‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 52 sur 77 · A LONDRES · texte numérisé non relu

A LONDRES

kilogr.

TOTAUX

kilojr.

/111,3/io 76,540 45,370

33,3oo

L'exportation des soies de Perse n'est donc pas de 1,900 à i,5oo rouleaux par an, comme on l'admet communément; elle est de 5,Q00 à 5, 600 rouleaux, c'est-à-dire de 180,000 à 9 00,000 kilogrammes.

La soie est appelée en Perse ibrtchim; on désigne sous ce nom la meilleure soie, mais on distingue plusieurs sortes dUbrichim : Yalâgbandi, la soie la plus fine, employée pour les soies à coudre, les dentelles, la passementerie, les rubans; le charbâfi, dont on fait

(') Ce n^est pas seulement en Europe qu'on croit à rextinclion de la production de la soie en Perse. Des consuls en résidence dans des villes de ce pays ont déclaré récemment encore, dans leurs rapports, que la sériciculture est «presque entièrement aKandonnéef). Nos renseignements ont été obtenus de fonctionnaires supérieurs persans qni connaissent bien le cours présent des cboses.

les étoffes de soie pour rideaux et portières, les couvertures, les tapis, les mouchoirs; le fârtchehhâfi, réservé pour le tissage des étoffes dans le Khoraçan; le Chirvâni, d'assez basse qualité, mélangé souvent avec de la soie du Ghilan, qui sert à faire des tissus communs. Le gouruk et le Ids sont des soies inférieures qui sont exportées. On n'exporte qu'un tiers de Yibrichim qui est entré dans le commerce.

M. Benjamin a présenté le compte suivant ^^^ :

801BS

coRsoiuiin

n?oiTKss

en Perse.

de Pêne.

TOTAUX

kilogr.

kilogr.

kilogr.

de i"* qualité, Ibrickim.

3o,ooo

Soies de 3* qualité , Gouruk. .

de3'qualité,I^«. . . .

Totaux 93,000 i83,ooo 378,000

Nos renseignements sont peu différents :

rouleaux ('). kilogr.

de i'* qualité, Ibriehim 3,730 i35,ooo

Soies \ de 3* qualité, Gouruk 58o 3o,ooo

de 3* qualité, Lâs /i,33o 1/19,000

Totaux 8,6so 3o^,ooo

Les manufactures persanes, dont on a des étoffes de soie brochées qui datent du iv"" siècle, ont été alimentées d'abord par les soies de la Chine, apportées par des caravanes dont on connaît l'itinéraire à travers l'Asie centrale. Muratori a fait mention de ces achats de soie des Perses (^Persae ah îndis sericum sibi comparabani('^).

^') Silk culture in Persia, p. 766.

^*^ Les rouleaux ont des poids différents, de 3o à 36 kilogrammes; nous avons adopté le poids de 3& kilogr. 5 00, qui est le plus commun.

^') Muratori, AtUiquitatêi Italicae medHaetn, vol. II, 1739, colonne 898.

IMPItMIBIK «ATIOIAIC

Les Parthes, qui occupaient les provinces actuelles de TAstrabad , du Khoraçan et du Tabéristan , étaient , du temps des Romains, les maîtres du commerce des soies de Chine qui devait passer par leur territoire. Le tissage de ces soies était, pour les Parthes et pour d'autres peuples des bords de la mer Caspienne, comme les Hyrcaniens, une industrie très lucrative, et, pour la conserver, ils firent toujours obstacle aux rapports de Rome avec la Chine, aux achats directs de soie en Chine ou au centre de TAsie. La ville d'Arsacie, leur capitale, a été longtemps renommée pour ses draps de soie et d'or. Les historiens chinois nous ont appris la raison de la politique commerciale des Parthes; ceux-ci, pour avoir double profit, ne vendaient la soie que teinte et tissée par eux-mêmes ^^\

J. Klaproth, TabhoMx ki$toriquê$ de VAêie, p. 69 et 70.

L'Asie centrale proprement dite ne contient plus, dans Félat présent des choses, qu'un seul état indépendant ^ la partie du Turkestan qui comprend les khanats de Boukhara et de Khiva. Pour nous, nous réunissons sous ce nom, afin d'abréger en ce point ûotre élude, les pays qui s'étendent entre le Thibet, le grand désert de Gobi, ia Mongolie, la Sibérie, la Perse, l'Afghanistan et l'Inde; presque tous cos territoires sont sous la dépendance de la €hiné ou de la Russie.

Dès le f ou le ii' siècle avant J.-C, la soie et les tissus de soie de la Chine ont été apportés dans les contrées occidentales par une route ouverte aux caravanes à travers l'Asie centrale, et c'est aussi dans l'Asie centrale que sont les étapes par lesquelles l'industrie de la soie a passé de la Chine en Perse et dans l'Empire grec, peut-être aussi auparavant dans l'Inde.

Le mûrier était indigène dans presque toute l'Asie : le Morus nigra à l'Occident, le Marus aïha à l'Orient, peut-être aussi si l'Occident. Le ver à soie existait en Asie, ailleurs qu'en Chine. Cette chenille, qui vivait à l'état sauvage sur le mûrier sauvage» c'était, à ce qu'il semble, l'espèce à cocon jaune; on en recueillait le cocon le plus souvent quand le papillon l'avait percé pour s'en échapper. On ne pouvait donc pas, on ne savait pas dévider la soie du cocon (^). L'auteur de Y Histoire de la soie, M. Pariset, croit à l'existence en Asie de deux races primitives de vers à soie à cocons jaunes : l'une originaire des montagnes de l'ancienne Assyrie

t^) On aurait pu, à la rigueur, dëvider la soie du cocon percé, mais on ne connaissailpasalora le tirage de la soie, et le dévidage de la 6aMd^un cocon percé aurait présenté trop de difficulté. Le papillon ne coupe ni ne rompt les brins du cocon à Tendroil par lequel il s^échappe; il sécrète une liqueur qui dissont en partie le grèi et qui amollit la bave, de sorte qu^il écarte facilement les ûls. Robinet et Duseigneur Tavaient démontré, et Ton a réussi è tirer toute la soie de cocons percés, mais ce tirage ne peut pas être fait dans des conditions industrielles.

(la chaîne de FEIbrouz ou celle du Kara Dagh), l'autre originaire du centre de l'Inde ^^^

11 nous parait diflkile, dans l'ëtat présent de nos connaissances, de tenir pour acquis qu'une contrée de l'Occident, où qu'on la place, de l'Euphrate au Gange, a été le lieu d'origine de vers à soie du mArier, soit de la même espèce que le ver chinois, soit d'une espèce différente. Ce que les anciens auteurs ont rapporté ne s'accorde pas avec cette hypothèse. Cependant, d'après une tradition qui a cours dans l'Asie centrale, le ver h soie aurait rongé le corps de Job; ce serait après le triomphe de ce prophète que le ver aurait repris sa place sur le mûrier, et que l'homme aurait appris, par une révélation divine, comment tirer la soie du cocon. On lira, dans le livre de M. Eugène Schuyler sur le Turkestan, le passage du Kassasi-el-Anbia (Vie des Saints) qui contient cette légende ^'\ Parmi les noms persans du ver à soie, on trouve le nom de kerm i Eyyoub (le ver de Job).

Nous admettons, quant à nous, que le ver à soie est originaire de la Chine, qu'il a été porté de la Chine dans l'Asie centrale et de l'Asie centrale dans les pays de l'Occident.

Un premier fait est certain. Tchang-khièn fit, en l'an lâG avant J.-C, une expédition chez les Yué-tchi^^^ dans la Transoxiane; cette expédition fit connaître les Chinois en Occident, et c'est alors que commencèrent des communications, qui restèrent rarement interrompues, de la Chine avec le Mawarannahar (^), la Perse et l'Inde ^^^

La nation turque des Hioung-nou ^^) occupait alors la Mongolie

^') Hitioire de la soie, t. I , p. 76 et 77; t. II, p. 9a à 9a.

^^} Ttir^t'tton, i. I, p. 19] à 196.

(^^ Les Ta Yué-tchi ou Kouchans (Indo-Srythes), vaincus par les Hioung-nou, étaient allés s^établir au nord de la rivière Oueï (Oxus); ils y devinrent puissants et sMlendirent dans la Bactrianc (Edouard Specht, Eludei mut VAne centrale, dans le Journal oiiatique , 8' série, t. Il, i88d).

^*) Le Mawarannahar des Arabes, situé entre TOsus (TAmou Daria, le Djihoun) et le Yaxarte (le Syr Daria, le Sihoun), comprenait une partie de ta Sogdiane et delà Baclriane. (Voir The Oriental Geography o/Ebn Haukal,^, s 3 3.)

^^) J. Klaprolh, Tableaux hùtoriquee de VAeie , 1836, p. 67.

(") Le plateau élevé, sec, presque désert, de TAsie orientale , appelé Gobi, Han-hai, Ghamo, ainsi que les régions mieux arrosées qui le bordent, a été occupé, dans les

et quelques-unes des contrées voisines; elle entretenait de fréquents rapports avec la Chine. Ces courants devinrent plus réguliers. Le général Ho-khiu-ping vainquit, en isi avant J.-C, les Hioungnou, et les Chinois, dans les années suivantes, étendirent leurs possessions dans cette direction. En 1 08 avant J.-C. , ils soumirent les Oïgours, peuplade turque qui tenait Hami, Tourfan et la plus grande partie de la petite Boukharie; plus tard, de 79 à 96 de J.-C, Pan-tchao s'avança, toujours victorieux, jusqu'à la mer Caspienne ^^). Dans le cours de ces conquêtes, l'action des Chinois ne fut pas seulement militaire. Un commerce actif resserra les liens entre ces différents pays. Dans le commerce de la Chine avec l'Occident , la soie grège joua alors un grand rôle; ce qui est peu connu, c'est qu'elle fit fonction de monnaie. Elle avait, dans les temps anciens, une valeur à peu près fixe et bien connue. Les Chinois payaient le plus souvent en soie. Le D' Bretschneider, qui nous a rappelé ce fait, fait la remarque que, il y a trente ou quarante ans, c'était encore de cette façon que les transactions étaient réglées à Kiakhta entre les Chinois et les Russes.

Une princesse chinoise, devenue reine du Khotan^'^^ (les rois de Hioung-nou demandaient souvent des princesses chinoises en mariage), introduisit dans ce pays le mûrier ^'^ et le Bombyx mori des Chinois, et, ce qui était un plus grand bienfait, les méthodes chinoises. Klaproth a placé cet événement dans l'année â 1 9 de notre ère^^^. Le Khotan a été, historiquement, la première station oi!^ la sériciculture régulière a été établie; de là, cette industrie fut portée successivement chez différentes nations de l'Asie, et

temps anciens, par un peuple, encore peu connu, qui a eu plusieurs branches : Les Hioung-nou ou Hou (Huns), les Ta-tan ou Ta-tse (Tatares), les Moung-kou (Mongols).

<*i J. Klaproth, Tableaux hùtoriqun deVAtki p. 58.

^*) Le Khotan est au pied et au nord des montagnes de Kouèn-lun ; il forme une des divisions du Tnrkestan chinois. La capitale est Khotan ou litchi, située sur la rivière Khotan (Elisée Reclus, Nouvelle géographie univerBelk, vol. VII, p. i3i à i3/î).

<') Le mûrier n^eiistait pas au Khotan. L*auteur du Si-yu-ki dit que, dans les premiers temps de l'introduction des vers à soie au Khotan (royaume de Koustana), «il fallut les nouiTÎr avec diverses feuilles r».

(*) Mémoires relatifê à ^Aeie, t. II, p. 395.

d abord dans la Bactriane, à laquelle a appartenu ce qui forme aujourd'hui le petit khanat de Balkh.

Si l'on s'en rapporte au Si-^yt^ki, au commeecement, afin d'obtenir le plus do graines, on n'aurait, quoiqu'on connût le mode de tirage des Chinois, mis en oeuvre, dans le Khotan, que des cocons percés, dont la soie aurait été filée au fuseau. La reine fit graver sur une pierre un décret oii il était dit : «^ Il est défendu de tuer les vers à soie. Quand tous les papillons des vers à soie se seront envolés, on pourra travailler les cocons. Quiconque eafreindra cet ordre sera privé du secours des Dieux ^\ »

On a vu plus haut que Ibn Haukal, le voyageur arabe, a recueilli, au X* siècle, à Merv (IVfervGhahidjan), la résidence des princes Seldjoucides, célèbre par ses étoffes, cette tradition que les gens de cette ville avaient porté, à une date âoignée, dans le Tabéristan , et les œuk de vers è soie et l'art de tirer la soie. Dans un traité d'agriculture persan , on assigne une origine chinoise au ver à soie et au dé vidage du cocon.

Dans la première moitié du vi"" siècle, l'élevage des vers k soie et le tirage de la soie étaient pratiqués dans la contrée que l'historien Procope a appelée la Sérinde ^^\ et oii les deux moines persans envoyés par Justinien, lesqu^, lors d'un précédent séjour, avaient observé les procédés qui y étaient en usage, vinrent ehei^ cher les œufs de ces insectes encore inconnus dans l'Occident. La date du retour des moines a été fixée h l'année 553 ^^^ Nous n'avons pas à rechercher ou était exactement la Sérinde des Grecs. La Sérinde était probablement le Khotan ou la contrée baignée par rOxus, entre Samarkand et Balkh (l'ancienne Bactra)^^^

(') Mémoires sur les eontréeê oecidmtakt, tradmU du êomeril en ckmoU, m Va» 6Ù8 , par Hiouèn-iJuang , et du ehmois en français par Stanislas Julien, i B57 el 1 858 , l. II, p. 337 à aBg. — Abel-Rémusal, Histoire de Khotan, tradoileduchiniNs, i8so, p. 3/1 et 55.

(^} (tDhi se in Serinda, quam vocanl, regione Indorum populis frequeoti, moraios esse... Indiam repelierunt...r) (Procope, DeheUo goUhico, IV, 17; Cknrpus scriptorum historiae byzantinae, vol. II, p. 566 et 5/17).

<3) Edouard de Murait, Essai de chronographie byzantine, p. aoà.

^^^ Il y a une ville et un district de Sirhind dans Plnde, entre THimalaya el le déseK de Bikanir; ce territoire, qui est aujourd'hui dans Tëtat de Paliala, du Panjab, à

Il s'était formé daos ces régions des centres séricicoles importants et renommés. Les anciens écrivains chinois et arabes en ont fait mention.

La soie a donc été produite, au moins depuis le i* siècle, dans l'Asie centrale. Autrefois florissante, l'industrie de la soie a disparu pendant un long temps dans le Turkestan, à la suite d'événements inconnus, et elle a été tout à fait éteinte notamment à Tachkend , à Khodjend et k Samarkand. Elle n'a été rétablie dans ces contrées que depuis 1785, après la prise de Merv Ghahidjan par Chah Mourad Khan. Celui-ci transporta les habitants de Merv k Boukhara , où ils continuèrent k se livrer à la séricicalture. L'émir Nasruflah autorisa les descendants de ces colons à aller demeurer à Samarkand, et, à la suite de ces émigrations, l'élevage des vers k soie acquit de l'importance dans cette région. Il forme aujourd'hui la principale occupation dans les villages des districts de Zérafschane, de Khodjend et de Kourama; il prend encore de l'extension. Le climat est très favorable à cette production.

Nous allons revenir sur le Turkestan russe, dont nous avons déjà parié, et nous> nous occuperons en même temps du Turkestan indépendant.

Malgré l'état d'insécurité et d'appauvrissement dans lequel ces pays se trouvent, le mûrier est planté et le ver k soie est élevé dans presque toutes les vallées, vallées en général fertiles.

M. de Ujfalvy a rencontré partout le mûrier blanc et le mûrier noir dans la province du Syr Daria. Il y a plusieurs variétés de mûrier blanc; Khanikoff en a signalé trois dans le khanat de Boukhara ^^\ Un des voyageurs qui ont le plus récemment et le mieux étudié ces contrées, M. Eugène Schuyler (^, rapporte

été ira v<er8é par toutes les armées d^invasbii, depuis Aleiaodre le Grand. (Voir David ViMB.TheLandofthêfiveriven andSmdh, i883, p. 998.)

(') Khanikoff « Bokkara, iu Emmr and iu peopU» — Ces variétés de mûrier sont : le donêdoTy le mûrier de la Boukharie, dont M. Gavaxii a observé Tabondance â Tétat saavage; le tout Balkhi, apporté de Balkh; le kluuêki, espèce obtenue par la greffe du mûrier de Balkh sur le mûrier boukbare.

(*) TwrkÎMlan. Notée of a joumey in Ruêûam Turkàtan, Khokand, BtÊkkara, and Kuldfa, 1876.

(t. I, p. 1 96) que le mûrier est Tarbre le plas commun dans TAsie centrale ^^'; il en a vu, lui aussi y plusieurs variétés : ïHassak, le mArier non greffé, dont on fait le plus emploi pour la nourriture des vers et sur lequel on greffe les autres mûriers; le Chah Unit, originaire de la Perse; le Balkhi tout, apporté de Balkh, le plus grand et le plus beau comme arbre, le plus abondant dans les vallées du Zérafschane; le Kharasmi, apporté de Khorasm ou Khiva.

On a trouvé toutes sortes de cocons dans les différentes parties du Turkestan, mais les races k cocons jaunes y ont été longtemps les plus communes. Dans le Turkestan russe, dans les khanats de Boukhara et de Khiva, chez les Turkmènes, on a recueilli des cocons riches en soie, jaunes (d'un jaune rosé^^^ ou d'un jaune foncé), dont la forme est régulière, le tissu ferme, le grain moyen et dont le brin est de bonne nature.

Si Ton en juge d'après la forme et la dimension des cocons, il y aurait plusieurs espèces de vers à soie; les indigènes n'en distinguent que deux : Yipek kourt, le plus commun, de couleur blanc laiteux , et YArabi, de couleur foncée ^^K

Les graineurs européens ont fait plusieurs expéditions dans ces régions, et Ton n'a pas oublié que, en 186 3, trois graineurs italiens ^^^ furent retenus en captivité à Boukhara pendant treize mois.

Les produits des grainages faits dans le Turkestan n'ont pas^ en général , réussi en Europe.

On réserve, dans le pays, pour le grainage, les cocons dont la forme est la plus régulière, dont la surface parait moirée et qui sont les plus riches en soie. Non seulement dans le Turkestan, mais

^') MM. de Ujfalvy, Pétrofsky, KosteoLo ont dit la même chose.

(^^ On a signalé des coeons rosés, probablement de la «coulem* de chair ou incarnadin» de ces cocons qui étaient si estimés an xti*, au xtii' et au xyiii^ siècle; ces cocons rosés, récoltés en France et en Ilalie, provenaient de vers originaires d^£s> pagne.

^') E. Schuyler, TurkùUm, t. I,p. 196.

(*) MM. Gavazzi , Litta et Meazza. L\m d'eux, M. Modesto Gavazzi, a écrit la relation de ce voyage et de ce séjour à Boukhara, qui a été publiée a Milan en i865, sous le (lire de : Alcune nottzie raccoUe in un viaggio a Bucara.

chez presque tous les peuples de l'Asie centrale, on suit la coutume, fondée sur une ancienne tradition, de renouveler les graines tous les trois ou quatre ans^^^ et de tirer les nouvelles graines d'un lieu éloigné.

On élève aujourd'hui dans les états dont nous parlons des vers annuels à cocons jaunes, blancs, verts, de races diverses, dont quelques-unes sont d'origine italienne. L'ancienne race boukhare n'est pas perdue; elle était représentée à l'Exposition de Vienne, en- 1873, par des soies jaunes, qui, mieux filées, auraient été plus remarquées. Cette race annuelle est distincte, suivant Hutton, des races de la Chine et du Cachmyr^^^ On récolte dans le khanat de Khiva des cocons jaunes et des cocons blancs, et deux sortes de soie : la soie tchilUa [China ?) et la soie mochria (celle-ci ayant la bave plus grosse) ^^).

Les Turcomans donnent la préférence aux races à cocons jaunes»

Dans quelques districts , on élève les vers à soie « à la turque n , comme au Gachmyr, c'est-à-dire sur des rameaux de mûrier sauvage.

Les procédés de filature et d'ouvraison sont primitifs. La soie est de deux sortes : l'une, grossière, appelée haliam, qui reste dans le pays; l'autre, filée avec plus de soin, la soie hormiak, (|ui est exportée en Russie et dans l'Inde. Le peuple apporte une habileté peu commune à ce travail.

C'est dans le khanat de Boukhara qu'on trouve les produits

(0 On a suivi longtemps celte coutume en Italie et en France. Olivier de Sorres a écrit : (rEst requis changer de graine de quatre en quatre ans, ou d^autre terme en autre, selon la raison des expériences. Et pour cela faire avec moins de hazard, sera bon chacune année avoir quelques onces de nouvelle semence d'Espagne» {La CveiU€t$ de la Soye, 1699, p. 5 a). Les anciens auteurs ont fait la même recommandation.

^*^ «La qualitÀ più distinta è quella a colore giallo-rosalo, di mezzana dimensione, di bella forma, compatla, straordinariamente carica di setan (Modeslo Gavazzi, Viaggio a Bueara, p. i34).

^') On trouve encore dans le Turkeslan , surtout dans les khauats de Khiva et de Boukhara, des cocons jaunes à gros grain et a bave grossière qui ressemblent aux an-^ ciens cocons persans.

les meilleurs, du moins comme filatufe^^^. Voici ce qu'en dit M. Gavazzi, dont le langage est certainement en^Hreint de quelque exagération :

«Maigrado la stuttura grossolana di quegli ordigni, la seta filata a Bucara è di merito superiore aile chinesi, e potrebbe stare (ra queste e le giapponesi per titolo e per apparenza.

«L'arte délia seta. • . costituisce il ramo principale, per non dire il solo, dell* industria manifatturiera del Ganato : tanto le sete greggie e torte, quanto i tessuti di seta, o di seta e cotone, raggîungono a Bucara un grado di perfezione superiore a quello di paesi circonvicini . . . 9 (p. i36)(^).

Un autre voyageur, le colonel Gordon , dit : « La soie de Khokand est supérieure à celle de Khotan, et est k son tour surpassée par la soie de Boukhara ^^\ v

M. Th. Radioff a donné des renseignements plus précis : « (Kettéh-Gourghan. ) Les meilleurs cocons de la vallée du Zérafschane sont ceux de Boukhara. . . Les cocons de Khakand sont encore plus estimés que ceux de Boukhara» Cependant, comme les Khokandiens ne savent pas bien travailler la soie, la soie de Boukhara se vend beaucoup plus cher que la leur. D'après les procédés d'ici, trente-deux tchéreks^^^ de cocons ne rendent que deux tchéreks de soie de premier choix et quatre ou cinq tchéreks de soie inférieure. Autour de Kettéh-Gourghan , l'industrie de la soie est très active ... les beyliks de Kettéh-Goui^han et de Pendjchenbéh produisent environ cinq cents batmans, soit cinq cents livres de soie écrue ^^K d

^^^ Les soies le mieui filées a Khiva, â Khokaod, à Tachkeud, dans le Gachmyr, le sont par des Boukhares.

(-) Voir pour Télevage des vers, pour les cocons, la filaluro et rounaison, les pages i3o à t36.

^^) Lieutenaot-colooei T.-E. Gordon, Thê roof oj the world. Bmng ihe namtim of a joumêy over tkê high plateau «/* Thibei io tkê Rusnan fronlier and the Ojsiu »ource§ an Pamir, 1876, p. 59.

^*^ Le (chërek= U livres ==1,600 grammes. (Voir Schuyler, t I, p. aot et aoa.)

t^) Th. Radioff, Itinéraire de la vallée du moyen Zérefchan, traduit par L. Léger {Recueil d'itineraireê et de voyagee de VAeie centrale, 1 878 , p. 3o5 et 3o6 ). — M. Radioff a observé également Tindustrie de la soie â Samarkand. M. Â.-P. Khorochkine a (ait mention de l'importance des éducations à Khodjend (ïtinéraireê de l'Atiê centrede).

Les soies euvrées soat d'ordinaire à deui bouts : le tckUlia est monté pour chaîne et le tackfil pour trame.

On fait dans le Turkestan une étoffe de soie légère , unie ou rayée, que les Russes appellent kanaous. Elle est très solide et dure longtemps; on attribue cette solidité à ce que la soie a une ténacité peu ordinaire.

Nous n'ajouterons que quelques lignes. Le Marawannahar pro-* duisait, au x"* et au xi"" siècle, de grandes quantités de soie; Ibn Haukal et Ëdrisi en ont tenu note. L'auteur du Mesakk AhAsar, Sehebâh-eddin Abou'labbas, a signalé, au xiv° siècle, la richesse du Marawannahar et du Turkestan et l'abondance de la soie* Chose singulière , Ma Touan-lin , l'historien chinois, fait la remarque qu'on n'en récolte pas dans la contrée qui est devenue la pro<-vince de Ferghanah, l'ancien khanat de Khokand,ou l'élevage est si étendu (^l Baden Powell, écrivant il y a une quinzaine d'années, montre le pays arrosé par l'Amou Daria, le Syr Daria et le réseau de canaux et de ruisseaux qui en sont les tributaires, comme couvert de mAriers et comme étant le siège d'un nombre infini de petites éducations. On envoyait dans l'Afghanistan et dans l'Inde une partie des soies jaunes de Boukhara et de Khokand^^). L'histoire des Ming nous apprend que le Buhua-r (le khanat de Boukhara) donnait beaucoup de soie^^^.

La sériciculture et le tirage de la soie sont des industries exer-< cées, depuis les temps anciens, dans les autres parties de ce vaste territoire qui s'étend depuis le grand désert de Cobi jusqu'à la Perse et la mer Caspienne. A l'Ouest, des tribus encore barbares élèvent des vers à soie ; le fait a été observé chez les Turcomans Goklans, établis dans les steppes à l'est de la mer Caspienne.

Nous rattachons Merv, Balk et Koundouz à l'Asie centrale.

^'* Abel-Rémuaat, Nouoeaux mêUungetanatique», i, I, 1899, p. aos.

<*) Baden H. Powell, Handbook of the économie productê of ihe Pm^, 1868, p. 167 et 168.

^') D' Bretflchneider, Chinete intercoune with ihê couniriei of cehUuU and we$tem Aêia in thejifieenlh eeniury (The China Review, vol. V, 187G-1877, p. 199).

38Ô SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU mOrIER.

Merv (Merv Ghahidjan), dans la Turkméoie, est à présent soumis à la Russie ^^\ La soie a fait la richesse de cette ville au moyen âge. «On tire de ce pays, dit Édrisi, quantité de soie et de bourre de soie^^). 9 Aboulféda a dit aussi : « On exporte de Merv asch-Chahidjan de grandes quantités de soie (^). 9 Le grainage était conduit avec de grands soins, et Merv a fourni pendant longtemps des œufs de vers à soie à la Perse, à l'Inde et à plusieurs états de l'Asie (*).

Merv el Roud est dans l'ancien Khorasan , comme Merv Chahidjan. On lit dans YAzizi : (tLa ville de Dandangan est du ressort de Merv (Merv el Roud), dont elle est très proche. Cette localité est celle qui, de tous les pays, produit (au xui'' siècle) le plus de soie^*^.»

Le Balkh a le climat d'une région tempérée; il est toujours fertile et l'on y récolte toujours beaucoup de soie. Koundouz et Khoulm donnent des soies de même nature, le plus souvent mal filées.

Édrisi, parlant des peuplades turques, d'après des voyageurs arabes, les a montrées se livrant à l'élevage des vers à soie^^^.

Les provinces de Yarkand et de Khotan, la Kaschgarie, méritent une attention particulière.

Parlons d'abord du Khotan, dont les habitants étaient, au vu* siècle, au dire de Hiouèn-thsang, «habiles à filer la soie eti

(1) I] y a deux Merv qui sont d^ailleurs à pea de distance Ton de Tautre : Merv Ghahidjan, près du Mourgh âb ou Merv âb, et Mervel Rond. (Voir Elisée Redus, VAiie rutêê, p. &90 et Agi.) On a récolté autrefois et l^on récolte encore beaucoup de soie sur le territoire de ces deux villes.

<*) Géographie d'Edrisi, traduite par P. Amédée JauberC, t I, p. I16']. Édrisi a achevé son ouvrage en 1 i5/t. — Voir le Sefer Nameh. Relation de voyage de Naetim Khoerau enSyrie, en Pàle$Une, en Egypte, en Arabie et en Pern (toSS-toùa), Appendice, p. 369 à 375.

(^) Géographie éPAboulféda,inàm[e par Stanislas Guyard, t. II, i883, p. 186. — Aboulféda, prince de Hamat, en Syrie, est né à Damas en 1378 et mort en i3di.

<*) Ibn Haukal, p. 316 et 317.

(^} Géographie d* Aboulféda, t. II, i883, p. 197. — Aboulféda fait mention d'une aulre ville du Khorasan, Tabas, comme produisant une soie renommée (t. II, p. 189).

(*) Géographie d'Èdriei, 1 1, p. A 99.

fabriquer de belles étoffes ^^^tï. Marco Polo y trouva cchabondance de toutes choses i?, et les Chinois y ont vu, sous les Ming^Tindustrie de la soie florissante^^). On y récolte encore, de nos jours, de la soie, de la soie jaune et de la soie blanche, Tune et l'autre de bonne nature, mais mal filées. Nous devons à l'obligeance de M. le D' Bretschneider des échantillons de ces soies, dont partie est tissée sur place et partie est envoyée en Russie. La soie blanche a 56 brins (38 cocons), et la soie jaune 100 brins (5o cocons). Le titre de cette dernière est de 1/19.16 (par à']6 mètres); la grosseur du brin est donc à peu près la même que celle du brin de nos cocons. L'élasticité est moindre que celle de nos soies, ce qu'il faut attribuer au mode de tirage.

8011 sèCHB.

iumeni, riâkcni.

f,. i blanche i6.5 p. 100. &75.0 grammes.

( jaune 17.5 A59.5

«La soie de Khotan, dit le colonel Gordon, est grossière; mais son infériorité n'est due qu'au manque d'habileté et de soins k la filature ^'l 9 On fait dans cette ville du papier avec des cocons percés et des déchets de soie.

A Khotan, au ix* siècle, «le commerce et les payements se faisaient en nature)»; la soie, la toile et le froment servaient d'objets d'échange ^*).

La province de Yarkand et la Kaschgarie fournissent aussi des soies grossières, en moindre quantité que le Khotan. Nous avons vu des soies de couleur jaune d'or de Kaschgar, d'Aksou et de Koutcha.

En remontant au Nord, nous arrivons dans la Dzoungarie, au bassin de l'Ili, bassin si fertile, surtout depuis le confluent du

^') HiiUnre de la vie de Hioiim-thêattg ei de te$ voyage» dane VInde, traduite par Stanîalas Julien , p. 38i .

(>) D' Bretschneider, The China Rmew, t. V, p. 118.

W Lieutenant-colonel T.-E. Gordon, The roofoftheworld, p. 5i et 62.

^*) NoUee de l'outrage perean qtd a pour titre Matla-Aaêodeïn ou-Madjma'Albahrein {NoUeee et extraite dee manuecrit», t. XIV, i'* partie, i8&3, p. ^76).

Koonghèse avec icTëkesse; c'est le territoire de Kouidja qui fat eroeUenieiit dëvastë» de i863 à 1867, lors de la guerre des Doungares et des Tarantefais contre les Chinois et les Mandchous. Autrefois les éducations étaient nombreuses dans cette contrée , et la réussite ne faisait jamais défaut ^^^ Cette région est une des plus belles de l'Asie centrale; elle «'étend entre deux cbataes parallèles de hautes montagnes.

Encore plus à l'Est, & Karascfaar^ à Tourfan, à Hami, qui sont aux confins de la Mongolie, on a élevé le ver à soie. Un sinologue éminent, dont les recherches dans les anciennes histoires chinoises ont été très étendues, le D' Bretschneider, a constaté le fait pour le y* ou le vi* siècle de notre ère '^' ; il l'a relevé également pour le XV* siècle dans les mêmes districts ^^). Un Chinois, Khiéou, surnommé Tchang-tchun, visitant, en 1331 et en issâ, le pays des Hoe!-kéh (Oïgours), y trouva beaucoup de mûriers et de soie ^^'. On a émis cette assertion que les Sères occupaient primitivement ce territoire, que Tourfan était leur capitale, et que, chassés, ils allèrent s'établir dans la Transoxiane et même dans l'Inde.

Enfin le mûrier et le ver à soie sont aussi dans quelques vallées du Thibet, ce «Royaume des neiges 9, oh le climat est si rude. On lit dans une description de ce pays, écrite par deux Chinois, Ma-chao-yun et Ching-mei-khi , et traduite par le père Hyacinthe Bitchourine, que le ver à soie est élevé dans une des provinces méridionales, le Tsang^^^. Un sériciculteur russe avait introduit, en i85o, le ver à soie du Thibet dans le gouvernement de Stavropol.

Dans presque toute l'Asie centrale, l'édosion des œufs de vers à soie est obtenue par la chaleur humaine. L'ancienne coutume de faire porter des sachets ou de petites poches de graines par les femmes, «lavées et parées ?), pour faire éclore ces graines, cou-

0) M"* Marie de UjTalvy, Le Ferghanah, Kouidja et la Sibé^ occidentale, 1879.

^) Dans le Kao-tchang (Hami el TourfaQ) et dans le Yèn-ki (Karaschar).

^^) Chineee mtercoune with the countriei of central and western Aeia m thefijïeenth century {The China Review, vol. V, 1876-1877, p. a5).

^*) Relation du voyage de Khiàni, . . à Voueii de la Chine {Journal asiaùque, 6* série, t. IX, 1867, p. 63).

(') Journal asiati^e, a' série, l. IV, 1839, p. 3o3.

ASIE GESrrRALE.

tame mentionnée par les écrivains arabes ^^^^ étail pratiquée en France et en Italie an xyi*, an xvif et même encore an xYin* siècle ^^).

Il est impossible de se faire une idée à peu près juste de ce que la production des soies a été et de ce qu'elle est dans l'Asie centrale. Il est certain qu'elle est beaucoup plus importante qu'on Ta jamais pensé.

En consultant les relations des voyageurs et les comptes des compagnies de transport, nous avons été conduit à faire trois estimations que nous donnons sous toutes réserves.

Produotion de la soie grège.

nm&Tioii.

kilogr.

TmfaBlBn I Khanaft de Boakhara. . . 980,000 ^*^ iDdépendaiit. i Khanat de Khiva. 60,000 ('>

Torkestan nisie. tfto^ooo

IGouveroements de Khotan et de Yarkand, Kaschgarie 30,000 Gonvemement d'IIi

Mongolie extërieare (Kanisdiar, Tourfan , Hami).. « »

Merv, Torkettan a%lian et Khoraçan af-

prhpn n

ToTAnx A8o,ooû

TMUlivi

vtvxiiai

nriMATiox '-.

nriMAnoR.

kilogr.

kfloffr.

4o,ooo

5<^,ooo

i3o,ooo

<^} Mohammed Kaswini, dans le Uvrt dêê mtnmllei de la natun; Ibn el-6éïthâr« dans le Traité det SimpU» , à Tarlicle Doud el Aortr.

^ Les anciens auteurs français et îtaKens expKqnent de quelles différentes façons les femmes s^y prenaient pour faire ëdore les ceufs. On peut voir la pbnche a de Jean Stradan dans le BrirfdUcourt eonUnant la manièr9 de nourrir k$ Vwê à $oye (1609). Pomier, en 1763, etTbomë, en 1767, font encore mention de cette méthode.

<') Cette estimation a été faite en Russie pour Tannée 18 86.

^*) M. Modeslo GaYazzi a estimé la production de la soie dans le khauat de Boukhara â 1 1,000 balles, soit 600,000 kilogrammes environ ( Viaggio aBneara, p. 1 3o).

(*) Suivant M. L. Kostenko, on ne réeolte pas beaucoup de soie dans le kbaaat de Khiva, et les étoffes de soie qn^on y fait sont inférieures à celles de Bonkbara.

Il est possible que ces estimations soient un peu exagérées; cependant comme nous sommes loin de l'estimation que M. Schny- 1er a donnée! Celle-ci, M. Schuyler Ta faite en s'aidant des travaux sur cette question d'un des agents les plus expérimentés du Ministère des finances de Russie, M. N.-F. Pétrofsky ^^^

La production annuelle de la soie dans l'Asie centrale a été estimée par M. Schuyler, « after careful calculations 99 , à environ a,o5o,ooo kilogrammes, savoir:

Boukhara 680,000 kiiogr.

Khokaod 680,000

Khiva &5,ooo

Kaschgar 180,000

Turkestan rosse /i65,ooo

La différence entre nos estimations et la dernière estimation est tellement grande que nous nous sommes demandé si ce voyageur n'avait pas désigné les cocons sous le nom de soie. Dans ce cas, l'estimation serait trop faible; d'ailleurs M. Schuyler a consigné dans cette partie de son livre tant de faits qu'on ne peut pas douter qu'il n'ait étudié ce sujet avec un soin particulier. M. Pétrofsky, dont les recherches ont une valeur très réelle, a même présenté un chiffre plus élevé: d'après celui-<;i,la récolte de soie dans la Boukharie seule est de 1 million de kilogrammes ^^\

Le compte que M. Schuyler a présenté est bien au-dessous de celui que nous avons trouvé dans un article publié par The Ware-' housemen and Drapers Joumal^^K D'après l'auteur anonyme de cet article, la production de la soie serait de & à 5 millions de pouds (de 6/1 à 80 millions de kilogrammes). Cette estimation et tous les renseignements relatifs h l'éducation des vers à soie ont été empruntés, sans qu'on l'ait dit, à l'ouvrage de M. Schuyler, mais l'auteur du Voyage au Turkestan avait donné en livres avoir-du-poids

(') M. N.-F. Pëtroisky a écril, en 1878, un rapport au GonvernemeDt russe sur rindustrie de la soie dans l^Asie centrale.

(*> M. Pétrosfky, cité par M. Elisée Reclus, dans L*A$ierui$e, 1881, p. 566.

<^) Le Bulletm de$ tùiêê et dn ioieriêê a donné une traduction de cet article (t*' et 7 septembre i883).

les quantités produites. Les livres avoir-du-poids (de Â53 gr. 5o) sont devenues des pouds (de 16 kilogr. 38) dans le journal anglais. De là une erreur qui, chose singulière, n'a pas été remarquée.

Les peuples qui habitent l'Asie centrale font un grand usage de vêtements de soie, de sorte qu'une notable partie de cette production est consommée sur les lieux. On exporte le reste en Russie, dans l'Afghanistan et dans l'Inde.

Orenbourg, qui est le centre du commerce du Turkestan avecla Russie, recevait, vers 1876, environ 30,000 pouds (SsS, 000 kilogrammes de soie) ^^^ :

du Turkestan russe 1 3 1,000 kilogr.

y ^ 1 àa khanat de Boakhara 16/1,000

du khanat de Khiva, du Turkestan

chinois, etc 33,ooo

Ces soies sont recherchées par les tisserands de l'Inde, et rien que dans les ateliers de tissage domestique du Panjab, on consommait, il y a vingt-cinq ans, 60,000 seers^^^ (68,000 kilogrammes environ) de soies du Boukhara et du Khoraçan ^^\

^') Léon Glugnet, Géographie de la eoie, p. 59.

^) Le Gouveraement anglais ayant pris pour unité de poids le tola de 1 80 grains Iroy, le eeer, qui est de 80 iolae, équivaut à gSS grammes, mais le «mt du Panjab, de 103 roupies Nanonkchahie, pèse 97 tolae 1/6, soit 1,1 33 gr. 93.

^') Henry Gope, The eiOc trade and eUk manufacturée of the Pw^ab, i858.

mraiiiRiiiE RATioiiALr.

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