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PRESCRIPTION DES BAINS MÉDICINAUX

encore plus prolongée que les mercurielles : il ne faut pas se contenter de dix minutes, il faut aller jusqu’à quinze et vingt minutes, et, avant la friction, il faut faire la toilette de la peau, c'est-à-dire la laver au savon, à l'alcool, à l’éther, et la brosser, comme dans la pratique de la toilette préalable à une opération chirurgicale. Vous laverez donc la peau à l’eau chaude et au savon, vous la brosserez, vous la laverez à l’alcool et à l’éther; et c’est lorsqu’elle aura subi cette préparation que vous pratiqueréz la friction, qui devra être faite comme avec la pommade mercurielle, mais pendant un temps encore plus long, je vous le répète.

Prescription des bains médicinaux. — J’arrive aux bains médicinaux ou médicamenteux destinés à l’absorption.

Il s’agit là d’une prescription rare : aussi souvent on ordonne des bains en vue d’une action locale, aussi rarement, en effet, on le fait en vue d’une action générale, ou, du moins, en vue d’une action médicamenteuse.

Les bains médicinaux que l’on prescrit en vue de l’absorption peuvent être formulés magistralement ou bien empruntés au Codex ou à une spécialité.

Les bains magistraux comportent dans lèur formule deux termes : la base , unique ou multiple, et Y excipient , l’eau, dont la quantité, je vous le rappelle, s’élève, pour un adulte, entre 250 et 300 litres.

Parmi les bains dont l’usage est le plus populaire, je puis vous citer les bains de tilleul , bains réputés calmants, sédatifs, et auxquels les mères de famille recourent volontiers. Il faut 500 grammes de tilleul pour la préparation d’un bain.

La partie importante de la prescription des bains médicamenteux est 1 instruction . 11 ne faudra pas que vous manquiez d’indiquer à vos malades les heures auxquelles les bains devront être pris, leur durée, leur température, les soins antécédents, les soins consécutifs.

La peau ne se prête pas plus à l’absorption des liquides et des substances y dissoutes qu’elle ne se prête à celle des pommades ; et, pour obtenir un tel résultat comme pour

obtenir l’absorption des pommades et des substances incorporées, il faufta violenter.

La non-absorption des liquides par la peau est établie par un grand nombre d’expériences, entre lesquelles je vous rappellerai seulement celles de Homolle et de Hüfner.

Homolle s’est placé en personne dans un bain additionné d’un décocté de 1 kilogramme de belladone, et il n’a pu constater sür lui-même aucun effet découlant de l’action de l’atropine, malgré qu’il soit resté dans le bain d’une façon prolongée.

Hüfner a répété la même expérience en employant, au lieu de belladone, la lithine. Il a pu rechercher vainement, dans ses excreta, et en particulier dans ses urines, la présence de cette substance.

Ces deux expériences prouvent, avec bien d’autres, que la peau n’absorbe pas les liquides.

Deux raisons expliquent la résistance qu’elle oppose à l’absorption des liquides et des solides : la première, c’est qu’elle est recouverte d’une tunique imperméable formée par la couche cornée de l’épiderme ; la seconde, c’est qu’elle est enduite, dans toute son étendue, d’un vernis sébacé qui l’isole, en quelque sorte, si bien qu’un individu placé dans l’eau n’est, en réalité, pas plus mouillé que ne l’est un canard ou un cygne.

Aussi, lorsque vous prescrirez des bains médicinaux en vue de l’absorption, devrez-vous, au préalable, conseiller à vos malades certaines manœuvres susceptibles d’amener la disparition de l’enduit sébacé et l’éraillure de l’épiderme corné. Vous ferez précéder les bains de lavages à l’eau et au savon et d’une friction à l’alcool : le savon, l’alcool, dégraisseront la peau, enlèveront l’enduit sébacé, et la friction, si elle est faite suffisamment énergique, amincira l’épiderme, le desquamera, le fissurera, et alors, par les pertuis microscopiques ainsi réalisés, les substances dissoutes dans l’eau, en même temps que l’eau elle-même, pourront être absorbées.

Il sera bon, en outre, de recommander la prolongation des bains. Grâce à elle, l’eau imbibera, gonflera l'épiderme, le désagrégera, surtout si le bain a été précédé d’une friction énergique. De plus, une partie des substances médicamen-

teuses pourra être absorbée à l'état de vapeurs par les voies respiratoires.

Dans ces dernières années, on a pu montrer que les courants continus sont capables de faciliter la pénétration des substances dissoutes dans l’eau à travers la peau. Mais, jusqu’à présent, l’électricité n’a guère été employée dans ce but de l’absorption des substances médicamenteuses en dissolution dans les bains.

Prescription des médicaments en nature. — J’arrive à la troisième catégorie des médicaments qu’on peut appliquer sur la peau, à savoir les médicaments en nature.

On n’applique sur la peau en nature, en vue de l’absorption, que des liquides volatils, et le nombre de ceux qu’on peut employer est d’ailleurs très peu élevé. Je vous citerai deux composés salicylés : le salicylate de méthyle et le salicylate d'amyle , le deuxième étant d’une odeur un peu moins forte, moins persistante, et, par suite, moins désagréable que le premier. Puis je vous citerai le gaïacol , gaïacol liquide et gaïacol cristallisé. Le gaïacol liquide est un gaïacol impur qu’on extrait de la créosote, et le gaïacol cristallisé un gaïacol réalisé par synthèse. Il va de soi que, lorsqu’on recourt au gaïacol synthétique, on le liquéfie avant de l’appliquer sur le tégument externe; l’opération est aisée, parce que son point de liquéfaction est très bas : il correspond à 28°. On peut le liquéfier au bain-marie, ou, tout simplement, à la chaleur de la main.

L’instruction est encore ici la partie importante de la prescription.

Vous indiquerez à votre malade la quantité de remède qu’il devra employer, pour une fois et pour la journée, quantité qui sera mesurée aü moyen d’un instrument gradué, flacon ou pipette.

Vous lui apprendrez la façon selon laquelle l’application sur la peau devra être effectuée : s’il s’agit de petites doses, de XV à XX gouttes de gaïacol par exemple, le médicament sera versé dans un petit récipient, verre à liqueur ou coque-

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tier, et réparti sur la peau en badigeonnages au moyen d’un pinceau en poils de blaireau; s’il s’agit de doses plus fortes, de 4 ou 5 grammes de salicylate d’amyle, par exemple, vous en imbiberez un carré de gaze stérilisée qui sera appliqué sur la peau. Dans les deux cas, au moyen de taffetaschiffon ou gommé ou encore de gutta-percha laminée , c’està-dire d’un tissu imperméable, vous emprisonnerez le médicament au contact de la peau, qui ainsi sera obligée à l’absorber. Si vous n’aviez pas recours à cette dernière manœuvre, le liquide mis au contact du tégument externe '“se volatiliserait dans l’atmosphère, et une minime quantité seulement en serait absorbée par la peau et par l’appareil respiratoire.

Les applications salicylées se font généralement au niveau des régions douloureuses, articulations ou muscles ; celles de gaïacol s’effectuent surtout au niveau du thorax.

L’absorption par la peau des liquides volatils ainsi déposés à sa surface a été établie de diverses façons. Elle est prouvée par l’étude des excrétions : MM. Linossier et Lannois, en effet, ont montré qu’après des badigeonnages de la peau avec le salicylate de méthyle on retrouve rapidement de l’acide salicylique dans l’urine; une démonstration semblable a été fournie pour le gaïacol (1). La preuve de cette absorption est encore faite par la constatation des effets physiologiques obtenus, des effets thérapeutiques et même des effets toxiques. Ainsi, l’efficacité des badigeonnages de salicylate de méthyle dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu est bien connue. De même, on a pu souvent constater l’action antipyrétique du gaïacol, qui fait tomber la fièvre des tuberculeux et même celle des typhiques (2). Des accidents ont été observés après de tels badigeonnages chez des tuberculeux avancés, et

(1) Linossier et Lannois, Recherches sur Tabsorption du gaïacol par la peau (Soc. de thérapeutique , 11 avril 1894). — De Tabsorption des médicaments par la peau. Application à la médication salicylique (Bull, de thérapeutique, 1896).

(2) A. Gilbert, Note sur l’action antipyrétique du gaïacol et du créosol synthétiques employés en badigeonnages (Bull. Soc. de biologie, 1894, 14 avril, p. 281). — Byl, Étude sur les badigeonnages de gaïacol synthétique. Thèse de doctorat, Paris, 1895.

M. Bard a relaté l’observation d’un de ses malades qui succomba après la simple application de 2 grammes de gaïacol. Aussi, chez les individus affaiblis et cachectiques, faut-il se métier de ce médicament et n’en ordonner que de petites doses.

L’absorption par la peau des gaz et, par suite, des liquides volatils est d’autant plus accusée, c’est-à-dire d’autant plus rapide et d'autant plus complète que la peau est plus saine, et, inversement, l’absorption en est d’autant plus lente, d’autant plus incomplète, que la peau est plus altérée. Plus la peau est saine, mieux elle absorbe les gaz ; plus elle est lésée, moins elle les absorbe. C’est tout le contraire de ce que nous avons vu tout à l’heure, en ce qui concerne les solides et les liquides, c’est-à-dire les pommades et les bains. Plus la peau est saine, moins elle absorbe les pommades, moins elle absorbe l’eau des bains et les substances y dissoutes; plus elle est altérée, et mieux, au contraire, elle les absorbe.

C’est que la faculté d’absorber les gaz représente une propriété physiologique de la peau, alors que la non-absorption des liquides et des solides représente également une propriété physiologique de ce tégument. La peau se prête admirablement à l’absorption des gaz, tandis qu’il faut la violenter pour l’obliger à absorber les liquides et les solides.

A. Gilbeht. — L’Art de Prescrire.

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