‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 49 sur 77 · RUSSIE D EUROPE ET RUSSIE DASIE · texte numérisé non relu

RUSSIE D EUROPE ET RUSSIE DASIE

On allribue à Michel III, le fondateur de la dynastie des Romanoff, l'introduction en Russie de la culture du mûrier et de fêlevage des vers à soie; Pierre le Grand donna une attention particulière à cette industrie, qui, encouragée par ses successeurs, se développa dans quelques-uns des gouvernements du Sud^^^. Peu à peu, ces entreprises ont été, les unes resserrées, les autres abandonnées, et, en somme, la production de la soie n'a aucune importance dans les régions situées au nord de la mer Noire.

On a, toutefois, continué à faire de petites éducations sur différents points, dans les gouvernements de Varsovie, de Moscou, de Kief, de Podolie, de Poltava, de Kharkoff, d'Ekaterinoslaf, de la Tauride '^^ , et dans la province de Ressarabie. Les colonies de Mennonites, dans les gouvernements de la Tauride et d'Ekaterinoslaf, fournissent encore aujourd'hui la meilleure partie de ces soies ^^^.

On continue à tirer, dans ces colonies, de bons produits de la race Sina à cocons blancs.

Un économiste très distingué, qui a été longtemps directeur du Département des manufactures et du commerce, M. Alexandre Routowski, a estimé que la récolte de soie grège n'était en tout, en 187&, que de 9,000 kilogrammes environ par an. Elle est, d'après M. J. Wilson, de 8,300 kilogrammes ^*\

^*^ J.-H. Schnilzier, L'empire deê izan, t. IV, 1869, p. «86. — J. Wilson, Agriculture et économie rurale en Rustie, Aperçu Mtatiêtique, 1878, p. 1^3 et isâ.

^') On callive dans ies gouvernements de Kharkoff et de la Tanride, le long du Volga , la variétë tatarica du Moruê alba.

(^) Les colonies de Mennonites, successeurs des Anabaptistes, sont établies dans le steppe du Dniepr, sur les bords de ce fleuve et de la Molotchnia; elles ont élë décrites par le baron Auguste de Haxthaiisen {Elude» iur la situation intérieure, la vie nationale et leê inetitutionê rurales de la Russie, t. II, 18/18, p. i63 à ]65).

^*) J. Wilson, Agriculture et économie rurale en Russie, Aperçu statistique , 1878.

Cesl dans les gouvernements de la région caucasienne el dans le Turkestan que Télevage est le plus répandu; le climat convient de toute façon. Mais la Russie n'est absolument mattresse de ces contrées que depuis peu de temps : la Transcaucasie, annexée à l'empire depuis le commencement de ce siècle, n'est solidement organisée que depuis une quarantaine d'années, et il y a moins de dix années que l'occupation du Turkestan est complète.

L'histoire de la sériciculture au Caucase est instructive. On y élevait autrefois plusieurs races de vers robustes, a cocons jaunes ou à cocons blancs et à soie duvetetise^^^; on voulut avoir des produits plus abondants, et l'on acclimata une race milanaise. On croisa celle-ci avec les races indigènes, et l'on établit, à partir de 1860, des grainages qui furent bientôt étendus au point de donner, en i864, &o,ooo kilogrammes de graines. En 1866, cette source était tarie, les anciennes races étaient perdues, l'épidémie sévissait partout, et ses effets furent le plus marqués de 1867 à 1870. Les manufacturiers russes remplacèrent les soies du Caucase par des soies de la Chine, et c'est avec des graines tirées du Japon qu'on se mit à reconstituer l'industrie ruinée. Récemment, la plus grande partie de la production reposait encore sur la mise à l'éclosion de graines de races japonaises , ou plutôt de graines de ces races reproduites au Caucase ; la race du Khoraçan fournissait 33 p. 100, et la race lombarde à peine a p. 100. Les choses sont en cours de changement : une partie des éducations sont faites aujourd'hui (principalement dans le gouvernement d'Elisabeth pol) au moyen de graines choisies de races de France, de races de Badgad et de races d'Andrinople, ces graines étant livrées gratuitement sous la condition d'un prélèvement proportionnel sur le produit de la récolte.

Quoique les éducations soient conduites, en général, de la

(') Races lesghine, tatare, du Gbirvan, du Daghestan. — Les coeoos des vers de la race talare étaient très {jros : ils avaient 6s centimètres et demi de long et 33 ceuiimètres de diamètre au milieu. Ceux des vers de la race lesghine, jaunes, blancs ou verts, avaient 36 centimètres et demi sur i8 centimètres et demi.

façon la plus défectueuse , elles augmentent en nombre et en importance. Le comte de Gasparin^ signalant en 18&0 les tentatives de conquête de cette industrie faites sous des latitudes diverses, a dit de la région transcaucasique : « Là se prépare pour l'avenir une des sources de production les plus importantes et les plus dangereuses , si le Gouvernement russe continue à se préoccuper autant de la perfection de la filature que de l'abondance de la production ^^\ »

Disons d'abord que la sériciculture est établie dans presque toutes les divisions de la région , sur les deux versants de la chaîne du Caucase : principalement dans les gouvernements transcaucasiques ou asiatiques, dans le gouvernement de Stavropol, dans la province de Daghestan, dans les gouvernements de Koutaïs, de Tiflis, d'Éiisabetbpol 9 de Bakou et d'Erivan. Elle a pris le plus d'extension dans la Géorgie et le Ghirvan (dans les districts de Nouka et de Koubane). Ce sont partout des Mahométans Sunnites qui s'occupent des éducations.

L'acclimatation des vers k soie est ancienne. «La soie de la Géorgie, a dit H.-C. Marsh, était très renommée autrefois, longtemps avant qu'on en récoltât en Italie ^'^\ 79 Le nom géorgien de la soie étant d'origine persane, il est probable que ce sont des Persans qui ont apporté cette industrie dans ces contrées. On sait du reste qu'il y avait, au n* siècle de notre ère, des Chinois dans la Gordiène, c'est-à-dire près du royaume d'Arménie.

Ibn Haukal, voyageur arabe qui a parcouru la r^ion transcaucasique au x' siècle, rapporte que les mûriers, propriété communale, étaient nombreux à Barda'a, la capitale de l'ancien pays d'Arran (devenu l'Arménie russe), et que la soie, qu'on produisait en grande quantité dans cette ville, était envoyée dans le Fars et le Khouzistan. Barda'a est au pied des monts Karabagh, à l'est du

(') Comte de Gasparin, Recueil de mémoint d'agricullure et d'économie rurale, t. m, p. ii5 et 116. — Les difficultés issues d^uoe occupation longtemps troublée n^ont pas permis de réaliser toutes les améliorations dont on avait présent Tapplication.

(') H.-C. Marsli, A ride through hlam : Being a joui^ney through Pèreia and Afghanistan ioîndiay 1877, p. Af.

RUSSIE. Ul

lac Goktchai^^^ Abdorraschid, écrivant au commencement du XY** siècle, vante l'habileté avec laquelle les habitants de Djiatra, également dans TArran , élèvent les vers à soie et font des étoffes de soic'^^ Dans le premier tiers du xiii* siècle, la soie de Géorgie (^êeta Giorgiana, sela Giorgiana de Massaria) était employée par les fabricants de Lucques ^^\

Le mûrier est partout h Tétat sauvage, et l'on ne rencontre nulle part de magnanerie bien organisée pour l'élevage.

Le tirage de la soie a été enseigné aux femmes du Caucase â Zougdidi, à Nouka, & Chémaka, par des fileuses françaises (^^.

Duseigncur admettait, pour 1 85 1 , une production de 69 3,ooo kilogrammes de soie grège, et, pour la période de 1860 à 1866, une quantité moyenne de 1 million de kilogrammes par an ^^\

Quant à la période de 1869 h 1881 , période pendant laquelle l'industrie s'est relevée, nous ne saurions dire avec certitude quelle a été l'importance des récoltes pendant ce temps.

Le Syndicat de l'Union des marchands de soie de Lyon a enregistré dans sa Statistique annuelle les chiffres suivants :

Production de cooona au CSauoaae.

1875. 900,000 kilogr. de cocons secs, soit 76,000 kilogr. de soie grège.

1876. 9,000,000 kilogr. de cocons frais, 190,000

1879. 600,000 kilogr. de cocons secs, 1 i5,ooo

1880. 700,000 i3o,ooo

1881. 55o,ooo 100,000

<') The Oriental Geography rf Ebn Hauhal.,., tramlated hy Sir WHUam (hueley, 1 800 , p. 167. — G. d^Ohflson , De$ peuplée du Caucase. . . dant le x* siècle, ou Voyage ^Abou-d-Queim, i8s8, p. 109. — Abou-^i-Oassim Mohammed cl Haucali est parti de Bagdad pour ses voyages en 969-9^3, et a écrit son livre en 976-977.

(') Ketab taUdiis al Atkar. . . ou Exposition de ce qu'il y a de plus remarquable {Notices et extraits des manuscrite, L II, p. 5 13).

t') T. Bini , Su t Lueehesi a Venezia , 1 856 , p. A5 et &6. — S. Bongî , Délia mereatura dei Lueehesi, 9* édition, p. hi, — Massaria est peut-être le Mazra qai est près du lacGoktcbaï. Dans cette partie de 1* Arménie russe, on recollait de la soie au x% au II* et au XII* siècle.

(*) Voir VAsie russe de M. Elisée Reclus, 1881, p. 989.

^) Duseigneur, Le cocon de soie, 9* édition, p. 169.

us SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.

La production de soie grège aurait donc été en moyenne de 1 1 5,000 kilogrammes par an.

Nous rappellerons que M. de Buschen a donné, pour Tannée i865, le chiffre de 55,ooo pouds^^) (903,000 kilogrammes) de soie grège, présentant, à raison de ao francs par kilogramme, une valeur de 1 8 millions de francs ^^\

Un voyageur, Ly clama de Nijebolt, s'est arrêté au chiffre de A 0,000 pouds (656,ooo kilogrammes) de soie ^^\

M. Sitovski , un des hommes qui connaît le mieux les possessions russes des deux côtés de la chaîne du Caucase, nous a indiqué, en 1873, à Vienne, la quantité de i,33o,ooo kilogrammes de soie^*^.

M. A. Boutowski estimait, en 187&, la récolte dans la r^ion du Caucase à 60,000 pouds (98^,000 kilogrammes) de soie grège, dont 36, 000 pouds (690,000 kilogrammes) étaient exportés. C'est en faisant usage des renseignements qu'il nous a fournis que nous avons dressé un état de la production présumée de 1861 à 1873 ^^^ qui conduit aux résultats suivants:

Soies de la région du Gaucaee.

B\P0RTAT101f. ^BODDCTIOII TOTALE.

péBIODBS TR1ENRALB8. u MOTBHXI, PAB AR. M MOTU», PÂB M.

kilogr* lulogr»

De 1861 à 1863 35A,ooo 790,000

De 1864 h 1866 478.000 836,ooo

De 1867 à 1869 16/1,000 609,000

De 1870 à 1872 Soo.ooo 909,000

(1) Le poud de âo livres russes équivaut à 16 kilogr. 3 80.

(^) De Buscben , Aperçu êtatistique deê forées productiwt de la Rueete, 1867, p. 17s. — Scbnilzler a accepte le chiffre de M. de Buscheo, qu^il a trouvé justifié, dit-il, par la consommation que les manufactures de Moscou font de ces soies {L*empire des Uan, t. IV, p. 987 et a 88). — Friedrich Matlhaï a fait de méme(Dî« Industrie Russiandt, 1. 1, 187a, p. i85).

(^) Voyage en Russie, au Caucase et en Perse, t. 1 , 187a, p. hgb et 696.

^*) 75,000 pouds : c^cst le chiffre que M. Sitovski a donné dans son compte rendu de rExposiliou polytechnique de Moscou (p. 71).

(^) Natalis Rondol, L'industrie de la toie, a* édition, p. U^.

La produclion aurait été, en 187a, de 1,1 5 5, 000 kilogrammes, avec une exportation de 699,000 kilogrammes.

M. A. Boutowski, qui a fait de l'industrie delà soie en Russie Tobjet d'une ëtude spéciale, estimait, en 187 A, que les deux cinquièmes au moins des soies du Caucase étaient absorbées tant par les fabriques du gouvernement de Moscou et des autres gouvernements que par le tissage domestique dans les gouvernements du Caucase.

Enfin, nous avons reçu, en 1878, de notre ami Victor Boutowski, président du Conseil des manufactures de Moscou, un aperçu de l'état de la fabrique russe de tissus de soie, dans lequel la production des soies de la Russie d'Asie est présentée comme ayant été, en 1876, de 3âo,ooo kilogrammes, dont 130,000 kilogrammes ont été exportés.

On voit combien grande est la différence entre des informations dans chacune desquelles il semble qu'on doive avoir confiance. Nous passons de iso,ooo kilogrammes à i,âoo,ooo kilogrammes.

Nous avons trouvé dans le BuUetm des soies el des soieries ^^^ des extraits d'un rapport du consul de Belgique à Tiflis, M. J. Reuleaux, lequel va nous conduire à éclaircir cette question.

Exportations des produits de la séricicaltare au Caucase.

mx aoTBii

QDAIITIT^.

W CtLOCBAMMB.

kilogr. fr. c.

1871 «56i,ooo 19 5o

ISlh 760,000 10 90

Nous avons rapproché à dessein la valeur moyenne assignée à

ï'ï 3* année, n" i35, 1" novembre 1879.

ces soies de la quantité exportée. II est évident que ces quantités ne représentent pas seulement des soies grèges. Les renseignements que nous avons obtenus de M. de Goutouly, consul de France à Saint-Pétersbourg, et de M. Rouleaux lui-même, ne laissent pas de doute à ce sujet.

Les chiffres qui précèdent ont été tirés du Tableau de la produe-^ tion dam la Ueutetiance du Caucase en j 8jg ^^\ qui a paru dans VAlmanaeh du Caucaee [Kavkasky kalendar)^ publication semiofficielle faite par M. Ghavrof. M. Ghavrof avait puisé ses informations dans les états officiels du commerce extérieur de la Russie.

Or, jusqu'en 1876 inclusivement, le Déparlement des douanes de l'Empire a réuni, sous le titre unique de soie, les cocons, les soies grèges et les déchets de soie exportés du Caucase. C'est certainement cette indication inexacte qui a été la cause des estimations exagérées que nous avons fait connaître plus bauL Depuis 1876, l'Administration des douanes a établi trois catégories. En fait, les quantités ci-dessus comprennent les cocons, les soies grèges et les déchets de soie, et le chiffre de 1876 rectifié a été de i,366,âOO kilogrammes, savoir:

EaqportationB.

Par les ports de la mer Noire i,35o,6oo kilogr.

Par la frontière de terre i5,6oo

Les soies sorties par les ports de la mer Noire avaient les destinations suivantes :

France 878,000 kilogr.

Turquie 669,000

Grèce 8,000

L'exportation a présenté, pour les années de 1878 à 1881, les chiffres ci-après que nous devons à M. de Coutouly et à M. Rouleaux.

(*) Obzw proiivoditielnûkly êil Khavkkadumo Na m iu imtdmtwi.

ANNÉES

COCONS

kilogr.

48o,6oo 364,900 635,000

5,960,900 6,/i8a,8oo 5,i5/i,90o 5,63 1,600

SOIBS GRÈ6BS.

kilogr.

Craoca.

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