LA CHASSE DE MER EN JUIN ET JUILLET
Vers le cap Gris-Nez, il y a souvent à cette époque des passages de macreuses et de canards. Les macreuses sont de jolis oiseaux au plumage noir que l’on trouve non seulement au nord, mais encore sur les côtes de Normandie, de Bretagne, et sur celles de l'Océan et la Méditerranée. Ils sont souvent en nombre considérable et vivent la plupart du temps en mer.
La macreuse a une forme plus épaisse que le canard ; les mâles sont noirs et les femelles grises, aussi Les appelle-t-on souvent grisettes, dans certains pays. On les voit apparaître au mois d'octobre, par bandes de deux ou trois cents individus. Ces oiseaux sont d'excellents plongeurs et suivent l’exemple des moutons de Panurge : quand l’un disparaît sous les flots, tous disparaissent ensuite; c’est en bateau seulement qu’il est possible de les chasser. C'est un mets peu recherché, il faut avoir le soin non pas
de les plumer, mais de les écorcher pour les manger ; d’autres les piquent par tout le corps avec une aiguille à tricoter et les plongent à plusieurs reprises dans l'eau bouillante, ce procédé a pour but de faire sortir la matière huileuse contenue sous leur peau. C’est le plomb n° 4 qui sert à les tuer.
Les canards que vous trouverez partout au bord de la mer sont nombreux dans ces parages. IL y en a un grand nombre de variétés, et la facon dont ils
Canards sauvages.
vont et se déplacent fait de cette chasse une des plus attrayantes. Ces oiseaux sont assez communs, bons à manger et superbes au point de vue du plumage. Tous, que leur couleur ou leur forme diffèrent, sont de la même famille; c’est à l'automne qu'ils arrivent sur nos rivages. En France, on en voit dix ou douze espèces environ; quelques-unes ne quittent presque point la mer ; en toute saison on est certain d'en rencontrer.
Dans la baie de la Somme et à l'embouchure d'un grand nombre de petites rivières, il existe une façon
particulière de chasser les canards. On établit sur le sable, de distance en distance, de petites huttes juste assez grandes pour permettre à une seule personne de s’y accroupir; on s'y blottit et l’on attend; aussitôt la marée basse, les oiseaux viennent par compagnie pour manger les petits crabes ou les petits poissons restés dans le sable, c’est le moment de tirer sur eux ; on tue ainsi facilement plusieurs sujets ; de temps en temps une nouvelle bande parait et la chasse recommence ! C’est fort amusant, mais il faut prendre garde de rapporter en même temps que le gibier une bonne fluxion de poitrine. Cette chasse est dite chasse au hutteau ; elle est fort connue en Picardie et dans tous les pays de marécages.
Citons quelques espèces de canards les plus connues : le pilet ou faisan de mer qui est un mets essentiellement maigre et très délicat en plus, ce qui ne gâte rien. C'est quand les canards sont posés surl’eau qu'il faut les chasser, avec du n° 4. On les trouve en abondance près de l'embouchure de la Somme.
Le col-vert est le plus beau des canards sauvages, on l'appelle aussi le flandrin. Le canard siffleur ou oigne a un cri des plus aigus, ilse dirige en arrivant du nord vers le golfe du Morhiban, et est assez diffcile à tirer.
Viennent ensuite : le morillon qui est de très petile taille, le canard aux yeux d’or, le canard de mer ou tadorne, le plus grand mais aussi un des plus rares, on se sert pour le chasser du plomb n°3.
Les chevaliers. — On trouve ces oiseaux non seulement à l'embouchure des rivières, mais surtout
au bord de la mer, où on les rencontre en grand nombre. Il y a plusieurs variétés de chevaliers, les plus gros atteignent la taille d’une bécasse : on connaît en France le chevalier brun et le chevalier à pieds rouges, qui est le plus recherché pour son plumage, et cela avec juste raison, puisqu'il est superbe. Pour chasser ces oiseaux, il est très utile de se munir d'ins- | truments qui imitent CE ÆLe. Jeur cri, ils sont très Ctovelhers sauvages et il est difficile de les approcher sans user de stratagèmes ; il y a encore la guignette dont la chair est fort délicate, puisle petit chevalier ou cul-blanc, qui vitdansles dunes, demaien septembre ; il part toujours en poussant un cri. Le meilleur moment pour le chasser est le matin et le soir; c'est du plomb des n°8 et 9 qu’il faut prendre.
Les maubèches. — Vers la fin de mai et le commencement de juin, on voit une quantité de ces gentils oiseaux qui courent à marée basse à travers les pierres; ils ont un plumage rougeâtre.
Quand le temps est calme, on peut les approcher et les tuer assez facilement avec du plomb n° 7. Les maubèches sont communes en Normandie, à Granville sur le roc, et dans la baie de Cancale.
L'huîtrier. — L'huitrier affecte une grande ressemblance avec un des oiseaux les plus connus, la pie; aussi est-il appelé vulgairement pie de mer. Il
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se nourrit de toute espèce de coquillages, mais malgré son nom d’huîtrier les huîtres sont ceux qu'il mange le moins souvent; son bec a une conformation particulière qui lui permet d'ouvrir facilement les valves des mollusques dont il est friand. Les pies de mer ont un cri aussi désagréable que celles de terre. On les rencontre partoutau bord de la mer, et un peu à toutes les saisons ; leur chair n’est pas très bonne, . mais c'est un gibier ne manquant jamais.
L'échasse. — Cet oiseau est essentiellement français, puisqu'il niche dans notre pays, il est très beau et fort élégant avec son dos noir et son ventre blanc ; sa taille est celle d’un | perdreau, mais, ainsi que son nom l'indique, il est haut sur pattes.
L’échasse se rencontre sur toutes les côtes, néanmoins il est rare partout. C'est le n° 4 qu'il faut prendre pour le
” chasser.
__: La spatule. — Cet oiseau tire son nom de la forme de son bec qui est large et aplati. On le voit assez rarement sur les côtes de la Manche ou de l'Océan;
Huitrier.
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son plumage est noir et blanc; c'est une chance pour un chasseur d'avoir l'occasion d'en tuer un.
L'avocette. — L'avocette est très commun sur les côtes de la Manche et de l'Océan; ce bel échassier cherche sa nourriture dans le sable fin et mou; on le trouve toujours seul et il se tue avec du n° 6.
Les cormorans. — Les cormorans comprennent plusieurs espèces : le grand cormoran, le nigaud et le petit cormoran. On rencontre ces oiseaux au bord des lacs et des rivières, mais bien plus souvent au bord de la mer; ce sont des pêcheurs fort habiles et iis ont une facon de pêcher qui ne manque pas d'originalité : très souvent, après avoir saisi leur proie dans leurs F pattes, ils la lancent en pote l'air et la rattrapent avec
Cormoran. leur bec. Les hommes
dressent les cormorans à
la pêche, celle coutume a élé importée de la Chine
en Europe. C'est sur les côtes de la Manche et de
l'Océan que ces oiseaux nichent et vivent le plus fréquemment.
Le cormoran nigaud se rencontre sur les côtes de Picardie ; il est de la grosseur d’un pigeon; le petit cormoran est assez rare.
La chasse de ces oiseaux estune grande distraction, mais pas au point de vue gastronomique, car leur chair est détestable, C’est à balle qu’il faut les tirer.
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Ils se trouvent généralement à une distance très éloignée du chasseur.
La barge. — La barge est encore appelée bécasse de mer, elle ressemble effectivement à la bécasse par son plumage et sa taille. Pour tout chasseur c’est un des plus beaux coups de fusil qu'il puisse tirer au bord de la mer. La barge se divise en deux espèces: celle à queue blanche et celle à queue noire qui est plus grosse que l’autre ; son bec est encore plus long que celui de la bécasse, elle n'offre pas de difficultés à être tirée, car elle vole doucement; on la trouve en Picardie, en Normandie et un peu sur toutes les côtes. Le n° 6 est ce qu'il faut employer.