XI
Que l'ordre du discom's soit assez marqué , pom' être aperçu par l'auditeur habile, et attentif : il veut voir où on le mène ; mais pour le vulgaire on court risque de l'ennuyer, si on lui fait tout prévoir. Pom" lui moms de lumière et plus de mouvement.
Trop de scrupule sur l'arrangement n'appartient qu'aux orateurs médiocres ; les maîtres de l'art franchissent ces barrières, et se mettent en liberté. La magnificence dédaigne les petits ornements ; et pour elle un beau désordre vaut plus qn'une justesse étudiée.
On ne doit guères ajouter aux subdivisions d'autres par-
2i2 MAXIMES suu 1.'.: MiN!STi:nE
titions sensibles : ce qu'on hache trop se réduit à rien. Parlà ou serait toujours dans les thèses, rien ne serait pousséi et le détail viendrait trop tard. L'usage présent reut des subdinsions, on ue doit ni les refuser, ni en trop ettre.
l'sez rarement de transitions triviales. Que les cuoses naissent les unes des autres, et se tiennent par un sens voisin, dont l'esprit saisisse le rapport sans étude. Des pierres bien taillées s'unissent sans ciment.
Dans certaines propositions composées on passe si heureusement d'un membre à l'autre, qu'à peine on les a tous développés, que le sujet est rempli. Les transitions s'y pré-
sentent sans recherche.
La longueur du discours doit être réglée par l'attente de l'auditciu", par l'usage et par le besohi du sujet. Il faut se tenir en garde contre le plaisir de se faire écouter. Le prodigue donne trop, et le libéral donne assez. Celui qui ne se peut borner, ne sait pas composer.
On présume trop de croii'e, qu'on puisse être écouté sans ennui au-delà du temps ordinaire. L'auditeur a sa mesure de patience ; quand elle est donnée, il n'en faut plus exiger. Un vase plein ne reçoit plus rien ; ce que vous y versez est
DE LA CHAIIIE. 213
perdu. On sorl chagriu et fatigué d'un discours trop long, rommc d'un songe fAcIietix.
Dans un sermon 11 vaut mieux retrancher qu'ajouter, et tendre toujours à être court. Ce qui n'est rpic passable, parait pitoyable à l'auditeur fatigué. D'ailleurs c'est un grand soulagement et pour la mémoire, et pour la poitrine, qu'un quaii d'heure épargné sur un discours d'une heure.
Il ne faut ni moins d'art, ni moins d'attention, pour retrancher ce qu'il n'est pas à propos de dire, que pom* employer ce qu'il faut dire. Les Pères disaient de leur temps ce qui ne conviendrait pas h celui-ci. Notre langue même demande des égards, que n'exigeait pas la leur.
Il y a des irrégularités dans le dessein, dans la disposition, dans les preuves, dans le style même qu'on peut appeller des fautes habiles. On est éloquent si l'on persuade, quoique sans régularité. La négligence a quelquefois son habileté et ses vues.
Le jugement f;\it discerner ce qu'il faut taire, ce qu'il faut exprimer, ce qu'on doit étendre, ou seidement montrer en passant, ce qui convient au temps, au lieu, aux personnes : le sens natm'el juge de ces choses. L'art ne peut non plus le régler, que régler le goût et l'odorat.
On ne parle bien, qu'autant qu'on parle à propos. Les règles de rôloqueuce, aussi bien ijue ses ornements, sont sous la direction de la prudence, qui applique tout selon le sujet et l'occasion. L'orateur est bien habile qui n'a jamais rien avancé de contraire à sa fin.
Il faut conduire aux vérités par degrés. Les Apôtres par laient d'abord de Jésus-Chi'ist, comme d'un homme envoyé de Dieu. La divinité du Messie était ime conséquence de ce principe, parce qu'il se l'attribuait sans usurpation. Ils établissaient les faits, et les faits amenaient le dogme.