AFRIQUE
Le mûrier, appelé chedj&rat el ioul, est partout un arbre laissé à sa pleine croissance; il est le plus souvent greffé. La feuille est donnée aux vers détachée des rameaux. L'éducation des vers est confiée exclusivement aux femmes arabes. Les œufs sont renfermés dans des étuis de roseau percés de trous; à la fin du mois de mars, les fenunes placent ces étuis dans leur sein et les tiennent toujours sur elles jusqu'à l'éclosion des œufs. On élève des vers annuels, à cocons jaunes, à cocons blancs et à cocons verts. Les cocons sont en général petits et pauvres en soie. Les procédés d'élevage et de tirage sont primitifs; les soies sont grossières et mal filées (^).
Il ne faut pas, d'après le Gouvernement marocain, moins de 600,000 kilogrammes de soie pour subvenir aux besoins du tissage et de la broderie indigènes. Cette soie est tirée de France et d'Italie, Cette quantité nous paraît bien élevée.
Nous retrouvons dans les possessions britanniques du Cap de Bonne-Espérance et de Natal des essais d'élevage des vers à soie semblables k ceux que nous signalerons en Australie, avec cette différence qu'on les a poursuivis avec moins de vigueur.
Dans la colonie du Cap, c'est près de la ville du Cap qu'on observe ces éducations, ainsi que des plantations de mûrier mullicaale , et ce sont les races ili cocons jaunes qu'on a préférées. De jolies soies jaunes provenant de Rondebosch nous ont rappelé que nous avons vu, il y a bientôt quarante ans, dans ce charmant village, une famille anglaise apporter à ce travail les soins délicats qu'il eiige ^^K On a récolté aussi des cocons jaunes k Worcester et à Picketberg (division de Malmesbury). Le mûrier multicaule est le plus employé pour l'élevage, mais il y a, au Cap, un mûrier qui garde son feuillage pendant presque toute Tannée; cette espèce est indigène, suivant les uns, originaire du Japon, suivant les autres (^'.
Le climat et la terre de Natal conviennent beaucoup mieux au mûrier, soit sur la cAte, soit aux environs de Maritzburg; le mûrier blanc pousse avec une vigueur incroyable. Ce n'est qu'une
<*> Lettre do consul de France â Mogador, du i4 août 188&.
(*) Hedde, Dneriptùm méthodique, p. 17.
<') Jawmai oftkê Agriculiural SockUf rf India , New mtim , vol. T , 1 869 , p. xkxh el xl.
question de prix de main-d'œuvre. Jusqu'à présent les émîgrants ont trouvé un si vaste champ ouvert à leur esprit d'entreprise, tant d'occasions de larges profits, qu'ils ont laissé la soie de côté^'^.
Il nous reste à parler de trois îles de la mer des Indes : de l'ile Maurice, de l'ile de la Réunion et de Madagascar.
Dans rtle de la Réunion, nous avons trouvé des mûriers sauvages qui rappellent des tentatives faites par la Compagnie des Indes au milieu du siècle dernier. Perrottet et Hedde ont fait connaître l'un et l'autre les travaux qui ont été conduits avec tant d'intelligence et de résolution dans les magnaneries et les filaturcs de Salazie ^'^l De petites exploitations de ce genre sont encore entretenues dans l'île ^^^.
Nous savons peu de chose des essais faits à Tîle Maurice et à Madagascar.
Des soies de production mauritienne ont été exposées à Vienne en 1873.
Les soies des vers du Bombyx tnori récoltées en petite quantité chez les différents peuples de Madagascar sont jaunes et grossières. Un consul d'Angleterre, M. Pakenham, a rapporté, en 1869, que, à Tamatave, une magnanerie avait été établie, dans laquelle on élevait des vers de race chinoise, et qu'on y avait obtenu «plusieurs milliers de livres de belle soie^^^». Nous n'avons pas eu la confirmation de cette assertion. Un résident anglais, le rév. James Sibree jeune, après avoir rappelé, dans un de ses ouvrages, que le ver à soie est nourri de feuilles de mûrier h Madagascar, a ajouté que, dans les parties centrales de l'tle, un autre arbre, le tapia, est beaucoup plus employé pour l'élevage des vers à soie ^^K
^^^ D' Mann , A descriptive catalogue of the Natal contribution to the intemaUonai Exhibition oft86a.
(') PerroUet, Rapport «tir une misnon dans l'Inde, à Bourbon, à Caienne, à la Martinique et à la Guadeloupe, concernant l'industrie sérigène et la culture du mûrier, iSâa , p. 66 477. — Hedde, Description méthodique , etc., 18/18, p. 18 el 19.
(') Entre autres localités, à Saint-Pierre.
^*) trSeveral thoasand pounds of fine silk.r) — J. Geoghegan, Silk in India, 1^* édition, p. ix.
(^) The great A/rican island. Chaptei's on Madagascar, 1880, p. 96.
hbà SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRIER.
En réalité, il ne s'agit que du produit, non plus d'essais, mais d'exploitations sans importance. Aucune de celles-ci n'a acquis de caractère industriel , et il faut chercher l'explication de ce fait dans l'état économique du pays (la population rare, clairsemée, la main-d'œuvre chère, l'industrie pastorale lucrative, etc.). Dans le Queensland, cependant, on a obtenu quelques résultats. Une cinquantaine de familles s'adonnent à l'élevage des vers à soie; les cocons sont vendus à Londres pour une centaine de mille francs par an. Dans ce gouvernement» ce travail a été introduit dans les prisons.
Mais, répétons-le, parce que le trait est intéressant : l'expérience dont nous venons de parler est déjà ancienne en Australie ; on a vu quels en ont été les résultats, et néanmoins on la continue avec persévérance. On plante encore des mûriers, on fait des éducations un peu partout, on dévide les cocons dans les écoles, on ne manque aucune occasion de célébrer l'heureux (mit de quelques efforts. Les Australiens assurent que, grâce au climat, au bon marché des terres, à l'abondance des mûriers, à l'accroissement d'une population toujours active, ik écarteront des difficultés qu'ils jugent être d'un ordre secondaire; ils sont convaincus que la soie deviendra un jour un des principaux produits de l'Australie.
(tEn fait, dit M. Charles Robinson, non seulement rien n'empêche que la soie ne soit à aussi bon marché en Australie qu'en France ou en Italie , mais il y a de très bonnes raisons de croire que, favorisés comme nous le sommes par le climat et le bon marché des terres, nous pouvons être en état de l'emporter sur n'importe quel pays d'Europe ^^\ v
Un autre écrivain, M. G.-H. Reid, n'est pas moins convaincu; il s'exprime ainsi : «Que la colonie (la Nouvelle-Galles du Sud) soit un jour exportateur de soie grège, cela est certain; quand? c'est seulement une question de temps ^^). 79
^') iVtftr South Wales, the olde$t and richeat oftke Auitratian colom99, (') Eêêay on New South Wale$, 1878, p. 60.