XII. I
D'autres fois l'auditeur ne sent rien de l'agitation que le pi'édicateur se donne. Si cette agitation est outrée, le froid de l'auditeur augmente, et va jusqu'au dégoût. La discrétion accompagnera la véhémence, si elle part d'un bon zèle.
XÎIL Les vérités que le prédicateur amionce le l'eudent souvent
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terrible : il y a plus de pécheurs à eft'raycr que de justes à encourager; tel est l'aii- prophétique ; la conversion commence par la crainte.
On se laisse emporter dans l'action plus aisément qu'on ne s'y modère. Le commencement ne demande pas de véhémence ; l'auditem" est alors attentif. Si l'on veut émouvoir trop lût, on n'émeut point. Le feu consumé sans nécessité manque au besoin ; employé à mesm'c qu'on avance, il réveille l'attention ralentie.
La véhémence est puérile dans un sujet froid et devant un auditoii'e où il ne faut que peu d'aetion. Les grands mouvements placés à propos sont précédés d'un peu de lenteur; elle lem' donne du relief.
L'orateur doit modérer son feu sur ce qu'il veut rendre méprisable. Le dédain est assez piquant pom- faii'e impres- 1 siou.
xvn.
Jamais le prédicateur ne doit prendre feu pom* son intérêt, h moins qu'il ne s'agisse de sa foi. Si elle est devenue suspecte, ce n'est pas sa personne qu'il doit défendx'e, mais la vérité. En toute autre occasion, la meilleure apologie est le silence.
On peut être véhément, sans courir à i)erte d'haleine et
en désordre; le guide d'un grand peuple marche à i)aslen1s. L'auditeiu' doit sentir ifue le prédicaleiu" cuiitraint son zi'le.
Dans l'orateur on suppoi-te plus volontiers la grande rapidité, que la leuteiu . Un lleuve rapide fait i)lus de plaisir voir, qu'un étang paisible.
Le silence gardé plusieui's heures avant le sermon sert à la véhémence. L'orateur chargé d'une matière longtemps méditée s'empresse de s'en délivrer.