‹ L'art de la soie. Les soies (volume 2)Chapitre 83 sur 172 · DE HONG- KONG · texte numérisé non relu

DE HONG- KONG

DE YOKO- HAMA.

TOTAL

En 1875-1876 et 1876-1877..

De 1877-1878 à 1879-1880...

De 1880-1881 a 1882-1883...

MIee.

belles.

Ulk».

Mies.

On sait que le peuple américain a pris soin, dans l'intérêt de ses nouvelles manufactures, de maintenir sur les étoffes de soie, depuis vingt ans, des droits de 5o p. loo (qui ont même été plus élevés pendant quelque temps).

(') L^imporUtion de la soie grùge aux Étalâ-llDis a élé, en moyenne, par an : dans la période de 1870-1871 à 187&-1875, de 6i5,ooo kilogrammes; dans la période de 1875-1876 à 1879-1880, de 769,000 kilogrammes, et, dans la période de 1880-1881 à 1 884-1 885, de 1,399,000 kilogrammes. L'importation a été à peu près stationnaire dans les trois dernières années : 1889-1 883, 1,677,000 kilogr.; i883-i884, 1,463,000 kilogrammes; i88A-i885, i,554,ooo kilogrammes.

('} Par la Pacific mail Company, vid San-Francisco.

CONCLUSION. /i39

A des causes générales, permanentes, il faut ajouter des causes spéciales, temporaires, non moins graves toutefois.

Une de ces causes n'est pas seulement propre à la France. C'est une suite de récoltes de blé, de vin, de sucre, d'huile, médiocres ou mauvaises du fait de l'intempérie des saisons ou devenues plus coûteuses ; ce sont de sérieux obstacles opposés par les hommes et par l'état des choses à la transformation de la culture et de l'outillage ; c'est la situation plus difficile des exploitations agri-» coles et le rétrécissement consécutif de la consommation des populations rurales.

Dans de telles conditions, on ne s'explique pas que la consom* mation se soit accrue. Elle a augmenté cependant dans l'ensemble, tant par le cours naturel des choses que par la progression des goûts de bien-être en rapport avec la progression des œuvres du travail et par l'effet du moindre prix des produits. A-t-elle augmenté dans la même proportion que la production ? Nous en doutons, en observant l'abaissement continu des prix et l'état de crise qui en résulte. L'augmentation de la consommation s'est produite d'ailleurs d'une façon qui n'a guère été favorable à l'industrie de la soie. Il y a eu, à dire vrai, déplacement d'une partie de la consommation.

Pour le faire comprendre, il faut aborder l'examen de l'état des choses que les modes nouvelles ont amené, et nous l'aborderons en ne nous occupant, autant que possible, que de ce qui se rapporte à la soie. Le terrain sera plus étroit, mais nos observations auront plus de netteté.

La soie n'est plus réservée pour les étoffes les plus rares. La fabrique des soieries n'est plus cette manufacture qui ne cherchait dans ses entreprises que l'invention des plus hautes élégances. L'excellence dans la matière, la science et la correction dans la tissure, l'art dans le dessin, la perfection dans l'exécution, sont devenus l'exception. Le bon marché, ou plutôt le bas prix, est l'objectif principal, l'objectif nécessaire, que le fabricant a en vue; tout le reste est subordonné à ce prix qui a été toujours décroissant depuis plus de vingt ans.

Gg mouvement dans les goûts, les modes et la consommation, Paris, la France, Tont détermine, Tont rendu, nous n'osons pas dire définitif, mais régulier et continu. Il était inévitable eu égard à la marche des événements; il a été funeste h l'industrie de la soie, surtout à toute l'industrie de la soie en France. Les modes parisiennes pénétrant partout, acceptées partout, ont généralisé ce mouvement qui n*avait pas au même degré sa raison d'être chez les autres peuples» Il est à craindre qu'il ne se produise pas de longtemps dans le sens inverse. Cependant, avec l'état d'esprit de la population française et la fortune privée n'étant pas amoindrie autant qu'on le suppose , il ne faudrait pas une période de calme et de prospérité bien longue pour imprimer à la consonmaation un caractère différent.

Mais ne parions que du présent. L'amoindrissement de la qualité et l'abaissement de la valeur des étoffes de soie ont eu ce résultat que ces étoffes ont trouvé une plus large surface de consommation ; faites de soie pure ou de soie mélangée , elles sont à un prix assez bas pour pouvoir être portées par presque toutes les femmes, et il y a désormais dans la partie la plus nombreuse de la population restée longtemps étrangère à l'usage des soieries un empressement assez vif à s'en vêtir. Il semble qu'au vêtement de soie s'attache chez les femmes, nous parlons de la généralité, l'idée d'une condition plus relevée, et ce sentiment indéfinissable l'emporte souvent sur le courant contraire amené aujourd'hui par la mode. La faculté d'absorption d'étoffes de soie n'est plus, dans chaque pays, aussi limitée qu'elle l'était autrefois.

Il serait peut-être plus vrai de dire que c'est le nombre plus grand de consommateurs et surtout la différence dans l'espèce de ces consommateurs plus nombreux qui ont amené le changement dans la nature des produits. Le taux des salaires s'élève; cette partie de la nation qui est dans une condition encore incertaine ou dans une condition moyenne, veut dépasser son niveau normal par l'emploi peu mesuré qu'elle donne à ses ressources. Ce relèvement de la condition , quelquefois excessif et artificiel , a sa contrepartie. Le loyer de l'argent et la rente de la terre s'abaissent, le taux des bénéfices dans l'industrie diminue aussi, les charges so-

CONCLUSION. 4/il

ciales deviennent plus pesantes, et ceux qui sont dans les premiers rangs des consommateurs voient leur situation s'amoindrir. Donc, un nombre plus grand d'acheteurs ayant une moindre capacité de consommation, c'est-à-dire plus d'acheteurs des étoffes de moindre prix, de celles qu'on fait (^parentes; un moins grand nombre d'acheteurs ayant une plus grande capacité de consommation, c'est-à-dire moins d'acheteurs des étoffes les meilleures, les plus belles.

Par cet abaissement forcé, voulu, de la valeur et cet affaiblissement de la qualité des étoffes , on s'explique la recherche qui a été faite des soies de l'Asie, même de celles de la moindre qualité, ainsi que l'attention qu'on donne aujourd'hui aux soies de vers sauvages. On s'explique l'emploi plus grand des 6ls tirés des déchets de soie, le mélange, dans une proportion devenue excessive, du fil de coton ou du fil de laine avec la soie ou le fil de bourre de soie.

La surcharge de la soie à la teinture, qui n'avait plus sa raison d'être avec l'abondance et le prix actuel de la matière, n'a été abandonnée ni pour le noir ni pour les couleurs autres que le noir ^^K

Toutefois cette observation doit être faite que la substitution dans une étoffe déterminée d'une matière de prix plus bas à une matière de prix élevé n'a pas amoindri la qualité de l'étoffe autant qu'il le semble. A son ancienne habileté le fabricant a joint une habileté nouvelle. Il connatt mieux la soie , il en tire un meilleur parti: le moulinier, lui aussi plus habile, sait donner par des façons perfectionnées, à la soie, même inférieure, une valeur souvent inespérée. Qui ne sait quel merveilleux parti la fabrique de Lyon a tiré des soies de filature du Japon et de quelle ressource ces soies sont pour certaines teintures? Qui ne sait aussi

(0 Nous parlerons de la iurekargs de la soie à la teinture dans la deuxième partie de notre travail , et nous donnerons alors Texplication de procédés dont Temploi est nécessaire en plus d\in cas. GeUe invention , soit pour Touvraison , soit pour le tissa^ , n'a pas pris naissance dans notre temps; mais autrefois on n*y recourait qu^avec une intention de dol. Los règlements des métiers, au xiv* et au xv* siècle, interdisaient aux fiUereêtet et aux teinturiers trde faire en soyc aucun noauvais roalicen.

Iîh2 SOIES.

que la filature de la schappe, de Xdifanlmne, du coton et de la laine, perfectionnée et portée à un degré de finesse plus avancé, a permis d'appliquer à la fabrication des tissus de soie mélangée moins de soie et de mieux marier à la soie les autres matières. Bref, les étoffes de prix modique représentent autant d'efforts et de science que les plus précieuses.

C'est donc par des expédients, et surtout par plus d'intelligence dans la conduite de ce travail ardu , par une rare économie dans le choix des matières, dans l'emploi de celles-ci, qu'on a pu abaisser le prix des étoffes de soie au niveau que la situation comporte. On a été aussi loin que possible dans cette voie, grâce au tissage à la mécanique, au tissage dans les campagnes, aux perfectionnements apportés à la teinture et à l'apprêt. Malgré cet abaissement, la demande des tissus de laine pure ou mélangée a été toujours tellement soutenue qu'elle a contenu la recherche des tissus de soie dans des limites étroites, mais il n'est pas dans la nature de ces choses que la consommation se meuve longtemps dans le même cercle.

L'abaissement des prix a des causes multiples; il procède, dans une mesure qui s'accrott, de ces événements de haute portée que nous avons signalés, et les circonstances sont telles que le retour è l'ancien état des choses sera lent et qu'il est incertain. Ce n'est pas seulement la soie et les tissus de soie dont le prix a diminué, c'est le plus grand nombre des produits de l'agriculture et de l'industrie. On en acquerra la preuve en comparant les prix moyens que la Commission permanente des valeurs de douane établit, chaque année, depuis trente-huit ans^^^.

Cet abaissement des prix n'a pas été, au moins jusqu'à présent, un fait général. Le taux des salaires, plus exactement le prix des

^') Nous insistons sur la comparaison des prix moyens établis par la Commission des valeurs de douane, parce qu'ils s'appliquent à toutes les sortes de produits et à des produits dont on a fait commerce en France. Cette étude a été faite par M. R. Giffen pour TAngleterre et a été continuée dans The Economiti de Londres. Ou ne peut pas contester que le prix de presque tous les produits de Tagriculture et de Findustrie a baissé d'une façon continue. M. F.-B. Forbes, qui a une grande expérience du commerce des soies de l'Asie, est arrivé à la même conclusion (Note$ on the tradê in raw êilk, Shanghai, 1880). Nous faisons nos réserves quant au prix des services.

services, dans presque toutes les branches du travail, s'est élevé, surtout dans quelques pays. Cette surélévation a été peu mesurée; elle résulte d'un mouvement qui n'a pas été purement de l'ordre économique et nous en avons déjà parlé. 11 y a dans la main-d'œuvre un élément politique dont la valeur relative s'est accrue et dont on trouve l'action dans le règlement du salaire. La concurrence des travailleurs sur les marchés du travail ne s'est pas d'ailleurs produite avec la même ampleur que la concurrence des produits sur les marchés de consommation; elle est toutefois inévitable, et le nivellement des prix des services s'ensuivra. Depuis quelques années, un arrêt est survenu dans le mouvement de la hausse des salaires, et, dans plusieurs cas, la tendance à la baisse est marquée ^*^ C'est qu'en lin de compte la loi de l'oflre et de la demande s'impose , ayant raison des procédés artificiels ou violents. En résumé, le fait à retenir du cours que les choses ont pris récemment, c'est le double mouvement simultané de l'abaissement de certains prix (du prix du plus grand nombre des produits) et de l'augmentation d'autres prix.

La baisse du prix de la soie a été, nous l'avons dit plus haut, en quinze ans de AS p. loo.

Il est difficile de prévoir si cette baisse du prix de la soie est près de son terme. La demande de la matière, qui est le réf^ulateur du prix, est incertaine, mais, quoique incertaine, elle est constante. Cette constance est vraiment singulière. Avec une consommation sur laquelle la mode a tant d'influence, l'effet de mouvements même faibles serait pronipt. Les fabricants sont en quelque sorte maîtres sur le marché de la matière première, en ce sens qu'ils n'ont plus à compter avec les résistances de spéculateurs et qu'ils n'ont plus absolument besoin de telle ou telle soie. Ils se sont habitués à régler les achats d'après les emplois immédiats, et, s'il n'y a plus de fortes réserves voulues, les ap-

^') Nos remarques sur les salaires ont une portée générale; elles ne s^appliquenl pas au prii de la niain-d^œuvre dans la fabrique d'étoffes de soie. Cette fabrique, particulièrement la plus grande partie de la fabrique de Lyon , a conservé une oi^anisation manufacturière qui la place dans une condition exceptionnelle. Nous aborderons plus tard cette étude.

AAi SOIES.

provisionnements ne sont pas non plus divises à Finfinî. Les mar chandises se présentent sur les marchés selon le cours naturel des choses. Il faut tenir compte de cette situation.

La baisse de /i5 p. loo di£f%re de celle qui résulte d'autres estimations; nous l'avons justifiée ^^K A en juger par la nature de la consommation des produits de la soie et par l'abandon apparent de ces produits, la baisse aurait même dû être plus forte, mais l'abaissement du prix a eu pour effet de rendre possibles de nouveaux emplois de la soie et de faire naître de nouvelles habitudes fondées sur un plus grand usage de cette matière. On verra mieux par une démonstration graphique quel a été le décroissement de la valeur de la soie.

Le tableau ci-après présente la succession des prix à Lyon, en octobre de chaque année, dei866à i885,de trois sortes de soie.

A. Organsin de la France, filature et ouvraison, de premier ordre;

B. Soie grège de l'Ilalie i o/t 2 , de premier ordre;

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