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CHAPITRE YI

De la disposition.

On peut comparer les discours oratoires à des ouvrages d'architecture : ils tirent leur force, et leur beauté de la symétrie. Des monceaux de pierre et des arbres entassés, ue sont ni dos maisons ni des navires.

Il y a une éloquence des choses : elle est indépendante des expressions. Elle résulte de l'ordre général de la pièce, de l'arrangement des preuves, et de la liaison des parties.

On ne peut pas dire que la beauté du discours vienne de la beauté de quelques endroits, où l'orateur aiu'a épuisé tout son art et tout son feu; mais bien de la convenance des parties entr'elles, et de leiu- rapport avec le tout. C'est un corps d'ouvrage où tout se tient, parce que tout est lié et bien assorti. L'enchauiement dfs choses par elles-mêmes est tout autre que celui des transitions recherchées.

Une imagination féconde offre d'abord ime foule d'idées que le jugement fait trier. Il fait un retranchement sévère du superflu. L'abondance fait obscurité. Le blé trop épais verse et ne mûrit pas.

210 MAXIME? PVR LE MINISTÈRK

Il est dangereux d'employer ce qui se présente sur le champ, et ce qui n'a pas été médité. La nouveauté éblouit, et fait souvent goûter ce que la réflexion méprise

Dans le feu de la composition, oubliez la méthode des préceptes ; ce qu'ils prescrivent est cpielquefois ce qu'il faut K éviter. L'orateur doit traiter son sujet en maître : il ne court pas après l'éloquence : elle le suit.

La disposition trace le dessein^, elle dresse Tordre du discours; elle arrange les preuves, établit, éclaircit, prouve, détaille, tire des conséquences, fait des objections, les résout, poursuit dans ses faux-fuyants l'aveu qui se vefuse.

Vllj.

Le discours est arrangé, si toutes les parties s'entretiennent <le façon que les premières conduisent aux secondes, celles-ci aux suivantes, et que la dernière rappelle tout, et laisse dans l'esprit un idée entière du sujet.

Les propositions et les preuves doivent être disposées, s'il est possible, comme celles des géomètres; les dernières supposent les premières. Toutes dépendent des principes évidents, d'où elles suivent par une conséquence nécessaire.

Les meilleures raisons se mettent l(^s dernières; ainsi le discours va toujours croissant. Les plus fortes preuves ne sont pas toujours celles qui ont plus de succès. J'appelle donc meilleures celles qui font plus d'impression, qui intéressent davantage, ou que l'auditeur saisit plus aisément, et dont il est le plus frappé.

La bonne éloffuence ne laisse pas de souffrir de petitsvides, et des inégalités. Le peintre alfaiblit certains endroits du tableau, pour en relever d'autres. Tout n'est pas os et nerfs dans le corps humain.

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