‹ L'art de la soie. Les soies (volume 2)Chapitre 82 sur 172 · II. s · texte numérisé non relu

II. s

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teints en pièce s*est développée , on peut juger d'après lui du mouvement industriel , et ces chiffres confirment les faits précédents.

Soles ouTTéM oonditionnées ^^\

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- afférente à i87«-i87A

En moyenne, per an. fy^^ repi^Ke

rJBionu TBiURâLM. kiiogr. par too.

De 1872 à 1 874 6,74a,5oo i oo.o

De 1875 à 1877 7,796,700 1 15.6

De 1878 à 1880 7,169,800 io6.3

Que la consommation ait augmenté ou qu'elle soit restée stationnaire , il importe peu ; le fait capital , c'est qu'elle n'a plus le même caractère qu'autrefois.

La soie n'a plus dans la consommation générale la place qu'elle avait prise et qu'elle avait longtemps gardée. Elle avait son principal emploi dans le lissage d'étoffes de pure soie ; cet emploi a été réduit.

Le changement qui s'est opéré a eu plusieurs causes : des événements qui ont amené un régime social nouveau, des événements accidentels d'un tout autre ordre, dont l'influence s'est manifestée dans le même sens, enfin un cours différent des modes.

Il se produit dans les sociétés, à l'époque 011 nous sommes, une transformation profonde et continue, lente et tranquille chez la plupart des peuples, moins lente et moins tranquille peut-être en France. Les sociétés changent; il y a en elles une tendance à vivre d'une vie différente : autres sont les institutions, les mœurs, les goûts, les coutumes. Les modes qui indiquent l'esprit du temps présent ont naturellement une étroite corrélation avec le mouvement des choses générales.

Le fait le plus singulier, c'est que le cours des idées et le changement des goûts, à Paris, en France, se transmettent si rapidement, si intégralement, aux autres peuples, tandis que les idées

^*) Il est entre dans les établissements de conditionnettient européens, en 1886 et on i885, 6,978,000 kilogrammes de soies ouvrées, en moyenne, par an.

CONCLUSION. /i35

et les goAts de ceux-ci exercent sur l'esprit français si peu d'influence. Ce fait, qui a, au point de vue économique, des conséquences étendues, n'est pas seulement propre à notre temps. Montaigne l'avait observé, il y a trois siècles : t( J'excuserois volontiers, en nostre peuple, a-t-il dit, de n'avoir autre patron et règle de perfection , que ses propres mœurs et usances. 99

Les suites d'une guerre terrible, une révolution politique, un état social qui devient peu à peu différent, des malheurs de plus d'une sorte qui sont survenus dans les pays étrangers , malheurs dont nous avons ressenti le contre-coup, des diminutions de revenu ou de profit, un sentiment d'inquiétude inséparable de l'établissement des conditions nouvelles dans lesquelles la nation doit poursuivre ses destinées, la hausse des salaires (prix de services ou de travaux), tout cela a modifié bien des habitudes et a introduit plus de modération dans les désirs et les besoins. On a vu les effets de ces changements. Un d'eux a été le moindre emploi de l'étoffe de soie dans les vêtements.

Il s'est produit, parallèlement aux événements de l'ordre politique et de l'ordre social mentionnés plus haut, d'autres événements de l'ordre économique, dont la portée est même, à notre avis, plus étendue.

D'une part, c'est la mise en culture, en plein rapport, au prix, il est vrai, d'un très dur travail, dans des régions diverses, à l'ouest et à l'est de l'Europe, de nouvelles terres, terres vastes, fertiles, à bon marché, dont les produits inattendus apportent, grâce à des frais de transport très abaissés, un trouble grandissant dans bien des entreprises. C'est Tagriculture devenue, aux États- Unis, sur une échelle immense, une puissante industrie; Tagriculture ayant pris, dans certaines régions de l'Inde et de l'Amérique du Sud, un caractère nouveau.

D'autre part, c'est l'introduction de la production manufacturière dans des pays qui n'avaient encore mis en valeur que leurs richesses naturelles ; c'est aussi le développement de l'industrie là où elle était contenue jusqu'aujourd'hui dans des limites assez étroites.

Les peuples veulent, de nos jours, se rendre, par le travail,

porté successivement au plus haut degré d'avancement, plus forts, plus riches et plus indépendants.

Gomme nous en avons fait la remarque dans d'autres circonstances, avec la grande manufacture et le travail mécanique, avec la diffusion de l'enseignement technique, avec la pénétration si facile, si rapide même, dans chaque pays, de tout ce qui était resté longtemps propre à chaque nation, avec le mouvement qu'a amené la force des choses dans le temps présent, les peuples, devenus producteurs sans trop d'efforts, produisent d'abord pour eux-mêmes et produisent ensuite pour autrui. Chaque peuple cherche à étendre le cercle de son rayonnement commercial. Le taux élevé des droits de douane a eu cette conséquence inattendue , que le développement des manufactures en plus d'un pays n'est pas seulement Tœuvre des entrepreneurs de travail indigènes, il est aussi dû dans une certaine mesure à des étrangers qui se sont assuré de la sorte le bénéfice de la protection.

On voit tout de suite quelles difficultés surgissent des conditions différentes dans lesquelles chacune des nations concurrentes est placée.

On a parlé du trouble survenu dans la circulation des monnaies, conséquence de l'adoption dans quelques pays de l'or comme étalon monétaire unique, trouble qui a amené la baisse de l'argent, des difficultés, des risques et des pertes pour le commerce. Il ne semble pas que cela ait eu , dans le mouvement général des affaires , production et consommation , autant d'importance qu'on le dit^^). L'augmentation de la valeur relative de l'or a eu lieu dans une mesure qui est encore incertaine, elle a eu nécessairement de l'influence sur le prix de toutes choses. Il n'est pas exact de dire sur le prix de toutes choses. Pendant la période de la baisse du prix des produits, les services en général sont

^^) n faut tenir compte de cet ëlément perturbateur. M. Frands-Blackwell Forbes, dont nous avons mentionné une étude sur ]e prix des soies et qui a une longue expérience des grandes entreprises de commerce, a attribué la cause de i'affaibiissement de rindustrie du coton en Angleterre aux changements survenus dans ]e mouvement des métaux précieux ( The cau$e» of depreuùm m the cotton induttry of the Dnitti Kingdom,june 1886).

restés chers et leur prix s*est même élevé. Cette contradiction dans les faits s'explique. La main-d'œuvre est une marchandise d'un autre ordre que la matière à ses divers degrés de transformation. La main-d'œuvre, surtout de nos jours, est une entreprise qui n'est pas gouvernée seulement par la loi économique; on peut dire qu'elle est devenue une force politique, et elle peut se faire attribuer une part plus grande dans le partage des prix. Dès lors, dans des conditions monétaires égales, un mouvement différent, contraire même, peut se produire dans le prix des produits et le taux des salaires.

La production des matières dites naturelles et celle des objets manufacturés ne sont pas seulement accomplies sur un plus grand nombre de points, dans des directions nouvelles; elles ont, en tous lieux, le bénéfice de perfectionnements qui résultent de l'expérience acquise où que ce soit, ainsi que des découvertes de la science qui sont accessibles à tous. La science et l'art sont un fonds commun où chaque peuple puise librement. Les contrées placées dans l'histoire du travail au premier rang et depuis longtemps perdent, quoi qu'elles fassent, une partie de leur avance; elles restent les maîtresses dans les plus hautes entreprises de la science et de l'art, sans pour cela retenir pour elles seules le profit de l'œuvre qu'elles accomplissent. Il se fait une sorte de nivellement : il est inévitable et il s'étendra. Il s'établit des concurrences plus nombreuses, plus ardentes, des luttes de tout genre, et, le plus souvent, ayant un outillage déjà trop puissant, on est conduit irrésistiblement à augmenter encore chez soi le pouvoir producteur. Il faut faire un effort plus grand; on n'est pas prêt partout pour cet effort, et de là une lenteur relative dans l'application de méthodes déjà appliquées ailleurs. 11 n'est que trop vrai de dire que, pour écarter un péril, on s'expose quelquefois à un péril plus grand. Notre observation a une portée générale.

Dans l'industrie de la soie, on a pris les devants. Des transformations opérées avec hardiesse ont rendu moins difficile pour notre pays la situation issue de cet état des choses que nous avons décrit. D'autre part, l'ancienne organisation du travail, le travail

étant très divisé et souvent pour ainsi dire domestique, a permis^ dans une certaine mesure , au prix, il est vrai, de bien des souffrances, de mieux régler la production des tissus de soie et de proportionner mieux l'offre à la demande.

Les Etats-Unis fournissent un exemple du rapide progrès des concurrences qui se sont élevées et qui s'accroissent à peu près partout. L'industrie de la soie n a acquis quelque importance et ne s'est affermie dans l'Union américaine que depuis une trentaine d'années; pendant ces trente ans, la consommation de la soie a presque quadruplé ^^\ passant de &oo,ooo à i,5oo,ooo kilogrammes. De plus, les Américains font venir la soie directement des pays d'origine.

Le tableau suivant est instructif.

Expéditions diraotas aux Ëtats-nnis des soies de la CShine et du Japon ^*\

(en MOTMIfl, PAB AU.)

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