‹ L'art de la verrerieChapitre 57 sur 112 · FIG. 87. — ■ FRANCE. (POITOU · texte numérisé non relu

FIG. 87. — ■ FRANCE. (POITOU

quartes dorées pleines de vin, une esguière et la coupe à quoi il buvoit; sur' le dressouer royal, n'avoit aultre vaisselle d'or et d'argent, flascon ou ydre, fors que tant seulement un oultre de cuir auquel oultre estoit le vin du Roy et des Princes et Roys qui seyoent à la table, chascun avoit sa propre coupe en laquelle il buvoit et son esguière tant seulement. »

Il est mention aussi de « dressouers » — le dressoir a pris le nom de buffet au xvie siècle — dans le festin donné par Charles V, dit le Sage ( 1 337 t i38o), à Charles IV, empereur d'Allemagne. Il y avait dans la salle trois dressoirs, l'un en or, l'autre en argent, le troisième doré, chacun étant exclusivement garni de vaisselle en même matière que le meuble.

i8<5 L'ART DE LA VERRERIE.

Eustache Deschamps (i325 f 1421), huissier d'armes de Charles V et de Charles VI , était poète ; il écrivit notamment le Miroir du mariage, satire très vive dirigée contre les femmes et leurs exigences ; en parlant du mariage il dit : « Il vous faudra pintes, pots, aiguières, dressoirs avec beaucoup de vaisselle, sinon d'argent, au moins de plomb et d'étain. »

D'autre part, le dominicain Vincent de Beauvais assure, dans son livre de i25o sur les Connaissances de son temps, que les meilleurs miroirs sont ceux de verre et de plomb, ex vitro et plumbo. Les us des métiers recueillis par le prévôt de Paris en 1260 interdisent aux orfèvres de joindre « voire en couleur de cristal », ce qui prouve que le verre blanc était de belle qualité ; ils disent aussi : « Nul ne peut mètre aucunes finnes pelles fausses, pelles blanches ne dorées, s'elles ne sont d'argent », ce qui prouve que le travail de la verroterie était pratiqué. Le Vendômois, le Berry, la Provence, le Languedoc avaient des fours à verre : dans un dicton populaire au xme siècle se trouvent les mots « voirre de Vendôme », et dans l'héritage du comte d'Artois, mort en i3o2, on constate « Grant planté de poz de voirre et voerre d'Aubigny et de Provence et d'autres pais et de diverses couleurs et bocaux et bariz ». Les Us et coutumes des métiers d'Estienne Boileau (i3oo) prescrivent « que les chatons et les épingles soient percés de verre de Montpellier au cas que l'on en pourrait à Paris, car autre voerre n'y est pas suffisant. »

Joinville nous apprend dans ses Mémoires (i3oo) que « le comte d'Eu dressoit sa bible le long de nostre table et nous brisoit nos pots et nos vouerres. »

Les huchiers français de la fin du xme siècle fabriquaient des meubles qu'ils livraient ensuite aux imagiers chargés de les décorer. Le verre était quelquefois employé à cette décoration; voici de quelle façon, selon M. Viollet-le-Duc *, qui s'en rapporte pour les détails au moine Théophile : On colle de place en place des pâtes de verre de diverses couleurs en forme de cabochons ou de plaques; sous chaque pièce on pose une feuille d'argent battu. Sur le verre on peint des ornements avec de l'huile de lin mêlée à la cire, de l'essence de térébenthine et de la sanguine; on fait cuire à un feu modéré; sur cette assiette un peu molle on applique l'or en feuille; après durcissement, on brosse l'or et il ne reste que l'ornement, puis on colle la plaque sur le meuble; l'ornement doré extérieur projette une ombre sur la feuille d'argent du dessous; cela donne une grande élégance et du relief à l'ornement; d'autres fonds sont peints de diverses couleurs rehaussées de dorures sous un verre blanc verdâtre. On décorait ainsi des plafonds, des armoires et des dressoirs ; le retable de l'église de Westminster est la pièce la plus importante dans ce genre; elle est peut-être de fabrication française.

Et cependant, malgré l'absence constatée du verre dans les festins de Philippe de Valois et de Charles V et sur les tables plus modestes des ménages d'Eustache Deschamps, la fabrication du verre de service était en pleine activité dans le Dauphiné, comme le prouve un privilège accordé en 1 338 par Humbert II, dauphin du Viennois, à Guionet, maître de verrerie; le dauphin

i. Viollet-le-Duc. Dictionnaire raisonné du mobilier français.

abandonna l'exploitation d'une partie de la forêt de Chamborant à la condition que Guionet lui fournît chaque année pour sa maison les pièces de verrerie dont voici le détail : 240 coupes à pied, forme hanap, 144 amphores, 432 urinais, 144 grandes écuelles, 72 plats, 72 plats sans bords, 144 pots, 144 aiguières,

60 gotteffles, 12 salières, 240 lampes, 72 chandeliers, 12 tasses larges, 12 petits barils, 6 grandes bottes pour transporter le vin, 1 grande nef. Cette quantité d'objets fournie chaque année à une petite cour d'un fort petit pays 1 prouve peut-être moins le goût du dauphin pour le luxe de la table que le désir de se pourvoir d'une ample provision. En cette même année i338 il y a déjà dans la grande salle du « chastel » de Rouen « vi pies de verre assis entre deux châssis de fer », le verre était de provenance normande.

Jean II, dit le Bon, avait en 1 353 « deux petites bouteilles de voirre grinelé garnies d'argent. »

Dans l'inventaire du duc d'Anjou, dressé en i36o, on ne compte que trois « voire de cristal et le couvercle de mesme » sur sept cent quatre-vingt-seize objets pré-

FIG. Hii. FRANCE.

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