‹ L'art de la verrerieChapitre 9 sur 112 · Pétrone. Satyricon, c · texte numérisé non relu

Pétrone. Satyricon, c

qui ne se brisait pas. Il fut admis auprès de l'empereur (Tibère), auquel il la présenta; Payant reprise des mains de César, il la lança sur le pavé. L'empereur fut saisi d'effroi ; mais lui ramassa de terre la fiole qui était simplement bossuée comme l'eût été un vase d'airain ; puis il tira de son sein un petit marteau avec lequel il la redressa parfaitement. Cela fait, il crut les cieux ouverts pour lui. Tibère lui demanda si un autre que lui connaissait cette composition du verre; sur sa réponse négative, l'empereur donna l'ordre de lui trancher la tête, disant que, si ce secret était connu, l'or ne serait plus que de la boue. » Pline cependant, en général fort crédule, ajoute en répétant l'anecdote avec quelques variantes, que l'histoire a été plus souvent racontée qu'elle n'est vraie. Il est certain que le verre malléable à froid n'a jamais existé.

L'antiquité connaissait le verre soufflé, moulé et coulé. Le verre était soufflé au moyen de la canne, comme il n'a cessé de l'être depuis les verriers thébains représentés sur les grottes de Beni-Hassan-el-Gadim. Le moulage soufflé se faisait dans des moules en bois ou en métal ; des premiers sortent les pièces unies ou avec des cordons circulaires ; des seconds, les verres à figures en relief non rapportées ; le moule (forma) était très employé et servait aux ouvrages en terre cuite, en métal, aux fromages, à la pâtisserie. Le moulage en plein avec simple pression produisait des grains de collier, des masques tragiques et d'autres effigies en relief ou en creux ; c'est par ce moyen que les verriers estampillaient à chaud leurs produits d'une marque de fabrique et indiquaient leurs noms ou le contenu du

2(î L'ART DE LA VERRERIE.

vase; nous connaissons ainsi Artas de Sidon, Amaranus, Imius, Frontinus, Firmus, Daccius et environ soixante autres fabricants. Les marques de fabrique étaient des initiales, des petites figures humaines, des animaux, des objets mobiliers, des palmes, etc. Le coulage, plus rarement usité, servait pour les plaques de verre unies, employées dans l'architecture; les pièces coulées ne sont comparables ni par leur transparence, ni surtout par leurs dimensions, aux ouvrages du même genre de la fabrication moderne.

C'est pour le service de la table que les anciens faisaient du verre l'usage le plus fréquent.

Les manipulations auxquelles le vin donnait lieu dans l'antiquité étaient plus compliquées que de notre temps. Certains vins étaient réduits par la cuisson à une consistance sirupeuse et même solide ; d'autres étaient mélangés avec du miel, des aromates et même de l'eau de mer; rarement le vin de table ordinaire était servi pur, parce que les vins anciens étaient très capiteux, notamment les crus de Chio, de Lesbos, de Naxos, de Thasos, de Crète, de Rhodes, de Libye et d'Egypte. De là certaines complications dans le service. Le vin était d'abord conservé en cave dans des tonneaux de bois cerclés de fer, dans des outres et des amphores à panses ovoïdes, en pointe ou à pied; puis, lorsqu'il était de bonne qualité, on le soutirait en le transvasant

dans des récipients plus petits, qu'on logeait dans un

local, apotheca vinaria, situé aux étages supérieurs des maisons. Déjà une partie de ces seconds récipients

a8 L'ART DE LA VERRERIE.

étaient en verre 1, « on apporte, dit Pétrone, des amphores de verre soigneusement bouchées avec du gypse et portant des étiquettes avec ces mots : Falerne d'Opimius de cent ans ». Pour mélanger, filtrer et répandre sur la passoire chargée de neige, l'esclave, pincerna, commis aux vins, versait le liquide dans des vases, acratophorum, armillttm, crater, à larges ouvertures et à anses solides, posés soit à terre, soit sur un buffet, trape^ophorum, soit sur la table même; dans ce dernier cas, les vases étaient de plus petite contenance et quelquefois en verre. L'esclave puisait dans ces vaisseaux au moyen de tasses sans pied, scjrphus, ou de brocs à bec et à anses uniques,„œnoc/zo?, urceus, capis, et remplissait les verres à boire qu'il présentait aux convives sur un plateau, scutella, dont plusieurs échantillons en verre ont été conservés. Il arrivait aussi que le vin était versé dans des bouteilles, lagena, guttus, epichysis, cotyla, placées sur la table à portée des convives; ces bouteilles pouvaient être remplies à l'aide d'un entonnoir en verre, infundibidum, et garnies d'un bouchon, obturaculum, en liège ou en verre. Les précautions étaient naturellement en raison de la qualité; du temps de Pline, certains vins coûtaient 1,000 sesterces — 225 à 25o francs — les 12 amphores — 233 litres. — Sous l'empereur Commode, les vins ordinaires de Falerne, de Sorrente et de Tibur valaient

1. Malgré d'importants travaux, et notamment ceux de Panofka et de Gerhard, on n'est pas encore d'accord sur tous les noms des vases antiques. Les anciens avaient des dénominations génériques et ensuite des appellations spéciales, qui ont changé selon les pays et les époques.

L'ANTIQUITÉ. 2p

i franc 5o le litre, et le vin de cabaret 40 centimes et moins ; pour ce vin-là, on prenait peu de soins et on le versait directement de l'outre dans le gobelet du buveur.

Athénée, dans son Banquet des savants, donnant la nomenclature des verres à boire, dresse une liste de cent noms, et il semble que cette liste n'est pas complète. L'érudition n'est pas arrivée encore à mettre une forme en regard de chaque dénomination antique et à déterminer la nature de la matière qui, pour un certain nombre de modèles, peut être indifféremment de la terre, du métal ou du verre;, voici cependant quelques noms de vases à boire dont nous avons reconnu des échantillons en verre,

Cantharus. Coupe à pied et à anses élevées. « Çà, valet, verse ; verse, par Jupiter ! dans ce canthare '. »

Scyphus. Tasse apode conique à anses. « Mais moi, tenant le' skyphos tout plein, j'en bois un peu en portant la santé à Erxion qui avait une aigrette blanche2. »

Ptérotas. Coupe très évasée, à pied et à deux anses3.

Patina, en grec lékané. Bol sans anses et souvent sans pied ; il était alors posé sur un trépied enterre, en métal et même en verre. « Du Chio pris avec plaisir dans des calices lékané4. »

Calix. Coupe peu profonde, à anses, à pied bas. « Maintenant, rince ce calice pour donner à boire en y

Page 1