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FIG. I38. BOHEME

XVIIe SIÈCLE.

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un Vénitien, Giuseppe Briati, vint en Bohême pour y apprendre le mode de travail, et qu'en 1736 Jacobus Busenello obtint le privilège de fabriquer à Murano des verres façon Bohême. A la fin du xvme siècle, la Bohême comptait soixante-dix verreries et cinq mille verriers.

Le verre de Bohême est un verre allemand ; les Tchèques, peuple slave établi en Bohême depuis le ve siècle, n'ont absolument rien donné du caractère et des goûts de leur race aux verres qu'ils ont fabriqués ; ils ont travaillé comme les Allemands ; et presque toujours sous la direction des Allemands. Lehmann, le véritable créateur du verre de Bohême, n'était pas Tchèque, et Schwanhard, son successeur dans l'atelier royal de Prague, était de Nuremberg; à l'époque de ces deux artistes, le verre de Bohême n'était pas du type général qu'on lui a donné depuis et qu'il a conservé. C'était un verre blanc gravé, puis on le tailla à facette, et à la taille s'ajouta la gravure; mais le cristal anglais, qui prit rang dans le commerce de la verrerie sur le continent vers le milieu du xvme siècle, porta au verre blanc de Bohême un coup funeste : la matière anglaise, beaucoup plus belle, se prêtait infiniment mieux à la taille à facette et le verre de Bohême fut battu à son tour comme il avait battu le verre de Venise. Les fabricants alors reprirent le verre colorié qui avait précédé la verrerie de luxe créée par Lehmann et son atelier et s'adonnèrent avec ardeur à la fabrication du verre colorié et gravé, qui est devenu le type moderne de la verrerie de Bohême.

Mais il est encore, en Bohême, une autre fabrication

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d'une importance très grande : celle de la verroterie, dont l'origine remonte à la seconde moitié du xvne siècle. Les fabricants du cercle de Turnau voulurent, à cette

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époque, lutter avec les Vénitiens, qui tenaient le marché dans le monde entier. Ils ne purent soutenir la concurrence et furent obligés de suspendre la fabrication jusque vers 1711, où un nommé Fischer la reprit avec

succès, si bien que dans le cercle de Turnau il y avait, en 1786, quatre cent quarante-trois patrons dans ce genre d'industrie ; il est juste d'ajouter que le personnel de ces ateliers est très restreint, et que le plus souvent le patron n'a autour de lui que sa famille et quelques apprentis et ouvriers.

La Bohême du xvne siècle produisit aussi des verres à vitres par le soufflage, mais la question de la priorité du procédé reste douteuse; enfin c'est la Bohême qui pendant longtemps, et maintenant encore, fournit à la lustrerie les prismes taillés dans des conditions de bon marché que nul pays ne peut égaler. Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'à côté de ces industries se développa parallèlement la fabrication de la gobeletterie et de la verrerie communes.

En résumé, la Bohême doit stm renom mérité dans l'art de la verrerie au talent de ses artistes et à son industrieuse population. La fabrication a su, en tous les temps, se plier aux caprices de la mode et du goût, et toujours donner a ses produits un caractère décoratif très marqué; ce qui nous séduit, nous l'avouons, ce sont moins les grandes pièces de luxe, de formes très étudiées, d'une gravure savante, fine et délicate, que les simples gobelets à l'usage des gens du peuple; malgré ses imperfections et en raison de sa naïveté, nous aimons ce décor, qui laisse voir en blanc sur un champ de rubis ou de topaze le cerf classique bondissant dans la forêt de sapins. La gravure est simple, sommaire, à grands traits; le procédé n'a rien du fini, de la recherche que la Renaissance a entraînée après elle; il semble qu'il appartienne à ce moyen âge qui a im-

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primé un caractère si élevé à ses œuvres décoratives ; et, en fait, ce gobelet est une œuvre d'art en son genre, et le rôle qu'il remplit est d'un intérêt supérieur, car il constitue une pénétration de l'art dans les plus modestes intérieurs en un temps où, à l'inverse de la coutume antique, les ustensiles sont de plus en plus réduits aux formes et aux dispositions strictement nécessaires à leurs fonctions utiles.

En dehors des deux grands groupes, Nuremberg et la Bohême, l'Allemagne cultivait l'art de la verrerie en d'autres lieux. En 1428, on trouve à Vienne un verrier de Murano, Onofrius de Blondio; une verrerie est tenue par Nicolas Walch, en i486, sur le terrain du Prater, entre la ville et le Danube. Dès i5o3, la fabrication des miroirs faisait la fortune d'une verrerie allemande dont nous ignorons l'emplacement;; la production de cette fabrique inquiéta le Grand Conseil de Venise, qui donna aux frères Anzolo del Gallo le privilège de « specchiai », miroitiers, pour leur permettre de faire concurrence aux Allemands.

Vers 1584, le duc Guillaume V employait en Souabe un verrier italien nommé Scarpoggialo. L'empereur Ferdinand III (1608-1657) protégea un graveur sur verre nommé Struden. Léopold Ier fit venir à Vienne,

en 1679, un verrier vénitien, Berardo Marinetti. La Saxe, qui confine à la Bohême, eut d'importantes verreries au xvie siècle; on cite de ce temps un artiste saxon J. Swaerzer; au siècle suivant, la Saxe entra en lutte active avec la Bohême et fabriqua desverres gravésetdesverres décorés d'émaux.

Francfortsur-le-Mein compte des graveurs sur verre assez renommés : Hess (Johan) vers 16 10, Hans(Johan-Benedick) en 1669, Hess (Peter), qui vécut de 1709 à 1782, Cologne et d'autres pays alle-

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