‹ L'art de la verrerieChapitre 72 sur 112 · AIGUIÈRE A RAFRAICHIR LES VINS AVEC RÉSERVOIR INTERIEUR · texte numérisé non relu

AIGUIÈRE A RAFRAICHIR LES VINS AVEC RÉSERVOIR INTERIEUR

pour la glace. — (Musée de Cluny.)

l'avenir de la verrerie ne dérogeraient pas; que les verriers d'extraction noble seraient tenus pour nobles et qu'il en serait de même des descendants des anciens verriers lorrains. Cette situation devint à peu près générale en France; les rois conférèrent des titres de noblesse à certains verriers français et italiens, mais expressément à titre de faveur. La noblesse de race, d'épée et de robe affectait de dédaigner les gentilshommes verriers, et François Maynard, l'un des premiers membres de l'Académie française, leur lança cette épigramme :

Votre noblesse est mince; Car ce n'est pas d'un prince, Daphnis, que vous sortez.

Gentilhomme de verre, Si vous tombez à terre, Adieu vos qualités.

Aux noms des gentilshommes verriers lorrains cités il convient d'ajouter ceux de Finance, 1492 ; Thierry ou Thiétry, 1496; Desprez, 1 554 ; du Houx 1 63 1 ; de Mussel i633. Les maîtres portaient généralement le titre d'écuyer; quelques familles ont tenu les verreries pendant plusieurs siècles, d'autres les possèdent encore de notre temps.

Nous manquons de détails précis sur le développement successif des verreries dans l'Est; avant le xvne siècle, il s'en établit en Lorraine, à Darney, à la Fontaine- Saint-Lambert, au Faye, à Martinville, au Torchon, à la Haute-Frizon, à Neumont. Voici cependant quelques dates; deux verreries à bouteille existaient, eni5i8, à

Chatrice et au Bois-Japin dans l'Argonne française, surles confins de la Champagne ; dans la forêt de PArgonne, au bailliage de Clermont (Meuse), il y avait « forges à faire mirouers, voirres fins et communs, avec voirreries de gros voirres ». On y fabriquait « plusieurs sortes de voirres fins en la semblance de christallins, et d^utres voirres communs, autant que l'on sçauroit soubhaiter; et pour chose nouvelle venue de nostre temps, au lieu du Pont-à-Mousson, quinziesme jour de juing environ, le maistre voirrier fit présent au prince (le duc Antoine), modérateur dudict parc, d^ng crucifix mis sur une grande croix de voirre, en grosseur de la cuisse d'ung homme, accoustré si richement.de couleur, que Ton estoit aveuglé de la beauté et lueur. Joinct semblablement à Raon au pays de Vosges, et à Saint-Quirin, l'on faict des mirouers qui se transportent' par toute la chrestienté. Ce que l'on racompte avoir esté faict au lieu de Bainville surnommé aux mirouers, essir sur la rive de Mezelle, entre Charme et Bayan1 ». Vers 1 553, Josué Hennezel quitte la Lorraine pour aller établir à Bruxelles une fabrique de verres à vitres. En 1 555, on trouve des verreries à Attigny, Belrupt et à Conrupt. Les établissements d1 Attigny et de Belrupt, au nombre de cinq, fabriquaient le verre à vitre; ils ^observèrent pas les clauses de la concession accordée par Nicolas de Vaudemont, régent de Lorraine; ils « faisaient verres sans mesure et louyauté, contrevenant à leur art et estât de noblesse»; aussi une ordonnance de 1 557

i. Volcyr de Serouville. Cronicque abrégée par petits vers huytains des Empereurs, Roys et Ducs Daustrasie. i53o.

les rappela à leurs devoirs qui étaient de fabriquer chaque jour une quantité de verre, « bons léaulx et marchands » et de le marquer d'une marque de fabrique ; ils furent soumis à un inspecteur « regardeur » chargé de s'assurer de la bonne qualité de la fabrication. Ces prescriptions, qui rappelaient, toute proportion gardée, les édits du Conseil des Dix de Venise, avaient pour objet de faciliter l'exportation du verre qui se faisait exclusivement en Suisse, au profit d'un concessionnaire attitré, Jean Lange de Bâle, d'où la marchandise était expédiée dans les autres pays. En i56o, Philippe II fit venir pour l'Escurial des échantillons de verre à vitres de la Lorraine; ce qui prouve encore que le produit était connu et apprécié, c'est une association conclue en i568 entre Thomas et Balthasar de Hennezel et des verriers anglais, pour faire venir les Lorrains en Angleterre. Vers la fin du siècle^ les verreries étaient nombreuses ; on en comptait dix-huit dans la recette de Darney et quatre dans celle de Bompaire; un malencontreux impôt vint arrêter cet essor. A Nancy, il existait alors un centre important de maîtres verriers qui se constituèrent en corporation ; on trouve parmi leurs noms ceux de Jean Martin, établi à l'hôtel du duc de Lorraine, Ydoolf Olivier, Jean Thierry, Vincent Claudot, Jean Clément. Le 16 octobre 1601, ils firent approuver leurs statuts; selon l'usage du temps, le métier était réglementé à l'effet d'obtenir la qualité des marchandises, des garanties de capacité et de moralité de la part des maîtres et compagnons, une bonne gestion des deniers de la confrérie, qui s'augmentaient au moyen des amendes

et d'un droit d'entrée. La corporation de Nancy paraît ne comprendre que les vitriers; mais, outre les verres à

vitres, « en tables quarrées », qui étaient la spécialité de la Lorraine, on fabriquait dans la province des bouteilles, des verres en tables pour miroirs et des menus verres pour gobeletteries, des « phiolles »

et des « bassins ». Il ne reste, croyons-nous, aucun spécimen authentique de l'époque; la gobeletterie lorraine était sans doute semblable aux autres produits français, c'est-à-dire très simple de profil, commode à l'usage ':==- et rarement décorée par la taille ou la gravure.

Le xvne siècle ne fut pas propice aux verreries de Lorraine. Un nouvel impôt établi en 1606, mal calculé, produisit peu et entrava la fabrication; l'exportation semble avoir cessé, et nous

FIG. I02. FRANCE. XVIIe SIÈCLE

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