DEUXIÈME PARTIE
BU SERiIO-\.
De SUET, ET DES DIFFÉRENTS GENRES DE PRÉDICATION.
C'est aux Oi'ateiu's sacrés que l'éloqueuce fourni^ les matières les plus importantes à traiter, les choses les plus touchantes à, (lire , les mouvements Ifs i)lus ]ias?ion!U's h pousser.
Au barreau que di' minces sujets ! Dans la chairo timt y est grand, jusqu'à l'exactitude qu'on y recomman<le dans les choses les plus petites on apparence. De ce verre d'eau froide qu'on demande à la charité sort une llamme, ipii allume le désu" de la récompense éternelle.
La majesté de Dieu et ses perfections, l'économie de sa providence, les traits de sa justice, les œuvres de sa miséricorde, les mystères de Jésus-Christ, les opérations de sa grâce, la pureté de sa morale, sont la matière urdinairL' des sermons.
Dans cette auguste abondance peut-on se détourner à d'autres sujets, moins intéressants, et moins nécessaires ? On ne parle pas assez souvent en public, ]30ur épuiser ces grandes matières.
Quand on a de grandes choses à dire , et qu'on les a méditées, pom- peu que l'on ait de génie, l'on est toujours éloquent. Indépendamment du tour et de la manière, les grands sujets ont leur majesté. C'est de l'or en masse : la main de l'ouvrier ne saurait lui oter son prix.
Un sujet simple, vulgaire, intelligible aux plus grossiers, ne laisse pas d'être grand. C'est l'avantage de la religion, de* n'avoir rien de médiocre. Elle est majestueuse même dans sa simplicité. 'M
Le choix du sujet dépend assez de l'orateur. 11 doit préférer à ceux cpii sont susceptibles de grands ornements, etv qui font triompher l'éloquence, ceux qui instruisent, qui' ont plus de force, et qui répandent plus d'onction. L'utilité de l'auditeur règle ce choix.
Chaque prédicateur peut avoii' des matières favorites, con»{ formes h son génie et à son talent. Tel réussit à effrayer* qui échouerait à inspirer de la confiance. .
DE LA CHAIRK. 175
On doit cependant éviter d'elfrayer mal-à-propos. On nuit beaucoup à la vertu, quaml on ne la représente pas aimable.
La morale ne doit pas dominer partout ; quelquefois elle n'est cpi'accessoire '. La piété ne s'occupe pas toujours de la correction des mœm's. Le chrétien s'ouljlie quelquefois soi-même, pour se perdre heureusement en Dieu, et dans les mystères de Jéscs-Chiust.
Le prédicateur ordinairement suppose les vérités capitales sans les prouver. La preuve ferait peu d'effet, si elle n'était très-forte et très-convaincante. Telles sont l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, et la réalité de l'enfer. Si on en donne quelques preuves , il faut cpi'olles ne paraissent pas préméditées, et qu'elles portent dansl'espritunolumière vive et qui pénétre. Des preuves faibles ou mal tournées font naître l'envie de contredire, et donnent prise aux libertins.
Xlf.
Les fidèles sont plus persuadés par la foi de ces grandes vérités, que convaincus par les raisons. Le simple exposé af-
• Mais pourtant, et surtout de nos jours, toute instruction quelle que ;:oit la forme, doit avoir une conclusion pratique.
I7bi MAXIMES SLU LE MINISTÈRE
fermit l'àiuc simple , elle s'en tient îi la notion des termes. On croit assez les grands mystères. Mais on les conçoit diflicilement, et on les explique avec encore plus de peine.
Mil.
Le peuple n"est guère à portée des sujets de contemplation, des plus hauts degrés de la perfection chrétienne. Les discours qui en traitent l'ennuient, le découragent. Le sujet tloit être proportionné à la capacité de l'axiditeur.
La diversité des sujets est renfermée dans cette énumération de l'Apôtre, instruire, reprendre, exhorter, consoler. Partout il faut avoir un but et y tendre.
Les trois genres de l'éloquence se trouvent employés dans la chaire. Le déliltératif , lorsqu'on exhorte à renoncer aux maximes du monde, et à embrasser celles de l'Evangile ; le judiciaire, quand on reprend les plaisirs déréglés ; le démonstratif, en relevant la patience des martyrs, la pénitence des confesseurs, la consécration des vierges.
Le pathétique domine dans les discours moraux, l'onction dans les mystères, l'élégance dans les panégyriques. Les mouvements y doivent être pourtant ]tlus chréticiH que lleuris.
DK I^ CHAINE.
DD l/lIOMÉLlE.
La prophétie, dans le seus du Xouveau Tostameut, est le don d'explufuer l'Ecriture, selon l'analogie et la règle de la foi, sans y employer l'érudition f^raminaticale.
L'homélie, qui est cette sorte de prophétie, est une explicatinn simple et pieuse de chatpio partie de l'Evangile ou de l'Épitre du jour. Les Pères ont expliqué les livres de l'Ecriture dans toute leur étendue, avec l'exactitude du dogme, et avec l'onction de l'exhortation. V aurait-il un inconvénient de les ùuiter ?
Il nous reste d'eux moins de sermons que d'homélie.-^. Il n'en reste point des successeurs inuuétlials des Apùlres; leiu's ouvrages se réduisent à quelques lettres et à des apologies. Leurs discours étaient courte, familiers, sans étude, souvent inspirés. Le don des miracles dans les prédicateurs, et la piété des auditeurs suppléaient à l'art. Pendant les persécutions on tirait l'instruction des souilVances.
L'homélie porte avec soi une bénédiction apostoliifue. Expliquez votre Evangile, l'amlitrur si-ra contenl. lue ho-
mélie, quoique faible, passera pour un sermon médiocre, et (les homélies médiocres ont mis le ministre au rang des bons prédicateurs.
Les homélies seront plus goûtées des gens de bien, que
les discours réguliers, mais elles seront moins courues.
Elles nomTkont plus la piété qu'elles ne confondront le
vice.
On y change quelquefois de matière à chaque verset. La diversion serait importune si le prédicateur, détourné de I ses idées, n'était, par-là, utilement fixé à celle du Saint- Esprit.
Dans l'homélie il faut d'abord marffuer le temps, l'occnsiou et les autres circonstances du sujet de l'Evangile; donner l'intelligence du texte ; rendre i-aison de l'application qu'en fait l'Eglise; expliquer les usages de l'ancienne loi et le rapport qu'elle avait à la nouvelle; enfin ne passer rien d'obscur sans l'éclaircir.
Si le texte est clair, l'explication est inutile. Il ne faut|| alors que des réilexions presque toujours morales, quelquefois dogmatiques, rarement naturelles et pliysiques; jamais critiques, à moins cpi'elles ne naissent du sujet, et qu'elles . ne soient utiles aux gens de lettres.
Daas les parallèles, qui souvent font le fond de l'homélie,
11 ne développe la lettre ffiie par rapport à l'esprit. Il faut moins s'attacher aux circonstances historiques, qu'au dessein de la parabole. Dès qu'on en a montré le but, on en néglige la lettre.
Ce serait une pratique utile et agréable aux fidèles de leui' explicfuer ce qu'ils ont le plus ordinairement à la bouche pour louer Dieu, l'oraison dominicale, le symbole des Apôtres, certauis psamnes. Les réflexions qu'on en tirerait se représenteraient quand il les l'écitent.
Dans l'homélie il ne faut pas prétendre épuiser son sujet, la longueur en serait ennu^'euse. Souvent sans forcer le sens, on réduit tout l'Evangile ii un seul sujet et à une division régulière.
Les Evangiles de toute une année ramènent les mêmes événements, et presque les mêmes termes. De tous les sens qu'on leur donne, il n'en est qu'un qui soit juste et véritable; on ne doit jamais s'en départir. Les redites sont du stjie de l'Ecriture. L'Esprit-Saint s'en est servi pom* inculquer les vérités.
Le pasteur rpii am'ait composé trois cours d'instructions, pour trois amiées, poiu-rait se borner li, et les rendre périodiques. Il ne doit pas craindre que l'auditeur les rappelle, et s'en dégoûte. Lui-même a besoin de temps pour les apprendre de nouveau. Ces discours par la suite devien-
180 MAXIMES SLR I.E MINISTÈRE
iieut plus forts; et étant mieux appris, ils ont plus de grâce et font plus d'impression.