‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 33 sur 77 · BASSINES · texte numérisé non relu

BASSINES

TOTAL

BN AcnnTi.

PRODUCTION SOIE GftisB.

3oo

9,5oo

La production actuelle serait donc plus grande qu'elle n'a été portée dans la statistique dressée par la Chambre syndicale des marchands de soie de Lyon.

Le climat et les eaux sont favorabres à l'élevage et à la filature. On tire des cocons une soie de très bonne nature, et les ouvrières sont habiles. Les fileurs (dont un certain nombre sont français) conduisent le travail avec beaucoup de soin , ont fait de grands progrès et se sont toujours montrés prudents. Plusieurs d'entre eux sont renommés & juste titre pour la beauté de leurs produits ^^\

(*) Un fileur de Sëville avait exposé des soies tirées de cocons provenant d^nne édn* cation de Bombyx mon faite en plein air sur les mûriers.

Une partie des soies espagnoles sont consommées dans le pays même, et l'ouvraison en est faite en Espagne.

La filature des cocons doubles, qui a été presque tout à fait abandonnée en France, a encore quelque importance de Tautre côté des Pyrénées, principalement dans la province de Grenade. Les douppions sont employés à la fabrication des soies à coudre , des franges et de la passementerie.

L'exportation des soies d'Espagne a présenté dans les dernières années les résultats suivants ^^^ :

PERIODES TRIENNALES

De 1872 à 1874 De 1875 à 1877 De 1878 à 1882

COCONS

sfccs.

kilogr.

SOIES

GRÀGES.

kilogr.

OUTREES, BIT0MB8

0t sntros.

kilogr.

3i,33i 5o,693 ûo,5i9

Le Jury de l'Exposition universelle de 1878 a décerné la médaiUe d'or à M"' veuve de Pujals et C*, de Valence, dont la filature compte ùlio bassines et le moulin 6,336 tavelles, et la médaille d'argent à M. A. Lleo y Abad, de Valence.

(^) EêtadUtiea gtngral del eamereio exUrior de E»paha con fwu promnâoê de ultra-^ mar y poUneioê extranjm'at.

ivpmvrniE ^ario^xir

à. PAYS DU LEVANT.

Le Gouvernement ottoman n'avait pas pris part à TExposition universelle de 1878, mais nous ne pouvons pas garder ie silence sur la production de la Turquie.

L'art d'ëlever les vers à soie et de tirer la soie a été apporté, dans l'Empire grec, au y* siècle de notre ère, de la Chine ou plutôt d'un des états de l'Asie centrale qui l'avait dérobé à la Chine. Il importe peu de savoir si les premières exploitations les plus heureuses ont été établies dans l'Empire grec ou en Perse; toujours est-il qu'il faut chercher dans l'un ou l'autre pays le premier foyer de l'industrie de la soie à l'Occident. Les noms que les Arabes ont donnés au mûrier, au cocon et à la soie sont d'origine persane.

Les Arabes ont continué l'œuvre de leurs devanciers, Persans ou Grecs, en l'agrandissant, en l'affermissant et en la transportant au loin. Ils ont introduit le mûrier et les vers à soie dans l'Afirique septentrionale , en Espagne , en Sicile , en Italie. S'il est vrai qu'on ait tiré la soie dans le midi de la France au moins au commencement du XHi"* siècle ^^\ c'est l'art des Arabes que nous aurions reçu, soit par les Juifs, leurs protégés, presque leurs associés, ou par les marchands maures qui fréquentaient nos ports, soit par des chrétiens d'Espagne émigrés, soit enfin par ceux des Maures envahisseurs qui se sont établis dans la Septimanie, y ont pris femme et s'y sont livrés à la culture.

Quoi qu'il en soit, depuis le v' siècle, on a pratiqué dans les pays du Levant l'art de la soie, et cet art a pris en Syrie ses premiers développements. En perdant la Syrie au vu* siècle, l'Em-

^*) Nous avons cite déjà la mention faite par Jean de Garlande da trahaU, Iraale on traail, appareil propre à tirer la soie. Jean de Garlande, qai écrivait au oommencement du xiii* siècle (peut-être pins tôt), avait habité ou parcouru le Languedoc.

pire grée perdit une industrie précieuse; il n'avait pu introduire celle-ci avec succès dans aucune de ses autres provinces. Antioche et la Syrie furent pins florissantes sous les Arabes que sous les Grecs. Les califes de la dynastie des Ommiades firent de Damas la capitale de TEmpire; la Syrie en fut la province principale et en devint bientôt la plus riche. Les Ommiades régnèrent de 661 à 760. Dans la suite des temps» à travers les invasions, les guerres, les changements de maîtres, l'industrie dont nous nous occupons se répandit dans toutes les parties de cet immense territoire.

L'hifitoire de la production de la soie est liée étroitement à l'histoire du tissage; en parlant plus tard de la fabrication des étoffes dans l'Empire grec, qui présente un si haut intérêt, nous signalerons encore ce que nous avons appris de l'élevage des vers k soie. Lee documents écrits sur ce dernier sujet sont peu nombreux. On possède assez d'anciennes étoffes grecques pour qu'on connaisse les matières dont les tisseurs faisaient emploi; on voit par les chaînes et les trames comme l'ouvraison, la préparation et la teinture de la soie étaient faites avec soin ^^K

Le fait le plus singulier est la mention que Properce a faite d'un Bombyx d'Arabie. L'existence d'un ver à soie sauvage dans la contrée montagneuse et fertile que les anciens géographes ont appelée l'Arabie heureuse n'est pas improbable, mais aucune découverte ne l'a confirmée. L'Arménie turque aurait eu aussi un ver à soie sauvage; ce ver aurait été observé dans les campagnes voisines des escarpements méridionaux des monts de Mardin.

Les fabriques italiennes, celles de Lucques et de Florence notanment, ont fait grand emploi, au xiii% au xiv* et au xy* siècle, des soies de la Turquie : c'était la seta Turckia, la seta Romania, la seta de Filadelfi, de Smimey de Veria, etc. De ces soies, les unes venaient de la partie de la Géorgie , qui faisait partie autrefois de l'Arménie; les autres de l'Asie Mineure, peut-être aussi de la Rou-

<*} On peut en juger diaprés le précieux drap d*or fait en Asie Mineure pour Alaeddia Kolkobad, aitita» aeldjoudde de Koniéb, dans le premier quart du xiii* siècle, drap d'or qui est dus le Musée d*art et d'industrie de Lyon. (Voir E. Pariset, Noie smr un drap éPor artAê du xm' nècle, 1889.)

mélîe (car le pays de Roum désignait Tune et l'autre contrée); Ftladelji (aujourd'hui Alachehr) et Veria (Varia, l'ancienne Phocée) ne sont pas loin de Smyrne. La soie la plus abondante était la soie de Syrie [seta Soriana)^^\ Un voyageur vénitien, Marino Sanuto, rapporte, en i3âi, qu'on produisait beaucoup de soie dans la Pouille, la Romanie et la Sicile, dans les tles de Crète et de Chypre.

Schebâh-eddin Abou'l abbas Ahmed, parlant, au xiv* siècle, de la principauté d'Ak bara, dans le pays de Roum, dit : «Dans cette contrée on récolte une énorme quantité de soie . . . Cette soie convient parfaitement à la fabrication du taifetas grec et de l'étoffe de Constantinople ^^^ »

L'Italie achetait, au xiv* siècle, des œufs de vers à soie k Alexandrie, où on les recevait de la Syrie ^^\

Tavernier a consigné, dans le récit de ses voyages, un renseignement dont l'exactitude n'a pas été vérifiée. On aurait récolté, au xvn* siècle, des soies blanches ^^^ dans la Palestine : «Pour ce qui est des soyes crues, ... il n'y en a de blanches naturellement que dans la Palestine, et que les marchands d'Alep et de Tripoli ont même de la peine à en tirer une petite quantité ^^K v

La production des pays du Levant proprement dits (Grèce, Turquie d'Europe et Turquie d'Asie) était estimée par Duseigneur» pour l'année 1861, à i8,5oo,ooo kilogrammes de cocons ou à i,q3/i,ooo kilogrammes de soie grège^^^.

^^} T. Bini, Su i Luceheti a Venezia, p. 66, /17, iiS et 5o. — S. Boogi, DeUa mereaivra dei Luccheii, 9* édition, p. Ai à 63.

(^ Meaalêk Alabaarfi Memakk Alanuar {NoUceê et «rtrottf de$ manutcriU, t. XIY, i"* partie, i8d8, p. 365).

^^) ffSeme da verminiT) {La pratica deUa mereatura êcriUa da Frtmceêco Balducci Pegohtti, i335).

<*) On n^ëlevait autrefois dans la Syrie que des vers à cocons jaunes. (^) Le$ iix vayagêê de Jean-Bapùtie Tavernier en Turquie, en Perte y et aux Indet, 1676, t. II, p. 961.

(') Estimation faite en 186 a par Duseigneur pour la Chambre de commerce de Lyon :

Turquie d^Europe 7,670,000 kilogr. de cocons.

Turquie d*Asie io,5oo,ooo

Grèce 54o,ooo

Duseigneur, revenanl sur ses premières appréciations , s'arrêta plus tard au total de i3,/ioo,ooo kilogrammes pour Tannée i858-i859 :

COOOBt.

Turquie d'Europe 5,ioo,ooo kilogr.

Turquie d^Asie 7,060,000

Grèce 1 ,a5o,ooo

M. Dumas avait indiqué le chiffre de 11,800,000 kilogrammes :

GOGORS. SOIE Qtàn.

Turquie 6,600,000 kilogr. 5â5,ooo kilogr.

Grèce 5, 300,000 /ia8,ooo

Enfin M. B.-J. Dufour, de Gonstantinople, qui avait fait avec un soin particulier une étude de la production de la soie en Turquie pour Tannée 1 863 , était arrivé aux résultats suivants ^^^ :

cocons.

Turquie d'Europe ^^,^76,000 kilogr.

Turquie d'Asie 10,9/15,000

En ajoutant Testimation de Duseigneur pour la production grecque, on obtient un total de 16,670,000 kilogrammes de cocons.

En résumé, il y a vingt ans, les récoltes dans les pays du Levant donnaient de 1 6 à 1 7 millions de kilogrammes de cocons , soit environ 1,100,000 kilogrammes de soie grège ^^^

Le Levant possédait alors un certain nombre de races à cocons jaunes et surtout à cocons blancs , dont plusieurs étaient très remarquables par la richesse en soie du cocon et par la nature de la soie. On en tirait de bons produits, surtout dans les régions montagneuses des provinces de Roumélie, de Brousse et de Syrie.

Le ver h soie du mûrier, si nous en croyons Aldrovandi , aurait été, au XVI* siècle, en Syrie, non loin de Damas, soumis à Télé-

(^^ Étude du mouwmnU eommereial de la Turquie en i863, publiée dans les Annalei du eemmeree extérieur en i865.

^*) Voir, pour la production de la soie en Turquie, U empire de Turquie, par Xavier Heuschling, 1860, p. 117 à lao et 169 à 166.

vage demi-domestique, comme le sont de nos jours YAnAerma mylilta dans l'Inde et YAntherœa Pemyi en Chine ^^\

En Roumélie, dans les villages grecs des environs d'Andrinople, les éducations étaient conduites avec beaucoup de soin, et Ton avait pour auxiliaires des familles bulgares. Toutes choses étaient si bien ordonnées pour la température, l'aération, la propreté, l'espace et la nourriture que, en i853, pendant notre séjour dans un de ces villages, à Karagatch, au temps de l'élevage et de la récolte, telle était la richesse en soie des cocons (telle était aussi l'habileté des fileuses) qu'on tirait i ocque de soie de 8 ocques et un quart de cocons frais ^^\

Il y avait alors plusieurs races ; nos anciens fileurs se souviennent bien d'une d'elles, la race à cocons blancs d'Andrinople. Cette race avait été apportée de l'Anatolie, à une époque éloignée, et avait été entretenue avec soin au moyen d'un renouvellement partiel, mais continu, des graines; elle donnait une soie légère, nette, nerveuse et' élastique.

Depuis quelques années, on a recherché celles de ces anciennes races qui ont échappé à la destruction, et l'on a fait avec assez de rigueur des reproductions de races de France ou de Sardaigne et de races japonaises. Le résultat définitif des nouveaux grainages est encore incertain.

V Dans la Turquie d'Europe, on a donné la préférence aux graines de races japonaises à cocons verts. Dans la Turquie d'Asie, les graines de reproduction de race japonaise étaient, même encore en 1880 et en 1881, les plus employées, mais, depuis 1889, la plus grande quantité des graines mises à l'éciosion sont tirées de la France, de la Corse et de la Sardaigne.

^') «Sic ille Damasci in Syria, ut intellexi k vins 6de digois, paocis ab hiac mois isli Vernies sua spontè in moris suos foliicalos texebaot, quos incolae, eo quo de Seribus dictum est modo, ex arboribus exemptos concinnabant, totque ibi reliquebant, quoi salis foré conjiciebant ad novam anào proximo generationem. iidem asserebant preterea alios non procul à Damasco popnlos esse qui, quod rarisainiè ibi pluat, coelumque «it calidam, Bombyces eùm iam quindeciiii diebus domi aaie aherant, fortunae committant , ponentes eos in moris , ibique spoati vivere et foliieulos teiare. • . 9 (U. AldroTandi, De ammaUbu» mMctiê librisêptem, i6os, p. sB/i).

^'^ 3 ocques et demie de cocons frais donnaient de 1 60 à 1 80 drachmes de soie.

On a récolté dans la Turquie d'Europe, en i883, i million 5 00,0 00 Itilogrammes de cocons frais, savoir :

oooon JAimn. «ocom ▼■■?$. total.

Andrinople 160,000

Salonique 3oo,ooo

Volo, Roamélie, Bulgarie. . . ^0,000

kUoyr.

3oo,ooo

&6o,ooo

i3o,ooo

5oo,ooo 1,000,000 i,5oo,ooo

On a récolté :

Dans l'Anatolie, où Ton n'élevait autrefois que des races à cocons blancs, à soie sans duvet, dont les plus beaux types étaient à Demerdesch , à Ghemlek , à Lef ké :

En 1881, 1,090,000 kilogrammes de cocons frais, dont 765,000 kilogrammes de cocons verts et â55,ooo kilogrammes de cocons jaunes ou blancs ;

En i88s, 1,900,000 kilogrammes de cocons, dont8oo,oookilogrammes de cocons verts et & 00,0 00 kilogrammes de cocons jaunes ou blancs ;

En i883, â,/i57,ooo kilogrammes de cocons, dont 1 million 679,000 kilogrammes de cocons verts, 7/10,000 kilogrammes de cocons jaunes et â&5,ooo kilogrammes de cocons blancs;

Les premiers d'un rendement moyen de 1 kilogramme de soie pour i5 kilogrammes de cocons, les autres d'un rendement de 1 kilogramme de soie pour 1 a kilogrammes.

En Syrie, où les anciennes éducations ne portaient que sur des races à cocons jaunes, à soie nette, très peu duveteuse, un peu lourde, comme les Acryiis, les BelUdis, les Ansouris:

En 1881, Q, 360,000 kilogrammes de cocons, dont 1 million 35O9OOO kilogrammes de cocons verts et 900,000 kilogrammes de cocons jaunes ou blancs ;

En 188s, 3,376,000 kilogrammes de cocons, dont 1 million

^') Diaprés un autre renseignement, la récolte des cocons (presque tous verts), dans le district de Salonique, en i883, aurait été de 890,000 kilogrammes de cocons frais. On estime la proportion des cocons sains à 60 p. 100 et celle des cocons douUea â i5 p. 100.

1 s 5,000 kilogrammes de cocons verts et q,2i5o,ooo kilogrammes de cocons jaunes;

En i883, 3,700,000 kilogrammes de cocons, dont 1 million 1 10,000 kilogrammes de cocons verts et 9,690,000 kilogrammes de cocons jaunes;

Les premiers d'un rendement moyen de 1 kilogramme de soie pour ili kilogrammes et demi de cocons, les seconds d'un rendement de 1 kilogramme de soie pour 1 a kilogrammes.

Si nous nous en rapportons aux statistiques publiées par le Syndicat de l'Union des marchands de soie de Lyon, voici quelle aurait été la production dans les dix dernières années.

Production de cocons et de soie dans les pasrs du Iievant.

(par an.)

TDBQUIE

D^BDROPB.

kilogr.

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