ACCIDENTS DES INJECTIONS INTRAMUSCULAIRES
De même que les injeetions sous-cutanées présentent des lieux d’élection, de même en est-il ainsi des injections intramusculaires. Ces dernières, vous ne l’ignorez pas, se pratiquent dans les muscles de la fesse, à peu près exclusivement, mais non pas dans toute leur étendue. Par crainte d’une atteinte possible de vaisseaux et nerfs importants, surtout du sciatique, l’on s'accorde à ne les pratiquer que dans la zone supéro-externe de la fesse, c’est-à-dire au-dessus et en dehors d’une ligne qui, partie de l’épine iliaque postérieure et inférieure, joindrait l'angle postérieur du grand trochanter.
Il existe d’ailleurs un procédé pratique d’exclusion du champ opératoire de la zone dangereuse de la fesse qu’il est aisé d’appliquer au moment d’effectuer l’injection et qui consiste à disposer, pour l’opération, le malade dans la position assise. Et, en effet, par le seul fait de cette posture, les organes menacés sont mis hors d’atteinte de l’aiguille de l'opérateur.
Lorsqu’on pratique une injection intramusculaire, on enfonce, bien entendu, l’aiguille perpendiculairement dans les tissus et on l’enfonce de toute sa longueur. L’injection, d’ailleurs, doit être toujours exécutée en deux temps, c’est-à-dire que, lorsque l’aiguille est une fois introduite dans les muscles, il est nécessaire d’en séparer la seringue de façon à s’assurer que son extrémité n’a pas pénétré dans un vaisseau.
Cette éventualité s’est-elle réalisée, quelques gouttes de sang ne tardent pas à venir perler au niveau de l’ajutage de l’aiguille (1) ; lorsque, au contraire, l’extrémité de celle-ci plonge dans le tissu musculaire proprement dit, son ajutage reste sec.
Si donc l’ajutage reste sec, vous pouvez ajuster à l’aiguille la seringue et pousser le contenu de eelle-ei dans les muscles. L’injection doit être faite avec une certaine lenteur ; quand elle est terminée, on conseille au malade de rester au repos dans la position horizontale pendant quelques instants ; puis il peut vaquer à ses occupations.
Accidents' et complications des injections intramusculaires. — Les injections intramusculaires peuvent être, d’une façon générale, suivies des mêmes accidents que les
(1) L’aiguille doit être alors retirée et plongée ailleurs; cette précaution s’impose surtout quand il s’agit de l’emploi d’un liquide huileux.
injections hypodermiques. Le plus fréquent de tous, ici comme là, est la douleur , laquelle reconnaît des causes multiples : l’emploi d’une aiguille défectueuse, la maladresse de l’opérateur, la piqûre d'un nerf ou d’un filet nerveux, l’injection d’un liquide caustique ou susceptible de le devenir dans les tissus, l’infection enfin et l’inflammation consécutive. Dans ces conditions, on conçoit que la douleur soit infiniment variable dans ses caractères.
Un type de douleurs important à connaître et auquel j’ai déjà fait allusion est celui auquel donnent lieu les injections de calomel. Ce n’est pas une douleur immédiate, mais une douleur consécutive. Aussitôt, après les injections et pendant les deux jours ultérieurs, les malades ne ressentent aucune souffrance. Celle-ci ne se montre que le troisième jour. Très légère ou même nulle, d’autres fois de moyenne intensité, elle atteint dans certains cas une acuité effroyable. Tellement qu’il y a des sujets auxquels il n’est plus possible de uarler du traitement antisyphilitique, tout au moins réalisé par le calomel en injections.
La nature du calomel et ses propriétés expliquent le caractère tardif des douleurs qu’il provoque. Insoluble, il ne détermine ont d’abord aucune action sur les tissus, d’où l’indolorité. Mais bientôt, dans l’intimité des muscles, il subit des modifications chimiques : de protochlorure d’hydrargyre, il se transforme en bichlorure, c’est-à-dire en sublimé corrosif ; il corrode donc les tissus, d’où la production des douleurs.
Toutefois, en ce qui concerne la variabilité extrême de celles-ci, au point de vue de leur intensité, chez les divers sujets, il convient de reconnaître qu’en invoquant l’idiosyncrasie nous faisons un aveu complet d’ignorance.
La blessure d’un petit vaisseau ou d’un ramuscule nerveux peut être, bien entendu, la conséquence d’une injection intramusculaire, aussi bien que d’une injection hypodermique, mais, en suivant les règles d’une saine technique, il ne s’agit jamais là que d’épisodes insignifiants.
Les accidents inflammatoires qu’il me reste à mentionner sont d’intensité et d’acuité très variables. Ils aboutissent tantôt à la résolution avec ou sans formation de nodosités , tantôt et beaucoup plus rarement au développement d'abcès. Légers,
INDICATIONS DE LA VOIE VEINEUSE v
avec ou sans nodosités terminales, ils sont dus le plus souvent aux médicaments irritants ou caustiques injectés. Plus marqués ou violents, ils découlent par excellence d’erreurs de technique et de défaillances sur le chapitre de l’antisepsie.
Cependant il faut bien savoir que, même toutes précautions antiseptiques prises, les injections intramusculaires peuvent déterminer la formation d’abcès. Il en est ainsi surtout en cas d’injections mercurielles insolubles et plus spécialement en cas d’injections caloméliques. Il semble que, chez certains sujets, le mercure, le calomel surtout, puissent se montrer capables d’une irritation assez vive pour qu’une suppuration en soit la conséquence.
D’ailleurs, si, dans la majorité des cas, les abcès consécutifs aux injections musculaires contiennent des microbes, germes vulgaires des suppurations, staphylocoques et streptocoques, quelquefois l’examen bactériologique le plus minutieux n'en révèle aucun, il s’agit d'abcès aseptiques . 11 y a là des données dont l’intérêt ne peut vous échapper et, par suite, qu'il est utile de connaître.