Nous préparons sur les verres de Sainte-Hedwige un
io<5 L'ART DE LA VERRERIE.
ce sont des gobelets taillés à la façon du cristal de roche; nous reproduisons celui du musée des antiquités néerlandaises d'Amsterdam. La décoration consiste en un aigle entre deux lions et en deux écussons avec figurés triangulaires; la taille est profonde, largement exécutée; elle donne à l'objet un caractère très marqué et bien dans le style de l'époque. Cette œuvre d'art est-elle d'origine orientale? Nous le pensons, malgré les doutes d'un archéologue distingué1; nous fondons notre hypothèse sur l'analogie qui existe entre le décor de ce verre et celui des cristaux de roche orientaux authentiques, l'aiguière d'Aziz-Billah, du trésor de Saint-Marc, par exemple. L'écusson est d'origine orientale et, dès le xne et le xnie siècle, les sultans portaient : Saladin, un aigle; Barbouk, un gerfaut; Bibars, un lion; Kélaoun, un canard; Aly, une fleur de lis. Le triangle du verre d'Amsterdam n'est peut-être qu'un ornement sans signification armoriale, mais il est certainement inspiré par les écussons des sultans. L'inventaire de Charles le Téméraire nous révèle « ung voirre taillé d'un esgle, d'an griffon et d'une double couronne, garny d'argent2 x; quoiqu'il ait été inventorié au xve siècle, nous pouvons supposer ce verre d'une époque antérieure et peut-être d'origine orientale, car nous trouvons déjà « l'esgle » dans le verre de Sainte-Hedwige.
travail spécial qui n'a pu trouver sa place dans le présent volume, notre étude étant encore trop incomplète.
i. M. Essenwein, le savant directeur du musée germanique de Nuremberg, attribue à ces verres une origine occidentale, car rien dans sa pensée ne prouve d'une façon absolue qu'ils viennent de l'Orient.