CHAPITRE IH
IiE I.'eXORDE.
On faifsait autrefois doux exordes, l'un pour conduire à l'invocation, et l'autre pour préparera la division. Aujoui'd'hui l'on se contente d'un seul, pour abréger et pour éviter, dès l'entrée, des idées différentes.
Le succès d'un discours dépend souvent du début : on
ne revient pas aisément des premières impressions, soit
bonnes, soit mauvaises,
L'orateur s'égare quelquefois dès le premier pas; il transporte ses auditeurs loin du sujet, et ne les ramène qu'après avoir abusé de leur attention. Ces surprises leur déplaisent; ils veulent qu'on vienne promptement au fait et qu'on les y
mette.
L'exorde doit uniquement enfermer le sujet, le montrer par les endroits les plus intéressants, le faire bien entendre. Si dès l'entrée la netlelé manque, l'auditeur marchera toujours à tâtons.
L'eiorde, pour éti'e clair, doit être simple, sans figure, »au8 métaphore, ne proposer qu'ime seule pensée, ne déve-
DE LA CIlAiriE, 201
lopptn" »iiriiiie vérilô. On s'alteiul t|u'il exiiliiiuo le t.'xte, ou qu'il rapplique.
L'exorde est juste, s'il est uni au corps du discours, s'il est tiré du fond du sujet, s'il y conduit par un ra[)port nécessaire. 11 serait hors d'œmTe, si on pouvait le retrancher, sans faire tort au discoui's.
Il est des occasions où il faut entrer brusquement en matière. L'auditem" ne souffrirait pas une longue avenue sur un sujet qu'il a présent, et dont il est tout occupé.
Nul endroit du discoms ne demande tant d'exactitude, ni tant de politesse ' , cpae l'exorde, nul n'étant écouté d'un plus grand sens froid, ni plus examiné. Dans la situation tranquille de l'auditem" lui tour trop figuré lui déplairait. Les exordes passionnés sont périlleux, et doii être rares.
L'exorde doit être court, et laisser à l'esprit sa vigueur pour d'autres parties plus nécessaires. Tout est faible, tout est rebutant pour une attention fatiguée.
' En conséquence ne prfiiez pas comrao modLle le fameux cxorde atlril.ué p:ir l'abbé Muury au porc Bi-klaync; si c'est un chef-d'œuvre, ce ii''Sl p:is du moins un chef-d'cpuvre de politesse à l'égard des auditeurs, ni d'humilité de la paît de l'oraleur.
L'exorde ne doit pas être trop brillant. Le plus beau jourj a si peu de clarté quand il commence à paraître, qu'il tient encore de l'obscurité de la nuit. Il faut tendre au beau, mais pau" degrés.
On ne doit pas en commençant prendre un essor qu'on ne pom'ra soutenir dans la suite, ni promettre des richesses, qu'on n'a pas le moyen de donner. Le sage proportionne sa dépense à son fonds.
Il est inutile de prévenir l'auditeur sur les cjualités du discom's, qu'on va faire ; sm' l'ordre, sur la netteté, sur la force, etc. Il en va juger par lui-même.
L'exorde montre le sujet sans amplitication, sans preuve. Dans la morale il insinue l'hori'eur, la tristesse, la compassion, la résignation, la paix, selon la matière du discours. Pans le panégyrique c'est un portrait en petit.
Il doit faire estimer le sujet, sans qu'il paraisse qu'on le vante. L'auditeur veut être ménagé ; la modestie le gagne.
L'invocation fait aujourd'hui la distinction des sermons
d'avec les discours de iiiétt' plus familiers. Tout s'y réduit à demander les hmiièrcs du Saint-Esprit, par l'intercession de la sainte Vierge. On ne saurait y apporter trop de simplicité.
Si l'éloge de la sainte Vierge se présente naturellement, on peut l'y placer en peu de mots ; l'auditeur ne donne pas le loisir de l'étendre.