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FIG. 4I. — ORIENT

(Collection G. de Rothschild.)

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ornements, et de miroirs de verre enrichis de filigranes d'or et d'argent. De tous ces trésors on ne connaît peut-être maintenant que deux pièces1 : une buire en cristal de roche au musée du Louvre et le vase en même matière qui se trouve à Florence. Nous pensons qu'on pourrait y ajouter le vaseen verre envoyé d'Alexandrie, au xie siècle, à l'empereur d'Allemagne Henri II, dit le Boiteux, que ce prince trouva digne d'être offert à l'abbé de Cluny, et l'aiguière du trésor de la cathédrale de Saint-Marc à Venise. Le décor taillé de l'aiguière qui, autant que nous avons pu en juger, est bien en cristal de roche et non en verre, représente deux lions accroupis séparés par des rinceaux d'ornement; au-dessus', se développe une inscription avec le nom de Piman Aziz-Billah, qui fut calife d'Egypte et de Syrie de 975 à 996. Il est certain qu'un nom gravé ne prouve pas absolument que l'objet ait été fabriqué du temps de la personne dénommée; l'inscription peut être un souvenir, une glorification; mais, dans l'espèce, il ne nous paraît pas qu'il puisse y avoir doute. Aziz-Billah possédait d'immenses trésors qui ont été transmis à ses sucsesseurs, notamment à Mostansser, et nous avons relevé, précisément dans l'inventaire déjà cité, l'existence de plusieurs objets, bouteilles et bocaux portant le nom d' Aziz-Billah gravé dans le cristal de roche.

Pendant le règne de Mostansser s'accomplit le voyage de Nassiri-Khosrau dont le manuscrit a été conservé. C'était un Persan du Korassan; il visita la

[. Nous devons ce renseignement à M. Lavoix, conservateur au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale.

Syrie, la Palestine, l'Egypte et l'Arabie de Tan io35 à l'an 1043. Nous extrayons de ce document et des notes 1 qui y ont été ajoutées les faits relatifs à Part de la verrerie que seuls nous pouvons retenir parmi tant de renseignements intéressants contenus dans le livre. Nassiri constate que, dans l'église de la Résurrection, à Jérusalem, les peintures murales sont recouvertes sur toutes leurs surfaces d'une plaque de verre, ce qui leur donne un vif éclat, car les serviteurs de l'église nettoient ces verres tous les jours. Les peintures représentaient l'enfer et le paradis, Jésus monté sur un âne, les portraits d'Abraham, d'Ismaël, d'Isaac et de Jacob avec ses enfants. Dans une mosquée de la ville, vingt Juifs étaient chargés de l'entretien des lampes en verre et en métal. Le voyageur dit qu'à Misr, qui est un faubourg du Caire, on fabrique un verre transparent et d'une grande pureté; il ressemble à l'émeraude et se vend au poids, ce qui indique qu'on le tenait pour très précieux ; au bazar, le verre commun était en usage et les droguistes vendaient aux clients les bouteilles pour renfermer les liquides. Nassiri raconte que, du temps du calife Hakim-bi-Amr-Illah, qui régnait de 996 à 1020, un artisan se présenta au palais et offrit de réparer et de remettre dans son état primitif le fameux miroir du phare d'Alexandrie qui brûlait les vaisseaux ennemis ; les Grecs avaient fait détruire ce terrible engin en 91 3 par un eunuque envoyé de Byzance. Le calife

1. Relation du voyage de Nassiri-Khosrau, publié, traduit et annoté par M. Gh. Schefer, membre de l'Institut, premier secrétaire interprète du gouvernement, administrateur de l'Ecole des langues orientales vivantes. Paris, 1881.

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refusa l'offre, sous le prétexte que les deux nations étant en paix, le miroir incendiaire n'avait plus de raison d'être. Le récit est intéressant et peut être invoqué en faveur de la puissance de destruction du phare d'Alexandrie qui a été souvent mise en doute. La ka'abah, c'est-à-dire le sanctuaire du temple de la Mecque, était éclairée par quatre fenêtres en verre placées aux quatre angles, «laissant, dit Nassiri, passer le jour et empêchant la pluie de pénétrer dans l'intérieur ». Un autre voyageur constata, en n83, que les fenêtres étaient une sorte de marbre transparent appelé balaq qui venait du Yemen; ces plaques étaient couvertes d'arabesques gravées1.

Le Persan Aben-Messuy, le célèbre médecin arabe Ibn-Sina,plus connu sous lenomd'Avizenna(98o-io37), le rabbin Benjamin de Tolède, mort en 1173, qui avait visité les synagogues de l'Orient pour étudier les coutumes de ses coreligionnaires, rapportent que de leur

1. Nous avons relu les Mille et une Nuits dans l'espoir d'y trouver quelques notes sur l'usage de la verrerie, car malgré la fantaisie qui règne dans ces contes charmants, ils donnent en bien des points des renseignements exacts sur les habitudes orientales. Le verre n'y est signalé que dans de très rares passages : ce sont des gens du peuple ou des enfants qui prennent des pierres précieuses pour du verre coloré; c'est un bambou, lunette magique, garni de verre à ses extrémités; c'est enfin un marchand pauvre qui vend des verres communs. Jamais dans la description des palais il n'est question de verreries, les coupes sont toujours en matière précieuse, et dans les intérieurs plus modestes elles sont en porcelaine. Quoique le plus grand nombre des faits se passent au ixe siècle, du temps du calife Haroun-al- Raschid, certains contes paraissent avoir été écrits sous le calife Mostansser-Billah, c'est-à-dire auxie siècle, précisément à l'époque du voyage de Nassiri-Khosrau.

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temps les verreries étaient prospères; nous savons par ces écrivains et par d'autres que Pon fabriquait du verre blanc, rouge, jaune, vert et bleu. Ces verreries étaient établies à Alexandrie, au Caire, en Perse, àSour, situé sur remplacement de Tyr, à Alep, à Antioche, à Damas, à Tripoli et ailleurs encore. Ces villes industrieuses étaient des centres de fabrication très importants; dans le port de Tripoli, le commerce avait accumulé des débris de verre cassé en assez grande quantité pour que ces objets fussent devenus des articles d'exportation K La verrerie n'était pas la seule branche d'industrie qu'on y cultivât; on y fabriquait des poteries, du papier et des tissus; au bazar d'Alep, par exemple, le chiffre d'affaires, pour les étoffes seulement, s'élevait par jour à 20,000 dinars 2. Les lettres de change et de crédit avaient cours; certaines villes avaient des Bourses de commerce qui rapportaient chaque jour près de 6,5oo dinars de droits d'entrée.

Les califes fatimites, qui eurent le pouvoir de l'an 908 à l'an 1171, ont fait frapper à leur nom de petits disques en verre transparent, ambré, vert, violet rouge vineux et en verre opaque; le Cabinet des médailles de notre Bibliothèque nationale et le British

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