‹ L'art de péterChapitre 31 sur 57 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Mais enfin, si quelqu'un est tellement esclave de ce préjugé qu'il n'en puisse point rompre la chaîne, sans le dissuader de péter lorsque la nature l'exigera, nous allons lui donner les moyens de dissimuler au moins son pet.

Qu'il observe donc, à l'instant que le pet se manifestera, de l'accompagner d'un vigoureux hem, hem. Si ses poumons ne sont pas assez forls, qu'il aiTecte un grand éternument; alors il sera accueilli, lêlé même de toute la compagnie, et on le comblera de bénédictions. S'il est assez mal-adroit pour ne pouvoir faire ni l'un ni l'autre, qu"il crache bien fort; qu'il remue fortement sa chaise; enfin, qu'il fasse quelque bruit capable de couvrir son pet. El s'il ne peut faire tout cela, qu'il serre les tesses bien fort , il arrivera que, par la compression et le resserrement du grand muscle de l'anus, il convertira en femelle ce qui devoit se manifester en mâle : mais cette malheureuse finesse fera payer bien cher à l'odorat ce qu'elle épargnera à l'ouïe ; on tombera dans le cas de l'énigme suivante du Mercure galant de Boursaull :

Je suis un invi ible corps Qui de bas lieu tire mon être; El je n'ose faire connoîlre Ni qui je suis, ni d'où je sors :

Quand on m'ôle la liberté, Pour m'échapper, j'use d'adresse; El deviens femelle tnîtresse.

De mâle que j'auroisélé.

Mais je ne puis dissimuler à mon tour, que

toutes les ruses tournent souvent au préjudice de celui qui les employé, et qu'il arrive fréquemment qu'on fait rentrer dans ses flancs un ennemi qui les déchire impitoyablement ; d'où résulteront tous les maux que nous avons détaillés plus haut, chapitre III.

Il peut encore arriver que, voulant se retenir, on commet un plus grand nombre d'incongruités, parce qu'alors on ne sauroit supporter la douleur des tranchées et des coliques, et que les vents se présentant en foule, on lâche une canonnade lisiblement épouvantable. C'est ce qui arriva à OEthon dont parle Martial, qui voulant saluer Jupiter, et se baissant profondément selon la coutume des anciens, lâcha un pet qui fit trembler tout le Capitoîe.

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