‹ L'art de la verrerieChapitre 64 sur 112 · E. Piot. Le Cabinet de l'amateur · texte numérisé non relu

E. Piot. Le Cabinet de l'amateur

Les verreries du Poitou nous ont laissé quelques pièces très intéressantes 1. Jusqu'au xvie siècle, la production, sauf quelques cas particuliers, consistait en verres communs, légèrement teintés de jaune ou de vert et peu raffinés ; cette médiocre fabrication tenait à la mauvaise qualité des matières premières; dès le milieu du xvie siècle, un progrès très sensible a lieu : il vient de l'emploi d'un sable plus pur. Belon, le naturaliste, le constate en 1 5 53 : « Les François ayant, n'a pas longtemps, commencé à faire les verres crystallins, ont faict servir le sablon d'Estempes au lieu des cailloux du Tessin, que les ouvriers ont trouvé meilleur que ledict caillou de Pavie. Mais ils n'ont encores sceu inventer chose qui puisse servir au lieu de la susdicte cendre. » La « susdicte cendre » était la soude d'Egypte, et, à cette époque, les verriers français employaient comme fondant le sel provenant des fougères coupées au mois de juillet en pleine sève; ces plantes produisaient environ un dixième de sel alcali, c'est-à-dire de carbonate de potasse. Le sable d'Etampes est très pur et très blanc; les gisements s'étendent jusqu'à la forêt de Fontainebleau et sont encore exploités de nos jours. Avec un verre plus blanc et plus fin, le décor devient plus facile et la coloration plus nette; nous sommes obligés de reconnaître que le perfectionnement considérable introduit dans la décoration vers le milieu du xvie siècle coïncide avec l'arrivée des Italiens. A partir de ce moment, la forme gagne en légèreté, les proportions deviennent plus gracieuses, et le décor émaillé de

i. B. Fillon. L'Art de la terre chez les Poitevins.

FIG. 92. >-» FRANCE. XVIe SIECLE. PORTRAITS EMAILLES

PE PIERRE TALLON ET DE MARIE MARCEL. (Musée de Cluny.)

diverses couleurs se manifeste en perles, torsades, armoi-

ao6 L'ART DE LA VERRERIE.

ries et autres ornements, ainsi que par des inscriptions et par la peinture au naturel de la figure humaine et des rieurs. Nous reproduisons quelques-uns de ces verres.

Le verre à pied du musée de Gluny montre en émaux de couleur (fig. 92), sur une face, les portraits de Pierre Talion et de Marie Marcel, sa femme ; sur l'autre, Técusson de la famille, qui porte trois léopards d'or sur champ d'azur, la devise pour noble et la légende pierre tallon; à l'entour régnent des arabesques d'or rehaussées de croix rouges ; la frise est de fleurons de couleurs et de branches d'or. Pierre Talion était conseiller, notaire et secrétaire du roi, contrôleur général de son artillerie; plusieurs actes, de 1542 à 1 55 1 , prouvent son existence. Le verre peut être de la fabrique de Saint- Germain; les dates et les fonctions remplies par Tallon auprès de Henri II rendent l'hypothèse vraisemblable.

Les inscriptions sont des devises, des souhaits, des proverbes, des dédicaces, des vers, des maximes religieuses; en voici quelques-unes. — Sur un verre à pied, élégant de forme et très évasé, on lit (fig. 93) :

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