VOIE VEINEUSE
J’arrive à la voie veineuse, à laquelle se rattachent les noms français d’Oré (de Bordeaux), de Hayem, d’Abadie, et le nom italien de Baccelli.
INDICATIONS DE LA VOIE VEINEUSE. — La transfusion du sang mise à part, on peut reconnaître, à la voie veineuse deux ordres d’indications principales.
En premier lieu, si l’on considère la voie digestive comme la voie normale, les voies hypodermique et musculaire comme des voies auxquelles il faut recourir lorsqu’il y a lieu d’agir vite et fort, la voie veineuse se présente à nous comme la voie d’élection, dans -le cas où il faut agir très vite et très fort. C’est la voie des thérapeutiques ultra-urgentes.
Dans le paludisme pernicieux, c’est par la voie veineuse qu’on administrera la quinine. Dans la diphtérie toxique, c’est par le même chemin qu’on introduira le sérum spécifique dans l'organisme. Même mode d’emploi du mercure ou de Varséno-
benzol (1) dans la syphilis grave; de Vélectrargol ou des sérums artificiels dans les grandes infections ; du bicarbonate de soude dans le coma diabétique, etc.
Rappelons, d’ailleurs, que c’était pour traiter le tétanos et l’éclampsie puerpérale, états pathologiques d'une essence particulièrement sévère, qu’Oré avait recours à la voie veineuse, par laquelle il injectait de fortes doses de chloral.
En second lieu, on s’adressera à la voie veineuse dans le cas de diminution considérable de la masse du sang, soit par le fait d’hémorragies abondantes, soit encore par le fait de diarrhée et de vomissements excessifs, tels qu’on en observe dans le choléra asiatique et quelquefois aussi dans d’autres états morbides.
FORMES PHARMACEUTIQUES DES MÉDICA- MENTS. — Leur prescription. — Si l’on excepte quelques sérums thérapeutiques , les divers médicaments que l’on introduit dans l’économie par la voie veineuse revêtent exclusivement les formes pharmaceutiques de soluté et de suspension. Cette dernière est uniquement affectée par les métaux colloïdaux dénommés encore ferments métalliques . Il s’agit donc bien, dans l’espèce, non de solution, mais de suspension; il s’agit de suspension très particulière, du fait de l’extraordinaire ténuité des particules suspendues et du fait de la nature du liquide suspenseur, lequel est l’eau. Ci-dessus (2), j’ai indiqué les principaux d’entre les métaux et les métalloïdes à l’état colloïdal qui ont été proposés pour la pratique des injections musculaires; à celles-ci, dans certains cas, il est préférable de substituer l’injection intraveineuse. Ici comme là, d’ailleurs, les préparations colloïdales par voie électrique, en raison de leur pureté, sont plus recommandables que les préparations par voie chimique.
Sérum, soluté ou suspension, les médicaments que Ton administre par la voie veineuse ne peuvent, bien entendu, comporter sur l’ordonnance, à l’adresse du malade, aucune
(1) La voie veineuse peut être encore indiquée du fait de l'impraticabilité des voies hypodermique et musculaire (cas de l’arsénobenzol qui, injecté dans les muscles, donne lieu à de violentes douleurs et à de l’empâtement).
(2) Voir p. 228.
PRESCRIPTION DES SOLUTÉS.
instruction , et, par suite, leur prescription se réduit à deux parties : Y inscription et la souscription destinées au pharmacien (1).
Encore la prescription se réduira-t-elle à une seule partie, rinscription. si la préparation figure au Codex ou si elle est empruntée à la spécialité, auxquels cas, en outre, rinscription ne devra-t-elle aucunement être détaillée.
Deux solutés seulement pour injections intraveineuses figurent au Codex. C'est d’abord le sérum, physiologique étiqueté soluté de chlorure de sodium qui, employé fréquemment en injections hypodermiques (2), est quelquefois aussi introduit dans les veines. Puis c’est le sérum de Hayon , dénommé soluté de chlorure de sodium et de sulfate de sodium pour injection intraveineuse.