MÉDICAMENTS EN NATURE
Cette préparation est d’ailleurs assez délicate ; il s’agit d’éviter un cjouble écueil : d’une part, celui de la digestion de l’enveloppe des pilules dans l’estomac; d’autre part, celui de sa nondigestion dans l’intestin, auquel cas elles traverseraient non seulement l’estomac, mais l’intestin, sans être attaquées. Et on peut bien le dire, l’un des vices principaux de la voie intestinale est la difficulté de préparer des pilules qui, effectivement, ne soient pas attaquées dans l’estomac par le suc gastrique et soient, au contraire, attaquées dans l’intestin par le suc pancréatique.
Un autre vice de la voie intestinale est la limitation de son emploi, limitation qui lui est imposée par la forme pilulaire elle-même. Les pilules, en effet, vous le savez, — j’y ai insisté à diverses reprises, — ne peuvent être ingérées par les enfants, si bien que la voie intestinale ne peut être employée en thérapeutique infantile. D’autre part, vous savez que limité est le nombre des substances qui peuvent être prescrites sous la forme pharmaceutique de pilules : la plupart des liquides, les médicaments volatils, les médicaments solides qui ne se prescrivent qu’à fortes doses, comme le salicylate de soude, comme, dans certains cas, l’iodure et le bromure de potassium, etc., échappent à la forme pilulaire; seuls, les médicaments qui, solides, agissent à doses relativement faibles, s’en accommodent; c’est là un autre défaut de la voie intestinale. Enfin l’emploi de cette voie suppose l’intégrité, au moins relative, du pancréas et du suc pancréatique.
Médicaments en nature . — U y a un certain nombre de médicaments qui, en raison de leur constitution chimique, se comportent, par rapport au suc gastrique et au suc pancréatique, comme la kératine, comme le gluten, comme la cire, comme le collodion, en un mot comme les diverses substances dont on doit enrober les pilules lorsqu’on les destine à l’absorption intestinale. C’est-à-dire qu’il y a un certain nombre de médicaments, qui, dans leur forme chimique naturelle, traversent l’estomac, sans agir sur sa muqueuse, sans être décomposés par le suc gastrique et qui, parvenus dans l’intestin, sont attaqués et dédoublés par le suc pancréatique.
Il en est ainsi de certains médicaments sur lesquels je n’insis-
terai pas, parce qu’ils ne sont employés qu’en vue d’une action topique sur l’intestin : je veux parler du benzonaphtoi ou benzoate de naphtol (3 et du bétol , ou salicylate de naphtol fL
Mais il est d’autres médicaments, qui sont employés en vue de l’absorption et qui, par conséquent, doivent nous intéresser ici, qui se comportent de la même façon que le benzonaphtoi et le bétol, c’est-à-dire qu’ils traversent l’estomac sans modification et, parvenus dans l’intestin, y sont attaqués et dédoublés par le suc pancréatique.
Il en est ainsi du salol, du salophène , du phosphate de gaïaeol,\)civ exemple. Le salol, administré tel que, c’est-à-dire en paquets, en cachets ou en pilules, sans enrobage particulier, parvenu dans l’estomac, y séjourne un temps plus ou moins long* ; mais il se comporté par rapport à la muqueuse de l’estomac comme une poudre inerte et demeure immodifié, dans le milieu acide stomacal, par le suc gastrique. Parvenu dans l’intestin, milieu alcalin, au contraire, il est attaqué et dédoublé en ses deux composants, acide salicylique et phénol , par le suc pancréatique (le salol étant un salicylate de phénol ), et les deux composants sont résorbés, pour être éliminés ensuite principalement par la voie urinaire.
L’existence de ces substances médicamenteuses qui traversent l’estomac sans modification, pour être attaquées et décomposées par le suc pancréatique, élargit, comme vous le voyez, l’emploi de la voie intestinale. En réalité, quand on administre à un malade du salol, quand on lui administre du phosphaté de gaïacol, on a recours, pour l’absorption du médicament, qu’on le veuille ou non, à la voie intestinale.
La connaissance de cette catégorie de médicaments peut être intéressante, parce que, dans certains cas, il peut y avoir avantage à recourir, de préférence, à ces substances médicamenteuses qui n’exercent aucune action sur l’estomac, en même temps que le suc gastrique n’exerce aucun effet sur elles.
Je suppose, par exemple, que vous ayez affaire à un rhumatisant; certainement, vous ne lui administrerez pas de X acide salicylique , celui-ci étant un irritant puissant de l’estomac, déterminant rapidement des douleurs stomacales, des vomissements, puis, si l’on insiste, amenant la gastrite médi-