‹ L'art de la verrerieChapitre 11 sur 112 · Epinicus · texte numérisé non relu

Epinicus

placée sur la table pour y tremper le pain ; le gut-

(Service de table.)

turium, broc à eau ; les huiliers retenus dans Yincitega, porte-bouteilles en métal; les coupes à fruits, et enfin

j2 L'ART DE LA VERRERIE.

la verrerie de luxe dont le but était la décoration du festin.

Les coupes de table servaient également dans les fêtes religieuses; on choisissait naturellement les plus élégantes de forme et les mieux décorées. La patera cependant était à peu près exclusivement réservée aux libations, sa forme, qui est celle d'une soucoupe avec ou sans manche , était gênante pour boire, mais commode pour répandre le vin sur la tête des victimes. La futile était un vase arrondi en pointe par le bas, afin qu'il ne fût pas possible de le déposer sur la terre, les rites interdisant de souiller par le contact certains vases consacrés. Le catinus était une sorte de plat creux destiné à recevoir l'encens qu'on jetait sur le feu pendant les sacrifices; c'est à cet ordre qu'appartient le vase hexagone de la cathédrale de Gênes appelé : Sacro catino. Il fit partie du butin attribué aux Génois en noi par Godefroy de Bouillon, après la prise de Césarée; l'objet fut considéré comme une relique; on crut qu'il avait servi au Christ dans la Cène, mais sa dimension exiguë peut exclure cette hypothèse. Jusque vers la fin du siècle dernier, la vue même de la coupe était interdite; pendant l'occupation française, elle fut brisée par accident et on put s'assurer alors qu'elle est en verre et non en agate.

La pharmacie, la droguerie et l'épicerie employaient aussi des récipients en verre nommés généralement ampulla. Les flacons à collyres avec inscription du nom de l'oculiste ou du médicament sont fort nombreux ; on connaissait, entre beaucoup d'autres, les collyres à la rose, au safran, au lierre, à la myrrhe. Les onguents,

fi g. il. — antiquité. — (Récipients.)

les remèdes à l'état sirupeux, les fruits secs, les légumes

frais, étaient conservés dans le magasin dans des bocaux en verre commun, à large ouverture ourlée d'un fort cordon de verre rapporté pour fortifier le col et faciliter le bouchage.

La parfumerie jouait, comme en tout temps et en tout pays, un rôle important dans la toilette des femmes. Les odeurs, les pommades, les poudres, les

(Vases à parfums )

fards, les noirs, étaient contenus dans des flacons de verre, unguentaria, d'autant plus petits que le produit était plus précieux ; pour donner plus de prix à la marchandise, on l'enfermait dans des fioles de fantaisie en forme de grappe de raisin et de tête humaine à longs cheveux ondes. On a trouvé une boîte qui nous paraît bien donner le type d'un nécessaire de toilette ; elle renfermait deux petits flacons de verre, une tablette et une spatule; les flacons étaient certainement destinés à quelques fards gn poudre ou de consistance épaisse ; la tablette servait à délayer et la spatule à appliquer ; les petites cuillers et les baguettes de verre filigrane remplissaient les mêmes offices. Les femmes élégantes

aimaient à jouer avec des boules de verre pour entretenir la fraîcheur de leurs mains. Nous croyons aussi que

(Verres à parfums et estampilles.)

le plus grand nombre des alabastrons , des pyxis ou boîtes, des petites fioles rondes qu'on prend souvent

j(î L'ART DE LA VERRERIE.

à tort pour des lacrymatoires, étaient des vases de parfumerie.

Le miroir, spéculum, est le complément indispensable d'un cabinet de toilette; en présence des textes formels de Pline et d'Aristote, il est certain que les anciens avaient des miroirs en verre. « Sidon, dit Pline, célèbre par ses verreries, s'était aussi occupée de miroirs. » On a découvert des miroirs à main en verre, mais « ils reflètent plutôt l'ombre de l'image que l'image ellemême », pour employer l'exacte définition que Pline applique à l'obsidienne et qu'on peut appliquer avec autant de raison à un miroir de verre noir fixé à une muraille de Pompéi qui reflète dès qu'il est rendu humide. « Si les métaux doivent être polis pour servir de miroirs, le verre et le cristal ont besoin d'une feuille de métal pour rendre l'image de l'objet qu'on leur présente. » De cette phrase d'Aristote on ne saurait cependant conclure que l'antiquité connaissait l'étamage au mercure.

Le verre servait aussi à la parure; les femmes mettaient dans leurs cheveux des oiseaux en verre très légers qui semblaient posés sur une branche. L'imitation avouée des pierres précieuses et du cristal de roche était une fabrication suivie et avancée. Afin de donner satisfaction aux goûts de luxe des gens peu fortunés, on faisait en verre des boutons, des colliers, des bracelets, les chatons de bague, des cachets, des camées, des intailles. Les meubles, les cuirasses, les gardes d'épée étaient ornés de petits morceaux de verres de couleur rehaussés quelquefois par une feuille d'or posée en dessous. Mais à côté des marchands

fig. 14.. — antiquité, — (Vases funéraires.)

honnêtes, il en était de peu délicats qui vendaient du

faux pour du vrai. Pline constate ces falsifications et dit qu'il n'y a pas de fraude qui procure déplus grands bénéfices; on avait trouvé le moyen de transformer des pierres vraies en pierres fausses d'une autre espèce ; il existait même des livres dans lesquels est expliquée la manière de donner au cristal la couleur de l'émeraude et de faire une sardoine avec une sarde. L'écrivain indique différents moyens de reconnaître les pierres fausses transparentes : il faut d'abord les éprouver le matin avant la quatrième heure1; les peser : les vraies sont plus lourdes; les mettre dans la bouche pour sentir le froid : les vraies sont plus froides ; les regarder avec soin : les fausses ont des vésicules, des filaments et un reflet inégal; en détacher un fragment et le broyer sur une lame de fer : les fausses ne supportent pas certaines gravures. Tous ces moyens étaient très inefficaces, comme le prouve l'anecdote racontée par Trébellius Pollion 2. L'impératrice avait acheté des perles de verre qu'on lui avait vendues pour de vraies perles; lorsqu'elle s'aperçut de la supercherie, elle demanda justice. Gallien fit saisir le marchand comme pour le livrer à la fureur d'un lion, mais ce fut un chapon que, d'après ses ordres, on fit sortir de la cage, et, comme toute l'assistance s'étonnait d'un spectacle si ridicule, Gallien fit faire cette annonce par le curion : « Ce trompeur a été trompé » , et il renvoya le marchand.

Les urnœ ou ollœ, urnes funéraires, sont devenues classiques; elles caractérisent l'incinération. Les urnes

i. Dix heures du matin.

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