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CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Lorsque les médicaments sont administrés par la bouche, parvenus dans l’estomac, ils y séjournent un temps plus ou moins long' avant de pénétrer dans l’intestin ; ils entrent ainsi en contact avec la muqueuse de l’estomac et avec le suc gastrique que sécrète celle-ci; de ce contact peut résulter une double action en sens inverse : action du médicament sur la muqueuse stomacale, action du suc gastrique sur le médicament.

La plupart des médicaments n’exercent sur la muqueuse stomacale qu’une action minime et en quelque sorte négligeable, surtout s’ils sont ingérés à doses convenables et au moment même des repas. Cependant il en est un assez grand nombre qui, doués de propriétés irritatives ou caustiques, sont susceptibles d’amener l’éclosion d’une gastrite médicamenteuse. Parmi les minéraux , je vous citerai le fer ,

Y arsenic,^ le mercure ; parmi les médicaments organiques ,

Y acide salicy tique, la caféine , la créosote. Ces médicaments, doués de qualités irritatives assez nettes, entraîneront de la gastrite médicamenteuse s’ils sont ingérés à fortes doses pendant un temps prolongé et surtout encore s’ils sont pris lorsque l’estomac est vide, c’est-à-dire dans l’intervalle des repas.

D’autre part, nombreux sont les médicaments sur lesquels le suc gastrique n’exerce pas d’action sensible, si bien qu’ils traversent l’estomac sans modifications et parviennent dans l’intestin tels qu’ils ont été ingérés. Cependant il en est un certain nombre qui, sous l’action du suc gastrique, se modifient, s’altèrent, se décomposent, si bien que, parvenus dans l'intestin, ils ont perdu leurs propriétés physiologiques et thérapeutiques. Je me bornerai à vous citer en exemple la pancréatine , La pancréatine qui, vous le savez, est une substance diastasique susceptible d’exercer une action fermentative, se comporte dans l’estomac comme une substance albuminoïde quelconque: elle est attaquée par le suc gastrique, c’est-à-dire par la pepsine, aidée de l’acide chlorhydrique ; elle est décomposée, peptonisée, si bien que, parvenue dans l’intestin, elle a perdu ses propriétés.

C’est cette double action réciproque que les médicaments sont susceptibles d’exercer sur la muqueuse stomacale et que la muqueuse stomacale est susceptible d’exercer sur les médi-

caments, par l’intermédiaire du suc gastrique, qui est la raison de l’emploi de la voie intestinale.

FORMES PHARMACEUTIQUES ET PRESCRIP- TION. — Pilules. — Pour administrer les médicaments par la voie intestinale, il faut leur donner la forme de pilules ; celles-ci doivent être enrobées d’une substance telle que, inattaquée par le suc gastrique, elle le soit, au contraire, dans la cavité intestinale, par le suc pancréatique, si bien que les pilules conservent dans l’estomac leur forme pilulaire, mais que, parvenues dans l’intestin, elles se dissolvent, ou que, du moins, leur enveloppe se dissolve, mettant en liberté leur contenu.

Tel est le principe de l’emploi de la voie intestinale. Pour administrer les médicaments par cette voie, on leur fait parcourir, au moyen d’un artifice particulier, le trajet stomacal, sans qu’ils puissent être attaqués par le suc gastrique.

C’est à Unna(de Hambourg) qu'on doit l’idée de l’emploi de la voie intestinale, voie qui, ensuite, a été préconisée, en France, d’une façon toute particulière, par M. Philippe (de Lyon). Je vous citerai encore, parmi les noms qui se rattachent à l’histoire de cette voie, ceux de M. Bernheim, d’Yvon, de Raquin et Fumouze.

On aconseillé, pour enrober les pilules, de telle sorte qu’elles puissent traverser l’estomac sans que l’enrobage soit attaqué par le suc gastrique, on aconseillé, dis-je, plusieurs substances. L’une de celles qui ont été le plus vantées, en particulier par Unna, puis par Philippe, est la kératine, substance particulière que l’on retire actuellement des râpures de tuyaux déplumés. On a vanté aussi le gluten , préconisé particulièrement par Raquin et Fumouze; la cire, ou bien des couches alternées de gluten et de cire . On a vanté encore le collodion , et enfin Yvon, dans ses dernières années, avait recommandé un vernis au salol.

La kératine, le gluten et la cire sont les substances les plus employées dans la préparation des pilules destinées à prendre la voie intestinale, c’est-à-dire à traverser l’estomac sans modification.

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