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IVrKIHEIIIE RATIOSILC.
A la fin du livf siècle et au xvii'' siècle, les choses prirent un autre cours; l'empressement fut général, et le produit des éducations s'accrut rapidement. Le Tellier, l'auteur du Brief discours concernant la manière de nourrir les vers à soye, qu'il dédia à «Madame de Rosny?), dit (en 1609): ce Et (les Italiens) recognoissans le proffit qui en revient , s'y sont tellement addonnez , qu'ils se sont comme esponges remplis d'or et d'argent, qu'ils succent des autres paîs, par le moyen de la soye faite chez eux. 9
Depuis lors cette industrie , qui devait devenir une des richesses les plus solides de la Péninsule, n'a pas cessé de s'accrottre, mais toujours avec lenteur. Elle a eu des phases diverses, plus sensible qu'aucune autre aux contre-coups de la politique. Plus d'une fois même, et dans des temps récents, par l'efifet d'une sorte de langueur inexpliquée, elle s'est affaiblie. Un homme qui avait une grande expérience des travaux des manufactures, le baron de Reden, a dit ce qu'elle était dans l'année où s'est ouverte la troisième grande Exposition des produits de l'industrie de l'Empire d'Autriche (la Lombardie et la Vénétie étaient alors des provinces autrichiennes) : ce L'organisation et la manière de travailler la plupart des soies, écrivait en 18 /i 5 le baron de Reden, n'ont, depuis un siècle, presque pas été améliorées. Les diverses méthodes de filature et d'ouvraison, le défaut de sûreté et de régularité dans le mouvement des tours, le défaut d'uniformité des fuseaux, des bobines, des tours, l'ignorance de l'ouvrier, le manque de connaissances mécaniques chez l'industriel et d'autres défauts ont eu une influence si fâcheuse sur la qualité de la soie, notamment des organsins, que la fabrication des soieries n'a pas pris une extension en rapport avec les conditions favorables dans lesquelles elle est placée ^^\ »
1/196 ; il est dans la bibliothèque da marqais Giorgio T. Trivulzio. — «... Fa dicta cilade (Vicenza) grande impresa de sede cosa molto dignissima; nam si trovano pochi altri ari[M>ri exceplo moroni, H quali se spogiiano di (ronde per pascere vermi che fanno le sede. Vidi de moite donne che instavano a la cura de dicti vermi e me feceno inlendcre quanta solicitudine li bisognava de giorno e note. E fume cosa molto dilettevole de vedere e tanta quantitale e in tanti loghin (Gomalia, p. 87).
^') Mémoire awr V Exposition den produite de l'industrie autrichienne, traduction de M. Alexandre Legentil, p. /i8.
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Dans le même temps, les éleveurs, les fileurs et les moulimecs français étaient incontestablement les maîtres dans cette industrie , enlevée précédemment à l'Italie ; ils avaient la supériorité; ils étaient arrivés à la prospérité. Cocons, soies grèges, soies ouvrées, entraient en France sans payer de droits depuis i833. Les Italiens sont venus chez nous un peu plus tard, à plusieurs reprises, chercher à découvrir le secret de notre force. Il est aisé, de nos jours, de découvrir les secrets des manufactures : les Italiens ont vu nos méthodes de travail, notre outillage; ils ont pénétré bien des procédés, fruit d*une pratique longue et réfléchie; ils ont surpris, tant à la filature quà l'ouvraison, ces façons, ces soins dans la préparation qui sont pour beaucoup dans le succès. Nous avions appris autrefois à leur école cet art délicat, et, même encore en 1/166, un de nos rois, Louis XI, avait fait venir d'Italie, pour enseigner à Lyon la filature et Fouvraison, tiun fiUateur de soye. • • de la nacion d'Itallie", maître Maufrain de GarmignoUe ^^^ et (tun appareilleur de soye 9 (^ (également italien), Jaconnet de Bonjain^^). Les Italiens ont rappris cet art à notre école : ils nous ont imités. Ils ont fait plus : ils sont entrés avec résolution dans la voie des améliorations, améliorations dans les détails, dans les procédés, dans l'ensemble même; ils accomplissaient cette transformation précisément au moment où la fabrication des étoffes prenait un caractère différent et un développement nouveau , et ils ont eu comme le pressentiment des nécessités futures. La création de grandes usines, le rapprochement du moulinage de la filature datent de ce temps. De ce temps aussi date l'affermissement de cette oi^anisation économique, qui est en Italie dans la nature des choses ^^^
(*) Ganmaiola oa Ganuagnola, petite ville qui est près de Tarin.
(*) Appareiller, préparer (Frédéric Godefroy, Dictionnaire de Vaneienne langue françatee du ij* au iV eiàcle, L I, p. 3 18 et 319). — Louis XI ne fit venir qu*un appareiUeur de toye italien , mais le Consulat de Lyon , dans une requête qu*il présenta au Roi, avait déclaré qu^il était nécessaire d^avoir «deux appareiUeurs et deux assortisaeurs de soyen italiens.
^') Ordtmnaneee de$ rote de France ^ U XX, p. 699 à 699.
^*) En Italie , la propriété est en général peu divisée ; les grands propriétaires n ont pas hésité à intervenir dans l'intérêt de Texploitation de leurs terres.
et qui, tout en conservant le principe de la division infinie des éducations, associe en quelque sorte les grands propriétaires aux petits éleveurs, association, et dans bien des cas assistance» dont oa devait éprouver les heureux effets lors des misères issues de l'épidémie de hpébrine. La maladie des vers a montré à Fltalie, par les pertes qu elle lui a causées, quel aliment l'industrie de la soie fournissait à sa vie, et les efforts ont été, dans le pays tout entier, à la hauteur du péril. Gouvernants, savants, propriétaires, cultivateurs, industriels, ont agi, chacun dans son cercle d'action, avec une décision, une persévérance et une sagacité dont on a vu les résultats,
La force de l'industrie italienne est grande, il faut le reconnaître. Elle ne dépend pas seulement du prix de la main^'œuvre , comme on affecte de le penser.
Ne reculons pas dans la recherche de la vérité , efforçons-nous de la découvrir : cette force , elle est due à des progrès considérables réalisés dans l'ensemble des conditions du travail , et c'est nous qui avons été les initiateurs à ces progrès ; elle est due aussi à l'emploi de procédés particuliers dont nos fileurs et nos mouliniers reconnaissent l'efficacité, à une plus grande concentration dans les manufactures, et, fait non moins capital, à un ordre rigoureux.
Nous ne voulons pas entrer dans le vif de la question qui nous occupe ; nous ne dirons pas la valeur relative des produits exposés ou non exposés, quelque saisissante que soit en plus d'un point cette comparaison. Notre collègue, M. Louis Boudon, mettra en lumière, avec l'autorité qu'il a en pareille matière, la situation respective de l'Italie et de la France. Nous ne présenterons que des observations générales, et nous les abrégerons, car ce que nous avons écrit sur ce sujet, il y a quelques années, à la suite de l'Exposition universelle de Vienne, est encore vrai dans l'ensemble ^^^.
Notre travail était achevé quand la Chambre de commerce de Lyon a publié les rapports des délégués qu'elle avait chargés d'observer, à l'Exposition de Milan et dans les manufactures, l'état
<*) L'induêtrie de la soie, 9* édition, p. i3 à a8.
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dans lequel rindustrie de la soie se trouve en Italie ^^K MM. Valéry Deydier, Gaston Blanchon et Ghabert ont rendu compte de ce qui est relatif à Télevage, à la filature et à l'ouvraison; ils ont serré de près l'étude de tous les systèmes et ont porté un jugement très ferme sur la condition des choses chez nos voisins. Ges rapports présentent un modèle de ce que doivent être des enquêtes de ce genre; il est regrettable que de pareils travaux soient si rares. Leurs auteurs sont, du reste, au premier rang parmi nos industriels, et il eût été difficile d'en trouver qui eussent un esprit plus éclairé, plus d'expérience et plus d'autorité.
Si la Ghambre de commerce de Lyon n'avait pas donné une grande publicité à ces rapports, nous leur aurions fait de larges emprunts, ou, ce qui eût été préférable, nous les aurions reproduits m extenso. Ils n'auraient pas fait double emploi. Notre tâche était autre, nos moyens d'information ont été différents, et cependant nous avons conclu à peu près dans le même sens. Nous sommes resté, nous le répétons, sur le terrain des faits généraux.
A ne voir que l'ensemble des choses , recherchons quelle force est devant nous.
Les efforts , les progrès , qui ont été très grands , dans un passé d'ailleurs assez rapproché de nous , ont continué dans tous les sens.r On s'est appliqué & tous les travaux, d'autant plus activement que, au point de vue de la maladie des vers à soie, l'Italie est peut-être dans une situation moins favorable que nous. Sélection rigoureuse, conservation attentive et hivernage des graines, soins apportés à l'éclosion, à l'éducation des vers, perfectionnement des procédés et amélioration du matériel pour les façons à donner à la soie, organisation meilleure des usines : partout, pour Télevage, la filature et le moulinage, on a fait ce qui pouvait rendre l'industrie par excellence de l'Italie encore plus forte et plus lucra-
^) Compté rendu dê$ travaux de la Chambre de commerce de Lyon, année 1881, p. aSi à s6/i. Il a été fait un tirage à part de ces rapports, intitulé : Exposition de Milan en 1881. Bapporis de$ délégvét de la Chambre de commerce de Lyon. Nous n''avoD8 à nous occuper, dans la première partie de notre travail, que des rapports sur la sériciculture, la filature et le moulinage.
Si SOIES DRS VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.
tive. Disons-le, quoique cela soit une redite : on avait bien plus à faire dans cette voie en Italie que chez nous. Les résultats ont-ils été en proportion des efforts? Il serait téméraire de l'affirmer. L'œuvre n*en était pas moins absolument nécessaire; elle sera certainement féconde.
G*est d'ailleurs, il ne faut pas se faire d'illusion à ce sujet, une question de vie ou de mort pour cette industrie, et ce que nous disons à propos de l'Italie est également vrai pour la France.
On se plaint de la marée montante des soies asiatiques : soies de la Chine, soies du Japon, soies de l'Inde, soies des vers du marier, soies des vers sauvages. Elles deviennent plus abondantes chaque année ; chaque année, elles deviennent meilleures, meilleures quant à la filature , non pas quant h la qualité ; chaque année, surtout, on en tire. un meilleur parti. Ces soies forment aujourd'hui l'aliment principal des manufactures du monde entier; elles entrent déjà pour près des sept dixièmes dans les approvisionnements ; elles dépasseront cette proportion. Nous n'avons pas encore éprouvé, qu'on le sache bien, ce qu'est le pouvoir producteur des nations de l'Asie. Nous montrerons plus loin ce que donne la Chine aujourd'hui, au lendemain d'insurrections cruelles, de ces ravages des Tai-ping qui ont rappelé les invasions des Barbares, et quand en réalité les ouvriers et les capitaux de FEurope n'ont encore fondé rien de durable dans ce pays. Par la grandeur présente de la production, on peut prévoir, si des événements inattendus ne troublent pas le cours des choses, ce que cette production sera dans un avenir qui ne peut pas être bien éloigné. Elle est dans son pays d'origine, dans le climat le plus favorable. Nulle part la main-d'œuvre n'est aussi abondante et en même temps à aussi bon marché; nulle part les paysans, les ouvriers ne sont aussi patients, aussi laborieux; nulle part enfin l'élevage n'est aussi divisé, n'est conduit avec autant de soin.
Nous ne pensons pas que l'industrie occidentale doive suc^ comber fatalement dans la lutte de plus en plus vive qui commence. On peut prévoir quelle place cette industrie, l'industrie européenne, prendra dans le champ agrandi de la production.
Quel que soit le mouvement général dans la consommation ,
quelles que soient les habitudes de vêtement et les modes les plus répandues, il y aura toujours une élite pour laquelle il n'y aura jamais d'élégances trop hautes et trop de raffinements dans les choses de la toilette; il y aura en même temps des consommateurs qui inclineront à suivre l'exemple donné par le petit nombre. On fera donc toujours de riches étoffes , on les fera avec les soies les plus belles. Ces soies, elles ne peuvent être que le produit de races qui nous sont propres; ce n'est que sur le sol, sous le ciel de l'Italie, et surtout de la France, qu'on peut les récolter, et l'on sera d'autant plus assuré de les obtenir qu'on pourra, avec l'aide de la science, avoir des produits encore meilleurs et en abaisser le prix de revient.
Il faut donc, à notre avis, ne pas se faire d'illusion sur les causes des difficultés du présent et sur le cours que les choses peuvent prendre dans l'avenir. Ce n'est plus des suites de la maladie des vers à soie qu'on souffre aujourd'hui. Le péril qui menace les industries premières de la soie, nous voulons dire la sériciculture et la filature» a d'autres origines : un changement profond dans ta consommation , un plus grand emploi et une plus grande production des soies d'Asie.
L'Italie produisait, avant la maladie, dans les bonnes années, jusqu'à 65 millions de kilogrammes environ de cocons» soit &,593,ooo kilogrammes de soie grège. C'est l'estimation que le Gouvernement italien a présentée dans une note sur l'industrie de la soie publiée en 18621 ^^\
Le professeur Gornalia a cité le compte qu'a présenté M. A. Giccone en i854^^^ :
États-Sardes 10,000,000 kilogr.
Lombardie et Vénétie a^,ooo,ooo
Toscane et Duchés 1,980,000
Romagne 1,360,000
Royaume de Naples et Sicile a6, 000,000
Total 63,600,000
iO Expoi. internat, de i86a. Royaume d'Italie, Catalogue officiel detcriptif, p. 3i5. t*} A. Giccone, Trattato ttU geUo e eul govemo del filugelh , p. 38 1.
Ces estimations sont, suivant nous, exagérées, quelles que soient les années auxquelles on les applique ; il y a cependant des observateurs qui ont été encore plus larges dans leurs calculs, car on a donné les chiffres de 76 à 80 millions de kilogrammes de cocons ^^\ Duseigneur-Kléber, qui a eu de nombreux moyens d'information, s'était arrêté au chiffre de 5o millions de kilogrammes ^^\ Cette opinion est conGrméé par deux documents italiens : le D' Lorenzo Fabroni, rapporteur du Jury à l'Exposition italienne de 1861, a admis, pour les récoltes de cocons, le total de 59,639,680 kilogrammes, qui se rapporte probablement à 1861 ou à i86â^^^ et, suivant lui, cette quantité de cocons correspondait à 5,8s8,&&i kilogranunes de soie grège; nous avons trouvé de plus dans YAnnuario statistico itaUano de 186/1 (vol. II, p. &&9) les chiffres de 5i,995,os& kilogrammes pour toute la région italique et de /Î9,9 17,79/1 kilogrammes pour le royaume d'Italie , lesquels chiffres doivent représenter la production telle qu'elle était avant que l'épidémie ne se fût déclarée.
Paschale de Vecchi, de Milan, a toujours représenté, dans la statistique qu'il a faite pendant quinze ans, les récoltes de cocons en Italie par la quantité de soie grège devant être obtenue de ces cocons; il a pris pour point de départ une année moyenne antérieure à la maladie et, d'après lui, la production de la soie grège, dans cette année moyenne, était de 3,710,000 kilogrammes. M. Fuzier a adopté cette quantité dans son rapport (p. 8), et la statistique italienne de 1868 fournit le chiffre de 3, /Î6 1,990 kilogrammes. Les 3,710,000 kilogrammes de soie correspondaient à environ &â, 690, 000 kilogrammes de cocons, si l'on s'en rapporte au Ministère de l'agriculture ^^\ et è 5o millions de kilogrammes environ suivant nous^^\ Les statistiques de
^*) NoUzie e itudi $ulîa agrieoltura (1877), p. 776.
(') Cette estimation définitive est consignée dans ane note que Doseigneur a faite pour nous.
(^) Etptmzione italiana tenuta in Firenze nel tSôt. Relazioni dei giuraù, vol. III, i865, p. 81.
^^ Notme e itudi êulîa agricohura (1877), p. 787.
(^) Il faut compter en moyenne plus de 1 9 kilogrammes pour 1 kilogramme de soie grège, attendu qu'il faut faire la part des cocons défectueux.
M. de Vecchi montreol que la production s'est abaissée à 1,731,000 kilogrammes en 186/1 et a remonté à 3, iyS^ooo kilogrammes en 1869^'^
Au surplus, voici les chiffres pour les dix-huit dernières années; ils représentent, du moins jusqu'en 1880, les soies provenant des cocons récoltés dans la région italique, le Frioul et le Tyrol autrichiens compris :
ANNÉES