ONZIÈME LEÇON
Des ouvrages d^êloquence du genre déuionstrat/f el dt leur lecture ou de leur débit.
De tous les genres d'éloquence , celui dont il s agit dans cette Leçon , est , sans contredit , le plus important et le plus propre aux grands dcveloppemens de l'action oratoire; ])ar sa nature, il intéresse universellement tous les hommes^ et par ses effets, c'est celui qui laisse dans les cœurs les impressions les plus pro-
(i) Ici, commenceront les lectures soutenues et suivies ; elles devront être faites debout et avec les conditions de l'action extérieure. Le professeur de lecture ne laissera échapper aucune faute sans la relever. Il rectifiera par l'analyse des pensées et des sentinjcns, la fausseté ou les vices des inflexions j il veillera à-la-fois sur la prononciation de ses élèves , sur leur articulation , sur les écarts de leur organe , sur leur maintien et sur les caractères de leur expression physique. Les leçons, jusqu'à la fin^lu cours, seront terminées par des lectnrc« analogues à leur objet.
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fondes. D'un autre côté, en traitant sou sujet, l'orateur ne s'adresse point à un ou à quelcjues juges , mais à une assemblée nombreuse*, ii est sûr de n'être jamais interrompu; il est dispensé des répliques , de tout effort improvisé; il a choisi et traité son sujet à loisir, et il se présente au public, muni de tous les secours que donne une préparation complète.
Tels sont les orateurs sacrés , auxquels je me contenterai d'appliquer les règles qui conviennent au genre démonstratif.
« L'éloquence delà chaire, en ce qu'il y entre d'humain et du talent de l'orateur, dit La Bruyère, est cachée et connue de peu de personnes, et d'une difficile exécution ; il faut marcher par des chemins battus, dire ce qui a été dit, et ce que l'on prévoit que vous allez dire. Les matières sont grandes , mais usées et triviales; les principes sûrs, mais les auditeurs en pénètrent les conclusions dès la première vue , etc. 33 et La Bruyère conclut que s'il est plus aisé de prêcher que de plaider, il est plus difficile de bien prêcher que de bien plaider.
De toutes les magies de l'art , la plus difficile en effet est de répandre sur ce qui est généralement connu les grâces et les attraits de la nouveauté : il n'y a point d'objet de lecture ou de débit qui exige autant d'habileté que celui où il ne s'agit , ni de donner aux hommes une instruction nouvelle, ni de les convaincre d'une vérité qu'ils ignorent; mais de leur présenter des choses dont ils sont^éjà instruits et convaincus , sous des couleurs capables de faire , sur leur esprit et
sur leur cœur, une iniprcssiou profonde. C'est parcetlc raison, sans doute, que, quoiqu'il y ait un j^rand nombre de prédicateurs passaldes , on en volt si peu attein(lie à un certain degré de perfection. Que leur man(|ue-t-il ? Cet art de bien dire, ou de s'énoncer qui rajeunit les vérités les |)lus rcljattucs, rpil donne une couleur agréable aux. choses les pbis triviales et qui jette de l'intérêt jusque sur les idées les plus simples. On a dit et répété que les moyens extérieurs de l'éloquence ne convenaient point à la prédication : cela serait vrai, si ces moyens n'étaient qu'un art brillant et trompeur , dont tout le mérite consiste à flatter les yeux ou l'oreille : mais non; la véritable éloquence n'est point uniquement cela : elle consiste encore à exposer la vérité sous le jour le plus favorable à la conviction et à la persuasion; et c'est, on en conviendra, ce que tout homme qui prêche l'Evangile, peut et doit avoir à oœur. L'exposition des moyens oratoires , qui conviennent à la lecture ou au débit des discours sacrés, rendra cette vérité plus frappante encore.
Premièrement, pour prêcher avec succès, il iaut d'abord se faire une idée juste et précise de l'objet de ce miniïïlère : il consiste à persuader aux hommes de fuir le vice , et de piatiquer la vertu. Tout dlscoui"S sacré doit donc être une harangue persuasive; mais comme la persuasion est une suite nécessaire de la conviction , le prédicateur n'oubliera jamais avec quel sentiment de vérité et avec quelle extrême clarté il doit énoncer les argumens ou les preuves qui doivent d'abord s'adresser au jugement, et amener la persuasion.
Pour agiter avecsuccèslespassioiisdeshoramesetpoiir influencer leurs actions, il faut auparavant frapper leur esprit par des lumières sûres, et par des principes clairement exposés j sans cela l'émotion ne serait que passagère, et ne produirait aucun effet solide ou durable.
Secondement, si la persuasion est l'objet réel de la prédication, il s'ensuit que celui qui exerce ce ministère, doit être fortement persuadé de l'importance et de la vérité des principes qu'il veut faire adopter aux autres , et que toute sa conduite y soit subordonnée. J'ai déjà démontré ailleurs qu'un orateur est rarement éloquent, lorsque sa langue et son cœur ne sont point d'accord; mais si ce principe est vrai, comme je le pense, relativement aux autres genres de discours publics , à plus forte raison doit-il l'être pour la prédication ; et à cet égard , une croyance purement spéculative ' ne suffit pas encore , il faut que l'orateur soit vivement et profondément pénétré des vérités qu'il annonce : avec ce sentiment, il s'exprimera avec une ferveur de piété , dont l'effet sera bien supérieure tout ce que l'éloquence et l'art peuvent produire.
On a généralement déplacé le siège de la véritable éloquence : certains orateurs oubliant cette parole mémorable de-QuintilUen , pectus est quod disertos facit y ont subordonné, sacrifié même le cœur à l'esprit. C'est un signe infaillible de la décadence du goût; un signe plus infaillible encore de la décadence des mœurs, et que le foyer brûlant de l'éloquence est éteint. Pour persuader , il faut autant de vertu que de véritable ta-
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lent: or, on ne peut tirer du cœur que ce qu'il enferme, et l'orateur, pour y puiser de grands scutlmens, les y doit rencontrer. Comment les pensées y prendraient-elles de la vie et de la chaleur , s'il est vide, ou occupé de sentimcns profanes? Un orateur peut masquer pendant quelque temps son impuissance a\ec de l'esprit : mais le cœur de l'auditeur qui reste froid au milieu de ces mouvemens simulés , lui fait assez connaître que son éloquence n'a tiré que des étincelles, où elle devait allumer un feu dévorant. Ainsi les mœurs sont les premiers élémens de la persuasion •, ainsi , un cœur droit et sain est le premier réservoir de l'éloquence j ainsi, un prédicateur qui ne voudrait prouver que ses talens et son esprit , ne serait pas même orateur , et encore moins apôtre j sa vaine parure pourrait lui attirer un moment des admirateurs; son éloquence ne lui fera jamais des disciples.
Troisièmement, la chaleur et la gravité sont les deux qualités qui conviennent à la lecture ou au débit des discours religieux. La nature austère des sujets qu'ils traitent, exige delà gravité, et la chaleur doit être l'effet de leur importance. Il n'est peut-être pas facile de réunir ces deux caractères d'éloquence. Si la gravité domine, elle peut devenir trop sombre et trop monotone ; si la chaleur manque de gravité , elle devient ridicule : c'est à balancer cette union , que les ministres de la morale évangélique doivent principalement s'attacher dans l'énonciation de leurs discours. La chaleur et la gravité produisent ce qu'on nomme Xonction y c'est-à-dire, cette manière touchante et pcr-
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suasive avec laquelle von communique à ses auditeurs la pureté de sa foi , et la ferveur de son zèle.
L'onctiou a des attraits particuliers; elle lient même de plus près aux sources sacrées de la parole divine ; c'est le sermo dei viuus et ejficax , dont parle saint Paul. Elle donne au ministère évangélique un caractère de tendresse et de supplication qui le rend maître des esprits les plus prévenus ; elle se peint surtout dans le vif intérêt que l'orateur prend à son auditoire. Les prédicateurs ne sauraient jamais assez se pénétrer de l'importance de ce moyen. L'onction prend la forme des sentimens les plus animés et les plus affectueux de la nature*, c'est l'autorité d'un père, l'amour d'une mère, la persuasion d'un ami.
Quatrièmement enfin , puisqu'il est constant que les ressorts de l'art oratoire peuvent et doivent s'appliquer à l'éloquence sacrée , suivons un orateur évangélique dans la chaire , et voyons quelles sont les conditions particulières de son ministère dans cette position. Mais comme dans un sujet aussi grave et aussi délicat, il paraîtrait peut-être inconvenant que nous donnassions nos préceptes pour des décisions certaines et justes ; nous emprunterons ici les jugemens et le langage des maîtres dans l'art de la prédication qui nous ont paru entrer le plus avant dans l'objet et le but de cette leçon.
« La position du prédicateur dans la chaire, dit l'abbé de Besplas, doit être décente : rien ne contribue mieux au succès du discours que la dignité de son front ; son recueillement, une sorte de frayeur religieuse exprimée
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dans toute sa coiitenanco, annonce la j];ran(lcui- du nïMjlstèrc (ju'il va riMnpln. Qu'il |)()i Le sa tête sans affeelation. Trop haute, elle lui donnerait un air d'ori^ueil; trop basse, clic imprimerait à ses paroles un air de timidité', penchée, elle annoncerait de la nonclialence, peut-être un faux air dévot: qu'elle reste donc dans un juste milieu, dans une position libre et naturelle. Certains orateurs la lennient beaucoup, et ses mouvemens désordonnés choquent extrêmement l'auditoire; la tête, étant le siège de l'âme, indique par ces mouvemens violens et précipités un trouble que la niajesté de la parole divine réprouve. »
«Quelques prédicateurs ne sont pas moins embarrassés de leurs yeux où réside la plus grande partie de l'action publique, et qui, au défaut de tout le reste ^ suffiraient presque pour le succès du discours. Des yeux immobiles annoncent la crainte et la stupidité- trop remués, une sorte de délire; trop ouverts , la colère, Tétonnement; trop fermés, la déliauce ou bien le mépris : Il faut leur donner ce caractère animé, et toutefois doux et modeste que la nature a réservé j)our cette confiance timide qui allie admirablement ces deux sentimens, en apparence opposés. »
Cette modestie sied d'autant plus, que la chaire veut peu de gestes et de n)Ouvemens. Ils sont moins nécessaires ici que dans la tribune profane. L'auditeur comprend que la parole divine est indépendante des appuis humains; et il serait étrange qu'il le sentît mieux que celui qui parle. Si le prédicateur imite l'action théâtrale , le discours offre le caractère le plus I. 22
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révoltant. L'auditeur indigné songe aussitôt en luimême, qu'une telle science a été puisée dans un lieu ignoré par la religion. Cicéron et Qnintillien réprouvent le geste et l'action du théâtre au barreau; combien les auraient-ils rejetés davantage sous les yeux même de la Divinité? L'action dans le temple a trop de poids pour avoir besoin de cette coupable recherche. N'arrêtez pas sur vous les regards de l'auditeur; forcez-le plutôt à les retourner vers lui-même. »
a Cependant, on ne doit pas abuser de la maxime de n'employer en chaire qu'une déclamation et un geste très mesurés. La modération du débit ,-loin d'exclure les grands mouvemens , les exige dans les endroits passionnés. L'action doit croître avec le progrès des passions qui l'animent et la soutiennent. L'orateur doit s'échauffer selon la grandeur des obstacles qu'il veut renverser : c'est une espèce d'athlète qui combat. Qu'on voie donc dans ce cas de l'agitation , et même un front un peu obscurci par les soucis et la crainte; qu'il reprenne par intervalles une nouvelle ardeur; et, lorsqu'il est le plus calme, que son action se peigne jusque dans son repos. »
ce La beauté du discours , paraissant surtout par la déclamation , tout manque lorsqu'il est privé de ce charme, lorsqu'il n'est pas accompagné d'im débit tel qu'il convient au lieu saint. La première partie de l'orateur , remarque Cicéron après Démosthène : c'est de bien dire }\bl seconde, c^'esi de bien dire ; la troisième , c' est encore de bien dire. Tant nos oreilles obi un empire absolu sur notre esprit ! «
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«On ne coinnicnce pas d'assez bonneheure à acquérir les grâces décentes de la dcclarnalion et de l'action publique : elles sont trop néj^lij^ées , ainsi que l'éloquence elle-même dans les séminaires; aussi rencontrent-elles dans un âge plus avancé, des obstacles qu'il n'est plus possible do surmonter, liendez-vous njaître de la nature, lors(jii'ellc a encore sa souplesse et ses premiers accens: pour peu que vous tardiez, l'homme y viendra mêler sa timidité et ses imperfections. On s'aperçoit d'abord si un orateur a parlé de bonne heure en*public, l'àme entraîne aisément le corps, quand dès l'origine , elle a fait sentir son pouvon-. «
Ce n'est pas que nous piétcndions élever l'art audessus de sa juste mesure. Lue nature abandonnée à ses propres mouveméns, laisse souvent derrière elle l'action la plus étudiée; elle montre des grâces que la science ne peut donner, et fait njêmé goûter quelquefois des défauts qu'elle embellit. Un beau moment, un moment snblime suffit pour tout réparer. Qu'un front étale de la majesté", que des yeux animés lancent un regard à propos ; c'est assez pour que le discours laisse une impression profonde. On lenvoie les auditeurs aussi satisfaits que si uno action pins régulière , mais d'une moindre expression , avait accompagné le discours. C'est cette grâce qui n'est pas la beauté , mais qui plaît davantage. Bourdaioue prêchait les yeux fermés, les mains jointes et collées sur la chaire , et il attachait. Cette immobilité a sa majesté et sa force; c'est le repos d'une puissance toujours prête à agir. Si les passions au barreau sout suppliantes, ici, elles par-
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tagent le privilège de la religion , et régnent comme elle; leur silence n'ote rien à leur autorité. »
« Rien ne blesse tant dans la chaire qu'un geste désordonné. Certains prédicateurs ont toujours l'air de l'indignation ; ils crient , s'échauffent , se tourmentent ; c'est un mouvement de zèle qui est très déplacé. Ce que l'action a de trop, est au préjudice de l'effet qu'elle doit produire. I/esprit de Dieu est plus calme. L'orateur emporté , rompt ce majestueux silence qui doit^régner aux pieds des autels , et qui sied si bien à l'action solennelle. La douceur avec une noble simplicité, doit former le caractère habituel de la déclamation sacrée. Tel prédicateur est trop mesuré, qui plaît encore par la douceur de son débit; elle annonce une candeur, une ingénuité qui communiquent au discours toutes sortes de charmes. On dirait que la douceur a des routes secrètes pour arriver au fond des cœurs et pour y surmonter les obstacles qu'elle rencontre. y>
La vivacité du débit ajoute beaucoup à l'intérêt de la diction publique. Cette rapidité tient l'auditeur plus vigilant et plus attentif; elle l'unit davantage à celui qui parle. Le discours paraît alors moins apprêté; \\ a une marche plus libre et plus franche: mais cet agrément est très voisin d'un défaut insupportable , c'est la précipitation; et ce défaut en entraîne un autre dont beaucoup de prédicateurs sont atteints.Ilfait perdre les finales des phrases. Delà , un continuel embarras dans l'esprit de l'auditeur; et dans son oreille, une confusion qui détruit tout le charme de l'harmonie. Quelquefois la
faiblesse de l'organe empêche l'orateur de soutenir constamment sa voix • alors il doit prendre un ton modéré: mais ce défaut naît plus souvent de l'ignorance des règles. Mesurez la déclamation sur l'étendue des pensées ; faites les poses de la voix , comme l'esprit fait ses repos. Rien n'est plus facile pour qui a prévu la difficulté, et s'est accoutimié do bonne heure à ]>ien prononcer : mais rien n'est plus pénible pour (jui s'est négligé dans ses premiers exercices.
Que la voix, soit ferme dans les preuves, véhémente dans les reproches, timide et suppliante dans la prière, grave dans les conseils, tendre dans les affections, entrecoupée dans les plaintes^ libre et constante dans la narration : ou si l'on veut, en faisant l'anatomie du discours, marcher par une route plus courte, donnez à chaque membre de phrase un repos imperceptible, à la phrase un repos plus long , à la période un repos encore plus marqué; suspendez le ton aux idées accessoires, faites-le tomber a%ec l'idée où il doit s'arrêter. Si une déclamation trop étudiée ne convient, ni à la dignité de la chaire , ni au but du véritable orateur, il doit toutefois assez respecter un si haut ministère pour ne pas négliger l'étude des règles qui peuvent ajouter beaucoup à la majesté de l'action.
Certains prédicateurs crient et chantent en quelque sorte au lieu de déclamer. Ce défaut blesse les oreilles les plus indulgentes. D'autres jettent leur voix au hasard, ne sachant jamais où ils s'arrêteront, ni où les entraînera le ton qu'ils ont pris d'abord, et qu'ils adoptent par intervalles; cette déclamation n'est pas
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moins choquante. Le débit doit rejeter les inflexions dissonantes , ne sortir jamais de la modération de la belle nature. La prononciation trop haute donne à la déclamation un caractère enfantin ou efféminé, celui de tous qui choque le plus la j^ravité de la chaire ', elle fatigue et déchire l'organe; enfin , elle dégénère presque toujours en enrouement. La voix trop basse a un autre inconvénient. Les paroles se mêlent, s'embarrassent, et ne portent aux oreilles <jue des sons confus.
Une règle préférable à toutes les autres \ une règle plus sûre et plus digne du prédicateur, c'est de s'abandonner à son zèle. Un désir vif de procurer le bien de ceux qui écoutent, est le moyen le plus infaillible pour les entraîner. Les règles de l'art n'arrivent pas à ce degré de vérité. Une fois que l'auditeur a livré son âme, ses oreilles, ses yeux n'ont plus d'empire sur une parole dont l'action invisible supplée à celle du dehors. Cicéron disait que la probité inspirait cette éloquence forte à laquelle n'arrivent pas les cœurs amollis : nous en disons autant de l'action publique; le zèle lui donne une énergie adnnrée par les esprits les plus délicats : ils reconnaissent alors que les règles tiennent des hommes et quele zèle est un don du ciel.
Le dernier conseil que nous donnerons à ceux qui se destinent à la chaire , c'est d'éviter l'affectation , comme le plus grand des défauts. Une action trop étudiée suffit pour faire perdre tout le fruit d'un discours. Quelques prédicateurs montent en chaire, moins pleins de leur sujet que d'eux-mêmes, cherchant par des tons affectés ou amollis à tourner vers eux seuls l'at-
tenlioii (le l'auditoire. De tels orateurs trahissent nonseulement la (£iajes{.é sévère de l'éloquence sacréej mais manquent encore le but que leur amour-propre s'était proposé; ils oublient que les yeux de l'auditeur recueillis par la rclij^ion , fortifiés quelquefois par l'envie , et par elle rendus infiniment pénétrans , ne perdent pas un seul des mouveniens ni des gestes de celui qui parle. On voit un homiiïe où l'oh cherchait l'envoyé de Dieu. La nature n'est pas moins blessée que la religion. Comment se persuader (jue des passions si occupées d'elles-mêmes sont réelles? Rien ne maîtrise le feu, rien ne l'imite, que le feu Uii-^méme.
Enfin , Messieurs, pour satisfaire à l'importance de cette leçon par tous les cernes d'instruction qui peuvent à-la-fois éclairer l'esprit et épurer les sentimens , je consignerai ici quehjues £r[\^meiis (Vun poème sur l'art de prêcher , trop peu connu , et qui cependant n)ériterait de l'être, tant sons le rapport des idées saines qu'il renferme, que sous celui du style poétique qui le distingue et qne l'on dirait presque échappé à la plume de Boileau} tant les rapports qui existent entre la manière de soj) auteur et celle de ce grand poète, me seadilcnt frappans!