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M. De Laborde. Les ducs de Bourgogne

VENISE

lui

Saint-Marc en 1484, mort en i5o6, s'exprime ainsi sur l'île de Murano :

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FIG. 77- VENISE. XVIe SIÈCLE.

coupe peinte, bords dorés. — (Collection Spitzer.)

Elle est surtout célèbre par ses fabriques de verres... le génie humain entreprit de donner à la matière mille cou-

la verrerie.

i6a L'ART DE LA VERRERIE.

leurs variées et d'innombrables formes : de là, calices, fioles, canthares, lebetes, cadi, candélabres, animaux de tous genres; cornua, sequienta, monilia ; de là, toutes les élégances humaines; de là, tout ce qui peut charmer les yeux des mortels et tout ce que la vie serait à peine en droit d'espérer. Il n'est pas d'espèce de pierre précieuse que l'industrie du verre n'ait imitée. Suave combat de la nature et de l'homme !...

Voici encore un récit du temps :

Le 14 janvier (1484), j'ai été à Murano avec les marchands et je suis revenu à Venise en barque, avec les verres qu'on y avait achetés. Vraiment on ne voit nulle part au monde des verreries aussi précieuses que celles qui se fabriquent là chaque jour, et il n'existe pas ailleurs d'artistes capables de faire, avec une matière aussi fragile, des vases d'une élégance telle qu'ils l'emportent sur les vases d'or et d'argent et même sur ceux qui sont ornés de pierres précieuses. S'ils étaient aussi solides que ceux de métal, ils auraient une valeur bien plus grande que celle de l'or ; mais leur fragilité, malgré leurs formes élégantes et leur aspect charmant, les rend vils et sans valeur. C'est ce que fit bien voir l'empereur Frédéric III, lors de son voyage à Venise, il y a quelques années (1468). Le doge et le Sénat lui ayant porté, pour son plaisir, certain vase de verre admirable, l'empereur, après l'avoir considéré un moment et avoir loué l'excellence de l'artiste qui l'avait exécuté, laissa tomber de ses mains, comme par mégarde, mais il le faisait à dessein, le vase, qui se brisa en mille morceaux sur le pavé : « Hélas ! qu'est-il arrivé? s'écria l'empereur désespéré, en ramassant les inutiles débris de ce chef-d'œuvre. Voilà, dit-il en les leur montrant, en quoi les vases d'or et d'argent surpassent les vases de verre ; les morceaux même sont bons. » Les Vénitiens comprirent bien la plaisanterie de l'empereur et ce qu'il voulait : ils ne lui présentèrent plus à boire, par la suite, que

VENISE

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dans des vases d'or, qu'il prit et qu'il ne laissa jamais tomber à terre1.

Le moine d'Ulm auquel nous empruntons cette

fig. 78. — venise. xvie siècle. — (Musée de Cluny.)

anecdote aurait pu ajouter que la plaisanterie était d'assez mauvais goût; si nous la reproduisons, c'est

1. Fr. F. Fabro. Evagatorium in Terrce sanctce, Arabiœ et Aïgypti peregrinationem. ,

pour montrer le mépris que certains souverains avaient pour la verrerie et expliquer ainsi sa rareté dans les trésors et les inventaires du temps.

Vers le commencement du xvie siècle, les Vénitiens avaient déjà le verre gravé au diamant. Le Grand Conseil accorda, en 1 5o3, à Andréa et à Domenico de Anzolo del Gallo le privilège pour vingt-cinq ans de la fabrication des miroirs. La requête était ainsi rédigée : « Que connaissant le secret de faire de bons et parfaits miroirs de verre cristallin, chose précieuse et singulière et inconnue du monde entier, si l'on excepte une verrerie d'Allemagne qui, associée à une maison flamande, exerçait le monopole de cette fabrication et écoulait ses produits du levant au couchant à des prix excessifs, et désirant mettre Murano à même d'établir une concurrence qui ne pouvait qu'être profitable à la République, ils demandaient qu'on voulût bien leur donner un privilège exclusif dans tout le territoire de la République pendant vingt-cinq ans »4. En 1 5 64, les miroitiers, specchiai, avaient pris assez d'importance pour former une corporation réglée, selon l'usage, par un code spécial.

La réglementation excessive imposée aux fabricants n'empêchait pas les perfectionnements ; en i528, Andréa Vidaore obtint du comité de surveillance des arts et métiers une matricule pour le travail des perles soufflées à la lampe d'émailleur; l'industrie des perlaires prit alors le nom de supialume, souffle-lumière. Le 11 février 1604 et le i3 mai 160 5, le Conseil des Dix rendit en faveur de Gérolamo Magagnati, qui n'était pas im-

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