AUTRICHE-HONGRIE
Un des manufacturiers les plus intelligents et les plus distingues de l'Autriche, notre ancien collègue, M. Anton Harpke, a rendu compte, à la veille de l'Exposition universelle de Vienne, de la situation de l'industrie de la soie dans chacun des ëtats réunis sous le sceptre de l'empereur d'Autriche et roi de Hongrie. Nous ferons des emprunts à cette étude intéressante, écrite avec le jugement droit et la fermeté d'esprit qui caractérisent son auteur ^^l
Quoique les pays austro-hongrois soient limitrophes de ces contrées du Levant où le travail de la soie est pratiqué depuis plus de dix siècles, on ne s'est approprié cette branche d'industrie, dans l'Autriche proprement dite, qu'à une époque relativement récente. Cependant, dans un empire qui présente des climats si divers, le soi, l'air et la température offrent dans de nombreux districts, disséminés de toutes parts, les conditions réputées les meilleures.
C'est seulement au mUieu du xvii* siècle qu'on observe des ^ultats qui méritent quelque attention. L'empereur Ferdinand UI encouragea l'éducation des vers h soie dans ses états, et le comte de Zinzendorf, son ministre, publia, en 16 53, des instructions pour la culture des mûriers et l'élevage des vers. Léopold I"" ne fit pas moins que son prédécesseur (^). Un siècle plus tard, un des souverains qui ont eu les vues les plus larges, l'impératrice Marie-Thérèse, dirigea d'une main ferme les tentatives qui s'étaient succédé jusqu'alors sans fruit, et donna l'aide de l'État à tous les éleveurs. Joseph II suivit l'exemple de sa mère. Les événements politiques contrarièrent ces entreprises, et il faut descendre jusqu'à nos jours, jusqu'à i855, pour trouver des efforts, nous ne disons pas bien heureux , mais du moins dignes d'attention. Il se produisit alors
(^> Beitrâge zur Ge$chichte der Gewerbe und Erfindwngm Oe$terreich$ wm èer MitU deê XVUl. Jahrhunderts his uw Gegenœart, 1878, p. a 86 à agS.
(') La sériciculture fut introduite en Bohême par des Italiens en 1769.
On est g(^néralement d'avis que la récolte est très petite ailleurs que dans le Tyrol et ie Littoral autrichien.
Elle était, en 1860, suivant Duseigneur, de 85, 000 kilogrammes de cocons , savoir :
57,000 kilogrammes pour la Hongrie et ses dépendances (Transylvanie, Croatie, Esclavonie, Confins militaires);
118,000 kilogrammes pour l'Autriche, la Dalmatie, la Styrie, la Carinthie,ia Silésie, la Bohême, etc.
Notre collègue M. A. Harpke la réduisait, pour 1878, & 75,000 kilogrammes, savoir:
A 8,0 00 kilogrammes pour la Hongrie, les Confins militaires, etc.;
217,000 kilogrammes pour les provinces autres que le Tyrol et le Littoral.
Dans un état dressé pour 1875, la quantité totale est de 87,000 kilogrammes, savoir:
6â,ooo kilogrammes pour la Hongrie, les Confins militaires, etc.;
9 5,000 kilogrammes pour les provinces autrichiennes.
L'estimation pour l'année 1881 d'un savant dont la compétence est indiscutable, de M. Giovanni BoUe, directeur de l'Institut de sériciculture de Gôritz, s'éloigne des chiffres précédents :
Royaume de Dalmatie ^0,000 kilogr.
Autres provinces de la Cisleithanie, non compris le
Tyrol et le Littoral autrichien a, 000
Royaume de Hongrie ou Transleitfaanie 5o,ooo
Total 93,000
Il faut signaler les progrès de la sériciculture en Hongrie. Introduite dans la première moitié du siècle dernier par un Français, le général comte de Mercy, qui était au service de l'Autriche, elle donnait : en 1788, 55, 000 kilogrammes; en 1785, 1 00,000 kilogrammes ; en 1 8 2 5 , 800,000 kilogrammes; en 1 8&5,
tionnemcnts les plus récents, a été élevée k Pancsova; elle contenait 3o bassines en 1889 , elle en avait 60 en i883.
Nous n'avons presque rien à dire des provinces autrichiennes. I/élevage et la filature n'y ont pas de solidité, sauf peut-être dans la Dalmatie, et, comme on Ta vu, les résultats sont insignifiants î^>.
Le Tyrol méridional ou italien et le Littoral autrichien fournissent la presque totalité de la production qu'on met au compte de TAutriche-Hongrie. Là aussi les estimations sont très différentes. D'après Duseigneur et P. de Vecchi, la production dans le Tyrol italien et le Littoral aurait été, de i85o h 1868, de 3 à & millions de kilogrammes. Nous inclinons à penser qu'il j a quelques exagérations, car le D' Ruggero Gobelli, qui était certainement bien placé pour découvrir la vérité, porte à 9,079,800 ki* logramroes la quantité des cocons qui ont été filés en 1869 dans le Trentin et dont on a tiré 978,380 kilogrammes de soie^^).
C'est dans le Trentin que les éducations ont toujours été conduites avec le plus d'ardeur. On ignore à quelle époque le mûrier et le ver h soie y ont été acclimatés; mais il est très probable que cela a eu lieu dans la première moitié du xv* siècle ^^l
(*) Voir, pour la Basse Aulriche, Statiêîik der Volkiwirikëckaft m Niêitr-Omtemick, de i855 à 1866, p. 157 a iSg.
^') D' Ruggero Gobelli, Cenni sUnici e itatùdd iuUa hadiieokinra nd TrmtàM, 1873, p. 87.
^') D' R. Gobelli, Cermi tUniei e $UUisUei, p. 3,6, 5, 7 et 8.
kU SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.
Le Tyrol et le Littoral autrichien ne sont pas dans les mêmes conditions, soit pour le climat, soit pour le soL
On élève dans le Tyrol des races diverses, parmi lesquelles des races indigènes à cocons jaunes; ces cocons ont le grain gros ou moyen, et la hâve a peu ou pas de duvet ^^^ La rusticité de ces races est digne de remarque; le Tyrol n'a pas autant souffert que l'Italie et la France pendant l'épidémie. Malgré la valeur de ces races locales , les éducateurs tyroliens mettent à l'éclosion principalement des graines de races japonaises vertes, presque toujours de reproduction indigène. Les cocons verts forment de 90 à 94 p. 100 de la récolte ^^^.
La destinée des districts du Littoral autrichien a été tout autre que celle du Tyrol : la maladie y a fait autant, peut-être plus de ravages qu ailleurs, et Duseigneur avait observé antérieurement que, dans le Frioul autrichien, la forme, le grain et le brin des cocons se modifiaient vite et rendaient nécessaire un renouvellement fréquent et un choix scrupuleux des graines. La soie, presque toujours jaune, y était d'ordinaire duveteuse, même très duveteuse.
Mais , dans l'Istrie , comme dans le comté de Gôritz et le Tyrol , on a apporté, depuis l'épidémie, un grand soin au grainage, et c'est à la rigueur qu'on a mise dans cette partie de l'éducation , ou plutôt h la meilleure instruction des éleveurs qui sont venus se former h l'Institut de Gôritz, que M. Giovanni BoUe , directeur de cet établissement, attribue le succès et l'accroissement continu de l'élevage et de la production dans l'Istrie ^'^
Bécoltes de cocons dans lIstriQ.
M aOTIlUII, PAB AR.
P^. H ( De 1876 à 1873 43,000 Idlogr.
... De 1874 à 1877 5i,ooo
qualnennalcs. j ^^ jg^g ^ ^^^^ ^3^^^
(') Od a fait avec un grand soin, dans le Tyrol, des éducations dressai; on en peut juger par les rapports sur La r^enerazione délia razza giaUa.
^^) L^ëlevage des races vertes est en progrès. Pour tirer i kilogramme de soie, il fallait : en 1869, t8 Idlogr. 887 de cocons, y compris les doubles; en 1877,^ ^^ ^^~ logr. 7/19.
^^) G. Bolle, Uincremento délia hachicoltura nell* htria, 1889.
Styrie, Gariothie, Garaiole. . .
Tyrol sepleiilrioiial
Tyrol méridionaL
Moravie et Galicie ocddenlale.
Gôriti et Gradiska
Triesle
Isirie
Daimatie
Totaux
P^ODES TRIENNALES
kilogr.
i65,o/ïo
kaogr.
bhfioo
ANNÉE MOYENNE d*«prà>
LIS aioOLTBS da i874àt88i.
kilogr.
6i,5oo
L'estimation de la prodoclion que le Gouvernement autrichien a consignée dans la notice qui a été placée en tête du Caialùgue officiel des produite de F Autriche à l'Exposition de 1878 est certainement exagérée :
ce On évalue à q,5oo,ooo kilogrammes, y est-il dit, la production annuelle des cocons dans les provinces méridionales de la monarchie, et plus des deux tiers de cette quantité reviennent au Tyrol du Sud. Ces cocons rendent environ 1,900 quintaux métriques de soie 79 (p. isg).
Nous avons établi, aussi exactement que nous Tavons pu, le compte pour 1881; il est un peu supérieur à celui qui résulte des renseignements fournis par les Ministères de l'agriculture d* Autriche et de Hongrie.
Nous sommes arrivé à 3,13^,000 kilogrammes, au lieu de 1,930,000 kilogrammes.
AUTRlCHE-HONGnE.
On filait la soie dans le Trentin vers le milieu du xv'' siècle, et le premier moulin à tordre la soie fut érige à Rovérédo , en 1 53 & , par un Vénitien, Girolamo Savioli. Nous savons peu de chose de la condition du tirage et de l'ouvraison jusqu'à la seconde moitié du xvui* siècle : de 1770 à 1800, les améliorations se sont succédé assez rapidement. Giacinto Gobelli , qui avait fondé à Lizzanella, en 1 78/1, une filature de àù bassines, la plus grande qu'on eût encore établie dans le Trentin, avait introduit en même temps les procédés de travail du Piémont ^^\
Les perfectionnements appliqués dans les établissements d'Italie et de France ont été promptement adoptés dans le Trentin, el la Chambre de commerce de Rovérédo a conservé dans son histoire de la filature le souvenir des hoounes qui ont réalisé ces progrès.
Le tableau suivant montre quelle extension a prise l'industrie dans le Trentin.
iSjo, 1871, p. 97 à 3a. — Belazûme $UUisUea ddla Cameradi eommtreio § d'mditêtria in Roterelo per Panno tSyS, 1876, p. 55 h 60. — Relazione êiatittica délia Cofnera di commercio e d'industria m Rovereto per Vanno 1880, 1881, p. 1 Ao et i/ï3* — La tratlura délia eeta nel Trentmo, par MM. Gaifas, D' Galvagni, D' Ru^ero de Gobelli, Angelo Mareilli et D' Fraocesco Gerosa, 1878.
^*) D' R. Gobdli, Cermietorici e êtatieliei, p. /ï et 5. — La trattvra délia eeia, p. 1 5 el 17.
illTRICHE-HONGRIE.
Nombre i Avap«or
de filatures | â fea nn. . . . .
tli
Nombre ik vapeur
de baasioes A feu nu '
àfiià '
d'ouvriers. Femmes
7,6ao
Durée moyenne du travail pendant l*annëe
70 jours.
90 jours.
1 00 jours.
t de coeoDS tirés.
i,3&7,ooo^
1 de soies grèges
Quantités / produites...
io3,390^
1 de douppions \ produite....
La comparaison entre la situation en 1875 et celle en 1880 démontre :
Que le nombre des filatures, celui des bassines et celui des ouvriers ont diminué :
Le premier de 38 p. loo, le deuxième de 99 p. too et le troisième de 9 5 p. 1 00 ;
Que la quantité de soie filée a diminué pendant le même temps de a/t p. 100.
Les filatures les plus grandes et le mieux outillées ont résisté à la crise et ont continué à travailler. Il y a eu, sous ce rapport, un mouvement progressif comme en Italie. On peut en juger par les cliiffres ci-après :
En moyenna, par filature.
de bassines. , . . . . 39
Nombre. . . { d'ouvriers &9
de jours de travail 90
Quantités de toies grèges produileB, en kikH grammes 56o
AUTRICHEJIONGHie.
Nous devons le répéter, on récolte dans le Tyrol italien des cocons bien construits, riches en soie, et la soie a une très bonne nature. La filature et Touvraison laissent h désirer, surtout la dernière; en général, les fileurs et les moulinicrs n'ont pas fait autant de progrès qu'on en a fait en France et particulièrement en Italie.
Aux 89,550 fuseaux de moulinage qu'on avait dans le Trentîn en 1 875 il faut ajouter :
Comté de Gôritz 1 i^'jio fuseaux.
Rasse Anlridie. &,/io9
Autres provinces 9,000
C'est un total de 110,751s fuseaux, réduits aujourd'hui è 65,000 environ.
Nous ne voyons aucun intérêt à nous arrêter aux essais d'acclimatation de YAntherœa myliUa, de VAnÛierœa yama mai, du Philo^ samia Cynûiia. Il n'y a pas eu de résultats pratiques.
paraissent dégénérés; les produits (soies blanches et soies jaunes) sont médiocres.
Dans le district de Roustchouk, l'éducation des vers a été introduite vers i8âo; elle était faite généralement par les familles turques. La population mahométane quittant le pays, la sériciculture parait devoir être abandonnée. Les vers à soie sont, dit-on , originaires de Brousse; de Brousse, ils avaient été portés à Andrinople et à Tirnova, et de là ils seraient arrivés à Roustchouk. Us sont pour la plupart bivoltins. On distingue plusieurs races. Ces races donnent des cocons jaunes, des cocons blancs et des cocons verts. Il y a deux modes de tirage i la bassine; la soie est dévidée, soit avec une sorte de rouet, soit à la main, sur une planchette ou bâton fourchu , appelé endizé, probablement parce qu'il a la longueur du pic de ce nom qui a 6 s centimètres ^^\
0) Rapport da consul de France à Roustchouk du 8 juillet 1886. — La Chambre de commerce de Lyou a reçu de ce consul des échantillons des cocons et des soies récoltés ani environs de Roustchouk.
/i36 SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.
les Grisons en 188A, les uns blancs, les autres verts; M. Thomas Wardle les a examinés, et voici les résultats des épreuves :
Cocons blancs. — Grand diamètre, 98 mili. 5; petit diamèlre, 1 5 mill. 8. Dévidage assez facile. A la surface, assez grande quantité de bourre. Finesse de la bave : diamètre moyen, 3^5 dixmillièmes de millimètre; à la surface du cocon, 978 dix-millièmes; au milieu, 359 dix-millièmes; à la fin, 38& dix-millièmes. Ténacité de la bave : en moyenne, 1 9 gr. & ; à la surface, 7 gr. 3 ; au milieu, i3 gr. 7; à la fin, i& gr. 6; la ténacité varie de 7 grammes à 16 gr. 3. Élasticité : en moyenne, fik millimètres; à la surface, A 6 millimètres; au milieu, A 8 millimètres; à la fin, 37 millimètres; l'élasticité v rie de 10 à 70 millimètres
Cocons verts. — Grand diamètre, 98 mill. 5; petit diamètre, i5 mill. 8. Dévidage assez facile. A la surface, peu de bourre. Finesse de la bave : en moyenne, 335 dix-millièmes de millimètre; à la surface du cocon, 999 dix-millièmes; au milieu, 359 dix-millièmes; à la fin, 399 dix-millièmes. Ténacité de la bave : en moyenne, 1 gr. 3 ; à la surface, 1 1 grammes ; au milieu, 11 gr. 3 ; à la fin , 7 gr. 9 ; la ténacité varie de 5 gr. 3 à 1 3 gr. 9. Elasticité : en moyenne, 3t millimètres; à la surface, 3i millimètres; au milieu, 97 millimètres; à la fin, 35 millimètres; l'élasticité varie de 10 à 60 millimètres.
Les cocons provenant des éducations tessinoises sont filés dans le Tessin. Il y a, dans ce canton, quatre grandes filatures et plusieurs petites filatures, qui contiennent ensemble près de 5oo bassines et qui tirent d'Italie le complément de leur approvisionnement. La plupart des ouvrières sont italiennes. Il sort des filatures de Bellinzona, de Lugano, de Melano et de Mendrisio des soies fines qui sont en général de bonne qualité. Les filatures livrent en tout de 3o,ooo à &o,ooo kilogrammes de soie grège.
L'histoire de l'industrie delà soie en Suisse , et particulièrement dans les cantons de Zurich et de Baie, est, depuis quelques an-