BIRMANIE INDÉPENDANTE
La Birmanie indépendante fait un grand emploi de soie et en produit très peu. La fabrication des étoffes de soie, ancienne et renommée , n'a pas perdu de son importance ; les soieries birmanes sont toujours très estimées dans l'Inde, à Siam et dans l'Archipel Indien. Aussi cette industrie domestique est-elle exercée très activement.
On élève des vers à soie (des vers polyvoltins) sur les rives de rirraouady, au sud de Mandelay; on en élève aussi, mais en moindre quantité, dans d'autres parties du pays. Les renseignements qui ont été recueillis sont vagues.
On s'accorde h dire que le ver birman est très vigoureux.
Le capitaine Hulton était d'avis que les éducations faites dans la Birmanie se font souvent avec une espèce différente des espèces domestiques du Bengale, et il avait décrit celte espèce sous le nom de Bombyx Arracanensis , espèce dont une race donne des cocons jaunes et une autre des cocons blancs. Il avait remarqué que la chenille passe, dans le cours de ses mues, du bleu pâle
(0 Dusei^eur, Le cocon de toie, a' édition, p. 109. — Expoêition untoertêlle de i8']8. Catalogue dee produite de» colonie» Jrançaiee» ^ p. i8â à 186.
INDO-GHINE. àQ\
au blanc rosé, et que le papillon pond ses œufs en cercles ^^). Dans quelques localités en Birmanie, on ne tire de la soie que des vers élevés de novembre à février, dans les mois oh la température est fraîche «2).
On ignore quelle est la nature de la b(we des cocons birmans, mais la soie est grosse et très mal filée ^^\
En somme, bien que les contrées de Tlndo-Ghine dont nous venons de parier soient relativement pauvres, elles absorbent tout ce qu'elles produisent de soie, et, quoique cette production paraisse n'être pas digne de remarque, elle est d'environ i million 1 00,000 kilogrammes de soie. En voici un aperçu :
Tong-kiDg 1,000,000 kilogr.
An-nam 30,000
Cambodge 1 0,000
Siam 1 ,000
Territoire des Laociens, des Khà^, etc 5,ooo
Basse Gochinchine 36,ooo
Birmanie indépendante 10,000
Total 1,080,000
Cette récolte est encore éloignée de celle qu'on a attribuée à ces régions : les estimations de M. Dumas et de Hedde ont été à peu près semblables, elles sont de i,5oo,ooo kilogrammes! D'autres écrivains, ne s'attacfaant qu'à celles de ces soies qui sont exportées, en ont porté la quantité à 100,000 kilogrammes^^); ce dernier chiffre (quant à l'exportation) est probablement trop faible.
(^) J. Geoghegan, Some accounl ofnlk in India, 187a, p. 108. — Thomas Hutton , Noiêi on the hdian Bombycidae, 1871, p. s.
^*) Cette même observation a été faite dans la Birmanie anglaise, à S€hwè-ghyin et à Toan-gou (J. Geo^egan, Silk in India, 1" édition, p. 108).
^') M. Geoghegan a consacré un chapitre de son mémoire à la séridculture dans la Birmanie anglaise (p. io5 i 109).
(*) Ce chiffre (330,000 livres anglaises) a été reproduit par M. L.-P. Brockett, dans son livre intitulé : The silk induêtry in America, 1 876, p. 3o3. M. BrockeU a attribué à TAn-nam, au Cambodge et à la Gochinchine, une production de 397,000 kilogrammes de soie en 187&.
taPMHKIII HATIOIIAIR.
Notre travail était achevé quand nous avons reçu de M. ie D' Bretschneider une communication que nous devons signaler^^^
On a vu précédemment (p. a a a) qu'un écrivain du iii* siècle, Tchang Pou , l'auteur du Dictionnaire géographique du royaume de Wou, a dit, dans cet ouvrage, que, dans le district de Nan-yang, <tles vers à soie forment leurs cocons huit fois par an». Au m* siècle, le district de Nan-yang était le département actuel de Nanyang-fou, dans le Ho-nan. 11 n'est pas possible qu'on ait élevé des vers poly voltins dans la province de Ho-nan , et il nous a paru évident ou qu'il y avait eu erreur dans la désignation du district, ou que le nom de Nan-yang s'expliquait, dans l'esprit de Fauteur du WoU'lou-U4i'tchi , à un district de la Chine méridionale. M. Bretschneider a été de cet avis, et il nous a signalé en même temps le fait suivant.
Dans le Nong-tclièng-tsuan-chou est transcrit un passage d'un auteur du m' siècle dans lequel il est dit que, dans le Ji-nan, les vers à soie «font huit cocons», font huit fois des cocons dans la même année, et que ces cocons sont cotres tendres et minces». Or, le Jinan, c'est l'ancien nom du Tong-king de nos jours. Le Ji-nan, qui signifie (^au sud du soleil», a fait longtemps partie de la Chine sous le nom de Ji-nan-lcium (département de Ji-nan); il est désigné sous ce nom dans les Annales chinoises dès le n" siècle avant J.-C. Nan-yang a à peu près la même signification <t soleil méridional»; peut-être le Ji-nan a-t-il été connu sous ce nom?
Quoi qu'il en soit, au m* siècle de notre ère, les vers à soie poly voltins étaient élevés au Tong-king; il est probable qu'ils y avaient été apportés du midi de la Chine, du Kouang-toung.
(^) Lettre du 19 mars i885.
àOU SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.
des éducations. Les premiers essais faits avec des races italiennes et des races chinoises échouèrent. Teysman éleva, en 1861 , deux espèces de vers à soie polyvoltins, provenant, Tune, à cocons jaunes, de Siam, et l'autre, à cocons blancs, des Lampongs, sur la côte méridionale de Sumatra. Ces races, élevées sur différents points des Indes néerlandaises, même sur les montagnes, furent atteintes par la maladie en i865.
Les tentatives qui ont été faites k Java l'ont toujours été sans succès, et Ton n'a plus d'illusions sur le sort qui attend tout nouvel essai. Cependant on a continué à élever des vers à soie à Waspada, terre de la résidence des régences du Préanger, dans la division de Limbangan.
On n'a pas été plus heureux h Java dans l'acclimatation de VAntherœa yama mai du Japon, comme dans l'éducation régulière d'espèces indigènes, telles que le miosamin inndariê de Moore (qui ressemble beaucoup au Philosamia Cynihia) ^^\ XAiUicuê AUa», le Criculn trifenesirata.
Dans les possessions hollandaises, h Sumatra, la situation est différente. L'éducation des vers à soie n'y a jamais eu beaucoup d'importance, mais elle y existe depuis une époque très éloignée; on prétend même que le mftrier et le ver à soie sont indigènes. Ils ont été tous les deux, suivant Grawfurd, tirés de l'Inde. Pendant longtemps, on n'a élevé que le ver à soie à cocon blanc; le ver à cocon jaune n'a été introduit que vers 1 860.
Dans la province des Lampongs, presque toute la soie qu'on obtient est blanche; le cocon est petit. Dans la province de Palembang, on récolte des cocons blancs et des cocons jaunes.
Les soies des Indes néerlandaises, du moins celles que nous avons eues et qui avaient été, il est vrai, choisies avec soin, sont de bonne nature, nerveuses, brillantes, nettes, un peu ^rosses, irrégulîères ^-^ Elles servent, dans les Indes orientales néerlan-
(') Le Philoiomia intularis vit principalement snr VErythrina indiea. ^*^ La soie jaune de Palembang, que nous avons reçue en 1869, a ëtë vendue à Paris 70 francs le kilogramme, quoique irrëgulière. Elle ne donnait qu^un déchet de
des vers, dont on obtenait plusieurs récoites par an^^^; mais peu à peu, se laissant aller à leur indolence naturelle, ils abandonnèrent ce travail ^^^ et pendant notre séjour à Manille en iSkli et en 1 8 /i 5 , on avait même perdu le souvenir de ces éducations. La soie qui est tissée dans les provinces d'Ilocos, de Gamarinès, d'Iloîlo et de Tondo vient de Chine.