INDO-CHINE
Delta, sur les rives du fleuve Rouge, du Day et de leurs affluents, de la rivière Claire et de la rivière Noire. On le trouve non moins abondant sur les hauts plateaux et dans les gorges des montagnes. Ce mûrier, à feuilles dentelées et à petites baies noires, n'est pas greiïé et est toujours nain. Une variété dont les feuilles sont ovales, à bords lisses et en général assez dures, est moins commune.
Les vers à soie qu'on élève dans le Delta et aux environs sont à quatre mues, polyvoltins, et presque tous à cocons jaunes. Les vers à cocons blancs sont peu nombreux. Nous ne savons pas à quelle espèce ces vers appartiennent. Ils sont patits, n'ayant guère que 5 centimètres de long au moment de la montée. Ils sont à peu près blancs ^^\ pâles, presque transparents; ils montrent peu de vigueur et ont les mouvements lents.
L'éducation dure vingt-cinq jours environ dans la saison chaude et trente jours environ en automne. Gomme l'intervalle entre chaque éducation est, en fait, de quarante-cinq à cinquante jours, on peut faire six ou sept éducations dans l'année. En général, dans le Delta, on en fait quatre : la première en avril, la deuxième en mai et en juin, la troisième en septembre et en octobre, la dernière en novembre et en décembre ^^K
Les cocons sont d'un jaune un peu safrané, allongés et pointus, mous et très satinés. Ils ont de 39 à Ao millimètres de grand diamètre et de 19 à 18 millimètres de petit diamètre. 5o beaux cocons frais ont pesé A3 grammes, soit 1,160 cocons pour 1 kilogramme. M. Brunat estime qu'il faut au moins de ao à 35 kilogrammes pour produire 1 kilogramme de soie.
M. Thomas Wardie a constaté que la bave de cocons jaunes du Tong-king a les propriétés suivantes :
Elasticité, Une hâve de 3o centimètres s'allonge, sans se rompre, de 5. a centimètres en moyenne (de 1.7 à 8. A centimètres).
Ténacité, Une bave de i5 centimètres supporte, avant la rupture, 9 gr. 690 en moyenne (de 5 gr. 093 à 1 â gr. 622).
^') Les chenilles sont blanches, mais on remarque qu^un cerlain nombre de ces chenilles sont, lors de la montée, de couleur jaune orangé. W R Brunat, Rapport, p. 35 h 37.
39/i SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.
Finesse. Le diamètre moyen est de 3 1 6 dix-millièmes de millimètre (de âi8 à 5o8 dix-millièmes).
Les éducations sont très divisées : les paysans mettent à Téclosion chacun un peu moins d^une once de graines.
En général, les indigènes ne se plaignent guère de ravages dus à des maladies chez les vers; cependant l'existence de la pébrine a été constatée par M. Brunat dans différentes localités, et Youdji n est pas rare.
On élève, à ce qu'il parait, des vers à soie annuels sur les plus hauts plateaux du Tong-king; ces éducations auraient peu d'importance.
Le mode de tirage des cocons est simple. La filature a lieu presque toute l'année, puisque les éducations sont faites presque sans interruption (^^. On tire toujours les cocons quand ils sont frais» la chrysalide n'ayant pas été étouffée. L'appareil à dévider comprend un excentrique qui imprime le mouvement de va-et-vient nécessaire pour le réglage, et de petites tavelles qui servent à la croisure. L'eau des bassines est presque* bouillante, r La filature annamite, dit M. P. Brunat, ressemble beaucoup h la filature japonaise, sauf que la croisure se fait à la tavelle, comme en Italie, tandis que, au Japon , elle se fait sur un cheveu et imite plutôt la croisure à la Chambon ^'^^ »
Malgré l'affaiblissement de la race de ces vers, la soie est encore d'assez bonne nature.
II y a plusieurs sortes de gmndrage et de pliage de la soie. Les flottes qu'on trouve sur les marchés ont les dimensions suivantes : 1 5 centimètres de circonférence sur 5 centimètres de largeur, du poids de i8 grammes environ; â5 centimètres de circonférence sur 9 ou 3 centimètres de largeur, pesant de 17 à i8 grammes; s 5 centimètres de circonférence sur 10 centimètres de largeur, du poids de a 5 grammes; 56 centimètres sur 19 centimètres, du poids de 5o grammes. La soie la plus fine, la meilleure, est celle
(') Les éducations ne sont interrompues qu'au plus fort de Véié et dans deux mois d'hiver.
f* P. Rrunat, RappoiH, p. Ai a h h.
seignë. M. Ulysse Pila a présenté le chiffre de s5,ooo balles (1,900,000 kilogrammes)^^).
Nous avons donné, il y a plusieurs années, la quantité de 900,000 kilogrammes de soie. M. P. Brunat est arrivé à un résultat peu différent, toutefois supérieur. Il regarde le lissage indigène comme absorbant 900,000 kilogranunes, et l'exportation pour la Chine et la Gochinchine comme montant à 100,000 kilogrammes. On pourrait donc compter sur un produit total de 1 million de kilogrammes. En rappelant notre chiffre de 900,000 kilogrammes (1 5,000 piculs), M. P. Brunat fait observer que cette quantité «doit être considérée comme un minimum t^^^I
On voit quelles espérances on peut fonder sur cette industrie au Tong-king.
Les provinces annamites autres que celles du Tong-king n'ont pas la même richesse séricicole que ces dernières. La population n'a pas la même densité que dans le Tong-king; elle est plus opprimée, plus pressurée, et dès lors elle réduit la production au strict nécessaire. Cependant, si Ton en juge par la quantité des métiers à tisser la soie, la production n'est pas sans importance. Nous avons vu, dans la contrée qui avoisine Faï-fo, de petites éducations conduites avec moins de soin qu'en Chine; notre ancien collègue Hedde a signalé jusqu'à quel point elles étaient nombreuses ^'\
Les plantations de mûriers ne sont pas en rapport avec le nombre des éducations qu'on pourrait faire, de sorte qu'on ne fait dans l'année qu'une ou deux, rarement trois récoltes de cocons. On n'élève que des vers polyvoltins et h quatre mues.
La soie est le plus souvent jaune; la soie blanche est plus
^*) Ulysse Pila, Le Tonkin et la cohnisation françaite {Rapport à la Sodélé (Féconomie politique de Lyon, i884, p. 39 et 3o).
^*) P. Brunat, Rapport, p. /17.
^^^ I. Hedde : Production et commerce de la eoie en Cockmckine ( Documents sur le commerce extérieur, Chine et Indo-Chine, Faits commerciaux, n"* 10, p. 60 à 66). — Notice» of Cochinchina (The Chinese Repotitory, vol. XV, p. ii3à laâ).
sîon. On a porté au Cambodge, au xiir siècle, le mûrier et le ver à soie de Siam. Au milieu du xviu' siècle, des progrès assez rapides dans les arts, dus à une action énergique du souverain, montrèrent quelles ressources on pouvait tirer de cette production. Une guerre malheureuse contre les Birmans et le poids croissant des impôts en amenèrent la perte. C'est à peine si Ton obtient aujourd'hui dans tout le Siam un millier de kilogrammes d'une soie grossière. M. Geoghegan, qui a reconnu également qu'on n'en obtient qu'une petite quantité , fait la remarque que cette soie est envoyée à Java et h Célèbes, et qu'il en arrive jusqu'à Ahmédabad ^^). On exporte, il est vrai, quelques milliers de kilogrammes de soie de Siam, mais cette soie a été, pour la plus grande partie, apportée de l'An-nam , du Cambodge et du Laos ^^\
PAYS DES LAOGIENS.
Cette récolte est plus grande chez les peuplades indépendantes qui occupent le territoire inconnu qui sépare l'An-nam et le Cambodge du Siam. On les désigne d'une façon générale sous le nom de Laociens, mais on distingue les Laociens orientaux et les Laociens occidentaux, les Kliâs ou Mais, les Sùengs, etc. On fait dans le Laos des éducations de vers h soie. Cette soie, produit de vers inconnus, est jaune, grossière, mal filée; elle est vendue sur les marchés de Siam et de Birmanie.
BASSE GOGHINGHINE.
Quoique la France soit, depuis un temps déjà long, en possession de la basse Cochinchine qui a fait partie de l'ancien Royaume khmer, l'industrie de la soie n'a pas fait dans cette contrée les progrès qu'on avait d'abord espérés. Dans ce climat chaud et humide, dans ces terres d'alluvions profondes oii la végétation a tant de vigueur, les mûriers (les variétés indica et atropurpurea et une variété inconnue) couvrent le pays; ils sont plantés en bordure des cours d'eau et des arroyos. Us donnent cinq ou six fois par an une cueillette de feuilles. L'éducation des vers polyvoltins
(*) Some accùwU o/gilk m India, 1 87s , p«. iii. ^*^ A. Grëhnn, Le roi^aume de Siam.
On peut faire des plantations et des éducations dans toute la contrée : on en a fait le plus aux environs de Baria» de Mytho, de Vinh-hong, de Tra-vinh, de Long-xuyen, de Ghaudoc, de Sroctrang.
On récoltait dans la Gochincfaine française , il y a une dizaine d'années, de 5oo,ooo à 600,000 kilogrammes de cocons, repré* sentant 36, 000 kilogrammes environ de soie grège ^'). On estime la récolte actuelle à 700,000 kilogrammes de cocons en moyenne, soit à â 9,0 00 kilogrammes de soie de filature indigène.
Ces soies sont consommées par les indigènes, et celles de ces soies, en petite quantité, qui sont exportées, sont dirigées sur le Siam, TAnnam et TArchipel Indien. Elles sont jaunes, tirées à des titres très différents, irrégulières et mal croisées. Une très petite quantité de soies filées avec soin l'ont été dans des écoles catholiques.