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AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DE LA VOIE CUTANÉE

vaz. Il est certain qu’il est beaucoup plus facile de faire une piqûre que d’administrer la morphipe à la mode de Trousseau.

De la voie cutanée proprement dite , je vous indiquerai, tout d’abord, les avantages, puis les désavantages ainsi que les inconvénients et les indications. Je vous donnerai ensuite la nomenclature des formes pharmaceutiques sous lesquelles les médicaments peuvent être administrés par elle, et je vous ferai connaître ces formes; en dernier lieu, je vous montrerai la manière de les prescrire.

Nous suivrons donc ici le plan habituel.

Auparavant, toutefois, laissez-moi vous signaler la décadence tout au moins relative de cette voie. Sans doute, on Inutilisé encore et même on t’utilise pour des médicaments nouveaux. Mais, du fait d’un emploi progressivement plus habituel des voies hypodermique, musculaire et veineuse, elle a perdu sur certains points du terrain. Elle en a perdu notamment pour le traitement de la syphilis par le mercure.

AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DE LA VOIE CUTA- NÉE. — Les avantages de la voie cutanée se résument en trois principaux : en premier lieu, il s’agit d’une voie assez pratique, en ce sens qu’aucune instrumentation n’est ici nécessaire et en ce sens que le patient peut lui-même s’administrer ses médicaments par cette voie.

Parfois on se sert d’un aide, et, dans certaines villes d’eaux sulfureuses, comme Uriage, Luchon, Aix-la-Chapelle, des infirmiers sont spécialement chargés de pratiquer les frictions. Mais, te plus souvent, le malade peut s’appliquer le traitement lui-même sans avoir recours à une main étrangère.

En deuxième lieu, certains médicaments, ou tout au moins quelques-uns d’entre eux, administrés par cette voie, s’absorbent fort bien, et leur emploi donne, dans certains cas, des résultats thérapeutiques satisfaisants.

Enfin, en troisième lieu, l’usage de la voie cutanée ménage le tube digestif.

Les désavantages et inconvénients se résument d’autre part de la façon suivante : et tout d’abord, si la voie cutanée

est pratique, en réalité elle devient généralement vite fastidieuse, lorsqu'on emploie les frictions. Je vous indiquerai bientôt que, pour faire une friction mercurielle, il faut au moins dix minutes; les malades se lassent vite de ce traitement qui leur prend tous les jours un si long temps. De plus, l’emploi de cette voie peut être révélateur : ne sont pas rares les malades qui ont été reconnus syphilitiques par leur blanchisseuse ou par leur domestique, parce qu’ils avaient recours à des frictions mercurielles.

Puis, quelques médicaments seulement peuvent être administrés par la voie cutanée, et l’on peut bien dire que c’est là son principal défaut.

Non seulement d’ailleurs cette voie n’est pas largement ouverte aux médicaments, mais encore, si son emploi « donne dans certains cas des résultats thérapeutiques satisfaisants »r il est d’autres voies, notamment les voies interstitielle et veineuse, qui donnent des résultats plus satisfaisants encore.

Enfin, si l’emploi de la voie cutanée ménage le tube digestif, il n’est pas sans quelques inconvénients locaux possibles, et les frictions mercurielles amènent quelquefois un accident fort désagréable, une sorte d’eczéma aigu, V hydrargyrie.

En somme , la voie cutanée doit être, à la façon de la voie rectale, considérée par excellence comme succédanée de la voie digestive ordinaire, succédanée qui ne peut être usitée que dans quelques cas, en raison du petit nombre de médicaments dont elle permet l’administration.

Vous pourrez y recourir lorsque la portion supérieure du tube digestif sera impraticable par le fait d’un trismus, d’une angine phlegmoneuse, d’un rétrécissement œsophagien ou pylorique. Vous pourrez y recourir encore si votre malade est gastropathe, ou si vous craignez chez lui le développement d’une gastropathie. Vous pourrez y recourir enfin si vous vous trouvez en présence de malades auxquels répugne l’ingestion des médicaments, ou bien par principe, en quelque sorte, pour ménager le tube digestif.

Mais, je vous le répète, vous ne pourrez le faire qu’assez rarement, parce que rares sont les médicaments qui peuvent être administrés par cette voie.

— Définitions. — Les formes pharmaceutiques sous lesquelles les médicaments peuvent être prescrits par la voie cutanée ne sont qu’au nombre de deux, à savoir la forme de pommades^ t celle d ebains. Mais j’ajoute qu’un certain nombre de médicaments peuvent être administrés par la voie cutanée en nature , c’est-à-dire sans avoir subi aucune préparation de la part du pharmacien.

Donc, les médicaments peuvent être administrés par la voie cutanée sous la forme de pommades, de bains et en nature.

Pommades. — Les pommades sont définies par le Codex « des médicaments de consistance molle, qui ont pour excipient soit de l’axonge simple ou benzoïnée, soit de la graisse de laine, soit un mélange de corps gras, soit enfin de la vaseline. »

« A ces excipients peuvent être associées des substances médicamenteuses diverses, auxquelles elles doivent leurs propiétés thérapeutiques. »

Les onguents se différencient, en principe, des pommades en ce qu’ils renferment des résines; mais l’usage a voulu que le mot onguent soit également appliqué à diverses pommades. C’est ainsi que les pommades mercurielles sont couramment appelées onguents, quoique ne contenant pas de résine : la pommade mercurielle à parties égales est appelée onguent napolitain ; la pommade faible , onguent gris ; cependant aucune résine n’entre dans la composition de ces deux onguents.

Il existe deux catégories de pommades : les pommades destinées à une pure action locale et les pommades destinées à l’absorption. Bien entendu, nous n’étudierons ici que ces dernières.

Bains médicinaux. — « Les bains médicinaux , dit le Codex, peuvent être de nature très variée. On emploie pour leur préparation des solutés salins, alcalins, sulfureux, quelquefois de la gélatine, des infusés de plantes, etc. »

Ce n’est pas là une définition à proprement parler.

La quantité d’eau nécessaire pour un bain d’adulte est ordinairement comprise entre 250 et 300 litres ; ces chiffres sont A. Gilbekt. — L’Art de Prescrire. 13

à retenir, car vousserez consultés, sur ce point, dans les familles.

On peut distinguer les bains, comme les pommades, en bains destinés à une pure action topique et en bains destinés à l’absorption. Il y a d’ailleurs des bains mixtes, c’est-à-dire employés à la fois en vue de l’absorption et en vue d’une action locale.

Prescription des médicaments. — Arrivons au point le plus intéressant de cette question, à savoir à la manière de prescrire les médicaments destinés à l’absorption cutanée, employés sous la forme de pommades, de bains médicinaux, ou appliqués en nature sur la peau.

Prescription des pommades. — Pour ce qui est des

pommades, il y a lieu de séparer les pommades magistrales des pommades officinales et industrielles .

La prescription des pommades magistrales comporte ou peut comporter, comme toute prescription magistrale, une inscription , une souscription et une instruction.

Inscription. — L’inscription, c’est la formule, en tête de laquelle nos prédécesseurs ne manquaient pas de placer l’abréviatif (1).

Deux termes ou éléments seulement peuvent entrer dans sa composition, lesquels, d’ailleurs, peuvent être uniques ou multiples, la base et 1 "excipient.

Base. — La base ne peut être constituée que par un très petit nombre de substances médicamenteuses.

Très peu nombreuses, en effet, sont les substances qu’actuellement on applique sur la peau en vue de l’absorption. Je puis vous mentionner le mercure\ mais, lorsqu’on emploie ce métal, le plus ordinairement on a recours kV onguent napolitain du Codex , si bien qu’une formule magistrale n’est pas nécessaire.

A côté du mercure se placent les iodures , lesquels peuvent être l’objet de formules magistrales, mais, le plus souvent, sont ordonnés comme le mercure à l’état de pommade officinale.

(!) Voir p. 34.

PRESCRIPTION DES POMMADES. 195

Puis vient le collargol ou argent colloïdal.

Restent les salicylates d'amyle et de méthyle. Mais, à la vérité, ces corps s’appliquent surtout sur la peau en nature, s’absorbant beaucoup mieux, employés ainsi, que sous la forme de pommades.

Excipient. — Les divers excipients qu’on emploie pour la préparation des pommades sont : Yaxonge, la lanoline et la vaseline ; ce sont là les trois principaux. On utilisait assez souvent autrefois le suif, qui, vous le savez, est la graisse des herbivores, bœuf, veau, mouton, agneau, chevreau.

On peut faire entrer encore dans la composition des pommades, à côté de l’excipient principal, de Veau , de la glycérine et de la cire. Ainsi, dans la formule de la pommade à base d'iodure de potassium , donnée par le Codex (1), vous voyez figurer une petite quantité d’eau distillée ; dans celle de la pommade belladonée , une petite quantité de glycérine (2); enfin dans celle de la pommade au collargol due à Crédé, une péfite quantité de cire (3).

Mais, je vous le répète, les trois excipients principalement employés sônt la vaseline, l’axonge et la lanoline.

L 'axonge, c’est la graisse retirée par fusion du tissu graisseux accumulé autour des rognons du porc ainsi que de la panne, c'est-à-dire du grand épiploon du même animal. Cette graisse est douée de qualités particulières : elle est douce, blanche, homogène, d’une odeur faible spéciale. Ainsi, on n’emploie pas pour les pommades la graisse provenant d’une partie quelconque du corps du porc ; on n’emploie pas, en particulier, la graisse sous-cutanée, le lard.

L’axonge, qui représente l’un des plus anciens excipients usités, ale défaut de rancir ; c’est pourquoi ou bien on l’emploie fraîche ou bien et surtout benzoïnée , c’est-à-dire additionnée de benjoin. L’axonge benzoïnée, préparée naguère avec 5 grammes de teinture de benjoin pour 1 kilogramme de graisse ( Codex de 1884), est préparée maintenant (dernier

(1) Voir p. 499.

(2) Voir p. 494.

(3) Voir p. 198.

Codex) avec 30 grammes de benjoin grossièrement pulvérisé pour la même quantité de graisse, benjoin et axonge devant être laissés en contact pendant deux heures à la température de 80°.

Par conséquent, quand vous aurez recours àl’axonge comme excipient des pommades, vous la prescrirez soit fraîche, soit benzoïnée.

La lanoline , lanoléine ou graisse de laine , est constituée par un mélange de corps gras et d’éthers cholestériques. On la retire du suint du mouton. C’est une substance blanchâtre ou de couleur café au lait, onctueuse, glutineuse, d’une faible odeur de laine. Elle peut absorber jusqu’à son poids d’eau, et même plus que son poids, sans changer de consistance; elle est inaltérable, c’est-à-dire qu’elle ne rancit pas. La lanoline officinale est préparée en ajoutant à la lanoline anhydre 25 p. 100 de son poids d’eau distillée (1).

Le seul défaut de la lanoline est cette consistance poisseuse, visqueuse, glutineuse, sur laquelle j’insiste, et qui est telle qu’on ne l’emploie guère comme excipient isolé. On y joint presque toujours une certaine proportion de vaseline. Ainsi fit M. Netter dans la formule qu’il a donnée d’une pommade au collargol. Aussi fluide qu’est consistante la lanoline, la vaseline en corrige les défauts, et du mélange des deux excipients naissent de bons résultats.

Appelée encore pétroléine, la vaseline se retire, ainsi que l’indique ce nom, du pétrole. Elle n’est autre chose que les huiles lourdes et la paraffine du pétrole, purifiées et décolorées. Lorsqu’on sépare la paraffine (2*), on obtient ce qu’on appelle Y huile de vaseline.

Comme la lanoline, la vaseline est inaltérable : elle ne rancit pas.

(1) Le mot lanoline tout court, sans qualificatif, désigne donc la lanoline hydratée dans la proportion de 25 p. 100.

Le médecin qui, dans une pommade, voudrait, par exception, introduire de la lanoline pure, devrait spécifier Idnoline anhydre.

Inverse est la règle en ce qui concerne l’emploi des mots graisse de laine. Sans qualificatif, ils désignent la lanoline pure anhydre. Pour désigner la lanoline officinale, ils doivent être suivis du qualificatif hydratée.

(2) Du moins dans le pétrole du Caucase ou de Galicie.

PRESCRIPTION DES POMMADES

Il n’est pas indifférent d’employer comme excipient, dans la composition des pommades, telle ou telle des substances que je viens d’envisager : lanoline, vaseline ou axonge. Effectivement, parmi ces excipients, il en est deux que la peau résorbe bien dans certaines conditions : c’est la lanoline et c’est l’axonge; et il en est une, au contraire, qu’elle ne résorbe pas ou à peine, c’est la vaseline.

Un grand nombre d’expériences ont établi que la lanoline est parfaitement résorbée par la peau : je vous citerai, en particulier, celles de Lassar et Paulowsky, qui ont montré qu’en incorporant dans la lanoline un narcotique, et en l’appliquant sur la peau, on obtient les mêmes effets que lorsque celui-ci est administré par le tube digestif; il suffit pour cela d’employer une dose double du toxique.

D’autres recherches ont également établi la résorbabilité de l’axonge, si bien qu’on discute sur celui de ces deux excipients qui se prête le mieux à l’absorption.

Certaines expériences tendraient à établir que c’est la lanoline et, parmi celles-ci, on peut citer celles de Fox. Cet observateur a pris 15 grammes de lanoline, en a frictionné l’avant-bras d’un sujet, dans une étendue déterminée, pendant un quart d'heure ; puis, au bout de ce temps, avec une spatule, il a raclé la peau et pesé la quantité de lanoline recueillie : il a constaté que celle-ci s’élevait à 5 grammes ; 10 grammes auraient été par suite absorbés. Il a fait la même expérience avec l’axonge, et il a pu en obtenir 10 grammes : d’où il a déduit que la lanoline est résorbée deux fois plus activement que l’axonge.

Mais, en regard des expérimentateurs qui soutiennent que la lanoline est mieux résorbée que l’axonge, il y en a d’autres qui mettent les deux excipients sur le même plan : je puis, à cet égard, vous citer Guttmann, dont les observations ont porté sur des pommades à base d’iodures et à base de salicylates, l’excipient étant tantôt la lanoline et tantôt l’axonge. D’après lui, par l’examen des urines, on pourrait reconnaître que l’absorption est aussi intense lorsqu’on emploie comme excipient l’axonge que lorsqu’on à recours à la lanoline.

Donc, la question n’est pas encore tranchée, de savoir si, comme excipient des pommades destinées à l’absorption, la

lanoline est supérieure à l’axonge ou seulement son égale.

Mais, ce qu’on sait parfaitement, c’est que la vaseline est très inférieure à la lanoline et à l'axonge.

Par conséquent, quand vous prescrirez des pommades médicamenteuses destinées à l’absorption, vous n’emploierez pas comme excipient la vaseline ; vous aurez recours soit à la lanoline, soit à l’axonge, et, si vous préférez la lanoline, vous joindrez à ce corps une certaine proportion de vaseline, pour en amoindrir la viscosité. Il est reconnu que la vaseline employée de cette façon n’empêche pas la résorption de la lanoline.

Voici des exemples de pommades destinées à l’absorption :

POMMADE AU COLLARGOL (Oédé).

Collargol

gram

Axonge benzoïnée

Cire

autre (Netter).

Collargol

gram

Lanoline

Vaseline

Souscription. — La souscription ne comporte généralement rien de particulier. Quand vous n’aurez aucune recommandation spéciale à faire au pharmacien, vous pourrez en marquer la place par les trois lettres traditionnelles f. s. a.

Pour ce qui est de l’ instruction , j’y arriverai tout à l’heure : à propos de l’instruction des pommades officinales et industrielles, je vous entretiendrai de l’instruction des pommades d’une façon globale.

La prescription des pommades officinales et industrielles ne comporte, bien entendu, que deux parties : inscription et instruction. L' inscription sera, comme toujours, sommaire; pas ne sera besoin de détailler la formule.

Parmi les pommades officinales les plus usitées, je vous citerai les pommades mercurielles déjà mentionnées, Y onguent napolitain et 1 onguent gris .

PRESCRIPTION DES POMMADES

L’onguent napolitain, désigné par le Codex sous le nom de pommade mercurielle à parties égales , est encore appelé onguent mercuriel double , dénomination fallacieuse, cette préparation ne comportant rien de double, mais étant formée de parties égales de mercure et d’axonge benzoïnée.

L’onguent gris ou pommade mercurielle faible du Codex est aussi dénommé vicieusement onguent mercuriel simple : c’est une pommade qui, d’après les indications du Codex , doit être composée avec 300 grammes d’axonge benzoïnée pour 100 grammes d’onguent napolitain et qui, par conséquent, est une préparation au huitième.

Entre les autres pommades du Codex souvent usitées, je vous mentionnerai la pommade à Viodure de potassium , dont la formule est la suivante :

POMMADE D’iODURE DE POTASSIUM (C.).

1 o dure de potassium Hyposulfite de sodium Eau distillée Axonge benzoïnée

dix grammes. 10 dix centigrammes. 0,10 dix grammes. 10 quatre-vingts grammes. ’80

Il s’agit là d’une pommade au dixième (1), comme la plupart des pommades figurant au Codex ; tel est aussi le cas de la pommade à Viodure de plomb :

pommade d’iodure de plomb (C.).

Iodure de plomb dix grammes. 10

Axonge benzoïnée quatre-vingt-dix grammes. 90

et de la pomynade belladonée :

pommade belladonée (C.).

Extrait de belladone trois grammes. 3

Glycérine officinale deux grammes. 2

Axonge benzoïnée vingt-cinq grammes. 25

Instruction. — Technique des onctions et des frictions.

(1) La petite quantité d’hyposulfite de soude qu’elle contient est destinée à retransformer en iodure l’iode que tend à libérer le rancissement de

laxonge.

— Dans l’instruction, qui s'adresse au malade, vous devrez faire connaître à celui-ci, sinon par écrit, du moins verbalement, le mode d’emploi de la pommade par vous prescrite.

Vous n’ignorez pas que celui-ci est double, je veux dire qu’une pommade peut être employée en onction ou en friction.

L’onction se pratique communément avec l’index de la main droite. Elle consiste en une application pure et simple du remède, en un badigeonnage qui serait effectué non avec un pinceau, mais avec la pulpe digitale.

Dans la friction, intervient à l’habitude la main tout entière, animée d’un mouvement de va-et-vient qui constitue l’essence même de ce mode d'application médicamenteuse.

Eh bien, d’une façon générale, les pommades destinées à une action locale s’emploient en onctions et celles qui sont destinées à l’absorption en frictions.

Cette règle, toutefois, comporte des exceptions.

Laissez-moi vous faire connaître celle à laquelle donne lieu la pommade soufrée cT Helmerich , pommade qui, destinée à une action topique, à savoir la destruction des acares mâles et femelles de la gale, est cependant appliquée sur la peau, non en onctions, mais en frictions. Laissez-moi encore vous citer celle à laquelle donnent lieu également les pommades iodurées, pommades qui, destinées à l’absorption, sont cependant communément appliquéés sur la peau non en frictions, mais en onctions. La nécessité qu’il y a, dans la gale, d’ouvrir les sillons au fond desquels se cachent les acares femelles, explique le recours aux frictions, d’une part ; d’autre part, la faculté qu’ont les iodures, au contact de la peau, de se dédoubler, si bien que l’iode ainsi mis en liberté est absorbé par les voies respiratoires et par la peau elle-même, explique l’emploi de simples onctions.

Mais la règle n’en subsiste pas moins que les pommades destinées à un acte local doivent être employées en onctions, alors que les pommades destinées à l’absorption doivent l’être en frictions. C’est que, pour que les pommades soient absorbées par la peau, il faut que celle-ci soit non pas seulement frictionnée, mais frictiohnée d’une façon énergique et

PRESCRIPTION DES POMMADES

prolongée. La peau ne se prête pas, en effet, à l’absorption des corps solides, et, en particulier, à l'absorption des pommades; il faut, en quelque sorte, pour les lui faire absorber, la violenter ; il faut introduire les pommades dans les orifices des poils et dans les orifices des glandes de la peau, glandes sudoripares et sébacées. Il faut surtout, par la pratique des frictions, entamer l’épiderme, l’excorier, en dissocier les cellules cornées, les détacher, et ainsi, par des fissures microscopiques, la pommade pourra pénétrer jusqu’au contact du corpsmuqueux de Malpighi, qui, alors, l’absorbera.

On a beaucoup discuté sur la voie par laquelle pénètrent les pommades ou plutôt les substances qui y sont incorporées et sur la forme chimique sous laquelle le phénomène a lieu. Cette discussion s’est surtout prolongée en ce qui concerne la pommade mercurielle. On a soutenu que, lorsque celle-ci était appliquée sur la peau en frictions, le mercure était absorbé exclusivement par la voie de la respiration et à l'état de vapeurs. Cette opinion a été particulièrement défendue par Merget, qui s’est beaucoup occupé de la question de l’emploi thérapeutique du mercure. Mais l’absorption du mercure par la peau a été établie pertinemment par Fleischer. Cet observateur a pratiqué des frictions mercurielles chez des sujets qui, au moyen d’un tube en communication avec l’extérieur, ne respiraient pas dans l’atmosphère de la chambre qu’ils occupaient, et, en constatant l’absorption du mercure dans ces conditions, il a mis hors de doute le rôle tout au moins partiel de la peau.

Par la voie respiratoire, l’absorption a lieu sous forme de vapeurs, et ce serait également sous cette même forme que, d'après Nothnagel et Rossbach, elle aurait lieu par la peau. Telle n’est point la conclusion de Fürbringer, d’après qui elle se ferait dans les culs-de-sac des glandes sébacées sous une forme chimique indéterminée.

D’un autre avis encore sont OEsterlen et üverbeck, puis Aubert, qui admettent que l’absorption s’effectue à l’état -métallique et en nature : les frictions auraient pour effet de faire pénétrer le métal à l’état de fines granulations à travers les éraillures des couches cornées de l’épiderme jusqu’au contact du corps muqueux de Malpighi qui les absorberait.

Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est que, si la peau est très propice à l’absorption des gaz et des vapeurs, elle ne l’est pas à celle des corps solides, des pommades, d’où la nécessité de la violenter par les frictions.

Mais, quittons la théorie pour la pratique : envisageons la façon selon laquelle les frictions doivent être effectuées, et étudions successivement la technique des frictions mercurielles et celle des frictions au collargol.

Les frictions mercurielles réclament, chez l’adulte (i), en moyenne, l’emploi de 4 grammes d’onguent napolitain ; la dose peut être portée à 6 grammes et même à 8; elle peut être abaissée à 2 grammes, mais dans des cas exceptionnels; en moyenne, c’est avec 4 grammes d’onguent que se pratiquent les frictions.

Vous exigerez que l’onguent mercuriel soit pesé et fractionné par le pharmacien, de telle sorte qu’il soit bien avéré que chaque friction comporte l’emploi de 4 grammes. Ce n’est pas parce qu’un médicament est administré par la peau qu’il ne doit pas être bien mesuré. On dose toujours les médicaments lorsqu’on les administre par le tube digestif; très souvent on se contente de fractionnements approximatifs, quand on les introduit par la voie cutanée : il n’y a à cela aucune bonne raison. Vous ferez donc diviser, chez l’adulte, l’onguent napolitain en cartouches de 4 grammes, en moyenne, pour une friction.

Les frictions mercurielles, généralement, se pratiquent par séries de vingt, constituant ce qu’on appelle une cure. D’ordinaire elles sont effectuées quotidiennement, pendant dix jours consécutifs, suspendues dix jours et reprises pendant dix jours; c’est là le rythme sous lequel, communément, on pratique ces frictions : 10 jours défrichons, 10 jours de repos et 10 jours de reprise : au total 20 frictions réparties sur un mois.

Les frictions peuvent être parfaitement faites par le malade

(1) Chez Tenfant, chez le nouveau-né, on emploie, d’ordinaire, la dose d’un gramme : c’est là une proportion relativement énorme, mais qui ne doit pas étonner ceux qui savent que les nouveau-nés supportent aussi bien le mercure qu’ils tolèrent mal les iodures.

PRESCRIPTION DES POMMADES

lui-même, et c’est généralement ainsi que les choses se passent. Cependant, vous n’ignorez pas que, dans certaines villes d’eaux, comme Aix-les-Bains, Luchon, Uriage, Aix-la-Chapelle, elles sont exécutées par des infirmiers spéciaux, attachés à l’établissement thermal et que les syphilitiques accourent volontiers dans ces stations (1).

Les frictions peuvent être pratiquées avec la main nue ou avec un gant. Il y a, à la surface du corps, huit régions au niveau desquelles elles doivent être effectuées : les flancs, la partie interne des cuisses, les jarrets et les saignées. Il ne faut pas, comme certains le croient, appliquer l’onguent napolitain au niveau des parties velues, aisselle, pubis, etc.; si vous pratiquiez des frictions dans ces régions, l’absorption mercurielle serait trop active, et vous courriez le risque de déterminer une stomatite mercurielle. Sur ces huit régions, il en est quatre principales, tout particulièrement appropriées à la pratique des frictions : les flancs et la partie interne des cuisses.

C’est à leur niveau que vous ferez exécuter les frictions. Il ne faudra pas manquer de conseiller à vos malades de ne pas les réitérer plusieurs fois de suite sur le même point; elles seront faites, par exemple, le premier jour au niveau du flanc gauche, le deuxième au niveau du flanc droit, le troisième sur la partie interne de la cuisse gauche, le quatrième à la partie interne de la cuisse droite; puis on reviendra au flanc gauche, au flanc droit, etc.

En procédant de cette façon, vous éviterez le développement de cette complication locale dont je vous ai parlé précédemment, Yhydrargyrie , cette sorte d’eczéma aigu très désagréable, quelquefois rebelle, qui résulte de l’irritation de la peau, surtout lorsqu’elle est fine, sous l’influence des applications du mercure. L’hvdrargyrie ad’autant plus de chances de se développer que l'irritation de la peau est plus souvent réitérée, et on la voit surtout chez les sujets qui, mal instruits à cet égard, répètent les frictions plusieurs fois au même endroit.

(1) Depuis quelques années, la pratique des injections mercurielles intramusculaires dans la syphilis s’est considérablement développée, et les voies digestive et cutanée, corrélativement, ont été beaucoup moins utilisées.

La durée de la friction ne sera pas moindre de dix minutes, montre en main. Ces dix minutes paraissent brèves tout d’abord ; mais, au bout de quelques séances, elles, ne manquent pas de devenir fastidieuses, et c’est là l’un des principaux inconvénients des frictions, de lasser rapidement la patience des malades.

La pratique des frictions réclame une certaine énergie : il ne faut pas frictionner comme on oint. Mais la force n’exclue pas la douceur. L’on frictionnera, non pas en frôlant la peau, mais en s’appesantissant sur elle comme pour forcer la pommade à y pénétrer. En procédant ainsi, non seulement la pommade entrera dans les orifices des glandes et des poils, mais encore à travers l’épiderme aminci, dissocié, fissuré; elle s’insinuera jusqu’au contact du corps muqueux de Malpighi qui l’absorbera.

C’est le soir, au moment du coucher, que les frictions mercurielles doivent être pratiquées ; il est incontestable que le mercure s’absorbe mieux la nuit que pendant la journée ; la chaleur du lit volatilise le métal, qui, de cette façon, pénètre activement dans l’économie, par la peau et par l’appareil respiratoire.

Le malade, aussitôt après l’opération, enveloppera la surface frictionnée dans une flanelle, .de façon à empêcher le salissement des draps et à maintenir la pommade au contact de la peau.

D’ailleurs, lorsque la friction est terminée, il semble que la pommade ait notablement diminué de quantité, du moins, il doit en être ainsi lorsqu’elle, est bien faite : la pommade se réduit au fur et à mesure, par suite de sa pénétration partielle dans l’épaisseur de la peau même et en particulier dans les orifices des glandes et des poils.

Le lendemain matin, le sujet enlèvera la pommade au moyen d’eau chaude, de savon et d’ouate hydrophile.

Il semble que, si la pénétration du mercure dans la peau est malaisée, et que si, pour l’obtenir, il faille, véritablement, là violenter, il semble, dis-je, que la pénétration du collargol soit encore plus difficile. Aussi les frictions avec les pommades à V argent colloïdal doivent-elles être pratiquées d’une façon

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