CHAPITRE VII
Question musicale. Duo singulier. Belle invention pour faire entendre un concert à un sourd.
Un savant allemand a proposé ici une question fort difficile à résoudre ; savoir s'il peut y avoir de la musique dans les pets?
Distinguo; il y a de la musique dans les pets diphthongues, concedo; dans les autres pets, nego.
La musique qui résuite des pets diphthongues n'est pas de celle qui s'exprime par la voix, ou par l'impulsion de quelque chose de sonore, comme d'un violon, d'une guitare, d'un clavecin, etc. Elle ne dépend que du mécanisme du sphincter de l'anus, qui, se resserrant ou s'élargissant plus ou moins, forme des sous tantôt graves et tantôt aigus : mais la musique en question est du genre de celle qui s'opère par le souffle ; et, comme nous l'avons dit plus haut, elle est analogue aux sons de laflûte, delà trompette, des flageolets, etc. Or, les pets diphthongues sont les seuls capables de faire de la musique, relativement à leur nature, comme on peut le voir, chapitre III, de la division du pet; donc il peut y avoir de la musique dans les pets. L'exemple suivant ëclaircira encore mieux la question.
Deux petits garçons, mes compagnons d'école, avoient chacun un talent dont ils s'amusoient sou- Tent et moi aussi : l'un rotoit, tant qu'il vouloit, sur difFérens tons, et l'autre pétoit de même. Le dernier, pour y mettre plus d'élégance et de raffinement, se servoit d'un petit clayon à égoutter des fromages, sur lequelil ajustoit une feuille de papier; puis s'asseyant dessus, à nud, et tortillant les fesses, il rendoil des sons organiques et flûtes de toute espèce. J'avoue que la musique n'en étoit pas bien harmonieuse, ni les modulations fort savantes; qu'il seroit même difficile d'imaginer des règles de chant pour un pareil concert, et de faire aller ensemble comme il faut les bas et hauts dessus, les tailles et basses-tailles, les hautes et bîisses-contres ; mais j'ose avancer qu'un habile maître de musique en pourroit tirer un système original digne d'être transmis à la postérité, et inscrit dans l'art de la composition : c'est une diatonique distribuée à la pythagoricienne, dont on trouvera les comas eu serrant les dents. On y réussiroit certainement, en ne s'écartant point des principes et des notions que nous avons donnés précédemment. Le tempérament et le régime des personnes serviront, dans cette opération, de flambeau et de boussole. Veuton obtenir des sons aigus , adressez-vous à un corps rempli de fumées subtiles et à un anus étroit. Voulez-vous des sons deux fois plus graves , faites jouer uu ventre plein de fumées épaisses, et un canal large. Le sac à vents secs ne rendra que des sons clairs ; le sac à vents humides n'en produira