‹ L'art de la verrerieChapitre 33 sur 112 · ORIENT. GOBELET EMAILLÉ ET DORE · texte numérisé non relu

ORIENT. GOBELET EMAILLÉ ET DORE

(Collection Spitzer.)

sur la fente un mélange de blanc de plomb ou de chaux calcinée avec du blanc d'œuf. Cette coutume donna lieu à un précepte religieux : « Le verre rompu se remet en son entier; combien plus Thomme peut-il être rétabli dans le sien après que la mort Va. mis en

pièces. » Lorsqu'un usage passe en proverbe, c'est qu'il est très ancien et très populaire ; il est probable que celui de raccommoder les verres cassés remontait à l'époque où la verrerie persane produisait des ouvrages d'art.

Si le type de la verrerie arabe peut se caractériser par la lampe évasée, cette forme devenue classique est loin d'être la seule que l'on rencontre ; la fabrication comportait des pots, des hanaps, des aiguières, des vases à biberons, des lampes cylindriques, des bassins à pieds, des cornets, des bouteilles à long col, des verres à boire de luxe, des fioles, des bouteilles et des verres communs. Dans cette multiplicité d'objets, il n'enl^ est pas un dont la forme FIG> ^ OBIENT.

ne soit appropriée à monture du xve siècle l'usage avec élégance et complétée au *vi«.

. ii/ i (Grùne Gewôlbe, à Dresde.)

dont le décor ne soit harmonieusement adapté à la forme; le sentiment décoratif

u8 L'ART DE LA VERRERIE.

est toujours juste, aussi bien par le dessin que par la couleur, mais dans aucune pièce nous ne le trouvons mieux exprimé que dans la lampe évasée. La forme se prête en même temps à la suspension et à la position à plat; qu'elle plane ou qu'elle soit posée, la lampe présente à l'œil des lignes correctes et harmonieuses. Le décor a pour mission de remplacer un grillage métallique; aussi est-il en émail et ne laisse-t-il passer qu'une lumière tamisée. Fort souvent, les lampes sont votives; la calligraphie arabe s'y développe alors avec ses lettres élégantes et se mêle aux rosaces, aux médaillons, aux lacis, à tous ces ornements si justement appelés arabesques; les feuillages, les fleurs viennent rompre les lignes, les emblèmes viennent occuper les champs; la pièce ainsi habillée prend un caractère particulier qui ne laisse aucun doute sur son origine, ni sur l'excellence du goût de l'artiste.

La verrerie arabe est, au premier chef, une verrerie d'art; elle a dignement remplacé la verrerie grecque et a tenu le premier rang pendant plusieurs siècles, jusqu'au moment où l'Italie s'est emparée de la suprématie.

La touchante coutume d'ensevelir avec le mort regretté les objets qu'il a aimés, les emblèmes des fonctions qu'il a remplies, les armes qu'il a portées avec honneur, a persisté longtemps après l'Antiquité; elle n'a même jamais été complètement abandonnée et de nos jours on pourrait sans peine en citer des exemples. Les Mérovingiens, les Alemanni et les Saxons ont ainsi laissé dans leurs tombes des vases et des colliers en verre et des bijoux émaillés ou garnis de verroteries. Les plus singuliers de ces vases ont été trouvés à Douvrend en Normandie,, à Reculver et à Fairford en Angleterre et à Selzen en Allemagne; ce sont des verres àboire d'une forme inconnue de l'antiquité ; leur originalité consiste en de grosses larmes creuses à l'intérieur, avec crêtes et queues; l'aspect est étrange et quelque peu

i. Nous résumerons d'abord les menus faits épars dans les pays de l'Occident pendant le moyen âge; puis, dans les chapitres suivants, nous abandonnerons l'ordre chronologique général pour aborder successivement chacun des pays où la verrerie a été cultivée.

barbare, mais la fabrication dénote une habileté de main incontestable. Les autres vases ont beaucoup d'analogie avec les verres antiques; ils renfermaient sans doute de Peau bénite, des parfums et du vin, car dans quelques-uns on a constaté des traces d'une matière rougeâtre1. Le Poitou comme la Norman-

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