DES COMPLIMENTS
Le consentement unanime des auditeurs à condamner les compliments dans la chaire devrait être un arrêt pour les proscrire : c'est pour eux qu'on parle ; c'està lem' jugement qu'on doit s'en rapporter.
La chaire où on loue Dieu et les saints ne doit servir qu'à rabaisser les hommes, chez lesquels la concupiscence vit encore. Tout autre usage est profane.
Le mérite d'un homme vivant doit être bien grand et bien reconnu pour pouvoir être loué dans un lieu si saint. Si la
louange est bien fondée, ou elle fait de la peine, ou elle donne de la vanité ; si elle est fausse, elle insulte à la vérité sur son trône '.
Ne peut-on se dispenser de faire un compliment : que ce soient des voîux au ciel ; des actions de grâces ù l'auteur de tous les dons ; qu'enfin il paraisse moins une louange , qu'une exhortation à bien faire. Une seule pensée délicate et pieuse peut en fournir la matière.
Dans ces morceaux l'orateur travaille en petit. Les traits y sont presque imperceplibles, et semblent plutôt cacher les vertus, que les montrer. 11 suffit qu'on sache en gros qu'on a complimenté.
Sous un sens caché, mais qui y'entend, on peut exprimer des leçons respectueuses; la louange en est plus honorable, et moins vague.
VU
Rien ne choque plus l'auditeur que d'entendre un prédicateur qui se loue. 11 ne lui permet pas seulement les apologies, si ce n'est en matière de foi.
* N'est-ce pas mélnngcr le pur or de la parole de Uîeu que d'y introduire la parole des hommes ? Et n'est-ce pas la parole tics hommes qne la louange des vivants ? N'esl-il pas tcrit : Ne louez aucnn homme avant =a mort. (Kspr. de S. François de Sal. p. II, cb. IX.