‹ L'art de péterChapitre 21 sur 57 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

que d'obscurs. En un mot, le bas-ventre est un orgue polyphlhongue qui rend plusieurs sons, d'où l'on peut, sans se gêner beaucoup, tirer, comme d'un magasin, au moins douze tropesou modes de sons, dont on choisira seulement ceux qui sont consacrés aux agrémens, tels que le lyxoleidien, l'hypolyxoleidien, le dorique et l'hypodorique : car en les employant tous indistinctement, et en affectant les semi-vocaux, on diminueroit les sons au point qu'on ne les entendroit pas ; ou bien on feroit, à l'unisson, plusieurs sons aigus ou graves qui rendroient la musique insipide et désagréable ; ce qu'on ne toléreroit tout au plus que dans un charivari ou un grand chœur. Un axiome de philosophie mettra en garde contre cet inconvénient; ce qui est trop sensible détruit le sentiment : à sensibili in supremo gradu destruitur sensibîle. On ne fera donc rien que de modéré, et l'on sera sûr de plaire ; autrement on épouvanteroit, en imitant les sons bruyans des cataractes de Schaffouse, des montagnes d'Espagne, des sauts du Niagara ou de Montmorency dans le Canada, qui rendent les hommes sourds et font avorter les femelles avant qu'elles soient grosses.

Cependant le son ne doit pas être si foible, qu'il fatigue l'auditeur en lui faisant faire de trop grands efforts, et l'obligeant d'apporter trop d'attention pour l'entendre. En tout il y a un milieu à garder.

Est modus in rébus, sunt certi denique fines, Quos ulirà cUràque nequit consislere rectum.

En gardant soigneusemeni ce conseil d'Horace, on fera toujours bien, el l'on sera applaudi.

Mais avani que de finir ce chapitre, je ne saurois me dispenser, en bon citoyen qui cherche à dédommager, autant qu'il est en lui, des torts de la nature, ceux de ses amis envers lesquels elle a usé de rigueur ; je ne saurois,dis-je, me dispenser de communiquer un moyen par lequel on pourra faire participer un sourd à cette musique.

Qu'il prenne une pipe à fumer, qu'il en applique le tête à Tanus d'un concertant, qu'il tienne l'extrémité du tuyau entre les dents ; par le bénéfice de contingence, il saisira tous les intervalles des sons dans toute leur étendue et leur douceur. Nous en avons plusieurs exemples dans Cardan et Baptiste Porta deNaples. Et si quelque autre personne qu'un sourd, de quelque qualité et condition qu'il soit, veut avoir ce plaisir et participer au goût, il pourra, comme le sourd, tirer fortement son vent; alors il recevra toutes les sensations et toute la volupté qu'il pourroit prétendre.

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