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des rubans de velours), des peluches et des étoffes à parapluies ou à ombrelles.
Pour ne parler que des soies qui portent la marque de la maison Louis Payen et C", elles sont adoptées, recherchées même, non seulement pour les emplois qui viennent d'être indiqués, mais aussi pour le tissage du crêpe anglais, de la lustrine, du satin. On en fait même usage dans la fabrication des étoffes façonnées et des failles noires de qualité inférieure. Par ces desti* nations, on peut juger de la qualité de ces soies; on voit quelle valeur leur ont donnée la filature et l'ouvraison dans les usines de MM. Payen et C'*. On voit aussi comme des soies tirées de cocons choisis et bien filées ont un plus large champ de consommation. Nous renonçons à dire de quelles difficultés et de quels obstacles il a fallu triompher pour en venir là, et nous avons remarqué, non sans surprise, nous Tavouons, que, dans le volumineux mémoire, dans lequel M. Geoghegan a fait le récit minutieux de tant d'aventures et d'insuccès, pas une ligne n'a été consacrée à des entreprises dont la réussite a été si éclatante. Les noms de MM. Payen et de MM. Watson, pour ne citer qu'eui seuls, sont absents. Si des hommes de celte valeur avaient donné à la sériciculture l'attention qu'ils ont portée sur la filature, la destinée de celle-là eût été probablement tout autre. M. Liotard n'a pas gardé le même silence que M. Geoghegan, tout en ayant été très bref.
Nous venons de parler des destinations ordinaires des soies de rinde, mais nous devons dire que, aujourd'hui, les manufacturiers savent fort bien faire emploi d'une soie pour le tissage d'une étoffe quelconque, quand cette soie permet, à raison de son prix plus bas, de produire l'étoffe à meilleur marché.
Des filatures à l'indienne (parmi lesquelles il y en a quelquesunes dont l'outillage a été amélioré) il sort, suivant les uns, de 5oo,ooo à 600,000 kilogrammes, et, suivant les autres, de 800,000 à 900,000 kilogrammes de soie. Ces soies, en général communes, toutes en court guindre, sont consommées dans les fabriques indigènes. Les sortes dites bursout, employées pour trame , et celles dites khangrous, de qualité supérieure, produites dans
le Bengale» en forment la plus grande partie. Il ne nous parait pas, & nous, que la filature dans l'Inde produisant 600,000 kilogrammes de soie , la filature indigène fournisse plus de 3 5 o , o kilogrammes, 960,000 kilogrammes sortant des filatures à l'européenne. Si nous tenons compte d'informations récentes, la part de la filature à l'européenne serait de 5200,000 kilogrammes, et celle de la filature à l'indienne de &oo,ooo kilogrammes. Nous ne parlons ici que de la soie des vers du mûrier.
Nous savons peu de chose sur le moulinage de la soie. Le moulinage est fait k la main.
La première opération à laquelle la soie grège (appelée khora dans le Panjab) est soumise est le dé vidage, et la soie est classée en même temps suivant sa qualité. Ce double travail est fait par le puPfhera^^\ Toute soie qui doit être tordue a donc été d'abord redévidée. La soie de la première qualité reçoit le nom de tâni^^\ et la soie de moins bonne qualité est désignée sous le nom de vâna ou de pUa.
Le moulinier ou tordeur [taoJie) est généralement mahométan; il ne fait qu'une seule ouvraison. 11 prend deux bouts de tant, soie redévidée de la première classe , les double et les tord ensemble. C'est là l'organsin des Indiens , et le même nom de tant est donné à la matière première, à cet organsin et h la chaîne du tissu toujours faite avec cet organsin. La soie redévidée dite vâna est employée pour la trame, sans être tordue, et la trame est aussi appelée t^^^^). Il ne paraît pas y avoir de doute à cet égard , et nous n'avons pas compris cette assertion de M. Baden H. Powell que les indigènes prennent, pour faire la soie pour trame, «deux fils de tant 9.
Nous n'avons pas appris que, dans l'Inde, on donnât aux soies un seul apprêt, qu'on fit des poils.
^') M. Henry Gope a décrit en 1 858 iet procédés qui sont en usage dans le Panjab, principalement à Labore (Jownud oftht Âgrieultural Society ofindia, vol. X , pari II, i858, p. laaà i3o).
(*) La soie p^wMe est plus fine que le tâm; die est asset rare (Henry Gope).
(^} Henry Gope, Same aecount ofthe silk manufactureM ofthe Punjab, i858.
Dans la deuxième partie de notre étude, nous décrirons les étoffes de soie faites dans Tlnde. Nous ferons ici la remarque que presque toutes ces étoffes, de soie pure, ou de soie et de coton, ou de soie mélangée d'or ou d'argent, teintes en diverses couleurs, qui sont portées en vêtements par les Indiens, sont lavées fréquemment et conservent après le lavage tout leur éclat ^^^ L'inaltérabilité du brillant de la soie appelle l'attention.
Le Jury a décerné une de ses plus hautes récompenses au Gouvernement de l'Inde , nous en donnerons les motifs quand nous nous occuperons des tissus de soie. Nous nous occupons en ce moment des soies des vers du mArier, et, sous ce rapport, l'Inde n'était véritablement représentée que par MM. Louis Payen et C^ qui, dans la salle lyonnaise des soies, avaient exposé des produits nombreux et de premier mérite.
Quant aux soies de filature indigène, elles étaient en si petit nombre qu'on ne pouvait juger de l'état de cette production.
Les soies pat de l'Assam, filées, — les unes par le grand pât, ver annuel à cocon blanc, le Bombyx textor de Hutton, — les autres par le petit pât ^^\ ver polyvollin à cocon jaune, le Bombyx Crœd de Hutton, — avaient été présentées comme récoltées dans les districts de Kamroup , de Sibsagar et de Lakhimpour, que le Brahmapoutra traverse ^^\
Des soies jaunes, très nerveuses, tirées des cocons d'un Bombyx, qui est probablement le Bombyx Arracanensts de Hutton, venaient de la province de Pégou, dans la Birmanie anglaise ^^) : une de ces soies venait de Ghavilay, dans le district de Promi; une autre, du district de Tounghou; une troisième, du district de
^') Tons les voyageurs qui ont parcouru Tlnde ont fait celle remarque. M. J. Forbes Watson a signalé ce fait dans son ouvrage : The textile mantrfaeturet and the cottufnes of the peuple ofindia, 1866.
^*) G^est le madrasêi ou nUtri polou du Bengale.
(^) Rapport de M. J. Geoghegan, 1'* édition, p. 17. — Ces soies de TAssam, les soies de pdl dont nous avons parlé plus haut, sont souvent mélangées. Elles n^ont pas une couleur constante; il y en a de blanches, de blondes, de grises, de jaunes.
(^) On estime la production dans la province de Pégou à 3o,ooo kilogrammes de soie.
Thayetmyo. Ces soies nous reinettenl en mémoire une remarque qu'on doit au lieutenant-colonel Horace Browne, auteur d'une étude bien faite sur la sériciculture en Birmanie : quand les feuilles de mArier manquent, on nourrit les vers avec les feuilles du Broussanetia paptfrifera, le Mahlaing-beng des Birmans ^^\ Loiseleur-Deslongchamps a essayé à Paris, en iSsâ et en iSâ/i, de nourrir les vers à soie avec les feuilles de cet arbre, à partir du deuxième âge; tous les vers moururent dans un espace de temps assez court. Bonafous répéta ces essais, mais seulement avec des vers au cinquième âge; il n'obtint de cocons que du quart des chenilles soumises à l'expérience, et ces cocons étaient plus légers des deux tiers que ceux de vers nourris avec la feuille du mûrier blanc <«).
Bref, dans le département de l'Inde, à l'Exposition universelle, rien n'a montré au grand public ce côté des richesses naturelles de l'enaipirédes Indes, et rien ne lui a fait soupçonner que huit ou neuf espèces de Bombyx, annuelles, bivoltines, poiy vollines , y vivent sur le marier et filent toutes une soie d'une valeur industrielle.
Dans la jsone la plus septentrionale , à l'Est et à l'Ouest , sur des points différents, l'empire de l'Inde a un territoire relativement étroit dans lequel la sériciculture peut être exercée. Toutefois la production de la soie, quoiqu'elle ait diminué, est encore assez forte, et il n'est pas impossible que, avec des entreprises mieux réglées, avec des efforts persévérants quant à l'enseignement à fournir aux éleveurs indigènes, et les événements y aidant, cette production ne se relève.
Dans aucune région de ce pays, on ne trouve réunies les conditions physiques et économiques, grâce auxquelles l'industrie de la soie a pris et a conservé, en Chine et au Japon, tant d'impor-
^'^ J. GeoghegaD, Somê account of êilk m India, i" édition, p. i o5 à 1 09. — Nous avons trouvé la mention du même fait dans un rapport de M. L. Vossion, consul do France à Rangoim {Bulletindu Ministère de l'agriculture, année 1 885 , p. 1 1 3 et 1 1 â ).
^^' Loiseleur-Desloogcliamps, Mûrier» et vert à »oie, leur culture et kur éducation dans U climat de Paris, i83d, p. A et 5.
tance et de solidité, de sorte qu'il est probable que, pour la soie des vers du mûrier, les récoltes ne dépasseront pas dans l'Inde les limites qu'elles ont atteintes précédemment.
11 y a cependant, nous venons de le dire, des districts dont le climat convient au mûrier et au ver à soie (soit qu'on en ait la preuve par les faits actuels, soit qu'on en ait fait l'expérience); des éducations plus nombreuses pourraient être faites avec l'espérance du succès. Si resserrée que soit par comparaison cette partie de l'empire, elle suffirait à donner des récoltes bien autrement grandes que celles dont on dispose. On peut juger, — par ce qui se passe en Chine, dans les provinces de Tché-kiang et de Kouangtoung, au Japon, dans plusieurs provinces de la zone centrale, en Italie, dans la Lombardie, — du pouvoir producteur qu'un territoire peut acquérir. Il ne paratt pas toutefois que, dans les districts de rinde ou l'on est en quelque sorte certain de la réussite, on trouve le concours nécessaire dans la population, à raison de la faiblesse numérique de celle-ci ou de sa dissémination, à raison aussi de ses habitudes ou de son ignorance de la meilleure conduite du travail. On ne voit pas d'ailleurs, quand on lit le récit des entreprises que le Gouvernement a encouragées dans les vingt dernières années, que des directions ou des exemples utiles aient été donnés. Qu'il s'agisse des vers annuels propres au climat tempéré des hautes terres himalayennes, ou des vers polyvoltins élevés sous le ciel brûlant des basses terres gangétiques, ni le choix des races, ni les grainages, ni les croisements, ne paraissent avoir été faits d'une façon raisonnée. Il ne semble pas non plus que, dans aucune localité, on ait cherché à nourrir l'espèce de vers qu'on y avait portée avec la variété du mûrier qui loi convient le mieux.
Les éducations de vers à soie sont faites dans l'Inde, comme ailleurs, par des paysans indépendants qui n'ont pour règle que leur intérêt. L'action la plus efficace qu'on puisse exercer, c'est en enseignant par quels moyens obtenir le plus de fruits du travail.
Les difficultés quant à la partie agricole de l'industrie de la soie sont, en grande partie, restées sans solution. Mais le Gouvernement de l'Inde se montre résolu à mettre à profit les leçons
qu'a données Texpérience du passé. On voit, dans la première partie de l'ouvrage de M. L. Liotard, avec quel esprit ferme et prévoyant toutes choses ont été examinées. Si l'Etat incline à prendre l'initiative dans certains cas, on remarque que la part du peuple dans la tâche nouvelle est à peu près la même qu'autrefois. Autre a été l'énergie de la population en Italie en présence d'une industrie presque détruite, autre l'énergie au Japon quand il a fallu améliorer la production compromise. Il y a eu cependant des progrès dans le Panjab et dans les provinces du Nord-Ouest.
Le capitaine Hutton, dont le nom revient ici sous notre plume, parce qu'il a exprimé sur ce sujet des vues originales dont l'événement a confirmé plus d'une fois la justesse, n'avait pas confiance dans la vitalité de l'industrie de la soie des vers du mûrier dans l'Inde. Il ne voyait d'avenir que pour la production de la soie des vers demi-domestiques ou sauvages. Néanmoins, en considérani les résultats de l'élevage, quoique celui-ci soit conduit généralement d'une façon défectueuse , Hutton lui-même et d'autres après lui ont exprimé l'avis que la sériciculture, même pour les vers du mûrier, peut, mieux dirigée, laisser plus de profits et s'étendre davantage.
On ne peut pas regarder la sériciculture et la filature de la soie dans l'Inde comme devant rester fatalement, par rapport à la Chine et au Japon, dans les conditions d'infériorité actuelles. Cette industrie est un des principaux éléments de la richesse de cet empire; elle a été près d'être perdue dans d'autres pays, et dans ces pays elle a été conservée et relevée. 11 est plus facile de la conserver h l'Inde, et l'on a eu la preuve, dans plus d'un cas, des succès qu'on peut espérer d'obtenir.