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L'ART

En principe, la verrerie est soumise aux règles générales de la décoration : la forme doit être déduite de la destination, le décor doit être inspiré par la forme, la matière doit être employée selon ses qualités expressives; en fait, ces règles ont été peu suivies. Nous allons essayer de chercher pourquoi.

Quelle que soit la date de l'origine du verre, elle est certainement postérieure à celle de la céramique : c'est en cuisant certaines terres qu'on a vu des larmes vitrifiées, et c'est ensuite dans des creusets de terre qu'on a fondu le verre ; et comme les vases en terre et les vases en verre servaient à des usages presque identiques, on a naturellement donné aux seconds les formes des premiers. Pendant de longues périodes, le verre n'a pas figuré sur la table des princes, l'or, l'argent et le cristal de roche seuls étaient en honneur, et c'est en ces matières qu'étaient façonnées les coupes et les aiguières ; lorsque le verre a été ensuite substitué au métal, le verrier a pris naturellement encore les formes déjà créées. C'est ainsi qu'on peut expliquer comment la verrerie de service n'affecte presque jamais de forme absolument particulière.

La taille est le décor normal du verre ; par ses facet-

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tes et ses angles elle fait briller la matière; elle en enlève une partie, il est vrai, mais sans altérer sensiblement la forme générale de l'objet. L'émaillage est d'un emploi plus difficile, car il atteint directement la qualité essentielle du verre qui est la transparence. Les pièces de verrerie sont presque toujours de forme ronde; à travers la première paroi le regard se porte sur la face opposée; de là, dans les lignes du décor gravé ou émaillé, un trouble ou une confusion nuisible au motif représenté; afin de parer à cette difficulté, les verriers romains ont choisi le verre de couleur pour leurs objets d'art, et les Arabes ont posé leurs émaux sur un champ teinté ou doré. La rareté relative des verres historiés tient sans doute à ce fait et aussi à l'extrême fragilité de la matière ; on comprend l'hésitation d'un artiste à entreprendre un travail long et difficile sur un objet que le moindre choc peut anéantir.

Il a manqué à la verrerie une tradition suivie et d'efficaces protections.

Les Égyptiens ont été plus préoccupés de la fonte et des mélanges que du décor et de la forme de leurs verres. Les Grecs n'ont pas éprouvé le besoin de faire des objets d'art en verre : aucune fouille n'en a révélé, aucun poète ne les a chantés, aucun historien ne les mentionne; on a voulu démontrer, au moyen d'un texte, que Glaucus avait ciselé le verre; ce n'est qu'une pure supposition. Glaucus était un ciseleur remarquable; il fit, selon Athénée, la coupe de métal ornée

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d'animaux et de plantes que Halyatte, roi de Libye,, offrit au temple de Delphes, mais il n'y a pas de preuves que cet artiste ait travaillé le verre. Les Romains n'ont donc rien pu emprunter aux Grecs et ils ont dû inventer un art nouveau ; après eux viennent les Grecs du Bas-Empire, et les plus anciens verres de cette origine s'éloignent de très loin du style des verres romains. Les Arabes, il est vrai, se rattachent aux Grecs, mais après eux la chaîne est rompue et les premiers verres de Venise sont très inférieurs aussi bien aux verres antiques qu'à ceux de l'Orient.

La tradition des couvents a fait également défaut à la verrerie. On signale bien quelques fabriques dans les monastères, mais on peut croire que c'étaient surtout des fabriques de vitraux. Pendant tout le moyen âge, l'art s'était réfugié dans les cloîtres, mais pour les moines les objets servant à la célébration du culte et à l'ornement du temple étaient seuls du domaine de l'art, et la verrerie était presque prohibée par l'Eglise.

Est-ce à dire que le verre restera condamné à une sorte d'infériorité à l'égard de la céramique et des métaux? Certes, non. La matière est incomparable et le champ reste ouvert aux artistes qui tenteront de l'explorer. Qu'ils cherchent d'abord des formes rationnelles, conformes à l'usage, ce qui fait défaut à la généralité de la verrerie moderne de service ; dans cette recherche qu'ils ne perdent pas de vue le principe formulé par Phocylide. « En quelque chose que ce soit, la beauté

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résulte de la justesse des proportions. » La forme étant déterminée, on aura pour la décorer beaucoup moins de peine, à la condition de respecter les divisions de l'espace. Le corps, les anses, la jambe, le pied d'une coupe, par exemple, pourront recevoir un décor particulier, si, par le style et les dispositions, ce décor concourt à l'unité et à l'harmonie de l'ensemble. Si le décor est circulaire il pourra être gravé en mat sur un fond clair, et réciproquement ; s'il doit montrer un sujet historié il gagnera à ne couvrir que l'une des parois.

Le verre blanc est le seul propre au service de table, puisque seul il fait valoir le contenu dont la limpidité est la première qualité apparente. Le verre de couleur trouvera son emploi dans les pièces de dressoir et de fantaisie.

En résumé, si le verre, en tant que produit industriel, a doté l'humanité d'un bienfait inappréciable, il n'a peut-être pas tenu, dans les arts de la décoration usuelle, le rang élevé auquel il aurait pu être appelé. Les exemples de l'antiquité, de l'Orient et de Venise sont là cependant pour prouver le parti que l'on peut en tirer; il convient aussi de ne pas oublier que dans l'histoire des grands arts décoratifs le verre a joué un rôle important : il a donné lieu à la mosaïque et la mosaïque a conduit aux vitraux peints. A ces titres, le verre mérite d'être classé dans les matières nobles dignes de l'attention et de l'estime des artistes.

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