CHAPITRE PREMIER
LA MER. — SA COULEUR. — SA PROFONDEUR. — LES MARÉES. — LES GRANDES MARÉES. — PHOSPHORES- CENCE DE LA MER.
Tout le monde connait la mer, au moins pour l'avoir vue en gravure ou en tableau, mais malgré l'idée que l'on s’en est faite, on éprouve une surprise à la vue de cette immense nappe d’eau dont les aspects si différents varient à l'infini! Ceux qui l’auront admirée, calme et dormante sous un ciel bleu, seront terrifiés s’il arrive soudain un coup de vent, et que les vagues s'élèvent tout à coup comme des montagnes aux cimes neigeuses.
Il faut avoir passé quelque temps sur ses rives pour connaitre ses caprices et apprécier ses bienfaits. Nous n'avons pas l'intention d'énumérer ici les désastres que produit souvent la mer, et les larmes qu’elle fait couler, hélas!
Ceux à qui nous nous adressons n'auront à la con-
sidérer que comme une bienfaitrice et une char- meuse. C'est grâce à l'air vivifiant et pur qui règne sur la plage que les pauvres bébés anémiques et Upäles deviendront colorés et brunis; c’est grâce à la brise saline qu'ils respireront, que ces bébés auront un appétit tout différent de celui qu’ils avaient, et gagneront des forces pour supporter l'hiver plus ou moins pénible à traverser, qui suivra le séjour au bord de la mer.
Les vents continuels balaient et emportent l'air insalubre qui règne là où il y a une agglomération d'individus; l'odeur des varechs et des algues marines est un stimulant des plus efficaces, enfin, les courses en liberté, les distractions continuelles et variées amènent la gaieté et la bonne humeur qui contribuent pour beaucoup au maintien de la santé florissante et prospère.
La mer est un sujet continuel d’étonnement, sa couleur semble varier à l'infini; pourtant elle est d’un bleu vert qui devient plus intense à mesure que l’on s'éloigne des côtes.
Les nuances différentes observées sur la mer tiennent à des causes locales; ces teintes variées peuvent être dues à une grande quantité d’animalcules, ou à la nature du sol qui se trouve au fond des eaux; mais ces couleurs extraordinaires ne se rencontrent pas dans nos contrées. |
La profondeur de la mer atteint environ de 4000 à 5000 mètres, en s'éloignant beaucoup des côtes, car dans les endroits assez rapprochés, la sonde n'atteint guère que de 600 à 800 mètres,
AU BORD DE LA MER s)
Personne n'’ignore que l’eau de mer est salée; à quoi doit-elle cette propriété?
Quelques savants l’attribuent à d'immenses bancs de sel qui seraient au fond de l'océan; d’autres prétendent que les eaux des fleuves et des rivières dissolvent le sel répandu à profusion sur la surface de la terre et vont le porter à la mer. Cette version est, avec juste raison, moins crue que la première, car les fleuves n’en contiennent que fort peu.
L'eau qui se trouve à la surface est amère et nauséabonde, elle a des effets purgatifs très remarquables, il faut donc prendre garde d’en absorber une trop grande quantité en prenantson bain, comme cela arrive souvent aux personnes qui apprennent à nager.
La température de la mer varie suivant les courants, les saisons, les heures, la profondeur et l'endroit où l’on se trouve ; en général l’eau de la mer est plus froide que celle des fleuves ou des lacs, la sensation est donc plus pénible en s'y plongeant.
Maréehaute et marée basse. Pour ceux qui connaissent la mer, nous n’aurions pas besoin de donner l'explication de ces deux mots; mais, comme dans le nombre de nos lecteurs il peut s’en trouver qui n'aient jamais voyagé, nous voulons leur apprendre que la mer monte et descend d’une façon périodique ;
ce phénomène est causé par l’action de la lune sur la terre. Vous n’ignorez pas que le soleil attire la terre en la forçant à tourner autour de lui; que la terre attire la lune et lui fait accomplir le même travail ; eh bien, si la terre attire la lune, celle-ci à
son tour exerce une attraction sur notre globe ; seulement, comme cet astre est beaucoup plus petit que la terre, sa force ne se fera guère sentir sur la masse terrestre qui est trop lourde et dont les parties sont trop agglomérées; il n’en sera pas de même pour l'eau qui est liquide et par conséquent moins résistante; aussi, chaque fois que la lune passera audessus d'une partie quelconque dela mer, cette partie sera attirée et essaiera de monter jusqu’à elle. Bien entendu cet effort n'aboutira qu’à l’élever à quelques mètres; c’est alors que la mer se gonflera et s’étendra sur les côtes et les plages, en un mot, c’est la marée haute.
Enfin, lorsque la lune changera de position et étendra son action à un autre point, la partie de mer que nous avons vue s'élever et s'étendre reprendra sa place première, en laissant à découvert soit une vaste étendue de sable, soit des masses de rochers; c’est la marée basse.
La marée haute et la marée basse procurent des plaisirs différents ; c'est généralement quand la mer est pleine qu'il est plus agréable de se baigner, on a moins loin à aller pour se livrer aux ébats de la natation ; quand la mer est retirée, c’est le moment de donner un libre cours à son goût pour la pêche. On part examiner les rochers sur lesquels on ne manque jamais de récolter des moules et divers autres coquillages; on retourne les grosses pierres pour faire sortir de leur retraite les crabes qui s'étaient réfugiés sous ces masses ; on bêche le sable pour y trouver les délicieuses équilles qui devien-
dront une excellente friture pour le diner; enfin, dans les flaques d’eau, on attrape les crevettes que la mer a laissées en se retirant. Les herbes marines, les anémones de mer, en un mot, toutes les curiosités de la plage, bonnes à connaître ou à conserver, sont certainement découvertes à marée basse.