‹ L'art de la verrerieChapitre 107 sur 112 · FIG. I4.9. ESPAGNE. XVI SIECLE · texte numérisé non relu

FIG. I4.9. ESPAGNE. XVI SIECLE

Olleria dans le royaume de Valence, à Cebreros dans

la province de Ségovie, à Recuenco dans celle de Cuença, à Tolède et près de cette ville, à Cadalso de los Vidrios, où Ton se livrait aussi à l'imitation des pierres précieuses. Vers i56o, Philippe II, qui se plaisait à tous les détails delà construction de l'Escurial, s'occupa de faire garnir de verres les fenêtres du palais; il ordonna une enquête sur la fabrication en Europe1 ; les verreries d'Espagne, de Normandie, de Bourgogne et de Lorraine envoyèrent leurs échantillons ; on jugea que les verres de Normandie étaient plus clairs que ceux des autres pays. L'histoire ne dit pas quelle verrerie eut la fourniture, mais ce ne fut pas celle de Barcelone, parce que ses produits étaient d'un prix trop élevé.

Vers le milieu du xvnie siècle, deux Français, Antoine Berger puis Claude Seigne, travaillaient à la fabrique royale de cristaux de Saint-Ildephonse, où l'on produisait des vases et de grandes glaces. Berger avait embauché des ouvriers français; il revint en France pour en chercher d'autres, mais il fut mis à la Bastille; Seigne était un ancien ouvrier de Nevers ; il était aussi employé à la fabrique de faïence de Saint-Ildephonse, dont l'existence est peu connue.

Les verres espagnols sont très rares dans les musées français ; le musée de Kensington en possède quelquesuns ; il est dès lors difficile de se faire une idée exacte de leurs genres, qui doivent être assez variés. Quelques verres sont décorés d'émaux verts et jaunes, qui semblent être l'une des caractéristiques de la fabrication espagnole ; nous savons par les textes que l'on fabri-

i. Le baron Davillier possédait le texte de cette enquête annoté de la main de Philippe II.

quait des lampes également émaillées, en imitation sans doute des lampes arabes. La manufacture royale de Saint-Ildephonse produisait des verres de toutes formes, gravés et taillés. La forme de quelques-uns des verres connus du xvie siècle espagnol est exubérante, bizarre ; les anses ont des développements exagérés; c'est une sorte de verrerie de Venise sans délicatesse, façonnée par de rudes mains. Mais, nous le répétons, nous manquons d'éléments complets pour asseoir notre jugement, et la verrerie espagnole, comme celle de bien d'autres pays, attend son histoire particulière.

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Comme dans tous les pays qui furent soumis à la domination romaine, on trouve en Angleterre des verres antiques, mais il n'est pas démontré que ces verres ne proviennent pas exclusivement de l'importation. Les tombeaux des Saxons contemporains de la conversion du pays au christianisme fournissent quelques pièces de verres semblables à ceux de nos tombes mérovingiennes. Au vne siècle, l'Angleterre était fort peu avancée dans l'industrie du verre, puisque l'abbé Benedict, Biscopus, dut faire chercher en France des verriers pour fabriquer les vitres du couvent de Wearmouth et que quelques années après, vers 678, on pria l'évêque de Mayence d'envoyer en Angleterre un verrier capable de souffler des vases. Les vitres de la cathédrale d'York avaient déjà, quelques années auparavant, été fournies par des verriers français. Le xme siècle révèle, sur les registres des taxes de Colchester, trois verriers, Robert, Mathieu et Henri. Les inventaires et les découvertes ressortissant au xive siècle prouvent l'existence de pièces de verre, mais non une fabrication locale. Au xvc, on faisait certainement du verre à vitre en Angleterre, car John Prudde de Westminster recom*

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mande de ne pas s'en servir pour la chapelle de Beauchamp, à Warwick, et en 1485 on préfère aux verres anglais les verres hollandais, vénitiens et normands. La présence des Italiens à Londres est constatée en i55o; huit verriers de Murano étaient enfermés dans les cachots de la Tour, parce qu'ayant reçu de l'argent, ils n'avaient pas travaillé en conséquence ; ils allaient être pendus lorsqu'ils s'adressèrent au Conseil des Dix, s'excusant d'avoir quitté Murano malgré la loi, parce qu'ils manquaient de travaux dans leur pays; le Conseil les autorisa à rester en Angleterre jusqu'à la fin de leur engagement ; en ceci le Conseil fit sans doute un acte politique agréable à la couronne d'Angleterre, car le décret de 1547 chargeait des émissaires de tuer les verriers fugitifs et nous avons vu que le décret ne resta pas toujours lettre morte. Dans la seconde moitié du xvie siècle, on constate à Londres, à Crutched Frias en 1 557, une verrerie qui fabriquait \zflint-glass, c'est-à-dire le verre blanc fait avec le sable du flint, silex. En 1 568, entre Jean Quarré, verrier d'Anvers appelé en Angleterre par la reine Elisabeth, et Antoine Bechu, d'une part, et Thomas et Balthasar de Hennezel, verriers de la Lorraine, d'autre part, est signé un contrat obligeant les Lorrains à venir en Angleterre pour fabriquer du verre et enseigner leur industrie. En i5j4, des verriers français établis près de Petworth virent leurs verreries brûlées et pillées; en 1 58g, quinze verreries fonctionnaient en Angleterre. Le xvii9 siècle est de beaucoup le plus important, dans l'histoire de la verrerie en Angleterre ; il vit le premier emploi industriel du charbon de terre comme chauffage de verrerie et la découverte du verre .à base de

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plomb, c'est-à-dire du cristal. Il semble qu'antérieurement à 1 6 ii .une patente royale fut accordée à un verrier, William Slingsby, pour l'usage de la houille; en i6i5,' une proclamation de Jacques Ier défendit absolument le bois comme combustible et prohiba l'importation de la verrerie étrangère ; cette disposition fut modifiée, en 1620, à l'égard des pièces de verre rares et curieuses. Un fabricant, Sir Robert Mansell, dont le nom est inséparable des progrès de la verrerie en Angleterre, obtint en 16 16 le privilège exclusif de la fabrication du verre dans le royaume; des établissements nombreux furent exploités par ses soins. Ils produisaient des verres pour les fenêtres, des vases de tous genres, des verres d'optique, des verres à la façon de Venise, car le personnel n'était pas exclusivement anglais, et Mansell, à défaut d'Anglais, dut faire venir de Mantoue une équipe tout entière. Les concessionnaires ne sont pas plus en Angleterre que dans les autres pays à l'abri de la concurrence, et de la concession ne résulte pas nécessairement la fortune. Mansell prouva en 1634 qu'il avait perdu trente mille livres sterling, parce que ses ouvriers l'abandonnaient pour aller travailler en Ecosse et en Irlande, et que, malgré la prohibition, la verrerie italienne et française pénétrait en Angleterre ; et cependant, contrairement à l'usage qui voulait que les monopoles fussent confirmés chaque année par le Parlement, la patente de Mansell avait été affranchie de cette approbation dès 1624, et une nouvelle ordonnance défendit l'importation des verreries étrangères, en i635.

On n'a pu, même en Angleterre, se prononcer d'une manière formelle sur l'invention du cristal, ou du moins

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sur la date précise de l'exploitation industrielle de l'invention. Nous avons déjà eu l'occasion de le dire : le verre à base de plomb était connu de l'antiquité, et, d'autre part, l'expression « cristal » étant depuis fort longtemps employée pour désigner le verre blanc de belle qualité, occasionne, en Angleterre comme ailleurs, certaines confusions dans les textes. L'écrivain anglais, le docteur Merret, disait vers 166 5 : « Le verre de plomb n'est point en usage dans nos verreries anglaises, à cause de sa trop grande fragilité... Si cette espèce de verre avait la même solidité que le verre cristallin, il serait supérieur à tous les autres, à cause de la beauté de sa couleur. » Donc le cristal était connu dans les fabriques anglaises, mais depuis quelle année? Un praticien distingué, M. Bontemps1, pense que l'invention du cristal anglais est la conséquence du chauffage à la houille; avec le feu de bois, le verre est fondu dans des creusets ouverts ; avec le feu de houille, dont la flamme impure ternit la blancheur du verre, on ferma les creusets par le haut et la cueille se fit par une bouche située en dehors du four : le creuset fermé devant renfermer des éléments plus fusibles que le creuset ouvert, le chimiste augmenta la fusibilité de la masse par l'adjonction de l'oxyde de plomb. Il est possible que le cristal ait été ainsi inventé, mais ce n'est là qu'une hypothèse, car on peut fondre le verre ordinaire aussi bien que le cristal dans des pots fermés. Quoi qu'il en soit, on pense que, dès 1623, Mansell, dans la verrerie de Newcastle-sur-Tyne, fit usage du plomb, et qu'en 1673 cette matière était

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