VJ AVERTISSEMENT
appeler dans ta carrière des fonctions publiques ; j^ai lieu de penser que ce t^oeu s'est réalisé , et je dois sans doute à la coni^iction de l'utilité de ce genre d'instruction , V empressement avec lequel on recherche un ouvrage où cet objet se trouve spécialement traité.
Dans cet état de choses ^ j'ai cru qu'il était de mon deuoir de répondre , autant que mes moyens pour-^ raient y suffire , à l'attente publique. J'ai rei^u avec soin mon travail, et, secondé par les critiques justes qui en ont été faites , par les observations de quelques amis éclairés , dépositçiires de toute ma confiance 3 je le présente avec une méthode, des développemens et des modifications dans toutes ses parties, qui le rendront y j' ose V espérer , plus digne du beau sujet que je me suis proposé.
Je n'ai rien changé au plan que j'ai suivi dans mes précédentes éditions , parc% qu'il m'a paru que c'était le plus juste et le plus naturel qu'il fût possible d'adopter , en ce qu'il est pris de la position matérielle d'un homme qui parle en public , et dans la réciprocité des rapports qui s'établissent dès ce Tnoment entre lui et ceux qui V écoutent.
Quant à la forme de mes discussions , classées par leçons 5 comme cette forme ne fut point à l'époque de mon premier travail, une fiction , mais le résultat textuel de mes observations écrites pour servir à un cours raisonné cl' instruction suri' .Art de lire à haute voix que j'eus le bonheur de voir accueilli et particulièrement suivi par la jeunesse studieuse du
DE lAvUTEUR. VI j
barreau; j'ai cru devoir la maintenir pour con^ server à mon ouvrage les dèveloppemens élémentaires, V abandon ) la franchise et la simplicité dont ma position , autant que le besoin d'uri succès j me faisaient une loi.
Je terminerai cet avertissement par une observation uniquement relative à la première partie de cet ouvrage où je traite des lois élémentaires d^une bonne diction. On sent que dans un sujet où j'avais à parcourir toutes les branches de l'art de la parole ^ je n'ai pu donner à cette partie une extension proportionnée à l'importance de son objet. J'ai suppléé à celte insuffisance par un ouvrage à part et qui en est une dépendance immédiate. Ce supplément contient un traité, entièrement neuf y de la prononciation des voyelles et des consonnes finales, dans leur rapport avec les voyelles et les consonnes initiales des mots suivans; et une prosodie française exposée d'après une nouvelle méthode, et renfermant des dèveloppemens sur les applications dont elle est susceptible, qui n'ont point encore été présentes dans les traités de ce genre.
Cet ouvrage , fruit de pénibles recherches, d'une constante méditation j et surtout d'une longue expè' rience dans renseignement de l'art de la parole ^ forme un volume du même format que celui - ci. J^ engage, pour le seul intérêt de l'art que je traite, ceux qui n'ont point entre leurs mains un exemplaire de mes précédentes éditions de l'Art de lire à haute voix , à le Joindre à celle-ci ; ils puiseront dans ce supplément , des principes très étendus sur
Viij AVERTISSEMENT.
les branches les plus épineuses y mais en même temps les plus importantes de la bonne prononciation française : quant à ceux qui Sont déjà pourvus de mon premier traité ^ et qui jugeront à propos de s'en contenter j ils pourront se procurer ce volume suppléifientaire qui sera uendu séparémenté
introductio:n
AU COURS t)E L'ART DE LIRE A HAUTE VOIX.
Messieurs^
L'art de lire', tel que je me propose de le développer danS ce Cours, n'est point, comme vous le croirez facilement, l'art machinal d'articuler des mots et de les placer avec une constante monotonie à côté les uns des autres, ni même cette demi-science qui , fondée sur les règles de la ponctuation , sur la connaissance des accens , et sur quelques principes de grammaire , apprend à distinguer une phrase d'une autre et à faire des pauses plus ou moins longues. L'art de lire, tel qu'il doit être conçu et étudié par ceux qui veulent jouir de tous ses avantages, est une véritable science fondée sur une foule de connaissances accessoires , dont la réunion aurait dû former depuis long-temps un corps de doctrine , pour remplir un vide qui existe dans l'éducation.
Je dis , pour remplir un vide qui existe dans l'éducation. Il semble en eflfet que l'on soit généralement convenu de se contenter de la science des mots apprise dans l'enfance j et il n'est pas rare de voir la plupart de ceux qui n'ont pas poussé plus loin leurs études sur cet objet, passer, les uns, dan^ les tribunes politiques où se discutent les grands intérêts de la société; les autres, dans les chaires des écoles publiques,pou r y exposer les élémens des sciences ; les uns , dans les cercles littéraires, pour y soumettre leurs compositions, et les autres, dans les tribunaux où sont débattus les droits de l'innocence et de la justice^
X I3STRODUCTION.
Poui- se convaincre du vide dont je parle, il n'y a qu'à parcourir ces difFérens théâtres, et à prêter un moment l'oreille aux divers lecteurs qui s'y succèdent.
Presque partout , l'oreille et le goût soiit révoltés , outragés par les contre-sens continuels d'un lecteur qui n'a appris que la science des mots, et qui s'en est tenu là. Ici, les intérêts de la justice sont discutés avec un froid , une sécheresse; avec une absence d'intérêt et de sensibilité qui rendraient inutiles pour la cause de l'innocence les plus beaux développemens même de l'éloquence humaine et les argumens de la raison la plus lumineuse. J'ai vu souvent l'œil du juge s'appesantir aux aceens monotones et insipides d'un défenseur de l'innocence , et l'assemblée la plus nombreuse se livrer à un engourdissement spontané , comme si on eût fait couler dans toutes les veines un breuvage soporifique. Et dans les écoles publiques , où rien ne peut réparer le vide d'une leçon exprimée sans intérêt ^ combien ne voit-on pas de professeurs dont l'élocution faible, triviale , embarrassée , confuse, ou languissante, lasse Toreille, fatigue l'esprit, et porte le dégoût et l'ennui dans tous les cœurs? Et dans les assemblées littéraires et savantes, à quel rôle fatigant et pénible ne livrent pas souvent tout un public , ces hommes, estimables sans doute la plume à la main, mais qui, dans la lecture de leurs compositions, ne savent pas s'arracher à la monotonie qui dépare entièrement leurs écrits et qui en fait perdre le principal mérite?
D'oii peut venir cette ignorance presqu'universelle de l'art de lire ? Je l'ai déjà dit , de l'idée trop malheureusement reçue, que dès que l'on a appris la science des mots , on a tout fait pour cette partie de l'éducation , et de la confiance avec laquelle on s'élance dans les diverses carnères qui sont du domaine de la parole , sans avoii^ jamais étudié l'art de s'énoncer en public.
Pour concevoir de quelle importance est l'art de bien lire,