LES ORIGINES DE L'ART DE LA SOIE
L'histoire de la soie a ëté écrite par M. Ernest Pariset, qui n'a conduit, à notre grand regret, cette histoire que jusqu'au XII* siècle ^^^; M. Pariset a montré, avec une rare clarté, les origines, les déplacements et les développements de l'industrie de la soie. Nous n'avons, en vérité, que peu de chose à ajouter à cette brillante étude. Le sujet a été h peu près épuisé, mais, comme nous avons présenté, dans le cours de notre travail, des faits nouveaux ou des remarques nouvelles, nous sommes amené à revenir rapidement sur une suite d'événements sur lesquels la lumière n'a pas encore été faite entièrement ^^\
Le ver à soie et le mûrier sont indigènes au nord de la Chine.
Au nord de la Chine, dès la plus haute antiquité, pour la première fois on a soumis les vers à soie à une éducation régulière; on a tiré la soie de leurs cocons et l'on a tissé la soie.
Les Chinois font remonter l'invention de cet art à l'an 3697 avant l'ère chrétienne; ils attribuent ces diverses inventions à une impératrice, à Si-ling-chi, épouse de Hoang-ti, et cette princesse était, dit-on, originaire de Si-ling, dans la province deHou-pèh ^^\
^^) Histoire de la toie, *j vol. in-8°, 186s el i865.
^*) Nous devons si(rnaler plusieurs mémoires dans lesquels Télude des ongines de Tart et du commerce de la soie a élé abordée : Pardessus, Mémoire sur le commerce de la fot0 chez les anciens antérieurement au vi' siècle de Vère chrétienne (Mémoires de l'Institut, Académie des inscriptions et belles-lettres , i, XV, 18/19, p. 1 à ^17); Mahudel, De V origine de la soye, 1719 {Histoire de V Académie royale des inscriptions, l. V, 1799, p. 31 8 à 33o); Tabbé Brotier, Mémoire sur les connaissances et V usage de la soie chez les Romains , 1 78/1 (Mémoires de littérature tirés des registres de l'Académie des inscriptions, L XLVl, 1799, p. 653 à 663); Lalreiile, Eclaircissement de quelques passages d'auteurs anciens, relatifs à des vers à soie ou aux insectes qui y sont désignés sotu les noms de Bombyx et de Vers (Annales des sciences naturelles, l. XIII, i83i , p. 58 à 18/1).
^^^ Si-ling répond à Hoang-kang, dans le déparlemenl de Hoang-tchéou-fou (province de Hou-pèb).
Il existe un ensemble de témoignages qui ne laissent pas de doute sur l'antiquité de l'art de la soie en Chine ^^^ Ces témoignages établissent que cet art s'y est formé de lui-même, d*une façon absolument indépendante» et qu'il est resté, dans son pays d'origine, inconnu au reste du monde pendant une longue suite de siècles. Cet art était si bien l'œuvre de ce peuple que , chez aucune nation, la langue ne contient autant d'expressions originales, simples et précises, pour nommer tout ce qui se rapporte à la soie. Une quinzaine de caractères, placés sous la clef des vers, sont consacrés aux larves, aux cocons et aux papillons des insectes fileurs de soie. Le caractère de la soie, qui a la valeur d'un radical, se trouve dans plus de cent caractères composés qui servent i désigner les fils de soie depuis la bave et la bourre non dévidable jusqu'à la soie è plusieurs bouts, toutes les sortes de tissus de soie, et même les différents modes de tissage.
Une autre particularité s'attache à l'art de la soie en Chine, c'est l'action personnelle et constante du souverain. L'empereur en a été longtemps comme l'instituteur et le gardien; la pratique rigoureuse de tous les procédés a été un devoir prescrit et réglé par les rites, elle a été entretenue au siège même de la Cour. Dans quelque état d'anarchie que l'empire fAt tombé, l'industrie subsista, plus ou moins resserrée, toujours entière; elle eut une sorte de caractère religieux, elle devint peu à peu profondément populaire. La loi rendit ce travail obligatoire dans plus d'un cas, et le mode de payement en nature d'une partie des impôts fonciers permit de le favoriser.
L'auteur du Dictionnaire Eul-ya a donné au ver à soie le nom de siang ^^K Dans l'opinion commune, l'auteur de VEul-ya est
(^) Par l*art de la soie, nous entendons parler ici de Téducation des vers à soie et du tirage de la soie, mais ce que nous disons est vrai également pour le tissage. Le père Martini, qui a vécu longtemps à Pé-king au xtii* siède, a bien expliqué que, diaprés les livres chinois, ces deux industries {hcmbycum educaiienêm, bysêi ac terià
cotifiekndi raiionem ) remontent aux temps les plus anciens (Martini Martinii
Sinieae htBtoriae deeat prima, 1 658, p. 95).
^') Le chevalier de Paravey sVsl fondé sur ce nom de tiang , par lequel on désigne aussi, en chinois, Téléphant, pour présenter Thypothèse que le ver à soie chinois était originaire du pays des cléphauls {Du pay» primitif du ver à noie et de la premièn ei-
TchéoU'kong, ce prince célèbre auquel on doit Le livre des Rites des Tchéou; il écrivait au commencement du xif siècle avant J.-G. Kouo Po, disciple de Gonfucius, qui a refondu et commenté ce dictionnaire au m* siècle de notre ère , a pris soin de dire : « Le noy^ est le ver qui se nourrit des feuilles du mûrier et qui fait des cocons de soie; on l'appelle aussi Isan. j> Tsan, le nom actuel du ver è soie, est également ancien, car on le rencontre dans les livres classiques.
11 y a un fait certain, c'est que le mûrier (les variétés mongolica et bungeana du Morus alba) a été trouvera Tétat sauvage dans toute la région la plus septentrionale de la Chine, dans les provinces de Tchib-li, de Ghan-si, deGhèn-si, de Ghan-toung, et jusqu'en Mongolie. Nous savons que le ver à soie se nourrit des feuilles de ces variétés.
Un ver à soie è cocon blanc vit encore à l'état sauvage sur ce mûrier ^^\
Gelte opinion a cours que le ver à soie à cocon blanc est le plus répandu dans la partie septentrionale et la partie orientale de la Chine, et M. Pariset, l'auteur de YHistoire de la soie, estime que le ver à soie chinois, le ver primitif, est le Bombyx du mûrier è soie blanche ^^\ Gela ne nous parait pas démontré. Les vers h soie annuels à soie jaune ont été connus de tout temps dans le Cbantoung et le Sse-tchouèn. On les y a élevés en abondance. De nos jours même, des vers sauvages à soie jaune vivent à l'état sauvage sur le mûrier sauvage dans la province de Ghan-toung. Cette pro* vince est, on le sait, avec la large vallée de la rivière Hoeî dans le Chèn-si, le berceau de la civilisation en Chine. De plus, les vers à soie du Tchih-li, du Ghan-si et du Chèn-si que nous avons vus et que le Ministre de l'agriculture d'Italie a fait élever étaient à cocons jaunes. Les vers à soie sauvages qui, de nos jours, vivent encore à l'état sauvage sur le mûrier, le Theophila mandarina et le
viHêotion, dans \esAnnaleê de philoiophie chrétienne, i85i ). Celle hypotiiése doit élre absolument repoussée , comme bien d^aalres suppositions du même auteur.
'*J Les exemplaires de ce ver qui ont été trouvés en Mongolie par \e père Armand David étant perdus, on ignore A quelle espère ce ver appartient.
^') Histoire de la $oie, (. I, p. 7'!.
Hondotia metmana par exemple, filent une soie de couleur blonde ou gris jaunâtre, quelquefois d'un jaune paille.
Soung Ying-sing, qui vivait au commencement du xvii* siècle, a fait remarquer, dans le Thien-khong-khaî-w.^ , comme les vers à soie jaune et à soie blanche sont distribués dans la Chine, de telle sorte qu'ils ne sont pas réunis dans la même région. «^ On ne récolte , dit-il, dans le pays de Tchouèn-chèn et dans celui de Tsin-yu, que des cocons jaunes, jamais de cocons blancs, et les pays de Kia et de Hou ne fournissent que des cocons blancs. y> Le Tchouèn-chèn représente les provinces de Chèn-si et de Sse-tchouèn, le Tsin-yu les provinces de Chan-si et de Ho-nan.
La Corée a reçu, dit-on, le ver à soie (le ver à soie à cocon jaune) de la péninsule du Chan-toung, et Ta reçu dans les temps antéhistoriques; ce sont des Coréens, et un peu plus tard des Chinois du nord de la Chine (de la province de Chan-si), qui ont introduit l'art de la soie au Japon (du \\f au v" siècle de J.-C).
Les premiers vers à soie du mûrier qui ont été élevés dans l'Asie centrale, en Perse, dans l'Inde, sont des vers à soie jaune, et ce sont aussi des vers à soie jaune qu'on a soumis à l'élevage, à une époque éloignée , dans l'Arménie et en Syrie.
Un Bombyx du mûrier à cocon jaune est-il originaire d'une contrée occidentale par rapport à la Chine, soit du Khoraçan, soit de l'Arménie, soit des montagnes qui bordent la mer Caspienne au sud? Les cocons de ce Bombyx auraient été réduits à l'état d'étoupe (peignés) et filés, jusqu'à ce qu'on eût connu les méthodes chinoises de l'éducation et du tirage. Nous avons raconté, d'après Firdousi, la légende du ver de Heftwad, et nous avons dit, sur la foi d'anciens voyageurs arabes, que le ver à soie a été apporté de la Bactriane en Perse.
Faut-il écarter l'hypothèse précédente, et tenir pour certaine l'origine unique du ver à soie, l'histoire de l'introduction à Khotan du ver à soie chinois, lequel a été vraisemblablement le ver à soie jaune du Chan-si, du Chèn-si ou du Chan-toung?
Nous ne nous prononçons pas. Il est d'autant plus difficile de découvrir la vérité, que, dans l'état présent de nos connaissances, le ver à soie du mûrier à cocon jaune et celui à cocon blanc sont
regardés comme étant une même espèce, et que la couleur de la bave de la larve n'est pas un caractère fixe chez les vers à soie.
Nous ignorons quelles sont, au point de vue zoologique, les espèces du ver du mûrier qui sont répandues dans le monde entier, les unes sauvages ou à demi domestiques, les autres domestiques, ces dernières étant les produits d'une suite infinie de croisements divers. L'histoire de ces espèces n'a pas été faite.
A supposer même que, dans les forêts d'une région indéterminée de l'empire des Perses, on ait trouvé à l'état sauvage des vers à soie dont la matière soyeuse était filée au fuseau, hypothèse que M. Pariset a présentée, il n'en est pas moins constant que, jusqu'au VI* siècle de J.-G. , l'art de la soie proprement dit est resté le secret de la Chine , est resté propre à ce pays.
Aristote et Pline ont parlé des vers à soie et les ont décrits ^^\ On voit, par les erreurs dans lesquelles ces deux auteurs sont tombés, qu'ils ont écrit d'après des récits incertains. Ils ont signalé l'un et l'autre deux espèces de chenilles fileuses de soie, l'une de l'Assyrie, l'autre de l'île de Gos, dans la mer Egée.
Il est probable que la première espèce était un Bombyx vivant sur le mûrier. Cette espèce était-elle indigène et sauvage dans l'Assyrie ^^^ avait-elle été apportée du pays des Sères en Assyrie et vivait-elle dans cette contrée à l'état sauvage ou à l'état domestique; enfin, et cette dernière hypothèse a été soutenue par plusieurs auteurs, le Bombyx d'Assyrie ne représentait-il pas, comme le Bombyx d'Arabie de Properce, la soie des Sères introduite dans l'Occident par la voie de l'Asie centrale et dé là par celle de l'Assyrie ou de l'Arabie ^^^î Ces questions sont restées sans réponse définitive.
La seconde espèce de ver à soie se nourrissait de feuilles de
(*) AmroienMarcellin, au iv' siècle, a désigné clairement la soie (sericum) comme le produit de cocons dW insecte recueillis sur des arbres.
W E. Pariset, Histoire (fe (a «oie, t. I, p. 5, 65, 73, 7/1 et a 56. — Aldrovandi admettait Texistence, en ce tcmps-lâ, an iv' siècle avant J.-C, et en Assyrie, d'un Bombyx sauvage : crin quibus lods (Go et Assyria) Bombyces sponte sua texebant telar) (p. 385). Mahùdel a exprimé la même opinion. Ni Tun ni Tautre ne se sont prononcés sur le pays d'origine de ce ver.
(^^ Pardessus, Le commerce de la soie chez les anciens ^ p. 18.
cyprès, de térébinthe, de frêne ou de chéae. Ce que Pline a rapporté du ver de Ttie de Cos peut être, en partie» appliqué au Sphinx otuê de Drury, au Pachypasa otu$, qui vit encore de nos jours dans l'Asie Mineure , dans la région voisine de Ttle de Gos , sur le cyprès et le lentisque ^^K
La soie provenant des cocons de ces larves servait à faire des tissus légers et transparents.
Était-elle tirée, dévidée, ou bien, réduite à Tétat d'étoupe, étaitelle filée au fuseau? Ce dernier mode de préparation était proba* blement le seul qu'on connût M. Pariset est d'avis que le brnnbycinum des anciens était autre que le sericum, et qu'il faut le regarder comme étant l'étoupe de soie filée à la quenouille ^^l Gela est vraisemblable.
Les Grecs et les Romains, comme plus tard les Arabes, n*ayant pas connu le ver à soie et les fils qu'il donne à Tépoque où leur langue s'est formée, furent longtemps sans avoir de mot propre pour les désigner. Ils firent d'abord usage des mots bombyUos, bombycia et autres, d'origine perse, et leur connaissance des produits de rOrient s'étant étendue, ils introduisirent les mots $ir, sericè, $eriem.
Sir devint le nom grec du ver à soie , du ver à soie de la Chine.
Sericè, sericon, c'était le produit du êir, la soie de la Chine, la soie en fils continus et réguliers , provenant du dévidage de cocons non percés. La seule qu'on pût avoir venait du pays des Sères.
Isolé comme il l'était du reste du monde, le peuple chez lequel la soie était produite n'a été connu d'abord des Grecs et des Romains que sous le nom de la précieuse matière qu'il fournissait. Le mot
W Drury, IlluttraiioM of natural hislory,yoL I, 1770, p. 3o, pi. x?i, fig. 3. — F. Walcker, Lût qf the tpecmens of Lepidopierout intecU m the collection of thê Britiih Muêeum, part F7^ i855, p. 1 &a3. — L. Demaison, Rêcherchet iurla ioiêque In aneiau (traient de Vîle de Cm, i88â. — Voir oe que noiu av<His dit de cette espèce p. 3s à Zk^ 9s5 à 999.
(') Mahttdei avait constaté une différence nolable entre les deux espèces de soie, sans en déterminer la nature. Les auteurs du DicdoiMMire des antiquités grecqme$ tt romaine» t MM. Gh. Daremberg et Edm. Saglio, ont accepté Texpiication de M. Pariset (t. I, p. 790). Aldrovandi n*avu dans le mot hambycinum que le synonyme de urtcum (p. 995), et M. L. Demaison s'est rangé à cette opinion (p. 8).
iir (ver à soie) a été appliqué à ce peuple; de là, les noms de Sères, de pays des Sères, de Sérique. «On pense, a dit Pausanias, que le peuple des Sères a été nommé ainsi à cause du ver à soie ($ir)^^\7> Les auteurs grecs, et, après eux, les auteurs latins, ont été du même avis ^^\
Klaproth a présenté une explication ingénieuse et vraisemblable de l'origine du mot êir. «Le mot chinois 8ée ou nu, dit-il» désigne la soie » . • Dans la langue mandarine , IV ne se prononce pas , tandis que cette finale se trouvait vraisemblablement dans les anciens dialectes de la Chine . . . ^^^ i>
La soie est appelée, en effet, en chinois, 8$e, mais la langue chinoise» si riche en caractères, n'a pas une variété de sons en rapport avec le nombre des mots, de sorte que le même son s'applique souvent à plusieurs caractères dont chacun a une signification différente. Plus de quarante caractères se prononcent sse. Dans la langue parlée , on ajoute fréquemment aux mots, pour éviter les équivoques, le son tse ou le son rh. Le caractère s$e de la soie se prononce aujourd'hui sse rh. D'après le D' S. Wells Williams, l'ancienne prononciation de «m a été, à différentes époques, si, m, m, zù
Ainsi, il est probable que, du temps des Romains, le nom chinois de la soie était m ou sei avec la finale rh ( sir ou seir). C'est ce même nom qu'on retrouve chez les Mongols [nrkd)^ chez les Mandchou (iirghé)y chez les Coréens (^r), chez les peuples de l'Asie centrale [seirk).
Le sêr des Grecs serait le sir ou seir des Chinois, et sér devait même se prononcer sir, d'après Abel-Rémusat et Klaproth.
Les Sères des anciens sont évidemment les Chinois.
On avait dans l'antiquité , chez les peuples de l'Occident, des notions si vagues sur les peuples de l'Asie orientale que la situa-
(0 Pausamas, Duvfnftige hUtorique dé la Grèe9, traduit par Tabbé Gédoyn, i733, L m, p. 99.
<*) Voirie Thetavrut Groêcae Unguae de Henri Estienne, édit. Didot, t.VIU, col. 196. Voir aussi le Lêxicm de Suidas (xi' ou m* siède), t. Il, p. 736.
^'^ J. Klaproth, Tabkaux hUtorique» dé l'Asie, 18 96, p. 58. — Pardessus, Lecùm* mtrce dit la 9me chez les anciens, p. 3.
une grande valeur. Il ne nous parait pas douteux que le commerce de la soie de la Chine, la préparation et le tissage de cette soie étaient répandus en Perse aux premiers siècles de notre ère, mais, d'après l'ensemble des faits, ni l'élevage du ver à soie ni le dévidage du cocon ne paraissent avoir été pratiqués en Perse avant le VI* siècle.
Les Chinois savaient, au viii" siècle, que la soie était devenue un produit de l'Inde et de la Perse; Touan Tchèng-chi en a fait mention dans le You-yang^tsa'tsou qu'il a écrit dans la première moitié du IX* siècle.
Après la langue chinoise, c'est la langue persane qui possède, pour désigner les matières et les produits de l'art de la soie, le plus de mots originaux; ces mots ont été introduits plus tard dans la langue arabe et dans les langues de l'Arménie et de la Géorgie.
Les Perses ont appelé le ver à soie kerm i ihrichim, le cocon en général j>i7^A (bourse, étui^^^), le cocon percé et le fil de soie fait de l'étoupe de ce cocon quêdj, le cocon entier (non percé), la soie tirée du cocon entier, la soie en général , ibricliem ou ibrichm.
Les Arabes, qui ont exercé une grande action sur l'industrie et le commerce de la soie, donnaient au mûrier, au mûrier arabe, au mûrier de la soie, comme l'explique Ibn al-Awam, dans son Traité d'agriculture, le nom dejirsad, qui est un mot d'origine persane. Nous savons par Damiri que \efirsad est le mûrier blanc.
Le nom arabe du cocon en général (Jildjèh, filadj, fiàjWi) est tiré du persan [pHèh). Le mot qazz était appliqué aussi au cocon : il désignait particulièrement la soie telle qu'elle forme le cocon. On lit dans un dictionnaire arabe : «Le qazz est la soie crue tirée de la coque sans feu. r)
On assure que Yibrimm des Arabes (le mot est d'origine persane) est la soie qui a passé déjà par la main de l'ouvrier. Cependant le cheikh Dawoud dit que fi^ïibmsem est le cocon de soie avant que le ver ne le perce», et Ibn el-Beïtbar est du même avis
possunt intelligi, quomodoet hodic magna vis serici ex Persia in Occidcntem deporlatur.T) G. Guper, In Epist. ad Fabric, cité par Henri Estienne, Theiauruê Gniecae Unguae, vol. VU, col. 198.
^') Le cocon est appelé aussi gouzé; gouzé paraît être synonyme de quédj,