‹ L'art de la verrerieChapitre 58 sur 112 · POITOU · texte numérisé non relu

POITOU

1. Le Viennois était compris entre le Grésivaudan, l'Isère et le Rhône; le Dauphiné fut réuni à la France en i343.

cieux, et encore est-il possible que ces verres aient été en cristal de roche. Le duc de Normandie, vers le même temps, avait « une choppine de voirre rouge garnie d'argent blanc». Charles V, dont l'inventaire date de i38o, possédait « des grands plats de voirre ouvrez et peinds et escuelles de même, » — « une pairre de voire azuré garni d'un pou d'argent doré au bout dessus » — un pied de verre riollé » — « un miroir d'argent dont au doz à un roy séant peint sur verre. »

La fabrication des pierres fausses continue toujours. L'auteur du Propriétaire des choses (i3j2) met en garde les connaisseurs : « Aulcunes foys les faulces pierres sont si semblables aux vrayes que ceulx qui myeulx si cognoissent, y sont bien souvent déceulz. » Les princesses ne dédaignaient pas de s'en servir ; la reine Jehanne d'Evreux, parmi ses chapelets, avait « un autre chapel d'esmeraudes de vouarre et de besans, chascune de iv perles et à un rubis de vouarre», et la reine Jehanne de Bourbon « une attache garnie de pierres faulces, c'est assavoir doublez rouge et voirres verds ».

Les « tailleurs d'ymages » inscrivent dans leurs statuts de 1391 cette condition : « Et doivent estre (les tabernacles à mettre corpus Domini) envoirez et fermans à clef et doit être le verre assis et ouvré et enclavé bien et souffisament. »

Les inventaires du xve siècle font connaître quelques pièces intéressantes ; dans celui du duc de Berry, dressé en 141 6, on constate « un gobelet et un pot de voirre en manière d'émail blanc garni d'or, — un hanap de voirre au fons duquel à un 1 couronné et un las d'amour, estant en un estuy de cuir, — un voirre fait en guise de

iço L'ART DE LA VERRERIE.

burette garni d'or, pendant à trois petits chayennes d'or, — une autre burette de voirre garnie et pendant à cinq chayennes d'or, — une aiguière sanz couvercle, large par dessus, qui est de voirre taint sur la couleur du bassin que le grant prieur de Thoulouse donna à M. D. S. au mois de décembre Pan mil ccc et sept — une aiguière de voirre tainte en manière d'agathe sans couvercle ». Cette pièce pouvait venir des verreries du Poitou, qui avaient la spécialité de ce genre, comme il sera dit plus loin. — « Deux grans ampoules ou fioles de voirre taintes sur couleur de pierre serpentine, Tune en façon de poire, l'autre en façon de coucorge, garnies d'argent doré pendant chacune à un tixu de soye noire. » Cette description se rapporterait assez exactement aux verres de l'antiquité striés de bandes longitudinales et flexueuses de diverses couleurs ; les formes antiques de ce genre de verre se rapprochaient aussi de la poire et de la courge, mais elles étaient de petites dimensions; on peut également supposer que ces deux ampoules étaient en porcelaine.

L'usage de couvrir de verre les tableaux continuait à être pratiqué; nous l'avons constaté à Jérusalem au xie siècle ; nous retrouvons dans la collection du duc de Berry un tableau de bois dont les dix images sont « couvers d'un grant pièce de voirre plate et les bords dudit tableau sont pains d'or bruni » et « uns petis tableaux dorez garny d'un des costez de voirre bleu où il a par dessoubz un crucefiement d'argent, saint Jean- Baptiste et saint Jean l'Evangéliste, et de l'autre costé de voirre vermeil où il y a dessoubz un ymage de Notre Dame, sainte Catherine et la Magdelaine. » Le

duc ne dédaignait pas les fausses pierres; il possédait « un gros saphir sur couleur, de voirre, pertuisé pendant à un annelet, — une pierre de voirre, contrefaicte en manière d'esmeraude, assise en cire noire, — un onis d'esmail ou voirre taint de couleur desmeraude enchâssé en or en manière d'un fermaillel. »

Les ducs de Bourgogne brillaient par leur faste. Dans une fête donnée par Philippe le Bon (•{• 1467) on voyait sur table « une jeune fille, faite d'or émaillé. Elle était nue et tenait ses mains baissées et serrées contre son corps comme pour s'en couvrir. De dessous ses mains sortait une fontaine de vin délicieux qui était reçu dans un vase transparent. » A la mort de ce prince, l'expert constate dans son service de table « une coupe de voirre jaune, garnye d'or de xxv perles pendans dessoubz et de xii perles dessus le fretelet (bouton) du couvercle et ledit fretelet ouvré à fusilz, — une couppe de voirre vert, — une couppe de voirre blanc, — ungpot de voirre, — un pot de voirre de couleur vert, — une aiguière de voirre vert torsée, — un gobelet couvert de plusieurs couleurs de verre fondu et a fachon de barres, — sept trompes de verre 1 ».

Le verre torse devait être, comme le nom l'indique, une sorte de bouteille à col tordu qui fut longtemps en usage en Allemagne; les trompes étaient des verres à boire en forme de corne.

Nous trouvons au xve siècle quelques mentions de verrres à vitres. Claude Le Leu, « voeirier à Paris », répare, en 1405, les vitres de l'hôtel du duc d'Orléans,

Page 1