de quelle façon il a procédé à l'étude de la bave. Il est inutile de décrire ici ce procédé ; nous nous bornerons à dire que les cocons sont restés plongés pendant plusieurs heures dans une dissolution neutre de savon de Marseille chauffée jusqu'à 70 degrés centigrades. La bave a été examinée de 5 o en 5 o mètres, et à chacun de ces points, dans l'étendue d'un mètre, six épreuves ont été faites. Chaque nombre de M. Wardle exprime la moyenne des six épreuves.
Les dernières expériences de M. Thomas Wardle, faites en 188/1 et en 188 5, ont porté sur 3a cocons de différentes espèces de vers à soie. Des expériences du même genre avaient été faites par lui précédemment , et leurs résultats ont été publiés en 1 880 ^*'. Mais il ne faut pas perdre de vue que les chiffres auxquels ont conduit les premiers travaux de M. Wardle s'appliquent au brm simple et non pas à la bave.
Va finesse a été mesurée en fraction de pouce anglais (mc/i) (^^^ nous l'avons représentée par des millièmes de millimètre.
Nous appelons ténacité la résistance qu'une fibre oppose à la rupture, lorsque cette fibre est tirée dans le sens de la longueur. La ténacité a été calculée d'après la charge en drachmes avoir du poids ^^^ que supporte, au moment de se rompre, une bave de 1 5 centimètres de long.
Véîasticité a été calculée d'après l'allongement qu'on peut obtenir d'une bave de 3o centimètres de long, avant qu'elle se rompe; l'élasticité est représentée par des millimètres.
Nous^ disons l'élasticité en faisant usage du langage courant, mais ce n'est pas l'élasticité qui a été mesurée.
Vélasùcité est la propriété qu'un fil possède de s'allonger dans certaines limites et de reprendre en partie sa forme primitive, de se retirer sur lui-même, quand la force mécanique qui a déterminé l'allongement a cessé d'agir : c'est le pouvoir de retrait.
On n'est pas encore d'accord sur la définition de la (luclllltt^.
^^) Thomas Wardle, Tke wildëUk* of tndia, principally luêier, t88o, p. 1 1. (^) Le pouce, doiizi me du pied anglais, est de a 5 milliroèlres /i/io. (^) La drachme ou drani, seizième de Fonce avoir du poids, eal de i ([ramiut*
La ductllitë n'est peut-être pas la même chose que Y extensibilité. L'extensibilité est la propriété qu'un fil a de s'allonger par l'effet de la tension, soit que la partie allongée conserve son allongement, soil qu'elle ne le conserve qu'en partie. On doit réserver le nom de ductilité, suivant certains obervateurs, à la propriété que le fil a d'acquérir par la tension un allongement permanent. Quoi qu'il en soit, c'est l'allongement tout entier qu'on a mesuré jusqu'à présent. M. Wardle l'a mesuré, jugeant sui&sant de se servir du procédé auquel on a recours dans la pratique.
Robinet a fait, même au début de ses travaux, la distinction entre l'élasticité et la ductilité, et a défini les deux propriétés dans son deuxième mémoire de i8&3. Gornalia a recommandé l'étude de ces propriétés dans la bave de chaque espèce. Il semble qu'on n'a plus donné, dans les dernières années, aux noms d'élasticité et de ductilité leur ancienne signification. Nous n'insisterons pas davantage sur ce point. On a des mesures, seulement pour les soies grèges ^'^ , de ce qu'on a appelé ïallongement permanent et Yallongement élastique ou temporaire ^^K
L'élasticité ou le pouvoir de retrait du fil après la tension, celle-ci étant supprimée, doit arrêter le plus l'attention, et il serait nécessaire d'adopter un système d'épreuves qui permit de constater et de comparer dans les diverses espèces le retrait dont nous venons de parler.
On a étudié, pour la première fois, en i836, Télasticité de la soie. Des experts nommés par la Société centrale d'agriculture constatèrent alors que la bave de cocons blancs de la race Sina avait une élasticité variant de i s à 19 p. 1 00.
M. Thomas Wardle nous a chargé de présenter à la Chambre
^*) Robinet a fiait ses expériences sur les soies de dix [espèces de cocons de vers à soie de diverses races élevés en France, ces soies ayant été filées successivement à trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf ou dix cocons.
'^} M. Jules Persoz a examiné « les effets produits sur un même fil (un fil de soie grège) par des tractions progressives, c'est-à-dire les allongements qui correspondent à ces tractions et les allongemenl« qui persistent au moment oiî les tractions sont supprimées» {Euai 9ur le conditionnement de la êoie, p. hi). M. Eug. Maillot a résumé ce qu'on sait aujourd'hui de la ductilité et de Téiasticité dan» ses Leçons ew le ver à êoie du mûrier {p, aoo, aoi , 306 et 207).
IVVIIIHEIIIK liTIOSALE.
de commerce de Lyon le relevé de tous les résultats de ses expériences. Nous en donnons un résumé qui suffit eu égard au but que nous poursuivons : nous voulons montrer d'une façon générale quelles sont les différences qui existent entre les baves des diverses espèces de ver à soie domestiques, demi-domestiques ou sauvages , et dans quelle mesure telle propriété physique caractérise la bave de telle de ces espèces.
Nous avons , pour cela , indiqué quel est l'état physique de la bave sur toute sa longueur : d'abord à la surface du cocon , au quart, à la moitié et aux trois quarts de la longueur de la bave, et le plus près de la tekUe. Ramenant la longueur de la bave dévidée à une longueur uniforme de 1,000 mètres, nous avons inscrit à des intervalles réguliers et proportionnels les observations faites. Le travail présenté de la sorte était plus exact ^^\ mais il nous a paru que les premières indications, quoique abrégées, étaient suffisantes, et ce sont celles que nous donnons ci-après.
Les tableaux qui suivent ne contiennent, nous le répétons, que les résultats des expériences de M. Thomas Wardle. Nous les ferons suivre de nos remarques sur les faits qu'ils mettent en lumière, et nous montrerons plus loin à quelles conclusions nous ont conduit les essais du même genre, beaucoup plus nombreux, qui ont été faits au Laboratoire d'étude de la soie de Lyon.
^*) Nous avons déposé ce travail aa Laboratoire d*étude de la mie de Lyon.