‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 51 sur 77 · SOIE GRÈGE · texte numérisé non relu

SOIE GRÈGE

T)*iin fabrieanL de MoBCOU fi88o^

kilogr.

3,56o,ooo s,8oo,ooo

kilogr.

s8o,ooo

s6/i,ooo

De M. J. Realeaux, ancien consul de Belgique k Tiflis ^en movenne^ ....••..•

Diaprés les données fournies par M. A. de Bon- 1 towski et M. de Goutoulv f 1 880 ^

1 De M. OvanèsGauxpunofffde Ghoocba (1876).

Les différences peuvent avoir été occasionnées par le degré d'abondance de la récolte. Une récolte moyenne parait être, autant qu'on peut en juger, de 3, s 00,000 à 3,5oo,ooo kilogrammes de cocons frais.

L'ouvraison a été organisée en Russie de la même façon qu'en France et en Italie; elle a été également établie au Caucase ^^\ La plupart des macbines ont été construites à l'étranger. Quelques fabricants ont leurs propres moulinages, et nous citerons entre autres la maison A. et W. Sapojnikoff, de Moscou, qui fait monter dans son usine de Maximofka , sur la Klasma , en organsins et en

(') M. Carra de Vaux, qui a recueilli ses renseignements auprès d'un éleveur français établi au Caucase depuis une quinzaine d'années, s'est étendu dans son rapport sur Tétat de la sériciculture dans les provinces transcaucasiques : les races des vers seraient dégénérées, les graines le plus souvent corpnêcuUusei , les procédés d^éievage vpar trop primitifs^.

(*) Le Jury a jugé digne de récompense un rooulinier d'Ardubal, dans le Caucase, qni avait présenté des soies ouvrées à l'Exposition de 1878.

IlfPKIlIKaïC RATIOXALC.

trames, pour sa consommation, environ 6,000 kilogrammes de soies grèges du Caucase.

On tisse dans les gouvernements transcaucasiques la plus grande partie de la soie qui y est produite, et la plupart des étoffes sont faites de soie ouvrée. C'est souvent le tisseur qui ouvre lui-même la soie, et cette ouvraison est faite à la main de la manière la plus primitive. Nous avons vu procéder à peu près de la même façon dans TAsie Mineure. Toutefois telles sont l'habileté et la patience de certains ouvriers qu'ils obtiennent des organsins et des trames qui ne sont pas sans présenter quelque mérite.

Le Turkestan russe a été divisé en six gouvernements; il comprend le territoire qui s'éiend au nord de la chaîne du Thièn chan, et même quelques districts au delà de cette limite naturelle. Plusieurs rivières descendent de ces montagnes et de la chatne. de l'Hindou -kouch (le Karatul, l'Ili, le Tchou, le Syr, l'Amou), et ont creusé de larges vallées dont la fertilité est grande. On y trouve à peu près partout le mûrier sauvage, le Morus alba et le Marus nigra; l'élevage des vers à soie y est pratiqué sur la plus large échelle. La production y a même une importance qui dépasse les prévisions qui ont cours en Europe; elle s'explique par l'usage presque général de vêtements de soie.

L'éducation des vers à soie est une industrie ancienne dans le Turkestan russe, familière à toute la population. Elle est le plus répandue dans les gouvernements de Ferghanah ^^^, de Zérafchane, du Syr Daria et de l'Amou Daria, principalement dans les environs de Khokand, de Samarkand, de Khodjend, de Tachkend, de Tchimkend et de Turkestan.

Les cocons sont filés (très mal filés) dans les districts où ils ont été récoltés, et presque toujours par les paysans éleveurs. On avait établi, de 1867 à 187s, des filatures montées avec un matériel perfectionné, et le Gouvernement russe en avait favorisé

<') L*ancien khanat de Khokand est devena la proviDoe de Ferghaiiah.

l'élablissement par des subventions; ces filatures n'existent plus. La filature de Khodjcnd, fondée par une société composée de marchands et de fabricants de Moscou, au capital de 200,000 roubles, a été également fermée (à la fin de 1876) (^).

Les cocons sont en général bien construits et riches en soie , mais les fileuses n'en tirent pas le meilleur parti. Ainsi, à Tach* kend» on n'obtient que 1 livre de soie de 8 ou 9 livres de cocons secs. A Samarkand, où les fileuses uzbecks sont plus habiles, on tire 1 livre de soie de 5 livres de cocons secs, et des fileuses russes ont fait mieux (1 livre de soie pour U livres de cocons secs)^^^

Une école de sériciculture, avec une magnanerie, a été fondée par le Gouvernement russe k Tachkend en 1871 ^^K

Une partie des soies sont consommées sur les lieux mêmes, le reste est envoyé en Russie et dans l'Inde. Cette production n'intéresse pas jusqu'à présent les fabriques de l'Occident, car il n'arrive qu'une quantité relativement petite de ces soies sur le marché de Londres.

Ces soies sont, les unes jaunes, les autres blanches; celles qui ont été présentées à l'Exposition de 1878 étaient nerveuses, brillantes et d'assez bonne nature.

On n'a observé parmi les cocons très divers qu'on récolte aucun type digne de remarque.

«D'après les renseignements les plus récents, nous écrivait le 99 septembre 187& M. Alexandre Boutowski, on récolte dans le Turkestan environ â6,ooo pouds (&â6,ooo kilogrammes) de cocons seulement, ce qui donne à peu près 3,5 00 pouds (57,/ioo kilogrammes) de soie grège, dont un millier de pouds sont expédiés à Moscou, y)

(*) On trouvera sur la production de la soie dans le Turkestan des renseignements précis dans Touvrage de M. Eugène Schuyler : Turfctaton. Noiet ofajoumey m Rus- $ian Turkiitan, Khokand, BtJehara and KuUja, 6* édition, 1877, t. I, p. 190 à

W E. Schuyler, TurkUtan, t I, p. 199.

(^) Voir Gb. E. de Ujfalvy : Le Kokûtan, le Ferghanah et KoMja, 1878; L« Syr- Daria, le Zérafchane, le Paye dee Sept-Rivièree et la Sibérie occidentale, 1879. M"* Marie de Ujfalvy, D'OrerÂourg à Samarkand {Le Tour du Monde, 1879).

M. Alexandre Boutovvski, qui était président de la Commission impériale de Russie à l'Exposition de 1878, admettait, à cette époque, en 1878, qu'on obtenait dans le Turkestan russe 8,000 pouds (1 3 1,000 kilogrammes) de soie grège.

Nous estimons la production de soie grège à 190,000 kilogrammes.

Nous reviendrons sur le Turkestan russe dans le chapitre sur l'Asie centrale.

Plusieurs des provinces de la Perse ont, si nous en croyons des observateurs qui étaient de bons juges, un cUmat et un sol le mieux appropriés à la sériciculture.

Le miïrier (le mûrier noir^^^) était abondant à Tétat sauvage; il devait être remplacé bientôt par le mûrier blanc, peut-être indigène en Perse, certainement indigène dans les pays voisins. Tous les voyageurs anciens et modernes ont remarqué l'abondance du mûrier dans la région iranienne. Oléarius n'a vu en Perse que des mûriers à fruits blancs.

La Perse a été un des premiers pays producteurs de soie, un de ceux où la production a été la plus grande. C'est certainement la contrée de l'Occident dans laquelle, aux temps anciens, l'art de la soie, à tous ses degrés, a été conduit avec le plus d'habileté et a été le plus répandu. La langue persane possède, pour désigner le cocon entier et le cocon percé, la soie dévidée et l'étoupe de soie filée» des mots originaux qui ont été introduits plus tard dans la langue arabe et dans les langues de l'Arménie et de la Géorgie. En persan : le ver à soie est appelé kenn i ibrichim; le cocon en général, pilih; le cocon percé et le fil de soie qui en provient sont appelés quêdj; le cocon entier (non percé), la soie tirée du cocon entier, la soie en général, portent le nom d'ibriehtm ou ibrichem.

Quelle que soit l'ancienneté de cette branche du travail en Perse, nous ne croyons pas qu'elle y ait pris naissance; tout au plus peut-on admettre qu'on tirait parti , a une date reculée, dans ce pays des cocons percés de vers à soie sauvages du mûrier, en les réduisant à l'état de bourre ou d'étoupe et en filant cette bourre à la quenouille. On sait que cette bourre ou étoupe de soie était quelquefois foulée. Ibn el-Beïthâr, parlant de la soie

^') On regarde le Mtfrus nigra comme originaire de la Perse. D'après Bunge , le mùiier est indigène en Perse.

dans le Traité des Simples, qu'il a écrit dans la première moitié du xiii* siècle, a bien distingué la soie du cocon entier à chrysalide tuée par la chaleur solaire de la soie du cocon percé ^^\

Aristote a signalé la soie des vers sauvages de l'Assyrie ^^); cette soie devait avoir été filée au fuseau.

Nous ne parlons pas de la tradition qui attribue au roi Thaha* murath, delà dynastie fabuleuse des Pischdadiens^ le premier élevage des vers à soie dans la province de Tabéristan^^l Nous mms arrêterons à la légende du ver de Heftwad, qu'on lit dans le Livre des Rais. Firdousi a placé la scène dans la ville de Kudjaran, sur le golfe Persique, au temps d'Ardeschir, fils deSassan, qui régna de ss6 à s/io de J.-G. ^*^.

Nous ne retiendrons de l'étrange histoire du ver de Heftwad que quelques points. vlLsl robe (du ver), dit Firdousi, était noire comme du musc, et Ton voyait, sur ce fond noir, des marques de couleur de safran tout le long du dos et sur le devant. 39 On retrouve là cette robe noire que le capitaine Hutton a prétendu être propre au ver à soie primitif. Firdousi a ajouté que «l'on enveloppait le ver dans des étoffes de soie chinoise t?. Ainsi la soie de Chine et l'étoffe de soie chinoise avaient pénétré dans le pays de Fars avant que ce ver n'eût été découvert par la fille de Heftwad. Enfin celle-ci, fileuse de coton, a filé de la même façon les produits que le ver donnait.

La Perse a dû recevoir l'art de la soie d'un des états de l'Asie centrale ^^^ On n'a eu longtemps que de vagues notions sur les régions qu'on appelait pays des Sères, pays des Turks, Tartarie et

(^) Ibn el-Beïthâr, Djanù d-Moufridal «t Collection des Simples» , traduit par L. Leclerc {Notice» ei extraite de% manuscriti, t. XXII 1, p. /i3i), à Tarticle //ortr, diaprés Hamed ibn Semdjoun.

^^) L* Assyrie correspond au Kourdistan actuel.

(') D'Herheloi, Bibliothèque orientale, tUl, 1778, p. 669.

<*) Le Livre de» Roi» (Chah Nâmeh)^ traduit par Jules Mohl, L V, p. 809 à 3^7. — L*auteur du Livre de» Rote, le poète Abou^assim Firdousi, est oë vers gho et est ! mort en 1030.

^^) D^un des états de TAsie centrale, c'est-à-dire delà Chine, par rintermcdiaire d'un de ces ëtats. D'Herbelot a dit, à l'article Harir : (tCeux (des Persans) qui écrivent plus eiactement ou pins sincèrement confessent que rinvention de la soye leur est venue des Chinois?) (Bibliothèque orierUale , t. II, p. aoa).

le plus souvent Inde. Ibn Haukal, voyageur arabe qui vivait au milieu du x* siècle, rapporte que de Merv (Merv Ghahidjan) cet art a été porté dans le Tabéristan, l'ancienne Parthie [The art of tnaking silk was mgtnally transferred from Merv io TaberUtan, d'après la traduction de Sir William Ouseley ^')). Ibn Haukal fut témoin de l'importance de la production de la soie dans le Tabéristan et le Gourkan^^^ L'Asie centrale, l'Inde des anciens, avait aussi liB ver à soie, comme nous le montrerons plus loin; elle l'avait tiré de la Cbine. On l'y avait élevé avant qu'on l'élevàt en Perse. Les anciens écrivains arabes appellent le ver à soie le ver ifidien^^K Les Grecs, à leur tour, ont donné aux vers le nom de PersUcoi 9érei; l'empereur Julien le dit dans une de ses lettres , c'est un témoignage du milieu du iv* siècle.

Au Vf siècle, les procédés d'élevage et de tirage des Chinois étaient connus, et il semble que le Bombyx du mûrier à cocon jaune, qu'on croit originaire des montagnes qui entourent la mer Caspienne au sud et à l'ouest (mais qui peut aussi avoir été apporté de la Chine), devint alors l'objet d'éducations régulières. Il n'était pas le seul qui fût élevé : l'historien grec Nicéphore Grégoras, qui vivait dans la première moitié du xiv* siècle, mentionne plusieurs espèces de vers à soie de couleurs différentes ^^^

Il est certain que , au vu' siècle , la sériciculture était répandue dans la contrée comprise entre le Caucase et les confins orientaux des déserts du Khoraçan et du Kerman. A la fin du ix' siècle, elle était solidement établie dans le Khoraçan, le Djordjan, le Tabéristan, l'Azerbeïdjan, le Dilem et le Ran. On tirait les graines du Djordjan, qui fournissait la meilleure soie, et les vers à soie du Djordjan venaient, d'après la tradition, du Turkestan. Au j^ siècle, les Persans allaient chercher encore des graines à Merv, dans l'ancienne Bactriane.

La production était grande au xi* siècle , on le sait par les écri-

(^) Tkê Oriental Geography of Ehn Haukal (Abi rCassem Ibn Haukal), traduction de Sir William Ouseley, 1800, p. 916 et 917.

^*) Ibn Haukal, p. 179 et 180.

^^) Doudèh Hindièh, voir le traité de Damiri (Vie des grands animaux), ^^^ Aldrovaadi, De atùmalibus insectisUbriseptem, 1609, p. 985.

vains arabes. Edrisi en a observe l'importance au xu* siècle. Au xuf et au xiv* siècle, la soie ghella, gheUe ou chek était employée par les fabricants de Lucques^^^ La seta GheUa, c'esl la soie du Ghilan, l'ancien pays des Gelae. Aboulféda et Schebâh-eddin Abou'labbas Ahmed ont signalé, au xiv* siècle, l'abondance de la soie^^^. On récoltait, au xiv' et au xv* siècle, sur le territoire de la ville de Tauris, suivant le témoignage de l'historien Laonic Ghalcocondyle, une soie très belle, supérieure à celle de Samachi.

Un voyageur. Corneille Le Brun , a décrit le procédé de tirage de la soie usité en Perse au xviif siècle.

c(ll y avoit, dit-il,. . . un fourneau, qu'on échaufe par dehors, et dans lequel étoit un grand chauderon d'eau presque bouillante» dans laquelle étoient les coucous des vers. Celui qui en dévidoit la soye étoit assis sur le fourneau, à côté du chauderon, et remuoit souvent les coucous avec un petit bâton. Je trouvai aussi, au milieu de cette maisonnete, une grande roue, qui avoit huit à neuf paumes de diamètre, et qui étoit fixée entre deux piliers. Il la faisoit tourner du pied, assis sur le fourneau, comme on tourne un rouët parmi nous; et on avoit placé deux petits bâtons sur le devant du fourneau, sur lesquels il y avoit un roseau, autour duquel tournoient deux petites poulies qui conduisoient la soye des coucous vers cette roue. On m'a assuré que cette manière de dévider la soye est en usage par toute la Perse (^).>'

Oléarius a donné une description semblable de la manière de tirer la soie ^^K

Nous n'avons reproduit les détails dans lesquels Le Brun est

^') Salvatore Bongi, Delta mercatura dei ÏMcehen nei $ecoU un e ziv, a* édition, p. 4i.

^') crLâhadjân est une ville du Deïlem (le Djil ou Ghilan). On en eiporle une soie célèbre 7) (p. 173). — «rLe Tabarfslan est riche en soie.. . On exporte (du Tabaristan et du Mâzandarân) une soie qui se répand dans tous les pays» (p. 175). (Aboulféda, t. II, 3* partie, 18 83).

^^) Voyage de Corneille Le Brun par la Moecovie, en Peree et aux Indes orientalei, 1718, t. I, p. 166. — 3o août 1703 : «A un village près du confluent do Kur et de TA ras.»

(^) Voyages très curieux et très renommez faits en Moscovie, Tartarie et Perse, par le sieur Adam Oléarius. . ,, traduits par le sieur de Wicquefort, 1737, colonnes 806 et 807. La première édition est de 16/17 : ^^^''^^ Orientalischen Reise, . .

entré que pour fournir une preuve directe de Terreur dans laquelle Savary est tombé, en prétendant que, de son temps, la soie crue est «la soye qu'on tire sans feu, et qu'on dévide sans la faire bouillir ^^^9. Savary ajoutait que, dans les pays du Levant, ce on ne fait aucun filage ou dévidage au feu t).

On retrouve la définition donnée par Savary dans YEncyclopédie (t. XV, 1765, p. 269), et dans les grands dictionnaires du xviii* siècle ^^^ Paulet, qui écrivait en 1770, a relevé l'erreur de Savary ^^^. Il est probable que ce dernier ne l'a commise que parce qu'il a confondu la filoselle avec la soie. C'est ainsi qu'on lit, dans les dictionnaires arabes, que le qazz est cela soie crue tirée du cocon sans feu 79; \%qaiz,\eqvMj àe% Persans, est la filoselle, le produit du cocon réduit à l'état d'étoupe par l'étirage ou le peignage à sec; c'est aussi le cocon (bourre et soie).

On verra, quand nous parlerons de la soie de VAntherœa Pernyi, que, dans la province de Gban-toung, en Chine, on tire à sec (sans eau ni feu) la soie des cocons de celte espèce élevée à l'air libre. Mais Savary n'a pas pu faire allusion à ce procédé, puisque, de son temps, on faisait le tirage à la bassine, à l'eau chaude, en Turquie et en Perse.

Nous avons fait mention plus haut de la consommation de la spie du Ghilan, à Lucques, au xin* et au xiv* siècle. Cette soie était aussi employée à Florence au xiv^ siècle. Francesco Balducci Pegolotti, qui a écrit en 1 335 La pratica délia mercatura, y parle de la seta GheUa^^\

Marco Polo, qui a rendu compte de ce qu'il a vu et appris dans le cours de ses voyages, au xin'' siècle, a dit, au sujet de cette partie de la mer Caspienne, qu'il désigne sous le nom de mer de Gelachelan : c^Et ore nouvellement les marcbans deGennes nagent

0) Jacques Savary des Bnislons, Dictionnaire umiiertel de commerce ^ t. Il, 1736, colonne 779.

^*ï Furelière, Dictionnaire univereel, l. IV, 1737, article Soye, — Dictionnaire iimvenel françaie et latin, vulgairement appelé : Dictionnaire de Trévoux, t VU, 1771, p. 769, etc.

<^) L'art du fabriquant d'étojee de soie, 1773 , T* et 3* section», p. v et xix.

(*) Balducci indique la tare des liens de la soie gheUe (Pagnini, Délia dedma, etc., t. m, 1766, p. Soi).

[ Turquie ^^^

par ceste mer, par nefz qu'ils y ont porté et mis dedens, et d'ilîec vient la soie gcele ^^K n

Les Arabes faisaient aussi dans ce temps*là et firent plus tard un grand commerce de soie en Perse ; ils eurent bientôt pour concurrents, non seulement les Italiens, mais aussi les Anglais» les Hollandais et les Russes.

Les Anglais R. Chancelier et Jenkinson, qui avaient parcouru la Russie et TAsie centrale de i553à i558, rendirent compte è la reine Elisabeth de l'état des choses dans le district de Ghirwan, au Caucase, et cette princesse envoya, en i56â, Jenkinson en Perse. Celui-ci fut suivi, en 1667, par Edwards, qui établit une factorerie près de Recht. La Hollande fonda peu de temps après des comptoirs à Ormuz. Frédéric V% duc de Holstein, s'efforça de prendre sa part de ces affaires, et l'ambassade en Russie et en Perse, de i638, dont Adam Oléarius a été le narrateur, fut entreprise dans ce but. Ce commerce était, à la fin du xvn* siècle, presque en entier dans les mains des Arméniens. Pierre le Grand traita, en 1711, avec ceux-ci, et, rompant avec eux en i7Q0, tenta de s'assurer le monopole des soies de Perse. La mort de Pierre le Grand et les troubles survenus pendant le règne de Nadir Chah furent suivis d'arrangements nouveaux, conclus par des marchands anglais qui les firent d'accord avec le Gouvernement russe. Cette entente dura quelque temps. Les Anglais se rendirent bientôt seuls maîtres du marché, et plus tard le commerce grec s'en empara, dirigeant les produits sur la Russie et la

Quelle que soit l'époque à laquelle les procédés des Chinois ont été introduits en Perse, on ne peut pas mettre en doute que le tissage de la soie dans ce pays n'ait été alimenté d'abord par les soies de Chine. Nous y reviendrons.

Les récoltes ont eu en Perse une grande importance pendant

Le Livre de Marco Polo, édition de G. Paulhier, p. A 6. ^^^ Voir le rapport de M. S.-G.-W. Benjamio , consul gënëral des États-Unis à Téhërtn (Reparu from tke Comule ofthe United States, on the commerce, mamjfoctwree , etc.,oJ their conetdar ditlriele, i883, p. 760 et 761).

plusieurs siècles, elles se sont élevées jusqu'à plus de 3 5 millions de kilogrammes de cocons.

Oléarius a fait le premier compte de la production persane; ce compte est intéressant.

ce La soye, dit-il, fait le premier et le principal commerce de toute la Perse. . .

«On fait état que la Perse produit tous les ans, Tun portant l'autre, dix mille sommes ou vingt mille balles de soye, chaque balle comptée à deux cens seize livres. La seule province de Kilan en donne aux bonnes années huit mille balles, celle de Schirwan trois mille, celle de Ghorasan autant, celle de Mesanderan deux mille et celle de Karabach^'^ deux mille, sans compter celle que la Géorgie, qui est aussi abondante en soye, et quelques autres provinces produisent.

«On dit que toute la Perse n'employé pas plus de mille balles de soye et que le reste se transporte et se vend en Turquie , dans les Indes, en Italie et autres lieux ^^^ . . . »

Gomme les provinces de Ghirwan, de Karabach et de Géorgie n'appartiennent plus à la Perse, il faut en déduire le produit, et l'on se trouve alors en présence de 1,376,000 kilogrammes de soie pour i638.

Ghardin, qui écrivait en 1669, a présenté une estimation plus élevée ^'^ :

de Gbilan 10,000 balles ^^^

de Mëdie 3, 000

n • / (le Bactriane 3,ooo

rrovinces < , ., ,,

de Mazenderaii ^,000

de Karabach a, 000

de Géorgie s,ooo

En résumé, pour la Perse, 1,900,000 kilogrammes de soie.

<') La province d'Erivan ou de Karabagh.

(•) Voyages. . . en Moecùvie, Tartarie et Peree, colonneâ 807 et 838. ^^} Voy4ige de Monsieur le chevalier Chardin en Pe9te, et autres lieux de V Orient, i. Il, 1711, p. 89.

f*' Ualles de 276 livres.

36& SOIES DBS VERS DOMESTIQUES DU mOrIER.

La province deGhilan, qui produisait plus de i million de kilogrammes de soie au milieu du xvn* siècle, n'en donnait, en l'jlilij d'après Jonas Hamway, qui conduisait alors le commerce des Anglais, que i q 0,000 kilogrammes ; mais le voyageur anglais Fraser estimait, en 1 Su a, les récoltes de soie à 3 60,000 kilogrammes en moyenne.

Il est certain que la production avait diminué en Perse avant l'apparition de la maladie. Duseigneur estimait que, vers i85o, on obtenait 3o,ooo rouleaux^^^ (i,oao,ooo kilogrammes) de soie, dont on exportait 18,000 rouleaux (610,000 kilogrammes). Dans ce temps-là, l'élevage était concentré dans les provinces de Ghilan, de Mazendéran, d'Azerbeïdjan, de Khoraçan, de Yezd et de Kaschan. Toutes les soies étaient fermes , moitié à long guindre, moitié à court guindre.

L'épidémie, qui se déclara tardivement, n'a pas été, comme nous venons de le dire, la seule cause de la diminution des récoltes. Celles-ci étaient réduites à 700,000 kilogrammes de soie en 1861 et à 380,000 kilogranmies en i865, savoir :

de Ghilan 390,000 kilogr.

de Yezd 3o,ooo

Provinces { de Khoraçan 16,000

de Mazendéran 8,000

d'Azerbeïdjan i^,ooo

Total 378,000

M. Geoghegan nous a fait connaître une estimation de la production en i863-i86A; cette production aurait été de 5ia,ooo kilogrammes de soie^^^ :

Ipour TADgleterre 181,000 kilogr.

pour la Russie 63,000

pour la France 1 6,000

Vente en Turquie et consommation intérieure. 355,ooo

^') Le rouleau ou Itdé est de six balmans, cl te balman (man-i-chah) est de 5 kilogr. 880. Le rouleau contient ordinairement 3h kilogr. 5oo de soie, poids net. ^*^ J. Geoghegan, Silk in India, 1" édition, p. iv.

On regardait la récolte de Tannée 1870 comme ayant été de 3oo,ooo kilogrammes de soie.

La Perse avait des races qui étaient restées rustiques, dont les cocons étaient h gros grain, mais qui étaient déjà bien affaiblies; elles n'ont pas résisté à la maladie, suite des entreprises du grainage. Détruites alors, ces races ont été remplacées par des races du Khoraçan et du Japon, qui ont donné de médiocres produits. Il est vrai qu'on n a guère fait attention à la qualité des graines, et qu'on n'a pas apporté plus de soin que par le passé aux éducations et au tirage de la soie.

L'abaissement du prix de la soie et des causes locales ont amené l'arrachage de nombreux mûriers.

Les soies de Perse viennent encore, pour la plus grande partie, aujourd'hui, de la province de Ghilan.

Il est difficile de se faire une idée de la production actuelle, car les renseignements qu'on obtient présentent entre eux de notables différences. Cependant nous donnons notre travail avec quelque confiance, attendu qu'il est à peu près d'accord avec celui qu'a fait, à Téhéran même, le consul général des Etats-Unis, M. Benjamin, observateur très attentif.

L'élevage des vers à soie est encore répandu sur presque toute la surface du pays : dans le Khoraçan, à l'est; dans les provinces qui forment l'hémicycle méridional des côtes de la mer Caspienne et qui sont bordées par la chatne de l'Elbourz, le Ghilan, le Mazendéran et l'Astrabad; dans le Tabéristan, qui est de l'autre côté de l'Elbourz; dans le centre de la Perse, entre Kaschan, Yezd et le nord du Fars; enfin dans l'Azerbeidjan , au nord-ouest. M. Benjamin rapporte qu'on fait des éducations jusqu'à l'altitude de 1,980 mètres au-dessus du niveau de la mer.

On obtenait, il y a peu d'années, dans le Khoraçan, de 1 8,000 à ao,ooo kilogrammes de soie; la production actuelle est de 8,000 à 10,000 kilogrammes, cela vient de ce que beaucoup de paysans se sont mis à cultiver le pavot à opium (^). Mesched, la capitale du

^^) FéOiiem Persia, An accounl ofthejoumeyi qf the Persian Doundary Commuiion, 1876, t. I,p. 3/10. — Rapport du consul général S.-G.-W. Benjamin, i883, p. 763.

Khoraçan persan, a été la première étape en Perse des vers à soie, portés de Merv dans le Tabérislan. Il y a, dans les montagnes de Birjand à Mesched, une énorme quantité de mûriers.

La pébrine et la Jlacherie ont fait le plus de ravages dans les provinces qui bordent la mer Caspienne. Le Ghilan, après avoir donné 1,060,000 kilogrammes de soie par an, au milieu du xYif siècle, n'en a plus produit que &&o,ooo kilogrammes vers 1875^'^; il est couvert de mûriers. Il est entré dans le commerce, en 18821, de qoo,ooo à 2120,000 kilogrammes de soie de celte province; cette soie est la meilleure de la Perse. La qualité la plus belle est récoltée aux environs de Lahidjan (*^) : c'est la seta Ghella du xiv* siècle, qu'Aboulféda a tant vantée, la soie du Lahetzan d'Oléarius. La Russie consomme la plus grande partie des produits du Ghilan. Le Mazendéran, le jardin de la Perse, fournit 1 6,000 kilogrammes de soie de qualité moyenne; le principal marché est à Barfourouth ou Barfrouch. On peut négliger ce qu'on obtient dans l'Aslrabad.

Les soies de l'Azerbeidjan sont inférieures et de vente courante en Russie; la quantité récoltée est de i5,ooo kilogrammes. Le Tabéristan a perdu presque toute cette richesse; il avait, du x* au xv* siècle, d'abondantes récoltes ^^^

Enfin, dans les provinces centrales de la Perse, les terres étant moins arrosées qu'autrefois, la culture du mûrier n'a plus la même importance ; la soie est grossière et n'a d'emploi que pour le tissage domestique. Le produit est de 8,000 kilogrammes; c'est peu de chose par rapport à l'étendue de ce territoire. Cette récolte provient de quelques oasis de mûriers disséminées au milieu des sables du désert. La ville de Yezd et les villages de sa banlieue sont enfermés dans une de ces oasis; on y élève beaucoup de vers à soie, et Ton y trouve plus de 3oo ateliers pour le tissage de

(*) H.-G. Marsh , A ride tknnigh hlam : being a joumêy through Pertia and A/ghanàUm to India, 1877, p. 61. — BeDJamin, Silk euUurê in Penia, p. 763 et 766.

<') n>n Haukal,p. 179. — Aboulféda, t il, s' partie, p. 176. — Yacouti {Noticet et extrait» de» manutcrit», t. H, 1789, p. 691).

(') Schebâh-eddin Aboulabbas Ahmed a signalé, au xi¥* siècle, TabondaDce de la soie dans le Lahidjan et le Touroènc (Foumène).

la soie, ainsi que des filatures, des moulins et des teintureries ^^^

En résumé :

de Ghiian ai 0,000 kilogfr.

de Mazendéran 16,000

Provinces { d*Azerbeîdjan 1 5,ooo

de Khoraçan • 9iOoo

centrales 8,000

Total 958,ooo

Les quantités ci-dessus sont celles qui sont Tobjet des opéra* tiens du commerce; d autres quantités restent sur les lieux et alimentent l'industrie domestique. Ainsi, dans la province de Ghiian, on fait beaucoup de soies à coudre, de tresses, de passementerie et de dentelles.

La fabrication des velours, des satins, des moires, des étoffes de soie et de coton, est encore assez active.

On estime de &5,ooo à 5o,ooo kilogrammes la quantité de soie que les éleveurs gardent pour l'ouvrer ou la tisser euxmêmes. Ainsi la production totale serait aujourd'hui d'environ 3oo,ooo kilogrammes.

M. Benjamin est arrivé à des résultats à peu près semblables (^), les sources d'informations ayant été sans doute les mêmes. Voici quelles ont été ses estimations :

Soies entrées dans le mouvement du commerce.. 989,000 kilogr. Soies non entrées dans le commerce 36,ooo

Total 978,000

Soies exportées d'après les états de douane persans. 1 83 ,000 kilogr. Soies retenues pour la consommation intérieure . . 99,000

Total 978,000

Ces résultats ne sont pas d'accord avec l'opinion qu'on a en

<» Eëitêm Periia, 1876, t I, p. 178. — E.-A. Ployer, Unexplor^d Balvekiitan, 1889, p. 353. — Eiîsëe Redos, L'A$ie aniérieure, 188Â , p. 971 . W Silk etOture m Pènia, i883, p. 76a et 766.

Europe de Tétat de la sériciculture persane (^^. Cela vient de ce qu*on ne sait pas que cette industrie s'est relevée en Perse, et elle y aurait acquis une plus grande importance si Ton ne trouvait plus de profit dans beaucoup de localités, à cultiver le pavot et à préparer l'opium.

Les marchés de Marseille et de Londres ne reçoivent plus qu'une quantité relativement petite de soies de Perse. Celles de ces soies qui sont exportées sont envoyées en Russie , dans l'Inde et en Turquie. L'importation k Londres et à Marseille a eu lieu dans les proportions suivantes :

Importations des soies de Perse à Marseille et à Londres.

(bn motbrrb, pab ah.)

Eu 1864 et en 1865 De 1866 à 1869...

De 1870 à 1873...

De 1874 à 1877...

De 1878 à 1881...

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