‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 68 sur 77 · SUISSE. A · texte numérisé non relu

SUISSE. A

nées, Tobjet d'études poursuivies avec une ardeur et une intelligence auxquelles nous rendons hommage. On trouvera surtout dans Touvrage de M. Adolf Bûrkli-Meyer l'exposé du développement et de la transformation de l'industrie à Zurich à partir de la fin du xui* siècle, et cet exposé a été établi d'après de nombreux documents originaux, pour la plupart inédits ^^^ M. Friedrich Bodmer a, de son côté, consacré au moulinage de la soie une notice bien faite, nette, instructive, qui présente un tableau très vrai de l'état des choses ^^ï.

M. A. Kœchlin-Goegy a donné un aperçu plein d'intérêt de l'histoire de la fabrication des rubans à Bàle^^^, et M. le D*" Geering s'est livré, dans les dépôts d'archives de cette ville, à des recherches qui ont été heureuses.

L'ouvraison de la soie est, en Suisse, une des branches du travail qui a été portée au plus haut degré d'avancement. Nous ne discuterons pas la question de son origine, qu'il s'agisse de l'époque du premier établissement ou du premier foyer. Il importe peu qu'on ait ouvré la soie pour la première fois dans le bailliage d'Ennetberg ou à Locarno; il suffit de faire remonter à l'année i555, à l'immigration à Zurich de réformés de Locarno expulsés de leur patrie à raison de leur religion, l'usage régulier de moulins de construction assez simple. Pendant deux siècles et demi, le métier fut conduit à la main, et le travail fut tout à fait domestique. Le travail devait ne pas différer sensiblement de celui qu'on faisait en France, car on voit que, en i685, un homme certainement très au fait des procédés français, Malhieu de la Court, «marchand ouvrier de soie de Tours 79, prolestant réfugié à Zurich après la révocation de l'édit de Nantes, reconnaît que c( l'apprêt des soies au moulin, en filage, organsin et trame, se fait (à Zu-

^'^ Adolf Bûrkli-Meyer, Geschickte der Zûrchmschm Seidenindustrie vom SchluiMe des un JahrhunderU an bis in die newr$ Zeii, 188/ï.

^*) Friediich Bodmer, Seidenztoimerei. Cette notice fait partie (p. AS à 56) du recueil de rapports publiés, en 1886, à la suite de TExposition nationale suisse à Zurich , sous le titre de ; Berichl Ober Gruppe I: Seideninduitriê , et qui comprend entre antres ie très iutéressant travail de M. Robert Scbwarzenbach-Zeuner sur les étoffes de soie.

(3) Die Entmckelung der Seidenban^abi-ikalion in Batel, 188/1.

rich)», et, tout en disant qu'il «sait fort bien apprêter les soies n, il ne prétend pas faire mieux^^^

Un Alsacien, Heitz, organisa, en i83o, àStaefa, lemoulinage de la soie d'une façon plus industrielle et plus large. Les machines, successivement perfectionnées , furent bientôt mises en mouvement par l'eau ou la vapeur. Cette manufacture s'étendit rapidement et devint florissante. L'ouvraison des organsins et des trames ne fut pas, dans les premiers temps, l'objectif des mouliniers suisses; ils produisirent d'abord presque exclusivement des cordonnets et des soies à coudre.

L'industrie de l'ouvraison proprement dite, du moulinage des trames, fut constituée lorsque les fabriques européennes firent des soies d'Asie l'énorme consommation qu'on connatt. Cestvers 1860 que ce travail fut établi dans des conditions qui sont dignes de remarque.

Les mouliniers suisses sont au premier rang pour la façon des trames de soie de Japon ^^^ et font aussi avec succès des trames de soie de Chine. Les trames de soie de Japon sont faites généralement avec des soies Mmbash et Oshiou; les trames de soie de Chine avec des soies Kahing, Hangchow et surtout Mienchew. On fait très peu d'organsins, 510,000 kilogrammes à peine; on les monte dans le canton du Tessin.

Nous parlerons plus loin des soies retorses. On demande donc à la Suisse principalement des trames de soie de Japon et de soie de Chine, et ces soies ouvrées, faites avec beaucoup de soin, méritent leur réputation.

L'industrie du moulinage, malgré les difficultés qu'elle rencontre depuis quelques années, est encore établie fortement dans les cantons de Zurich , d'Argovie et de Bftle. Il existe aussi quelques moulins dans les cantons du Tessin, de Soleure, de Lucerne, de Saint-Gall et de Claris.

(0 BôrkU-Meyer, Stideninduttm, p. 117.

(^ Les mouliniera suisses sont au premier rang pour la façoo des trames; cependant leurs produils ne sont pas tout à fait à la hauteur de ceui <k quelques marques privilégiées d^Italie.

ààO SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.

u Actinré

TOTAL. 1 LA m N i88d.

Faseaux pour ( des trames et des organsins . 87,300 Si^SgS Touvraison | des soies à coudre, etc 98,860 19,086

La fabrique de soies à coudre est concentrée dans le canton de Zurich, comme on peut le voir en comparant la quantité enregis* trée par la Société des mouliniers suisses avec celle qui a été enregistrée par la Société de Tindustrie de la soie de Zurich.

L'ouvraison de la soie est , en Suisse , une industrie bien conduite ; nous avons dit que, dans les spécialités auxquelles les mouliniers suisses se sont appliqués, ils donnent de bons produits. Le tissage suisse est le premier à en tirer parti; il consomme pour plus de s 5 millions de francs de trames, et les moulins suisses en fournissent un peu plus du tiers. Néanmoins cette manufacture ne donne pas les profits qu'on serait fondé à en attendre, et comme, dans le temps présent, les rivalités deviennent plus pressantes, comme partout on améliore les conditions dans lesquelles le travail s'exerce, on n'est pas sans inquiétude en Suisse sur Tavenir. Le moulinage européen a d'ailleurs contre lui, outre certains faits d'ordre général, la perte du marché nord-américain et l'accroissement de la fabrication des tissus de soie grège teints en pièces.

U faut bien le dire , c'est la Suisse elle-même qui a placé l'industrie du moulinage dans une situation qui peut devenir périlleuse. Le moulinage est par excellence l'industrie des enfants. Le travail est facile, il n'exige pas d'efforts, et les jeunes garçons, les jeunes filles surtout, ont naturellement ce soin, cette dextérité de main , cette agilité si nécessaires. Les nouvelles lois fédérales sur le travail, quand même elles ne seraient pas exécutées partout avec une extrême rigueur, n'en ont pas moins eu pour effet de mettre le moulinage, au point de vue du personnel, dans une condition plus difficile et d'élever le taux de la façon. On a enlevé aussi de la sorte à la charité publique une des occupations industrielles le mieux appropriées à la faiblesse du jeune âge et le mieux faites pour donner le goût et l'habitude du soin et de l'adresse.

On a présenté comme une preuve des progrès de l'industrie de

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